9 décembre
2008
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
9 décembre
2008
Le Monde Diplomatique -Archives
Sept. 2008
La question de la responsabilité du conflit dans le Caucase ne nous a patourmentés longtemps. Moins d’une semaine après l’attaque géorgienne, deux
commentateurs français, spécialistes de tout, l’ont jugée « obsolète ». Un néoconservateur américain influent leur avait donné le la. Savoir qui a commencé
« importe peu », trancha Robert Kagan car, « si Mikheïl Saakachvili n’était pas tombé dans le piège de Vladimir Poutine cette fois-ci, le conflit aurait été déclenché
autrement (1 )
».
Source:commentisfree.guardian.co.uk
Une hypothèse en appelle une autre : si, le jour d’une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, l’initiative d’une opération armée avait été le fait d’un autre que le jeune polyglotte
Saakachvili, diplômé de la Columbia Law School de New York, les gouvernements occidentaux et leurs médias eussent-ils contenu leur indignation devant un acte aussi lourdement
symbolique ?
Mais, lorsque les bons et les mauvais rôles sont connus d’avance, l’histoire est plus facile à suivre. Les bons, comme la
Géorgie, ont le devoir de préserver leur intégrité territoriale des manigances séparatistes ourdies par leurs voisins ; les méchants, comme la Serbie, devaient consentir à
l’autodétermination de leur minorité albanophone (Kosovo) — et subir, en cas de refus, les bombardements de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Le conte moral est plus édifiant
encore quand, pour défendre son territoire, le gentil président proaméricain rapatrie une fraction des soldats envoyés... envahir l’Irak.
Le 16 août dernier, le président George W. Bush, justement, a invoqué avec gravité les « résolutions du
Conseil de sécurité des Nations unies » ainsi que « l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale » de la Géorgie dont « les frontières doivent
bénéficier du même respect que celles des autres nations ». Seuls les Etats-Unis auraient par conséquent le droit d’agir unilatéralement quand ils estiment (ou prétendent) que leur
sécurité est en cause. En réalité, la série d’événements obéit à une logique plus simple : Washington joue la Géorgie (et réciproquement) pour contrer la Russie ; Moscou joue l’Ossétie
du Sud, mais aussi l’Abkhazie, pour « punir » la Géorgie.
Dès 1992, deux rapports du Pentagone cherchaient à prévenir l’éventuelle résurgence d’une puissance russe alors en
morceaux. Pour rendre permanente l’hégémonie américaine née de la victoire des Etats-Unis pendant la guerre du Golfe et de la dislocation du bloc soviétique, il importait, indiquaient ces
rapports, de « convaincre d’éventuels rivaux qu’ils n’ont pas besoin d’aspirer à jouer un plus grand rôle ». Et, faute de les convaincre, Washington saurait les
« dissuader ». Cible principale de ces prévenances ? La Russie, « unique puissance au monde qui puisse détruire les Etats-Unis (2
) ».
Peut-on alors reprocher aux dirigeants russes d’avoir vécu l’assistance occidentale aux « révolutions
colorées » en Ukraine et en Géorgie, l’adhésion à l’OTAN d’anciens alliés du pacte de Varsovie et l’installation de missiles américains sur le sol polonais comme autant d’éléments de cette
vieille stratégie visant à affaiblir leur pays, quel que soit son régime ? « La Russie est devenue une grande puissance, c’est ce qui inquiète », a d’ailleurs admis
M. Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères (3 ).
Architecte en 1980 de la très périlleuse stratégie afghane de Washington (soutenir militairement les islamistes pour
vaincre les communistes...), M. Zbigniew Brzezinski a détaillé l’autre volet du dessein américain : « La Géorgie nous ouvre l’accès au pétrole et bientôt au gaz de
l’Azerbaïdjan, de la mer Caspienne et de l’Asie centrale. Elle représente donc pour nous un atout stratégique majeur (4 ). » M.Brzezinski
ne saurait être soupçonné de versatilité : même quand la Russie agonisait, au temps de Boris Eltsine, il voulait la chasser du Caucase et de l’Asie centrale pour garantir l’approvisionnement
énergétique de l’Occident (5
). Depuis, la Russie va mieux, les Etats-Unis moins bien, et le pétrole coûte plus cher. Victime des provocations de son
président, la Géorgie vient de subir le choc de ces trois dynamiques.
(1 ) Respectivement Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann dans Libération du 14 août 2008, et Robert Kagan dans le Washington Post du 11 août 2008.
(2 ) Cf. Paul-Marie de La Gorce, « Washington et la maîtrise du monde », Le Monde diplomatique, avril 1992.
(3 ) Entretien au Journal du dimanche, Paris, 17 août 2008.
(4 ) Bloomberg News, 12 août 2008, www.bloomberg.com
(5 ) Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier, Bayard, Paris, 1997.
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/09/HALIMI/16245 - septembre 2008
|
Global Research , September 22, 2008
|
|
|
The Moscow Times - 2008-09-23
|
A Navy squadron set off for Venezuela on Monday, an official said, in a deployment of Russian military power to the Western Hemisphere unprecedented since the
Cold War.
Navy spokesman Igor Dygalo said the nuclear-powered Peter the Great cruiser accompanied by three other ships sailed from the Northern Fleet's base of Severomorsk on Monday. The ships will cover
about 15,000 nautical miles to conduct joint maneuvers with the Venezuelan navy, he said.
Dygalo refused to comment on Monday's report in Izvestia claiming that the ships were to make a stopover in the Syrian port of Tartus on their way to Venezuela. Russian officials said the
Soviet-era base there was being renovated to serve as a foothold for a permanent Navy presence in the Mediterranean.
The deployment follows a weeklong visit to Venezuela by a pair of Russian strategic bombers and comes as Venezuelan President Hugo Chavez plans to visit Moscow this week. It will be Chavez's
second trip to Russia in about two months.
The intensifying contacts with Venezuela appear to be a response to the U.S. dispatch of warships to deliver aid to Georgia that angered the Kremlin.
Chavez said in an interview with Russian television broadcast Sunday that Latin America needs a strong friendship with Russia to help reduce U.S. influence and keep peace in the region. In
separate comments on his Sunday TV and radio program, he joked that he will be making his international tour to Russia and other countries this week aboard the "super-bombers that Medvedev loaned
me," a reference to President Dmitry Medvedev. "Gentlemen of the CIA, to be clear, I'm joking," Chavez said with a laugh.
He has repeatedly warned that the U.S. Navy poses a threat to Venezuela.
|
by Michel Chossudovsky
|
|
|
Global Research, August 22, 2008
|
|
The ongoing crisis in the Caucasus is intimately related to the strategic control over energy pipeline and transportation corridors.
There is evidence that the Georgian attack on South Ossetia on August 7 was carefully planned. High level
consultations were held with US and NATO officials in the months preceding the attacks.
The attacks on South Ossetia were carried out one week after the completion of extensive US - Georgia war games (July 15-31st, 2008). They were also preceded by high level Summit meetings held under the auspices of GUAM, a US-NATO sponsored regional military alliance.
War in Georgia Time Line
July 1-2, 2008 GUAM Summit in Batumi, Georgia.
July 1, "US-GUAM Summit" on the sideline of the official GUAM venue.
July 5 -12, Russian Defense Ministry hold War Games in the North Caucasus region under the codename "Caucasus Frontier 2008".
July 9, 2008 China and Kazakhstan announce the commencement of construction of the Kazakhstan-China natural gas pipeline (KCP)
July 15-31, The US and Georgia hold War Games under the codename Operation "Immediate Response". One thousand US servicemen participate in the military exercise.August 7, Georgian Ground Forces and Air Force Attack South Ossetia
August 8, Russian Forces Intervene in South Ossetia.
August 14, 2008 Signing of US-Polish Agreement on the stationing of "US Interceptor Missiles" on Polish Territory
Introduction: The GUAM Summit Venue
In early July 2008, a regional summit was held in the Georgian city of Batumi under the auspices of
GUAM
GUAM is a military agreement between Georgia, Ukraine, Azerbaijan and Moldova, first established in 1997. Since 2006,
following the withdrawal of Uzbekistan, GUAM was renamed: The Organization for Democracy and Economic Development - GUAM.
GUAM has little to do with "Democracy and Economic Development". It is a de facto appendage of NATO. It has been
used by the US and the Atlantic Alliance to extend their zone of influence into the heartland of the former Soviet Union.
The main thrust of GUAM as a military alliance is to "protect" the energy and transportation corridors, on behalf of the
Anglo-American oil giants. GUAM countries are also the recipients of US-NATO military aid and training.
The militarization of these corridors is a central feature of US-NATO planning. Georgia and Ukraine membership in NATO is part of the agenda of controlling the energy and transport corridors from the Caspian Sea basin to Western Europe.
The July 1-2, 2008 GUAM Summit Batumi meetings, under the chairmanship of President Saakashvili, focused on the central issue of pipeline and transportation corridors. The theme of the Summit was
a "GUAM – Integrating Europe’s East”, from an economic and strategic-military standpoint, essentially with a view to isolating Russia.
The presidents of Azerbaijan, Georgia and the Ukraine (respectively Ilham Aliyev, Mikheil Saakashvili and Viktor Yushchenko) were in attendance together with the presidents of Poland, Lech
Kaczynski, and Lithuania, Valdas Adamkus. Moldova's head of State flatly refused to attend this summit.
Map No 1: Georgia
Undermining Russia
The GUAM Summit agenda focused on undermining Moscow's influence in the Caucasus and Eastern Europe. The Polish President was in attendance.
US-NATO installations in Eastern Europe including the Missile Defense Shield are directly related to the evolving geopolitical situation in the Caucasus. Barely a week after the bombing of South
Ossetia by Georgian forces, the US and Poland signed an agreement (August 14) which would allow the US Air Force to deploy US "interceptor missiles" on Polish soil:
"... As military strategists have pointed out, the US missiles in Poland pose a total existential threat to the future existence of the Russian nation. The Russian Government has repeatedly warned of this since US plans were first unveiled in early 2007. Now, despite repeated diplomatic attempts by Russia to come to an agreement with Washington, the Bush Administration, in the wake of a humiliating US defeat in Georgia, has pressured the Government of Poland to finally sign the pact. The consequences could be unthinkable for Europe and the planet. " (William Engdahl, Missile Defense: Washington and Poland just moved the World closer to War, Global Research, August 15, 2008)
The "US-GUAM Summit"
Barely acknowledged by the media, a so-called "US-GUAM Summit" meeting was also held on July 1st on the sidelines of the official GUAM summit venue.
US Deputy Assistant Secretary of State David Merkel met both GUAM and non-GUAM delegations behind closed doors. Several bilateral meetings were held including a Poland GUAM meeting (during which the issue of the US missile defense shield on Polish territory was most probably addressed). Private meetings were also held on July 1st and 2nd at the residence of the Georgian President.
US-Georgia War Games
Barely two weeks following the GUAM Summit of July 1-2, 2008, US-Georgian military exercises were launched at the Vaziani military base, outside Tbilisi,
One thousand U.S and six hundred Georgian troops began a military training exercise under Operation "Immediate Response". US troops included the participation of the US Air Force, Army, Marines
and National Guard. While an Iraq war scenario had been envisaged, the military exercises were a dress rehearsal for an upcoming military operation. The war games were completed on July
31st, a week before the onset of the August 7th Georgian attacks on South Ossetia.
Troops from Ukraine and Azerbaijan, which are members of GUAM also participated in Operation "Immediate Response" Unexpectedly, Armenia which is an ally of Russia and a staunch opponent of
Azerbaijan also took part in these games, which also served to create and "train and work together" environment between Azeri and Armenian forces (ultimately directed against
Russia).
Brig. Gen. William B. Garrett, commander of the U.S. military’s Southern European Task Force, was responsible for the coordination of the US-Georgia war games.
Gen. William B. Garrett and Georgian President Mikhail Saakashvili
Russia's War Games in the North Caucasus
Russia began large-scale military exercises involving some 8,000 military personnel, some 700 armored units and over 30 aircraft ( in the North Caucasus republics of the Russian Federation on
July 5th. (Georgian Times, July 28, 2008)
The Russian war games were explicitly carried out in response to the evolving security situation in Abhkazia and South Ossetia. The exercise, dubbed "Caucasus Frontier 2008", involved units
of the 58th Army and the 4th Air Force Army, stationed in the North Caucasus Military District.
A Russian Defense Ministry spokesman acknowledged that the military exercises conducted in the Southern Federal District were being carried out in response to "an escalation in tension in the
Georgian-Abkhaz and Georgian-Ossetian conflict zones,...[and] that Russia’s North Caucasian Military District was ready to provide assistance to Russian peacekeepers in Abkhazia and South Ossetia
if needed.” (Georgian Times, July 28, 2008, RIA-Novosti, July 5,
2008)
These units of the North Caucasian Military District (Army and Air Force) were subsequently used to lead the Russian counterattack directed against Georgian Forces in South Ossetia on August
8th.
Pipeline Geopolitics
A central issue on the GUAM-NATO drawing board at the July GUAM Summit in Batumi, was the Odessa-Brody-Plotsk (Plock on the Vistula) pipeline route (OBP) (see Maps 3 and 4), which brings
Central Asian oil via Odessa, to Northern Europe, bypassing Russian territory. An extension of OBP to Poland's port of Gdansk on the Baltic sea is also envisaged.
It should be noted that the OBP also links up with Russia's Friendship Pipeline (Druzhba pipeline) in an agreement with Russia. Washington's objective is ultimately to weaken and
destabilize Russia's pipeline network --including the Friendship Pipeline and the Baltic Pipeline System (BPS)-- and its various corridor links into the Western Europe energy
market.
It should be noted that Russia has established as part of the Druzhba pipeline network, a pipeline corridor which
transits through Belarus, thereby bypassing the Ukraine. (See Maps 2 and 3 below)
The Baltic Pipeline System (BPS) also operated by Russia's Transneft links Samara to Russia's oil tanker terminal at Primorsk in the Gulf of Finland. (See map below) It carries crude oil from
Russia's Western Siberian region to both North and Western European markets.
Another strategic pipeline system, largely controlled by Russia, is the Caspian Pipeline Consortium (CPC). The CPC is a joint venture arrangement between Russia and Kazakhstan,
with shareholder participation from a number of Middle East oil companies.
The Baltic Pipeline System (BPS) is tied into the Atyrau-Samara (AS) pipeline, which is a joint venture between Russia's Transneft and Kazakhstan's national pipeline operator, KazTransOil.
The AS pipeline in turn links up with the Russia-Kazakhstan Caspian Petroleum Consortium (CPC), which pumps Tengiz crude oil from Atyrau (Western Kazakhstan) to the CPC’s Russian tanker
terminal near Novorossiysk on the Black Sea.
On July 10, 2008, barely a week following the GUAM Summit, Transneft and KazTransOil announced that they were in talks to expand the capacity of the Atyrau-Samara pipeline from 16 to 26
million tons of oil per year. (RBC Daily, July 10, 2008).
The GUAM Transportation Corridor
The GUAM governments represented at the Batumi GUAM Summit also approved the further development of The GUAM Transportation Corridor (GTC), which complements the controversial
Baku Tblisi Ceyhan (BTC) pipeline. The latter links the Caspian Sea basin to the Eastern Mediterranean, via Georgia and Turkey, totally bypassing Russian territory. The BTC pipeline is controlled
by a oil consortium led by British Petroleum.
Both the GTC and the BTC corridors are protected militarily by GUAM and NATO.
The GTC corridor would connect the Azeri capital of Baku on the Caspian sea to the Georgian ports of Poti/ Batumi on the Black Sea, which would then link up with the Ukrainian Black sea port of
Odessa. (And From Odessa, through maritime and land routes to Western and Northern Europe).
Map No 2: Strategic Pipeline Routes. BTC, Friendship Pipeline, Baltic Pipeline System (BPS), CPC, AS

Map No. 3. Russia's Druzhba pipeline system
Map No 4 Eastern Europe. Plock on the Vistula
The Baku Tblisi Ceyan (BTC) Pipeline
The BTC pipeline dominated by British Petroleum and inaugurated in 2006 at the height of the war on Lebanon, has dramatically changed the geopolitics of the Eastern Mediterranean, which is now
linked, through an energy corridor, to the Caspian sea basin:
"[The BTC pipeline] considerably changes the status of the region's countries and cements a new pro-West alliance. Having taken the pipeline to the Mediterranean, Washington has practically set up a new bloc with Azerbaijan, Georgia, Turkey and Israel, " (Komerzant, Moscow, 14 July 2006)

Map No 5. The Baku, Tblisi Ceyan pipeline (BTC)
Pipeline Geopolitics and the Role of Israel
Israel is now part of the Anglo-American military axis, which serves the interests of the Western oil giants in the Middle East and Central Asia. Not surprisingly, Israel has military cooperation
agreements with Georgia and Azerbaijan.
While the official reports state that the BTC pipeline will "channel oil to Western markets", what is rarely acknowledged
is that part of the oil from the Caspian sea would be directly channeled towards Israel. In this regard, an underwater Israeli-Turkish pipeline project has been envisaged which would link Ceyhan
to the Israeli port of Ashkelon and from there through Israel's main pipeline system, to the Red Sea.
The objective of Israel is not only to acquire Caspian sea oil for its own consumption needs but also to play a key role in re-exporting Caspian sea oil back to the Asian markets through the Red
Sea port of Eilat. The strategic implications of this re-routing of Caspian sea oil are farreaching.
What is envisaged is to link the BTC pipeline to the Trans-Israel Eilat-Ashkelon pipeline, also known as Israel's Tipline, from Ceyhan to the Israeli port of Ashkelon. (For further details, see Michel Chossudovsky, The War on Lebanon and the Battle for Oil, Global Research, 26 July 2006)

Map No 6. Trans-Israel Eilat-Ashkelon pipeline
America's Silk Road Strategy: The Trans-Eurasian Security System
The Silk Road Strategy (SRS) constitutes an essential building block of US foreign policy in the post-Cold War era.
The SRS was formulated as a bill presented to the US Congress in 1999. It called for the creation of an energy and transport corridor network linking Western Europe to Central Asia and eventually
to the Far East.
The Silk Road Strategy is defined as a "trans-Eurasian security system". The SRS calls for the "militarization of the Eurasian corridor" as an integral part of the "Great Game". The stated
objective, as formulated under the proposed March 1999 Silk Road Strategy Act, is to develop America's business empire along an extensive geographical corridor.
While the 1999 SRS legislation (HR 3196) was adopted by the House of Representatives, it never became law. Despite this legislative setback, the Silk Road Strategy became, under the Bush
Administration, the de facto basis of US-NATO interventionism, largely with a view to integrating the former Soviet republics of the South Caucasus and Central Asia into the US sphere of
influence.
The successful implementation of the SRS required the concurrent "militarization" of the entire Eurasian corridor from the Eastern Mediterranean to China's Western frontier bordering onto
Afghanistan, as a means to securing control over extensive oil and gas reserves, as well as "protecting" pipeline routes and trading corridors. The invasion of Afghanistan in October 2001
has served to support American strategic objectives in Central Asia including the control of pipeline corridors. Afghanistan border onto Chinese Western frontier. It is also a strategic
landbridge linking the extensive oil wealth of the Caspian Sea basin to the Arabian Sea.
The militarization process under the SRS is largely directed against China, Russia and Iran. The SRS, called for:
"The development of strong political, economic, and security ties among countries of the South Caucasus and Central Asia and the West [which] will foster stability in this region, which is vulnerable to political and economic pressures from the south, north, and east. [meaning Russia to the North, Iraq, Iran and the Middle East to the South and China to the East] (106th Congress, Silk Road Strategy Act of 1999)
The adoption of a neoliberal policy agenda under advice from the IMF and the World Bank is an integral part of the SRS, which seeks to foster "open market economies... [which] will provide positive incentives for international private investment, increased trade, and other forms of commercial interactions". (Ibid).
Strategic access to South Caucasus and Central Asian oil and gas is a central feature of the Silk Road Strategy:
"The region of the South Caucasus and Central Asia could produce oil and gas in sufficient quantities to reduce the dependence of the United States on energy from the volatile Persian Gulf region." (Ibid)
The SRS is also intent upon preventing the former Soviet republics from developing their own economic, political and military cooperation ties as well as establishing broad ties up with China, Russia and Iran. (See Michel Chossudovsky, America's "War on Terrorism", Global Research, Montreal, 2005).
In this regard, the formation of GUAM, which was launched in 1997, was intended to integrate the former Soviet republics into military cooperation arrangements with the US and NATO, which would prevent them from reestablishing their ties with the Russian Federation.
Under the 1999 SRS Act, the term "countries of the South Caucasus and Central Asia" means Armenia, Azerbaijan, Georgia, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Turkmenistan, and Uzbekistan. (106th Congress, Silk Road Strategy Act of 1999).
The US strategy has, in this regard, not met its stated objective: Whereas Ukraine, Azerbaijan and Georgia have become de facto US protectorates, Kyrgyzstan, Kazakhstan, Tajikistan, Armenia and Belarus are, from a geopolitical standpoint, aligned with Moscow.
This extensive Eurasian network of transport and energy corridors has been defined by Washington as part of an American sphere of influence:
"In the Caspian-Black Sea Region, the European Union and the United States have concentrated on setting up a reliable logistics chain to connect Central Asia with the European Union via the Central Caucasus and Turkey/Ukraine. The routes form the centerpiece of INOGATE (an integrated communication system along the routes taking hydrocarbon resources to Europe) and TRACECA (the multi-channel Europe-Caucasus-Asia corridor) projects.
The TRACECA transportation and communication routes grew out of the idea of the Great Silk Road (the traditional Eurasian communication channel of antiquity). It included Georgian and Turkish Black Sea ports (Poti, Batumi, and Ceyhan), railways of Georgia and Azerbaijan, the Baku-Tbilisi-Ceyhan oil pipeline, ferry lines that connect Turkmenistan and Kazakhstan with Azerbaijan across the Caspian Sea/Lake (Turkmenbashi-Baku; Aktau-Baku), railways and highways now being built in Turkmenistan, Uzbekistan, Kyrgyzstan, Kazakhstan, and China, as well as Chinese Pacific terminals as strategically and systemically important parts of the mega-corridor." (See GUAM and the Trans-Caspian Gas Transportation Corridor: Is it about Politics or Economics?),
The Kazakhstan-China Natural Gas Pipeline (KCP)
Barely a few days following the GUAM Summit in Batumi, China and Kazakhstan announced (July 9, 2008) the commencement of construction work of a 1,300-kilometer natural gas
pipeline. The inaugural ceremony was held near Kazakhstan's capital Almaty.
The pipeline which is to be constructed in several stages is expected to start pumping gas in 2010. (See silkroadintelligencer.com, July 9, 2008)
"The new transit route is part of a larger project to build two parallel pipelines connecting China with Central Asia’s vast natural gas reserves. The pipes will stretch more than 7,000
kilometers from Turkmenistan, cross Uzbekistan and Kazakhstan, and enter China’s northwestern Xinjiang region. Uzbekistan started construction of its part this month while Turkmenistan launched
its segment last year." (Ibid)

Map No 7. Kazakhstan-China natural gas pipeline (KCP)
China’s National Petroleum Corporation (CNPC) which is the leading operator of the consortium, "has signed deals with state oil and gas firms of Turkmenistan, Uzbekistan and Kazakhstan
giving them 50 percent stakes in their respective parts of the pipeline."
The KPC pipeline project encroaches upon US strategic interests in Eurasia. It undermines the logic of America's Silk Road Strategy. The KPC is part of a competing Eurasian based transportation
and energy strategy, largely dominated by Russia, Iran and China.
Competing Eurasian Strategy protected by the SCO-CSTO Military Alliance
The competing Eurasian based corridors are protected (against US-NATO encroachment) by two regional military alliances: the Shanghai Cooperation Organization (SCO) and the Collective Security Treaty Organization (CSTO)
The SCO is a military alliance between Russia and China and several Central Asian former Soviet republics including
Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan and Uzbekistan. Iran has observer status in the SCO.
The Collective Security Treaty Organization (CSTO), which plays a key geopolitical role in relation to transport and energy corridors, operates in close
liaison with the SCO. The CSTO regroups the following member states: Armenia, Belarus, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Russia, Tajikistan and Uzbekistan.
Of significance, since 2006, the SCO and the CSTO member countries have conducted joint war games and are actively
collaborating with Iran.
In October 2007, the Collective Security Treaty Organization (CSTO) and the Shanghai Cooperation Organization (SCO) signed a Memorandum of Understanding, laying the foundations for military cooperation between the two organizations. This SCO-CSTO agreement, barely mentioned by the Western media, involves the creation of a full-fledged military alliance between China, Russia and the member states of SCO/CSTO. It is worth noting that the SCTO and the SCO held joint military exercises in 2006, which coincided with those conducted by Iran. (For further details see Michel Chossudovsky, Russia and Central Asian Allies Conduct War Games in Response to US Threats, Global Research, August 2006)
While remaining distinct from an organizational standpoint, in practice, these two regional military alliances (SCO and
SSTO) constitute a single military block, which confronts US-NATO expansionism in Central Asia and the Caucasus.
Full Circle
The US-NATO protected SRS Eurasian transport and energy corridors, are slated to link Central Asia to the Far East, as
outlined in the Silk Road Strategy. At present, the Eastward corridors linking Central Asia to China are protected militarily by the SCO-CSTO.
In terms of Washington's global military and strategic agenda, the Eurasian corridors contemplated under the SRS would inevitably encroach upon China's territorial sovereignty.The proposed US-NATO-GUAM pipeline and transportation corridors are intended to connect, at some future date, with the proposed transport and energy corridors in the Western hemisphere, including those envisaged under the North American Security Prosperity Partnership (SPP).
The Security Prosperity Partnership (SPP) is to North America what the Silk Road Strategy (SRS) is to the Caucasus and Central Asia. They are strategic regional constructs of America's business
empire. They are the building blocks of the New World Order.
The SPP is the result of a similar process of strategic planning, militarization and free market economic integration, largely based on the control of strategic resources including energy and
water, as well as the " protection" of energy and transportation corridors (land and maritime routes ) from Alaska and Canada's Arctic to Central America and the Caribbean basin.
Author's Note: This article has focused selectively on key pipeline corridors with a view to analyzing broad geopolitical and strategic issues.
An examination of the overall network of Eurasian pipeline corridors would require a far more detailed and comprehensive presentation.
Related Article:
|
War in the Caucasus: Towards a Broader Russia-US Military Confrontation?
- by Michel Chossudovsky - 2008-08-10
|

[L'OTAN a pour objectif] «d’exclure les Russes, d’inclure les Américains et de tenir les Allemands sous la botte».
Lord Ismay, premier secrétaire général de l'OTAN
«Nous devons immédiatement convoquer une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord pour évaluer la sécurité de la Géorgie et passer en revue les mesures que l'OTAN peut prendre pour contribuer à stabiliser cette situation très dangereuse.»
Sénateur John McCain, (8 août 2008)
«Si nous avions travaillé de manière préventive avec la Russie, avec la Géorgie, en nous assurant que l'OTAN avait le genre de capacité, la présence et l'engagement idoines, nous aurions pu peut-être éviter ça» [L'invasion de l’Ossétie du sud par la Géorgie et la riposte russe subséquente ].
Tom Daschle, ancien chef de la majorité au Sénat et conseiller du sénateur Barack Obama, (17 août 2008)
«De tous les ennemis des libertés publiques, la guerre est peut-être le plus redoutable parce qu'elle comprend et développe le germe de tous les autres ennemis.»
James Madison (1751-1836), quatrième président des USA
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une relique de la Guerre froide. Elle a été créée le 4 avril 1949 comme une alliance
défensive des pays d'Europe occidentale avec le Canada et les USA pour protéger ceux-ci des empiétements de l'Union soviétique.
Mais depuis 1991, l'empire soviétique n'existe plus et la Russie a coopéré économiquement avec les pays d'Europe occidentale, en leur fournissant du gaz et du pétrole, et des matières premières
en tous genres. Ceci a accru l'interdépendance économique européenne et, par conséquent, considérablement réduit la nécessité d'une telle alliance militaire défensive au-dessus et au-delà de la
défense militaire des pays européens eux-mêmes.
Mais le gouvernement US ne voit pas les choses ainsi. Il préférerait garder son rôle de protecteur paternaliste de l'Europe et d’unique superpuissance au monde. L'OTAN est l’outil qui
convient à cet effet. Mais peut-être le monde devrait-il s’inquiéter de ces gens qui sillonnent la planète avec un bidon d'essence dans une main et une boîte d'allumettes dans l'autre, se faisant
passer pour des vendeurs d'assurances incendie.
En, l’état actuel des choses, c’est un fait que le gouvernement et la nomenklatura des affaires étrangères US considèrent l'OTAN comme un outil important de la politique étrangère US
d'intervention à travers le monde. Étant donné que de nombreux hommes politiques US ne soutiennent plus de facto l'Organisation des Nations Unies comme organisation internationale
suprême consacrée au maintien de la paix dans le monde, une OTAN sous contrôle US semble être, À leurs yeux, un substitut plus attrayant à l'ONU pour fournir une couverture légale aux offensives
militaires par ailleurs illégales qu’ils entreprennent à travers le monde. Ils préfèrent garder le contrôle total sur une petite organisation comme l'OTAN, même si elle est devenue une
institution obsolète, que de devoir faire des compromis à l'ONU, où les USA ont néanmoins une des cinq voix de véto au Conseil de sécurité.
C’est la logique derrière les propositions visant à réorganiser, à réorienter et à élargir l'OTAN, afin de la transformer en un outil flexible de la politique étrangère US. C'est une nouvelle
démonstration de ce que les institutions superflues ont une vie propre. En effet, lorsque leur vocation première n'existe plus, de nouveaux objectifs sont inventés pour les maintenir
en vie.
En ce qui concerne l'OTAN, le plan est d'en faire une alliance politico-militaire impériale et offensive contre le reste du monde, en l’élargissant. Conformément au plan, l'OTAN serait élargie à
l’Europe centrale et orientale pour inclure non seulement la plupart des anciens membres du Pacte de Varsovie (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, Albanie et Hongrie) et
bon nombre des anciennes républiques de l'Union soviétique(Estonie, Lituanie, Lettonie, Géorgie et Ukraine), mais aussi à l’Asie pour inclure le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée
du Sud, et peut-être, au Moyen-Orient, admettre Israël. Aujourd'hui, l'OTAN, qui comptait au départ 12 membres, est passée à 26 membres. À l'avenir, si les USA atteignent leur objectif a sa
manière, l'OTAN pourrait devenir une organisation de 40 membres.
Aux USA, tant les Républicains que les Démocrates voient la transformation de la vieille OTAN en cette nouvelle alliance offensive militaire comme une bonne idée (néocone) pour
promouvoir les intérêts US partout dans le monde, ainsi que ceux de ses proches alliés, comme Israël. Ce n'est pas seulement une idée activement promue par l’administration néocone Bush-Cheney,
mais aussi par les conseillers néoconservateurs des deux candidats à l'élection présidentielle US de 2008, le sénateur John McCain et le sénateur Barack Obama. En effet, les deux candidats sont
d’enthousiastes partisans de l’interventionnisme militaire, et c'est essentiellement parce que tous deux s’appuient sur des conseillers provenant des mêmes milieux néocons.
Par exemple, la précipitation avec laquelle les Bush-Cheney ont imprudemment promis à l'ancienne république soviétique de Géorgie l'adhésion à l'OTAN et fourni un appui et un ravitaillement
militaire US est un bon exemple de la manière dont l'OTAN est perçue à Washington DC par les deux principaux partis politiques US. D'une part, le candidat présidentiel républicain John McCain
envisage un nouvel ordre mondial construit autour d'une "Ligue des démocraties» d’inspiration néocon qui remplacerait de facto les Nations Unies et par laquelle les USA gouverneraient le
monde. D’autre part, le sénateur Barack Obama n'a pas une position très lointaine des propositions de politique étrangère du sénateur McCain. En effet, le sénateur Obama préconise l'utilisation
de la force militaire des USA et des interventions militaires multilatérales dans les crises régionales, pour "des raisons humanitaires", même si ce faisant, l'ONU doit être
court-circuitée.
Par conséquent, si jamais il obtient le pouvoir, il y a fort à parier que le sénateur Obama n'aurait pas de scrupule à adopter la vision du monde du sénateur McCain. Par exemple, les deux
candidats à l'élection présidentielle seraient probablement favorables à la suppression de la clause « no first strike » (ne pas être les premiers à attaquer) de la convention de
l'OTAN. On peut tenir pour acquis que quel que soit l’homme politique qui entrera à la Maison Blanche, le monde sera moins régi par les lois et moins sûr, et la situation ne sera guère meilleure
qu’elle ne l'est sous l’administration voyoute des Bush-Cheney.
Il est toutefois difficile de voir en quoi ce nouveau rôle offensif attribué l'OTAN serait dans l'intérêt des pays d'Europe ou du Canada. L’Europe de l'Ouest, en particulier, a tout à craindre
d'une résurgence de la guerre froide avec la Russie, et peut-être avec la Chine. La transformation de l’OTAN d’organisation militaire de défense de l'Atlantique Nord en une organisation militaire
offensive d’envergure mondiale sous direction US va avoir des répercussions géopolitiques internationales à travers le monde, mais surtout pour l'Europe. L'Europe a une forte attraction
économique pour la Russie. Alors pourquoi s’embarquer dans la politique agressive d'encerclement militaire de la Russie de l'administration Bush-Cheney par un élargissement de l'OTAN aux portes
de la Russie la porte et en plaçant des boucliers anti- missiles juste à côté de la Russie? Ne serait-il pas mieux pour l'Europe de développer des relations économiques et politiques harmonieuses
avec la Russie? Pourquoi préparer la prochaine guerre?
Quant au Canada, sous le gouvernement minoritaire du Néocon Steven Harper, il est malheureusement devenu de facto une colonie US en ce qui concerne les affaires étrangères,
et cela, sans tout débat sérieux ni référendum à cet effet au Canada même. La dernière chose dont le Canada ait besoin serait de poursuivre sur cette route minée.
En conclusion, il semblerait que l’ idée humaniste de faire la promotion de la paix, du libre-échange et du droit international comme fondements de l'ordre mondial a été écartée au profit d'un
retour à la politique de grande puissance et à la diplomatie de la canonnière. Il s'agit d'un retour en arrière de 100 ans.
C’est une honte.
Article original en anglais, Why Not Simply Abolish
NATO?, publié le 20
août 2008.
Traduction Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.
Photo: geolibertaire.org
Une initiative stratégique politiquement orientée
A l’heure d’une fin libérale de l’histoire considérée comme voie inéluctable depuis la chute du communisme soviétique en 1991, l’idée d’une paix démocratique et
éternelle s’est imposée comme une évidence morale. Or, cette vision déterministe de l’histoire, inspirée de Fukuyama (1), a été infirmée par l’évolution géopolitique récente marquée par
l’éclosion de conflits périphériques succédant de facto, à la conflictualité centrale Est/Ouest de la Guerre froide. Sans verser dans un anti-américanisme primaire, on peut supposer que la
stratégie de Washington mise en œuvre en phase post-communiste et avide, au nom de sa ‘’destinée manifeste’’ (2), d’universaliser l’idéologie libérale, n’est pas étrangère à cette impasse.
De ce point de vue on peut, avec légitimité, incriminer la stratégie américaine visant à renforcer son système de domination globale en Eurasie et dans ce but, y
contrôler la montée en puissance d’Etats potentiellement menaçants pour son leadership. En tant qu’acteurs susceptibles d’exercer dans un futur proche une concurrence géopolitique sur l’espace
eurasien, la Russie, la Chine et l’Inde, voire l’Europe, semblent à terme visés. Dans ce contexte, l’extension par l’Amérique du système anti-missile ABM (anti-ballistic system) prend une
signification politique évidente, en vue du contrôle de l’Eurasie ‘’scène centrale de la planète’’, selon l’expert américain Brzezinski (3), et d’y préserver son statut de ‘’seule superpuissance
mondiale’’(4). En cherchant à neutraliser une puissance russe en reconstruction, le bouclier ABM est donc une pièce maîtresse de l’Amérique sur le grand échiquier eurasien, qui dépasse la seule
dimension stratégique et s’inscrit dans une volonté d’hégémonie politique. Cette soif de puissance de l’Amérique se présente, selon R. Kagan (5), chef de file du courant néoconservateur, comme un
fondement objectif et surtout, légitime, de l’ordre libéral international (6).
Dans cet axe, il s’agit de se demander si cette offensive américaine en Eurasie - catalysée par l’ABM - est focalisée contre la menace russe, perçue comme
l’héritière politique de la surpuissante URSS. Au-delà, il convient de s’interroger sur la capacité de l’Amérique à empêcher le ‘’retour’’ de la Russie, voire de réduire son pouvoir au cœur de
son espace d’influence historique hérité du soviétisme, la Communauté des Etats indépendants (CEI). Dans la perception stratégique russe, issue de son Concept de sécurité 2000, toujours en
vigueur, l’ABM s’inscrit dans une démarche globale menaçant à la fois son système sécuritaire et ses prérogatives politiques en CEI. Ce Concept précise que les ‘’menaces contre la sécurité
nationale de la fédération de Russie (…) se manifestent dans les tentatives d’autres Etats de s’opposer au renforcement de la Russie, comme un des centres influents du monde multipolaire, de
gêner la mise en œuvre de ses intérêts nationaux et d’affaiblir ses positions en Europe, au Proche Orient, en Transcaucasie, en Asie centrale et dans la région Asie Pacifique’’(7).
Par ailleurs, dans le texte, il est précisé que ‘’l’apparition potentielle de bases militaires et de contingents militaires étrangers, à proximité directe des frontières de la Russie’’ fait
partie des menaces majeures contre la sécurité nationale russe. Autrement dit, les bases de l’Otan et des Etats-Unis (dont celles du futur ABM) sont implicitement visées. Or en janvier 2000 -
date de l’élaboration du Concept stratégique - le bouclier anti-missile n’était encore qu’à l’état de vague projet. On peut donc supposer que la future doctrine stratégique russe, en voie de
révision, se focalisera davantage contre ces initiatives douteuses de l’Occident, à but théoriquement défensif, mais qui tendent à stigmatiser la menace russe. Ces stratégies militaires
insidieuses d’Etats membres de l’Otan ont été dénoncées le 20 novembre 2007, par le président Poutine, précisant que la Russie ne resterait pas ‘’indifférente face à cette façon de jouer les
muscles’’ (8). Dans ce schéma il s’agit de se demander si l’extension eurasienne du système ABM - en parallèle à celle de l’Otan - s’inscrit dans la stratégie de long terme du roll back
(refoulement) de la puissance russe, théorisée par Zbigniew Brzezinski. Un élément clé est l’encerclement de la puissance russe grâce à la déstabilisation de ses régions frontalières et
l’instauration d’une ceinture politico-stratégique visant – via l’ABM et l’Otan – à isoler cette dernière. Comme l’a rappelé sans aucune ambiguïté, Henry Kissinger, ancien conseiller du président
Nixon, ‘’L’Otan doit rester un rempart contre une Russie toujours tentée par le démon de l’impérialisme’’(9).
Dans ses grandes lignes, le 11 septembre a fourni une indéniable opportunité à l’administration néo-conservatrice, nourrie d’un ‘’orgueil impérial démesuré’’ selon
l’aveu surprenant de Brzezinski en février 2007 (10), d’accélérer cette stratégie anti-russe. En cela, le double redéploiement actuel de l’ABM et de l’Otan autour de la Russie apparaît comme une
initiative stratégique politiquement non neutre et surtout, selon Moscou, une trahison des promesses issues de la fin de la Guerre froide.
L’ABM s’inscrit dans une ligne historique anti-russe
La crise du 11 septembre a été utilisée par Washington comme levier de la révision du statut politique de l’atome dans les équilibres stratégiques internationaux.
Profitant de l’opportunité de son rapprochement avec la Russie et de l’euphorie née de sa victoire afghane qui, dans un premier temps, a renforcé la légitimité de son leadership et de son avancée
en zone post-soviétique, Washington s’est unilatéralement retirée le 13 décembre 2002 du traité ABM américano-soviétique de 1972, pour pouvoir développer une défense anti-missile face aux
nouvelles menaces. Signé conjointement à Moscou par R. Nixon et L. Brejnev, le 26 mai 1972, en plein cœur de la guerre froide, le traité ABM visait à réduire les tensions internationales et à
renforcer la confiance entre les deux Etats ennemis, auto-légitimés comme ’’puissances élues’’. Jusqu’à présent, en freinant le développement de boucliers anti-missiles, ce traité avait pu
préserver le principal élément de puissance (nucléaire) de la Russie fédérale, hérité d’une URSS brejnévienne sur-militarisée et qui, en 1970, avait fini par surpasser la puissance nucléaire
américaine. Marquée dans sa mémoire stratégique, l’Amérique se devait de réagir, tôt ou tard. Elle le fera, brutalement, avec son initiative du bouclier ABM empreinte d’un unilatéralisme
arrogant. De ce point de vue, le nouveau projet anti-missile de G.W. Bush est un vecteur de déstabilisation des rapports de forces américano-russes.
A l’origine, l’initiative américaine implique l’abandon de la rationalité sous-jacente aux équilibres nucléarisés de la Guerre froide et partiellement fondés sur le
traité ABM de 1972. Or c’est cette rationalité structurée par l’atome - via le principe de dissuasion - qui a maintenu, jusque là, le statut international de l’Etat russe, dans le prolongement du
soviétisme (11). En effet, le traité ABM de 1972 institutionnalise la fonction politique de l’atome militaire, d’une part comme variable structurante (donc identitaire) du pouvoir des deux
superpuissances antagonistes et d’autre part, comme variable régulatrice (donc stabilisatrice) des grands équilibres internationaux. Ainsi, l’équilibre de la terreur se fondait sur l’idée de
l’impossibilité d’une guerre totale, du fait du principe de ‘’destruction mutuelle assurée’’ (mutually assured destruction, MAD) rendu possible par les surcapacités nucléaires des deux blocs.
L’atome est donc un symbole fort de l’affrontement idéologique Est/Ouest et in fine, peut être considéré comme le verrou d’un conflit central stabilisateur.
En fait, l’initiative ABM en vue de l’instauration d’un bouclier global en Eurasie fait suite à une série de tentatives avortées et structurellement inspirées d’une
logique anti-russe. La ligne historique de la stratégie américaine s’inscrit en effet dans un désir endémique de protéger son espace national, voire dans la période la plus récente, sa zone
d’influence idéologique. Dès 1957, le programme défensif ‘’Nike Zeus’’ prévoyait des intercepteurs de longue portée à charge nucléaire, capables de détruire en vol les missiles visant les
Etats-Unis. En 1966, le programme ‘’Sentinel’’ espère installer autour des grandes villes américaines, cibles probables des Soviétiques, des silos de missiles intercepteurs. En 1974, ‘’Sentinel’’
est transformé en ‘’Safeguard’’, programme centré sur la protection des sites de lancement de missiles intercontinentaux. En 1969, en pleine Guerre froide, le président des Etats-Unis, Richard
Nixon lance le projet (abandonné peu après) d’une défense anti-missile, pour faire face à la menace communiste et au danger virtuel des puissances nucléaires émergentes. En 1979, l’Otan lance le
projet d’installer des missiles à moyenne portée (Pershing II, portée de 1770 kms) au cœur de l’Europe dans le but de contrebalancer les forces soviétiques, dont les fameux missiles SS-20 (portée
de 1600 kms). Cette installation des missiles Pershing commence effectivement en novembre 1983. La même année, le 23 mars 1983, apparait l’Initiative de défense stratégique (IDS) de Ronald Reagan
en vue de créer un bouclier spatial et, surtout, épuiser l’économie soviétique dans une course technologique au surarmement. En fait, faute d’une réelle efficacité, l’ensemble de ces programmes
ont conduit à une impasse et de ce fait, été progressivement abandonnés.
Au début des années 2000, la nouvelle initiative anti-balistique de Washington - le projet ABM - illustre sa volonté de ne pas traiter d’égal à égal (et de le faire
sentir) une Russie affaiblie par la transition post-communiste et d’occulter son avis sur les décisions stratégiques, en dépit de leur rapprochement depuis la création du Conseil Russie-Otan en
juin 2002. En fait, ce Conseil s’est très vite révélé, selon les russes, un ‘’aimable club de discussion’’, visant à donner un vernis démocratique au monopole américain et notamment, à entériner
ex-post des décisions unilatérales. En décembre 2007, cette manipulation du Conseil a été suspectée par Moscou d’accélérer et de légitimer la double extension vers l’Est de l’Otan et de l’ABM. Le
chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a récemment déploré ‘’l’inconsistance des décisions prises à caractère unilatéral’’, le plus souvent ‘’au détriment de nos intérêts nationaux’’ et a
visé, en particulier, ‘’les projets prévoyant l’élargissement de l’Otan vers l’Est ou le déploiement en Europe d’éléments du système stratégique américain de défense anti-missile’’ (12).
Le 20 novembre 2007, V. Poutine a mis l’accent sur l’illégitimité des décisions de certains membres de l’Otan, qui ‘’développent leurs ressources militaires en dépit de leurs engagements
antérieurs et ce, à proximité de nos frontières’’ (13). Mais, désormais, le plus inquiétant est la démesure du projet ABM et surtout, son instrumentalisation politique dans l’optique de la
sécurisation, voire de l’élargissement de la sphère d’influence américaine – sur la base des mécanismes de l’Otan. Aujourd’hui, la Russie est préoccupée par la coopération entre le Japon et les
Etats-Unis qui serait, selon Lavrov, destinée à créer un système anti-missile nippo-américain dans le cadre du bouclier américain global centré sur l’Eurasie. Le ministre considère que la
construction de ce dernier vise à assurer ‘’la suprématie militaire’’ des Etats-Unis et, en théorie, ‘’peut être utilisé contre les armements stratégiques russes et chinois’’ (14). Autrement dit,
la Russie se sent visée par l’extension eurasienne du bouclier ABM qui constitue, dans sa vision stratégique, une menace latente.
Sur la base des ‘’recommandations’’ de P. Wolfowitz sur le maintien de la suprématie américaine, prônant de bloquer toute puissance concurrente sur l’espace
post-soviétique et reprises en 2002 par la nouvelle doctrine stratégique américaine, les craintes russes sont parfaitement justifiées (15). A l’époque, le Secrétaire adjoint à la défense de G.W.
Bush affirme ainsi, sans ambages : ‘’Notre premier objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou n’importe où, qui
présenterait une menace comparable à celle de l’ancienne Union soviétique’’ (16). Au regard de l’agressivité actuelle de la politique américaine à l’égard de la Russie, on peut penser que cette
dernière représente désormais un redoutable ‘’rival’’ exprimant une ‘’menace comparable’’ à celle de l’ancienne URSS, pour rependre les termes de Wolfowitz.
Dans cette hypothèse, le déploiement de l’ABM serait prioritairement axé sur le contrôle de la puissance russe, dont le retour serait politiquement dangereux pour le leadership américain. En
fait, l’approche de Wolfowitz prolonge la doctrine Kennan (17) du containment (endiguement) de la puissance russe, dépassée et radicalisée en phase post-communiste par la doctrine Brzezinski dans
l’optique de son refoulement (18). Au cœur même de l’ex-URSS, note Brzezinski, ‘’s’est formé avec l’encouragement des Etats-Unis, un axe Tachkent-Bakou-Tbilissi-Kiev réduisant l’influence de la
Russie à sa périphérie’’. Indéniablement, il y a là les éléments d’une troublante continuité historique, centrée sur la déstabilisation de la CEI et l’encerclement politico-stratégique de la
puissance russe, en vue de l’affaiblir. Or officiellement, le double affaiblissement de la CEI et de l’influence russe est considéré comme une ‘’menace principale’’ contre la sécurité nationale
de la Fédération de Russie (19).
L’ABM comme facteur de déstabilisation stratégique
Pour l’Amérique, l’abrogation du traité ABM de 1972 était nécessaire à la mise en œuvre d’un bouclier anti-missile destiné à renforcer son autonomie stratégique et à
sanctuariser son espace politique et par ce biais, élargir son espace potentiel d’intervention. Cela explique l’attachement de la Russie soviétique puis fédérale au traité de 1972, pierre
angulaire de la stabilité stratégique internationale, et dont l’abandon a été qualifié très tôt de ‘’décision erronée’’ par le président Vladimir Poutine. Dans un premier temps, le président
russe a avancé l’idée que cette initiative favoriserait la prolifération missilière. En effet, en autorisant l’émergence de systèmes anti-missiles, elle risquait, selon lui, de pousser certains
pays à développer en quantité et qualité des armes nouvelles destinées à contourner cette protection – notamment par le principe de saturation.
Dans un second temps, le président Poutine a émis l’idée que le système anti-missile de l’administration Bush menaçait directement les intérêts russes. Cette hypothèse est reprise comme un
leitmotiv dans le discours de Sergueï Lavrov, affirmant que les menaces des missiles iraniens ou sud coréens invoquées pour justifier le système ABM ne sont pas crédibles et sont, en quelque
sorte, un faux prétexte. Dans un troisième temps, dans son discours de Munich du 10 février 2007, V. Poutine a ouvertement accusé l’Amérique d’utiliser le bouclier ABM pour renforcer son système
de domination unipolaire. L’Amérique est, en particulier, suspectée d’utiliser le bouclier pour se protéger de représailles éventuelles issues de son ingérence croissante dans des zones
sensibles. En ce sens, elle cherche à se donner les moyens (stratégiques) de son offensive impérialiste.
Dans la vision russe, le développement d’un ABM eurasien, élargi à l’est européen (Pologne, Tchéquie) et à la zone post-soviétique (CEI, principalement au Caucase et
en Ukraine), s’inscrit dans la logique unilatéraliste de la politique américaine fondée sur la force et dénoncée par V. Poutine dans son harangue anti-impérialiste de Munich. Le président russe a
alors ouvertement condamné ‘’l’emploi hypertrophié, sans aucune entrave, de la force – militaire – dans les affaires internationales’’ (20). Ce faisant, il confirme le durcissement de la doctrine
stratégique russe, qui sous son influence depuis 2000, dénonce ‘’l’importance des aspects de force militaire dans les relations internationales’’ (21). Dans ce cadre, l’insertion de l’ABM
américain dans une stratégie globale de contrôle de l’espace eurasien post-communiste est perçue par la Russie comme une atteinte contre ses intérêts nationaux élargis - dans la continuité
soviétique - à sa proche périphérie.
Le 8/11/2007, lors d’une conférence sur le thème “Défense antimissile: un bouclier pour l’Occident”, Vladimir Egorov, chef adjoint du département des traités internationaux au ministère russe de
la Défense, a affirmé que la tendance des Etats-Unis à occulter les préoccupations russes prouvait que le projet ABM est bien ‘’dirigé contre la Russie’’ (22). Cette hypothèse est renforcée par
la rumeur de l’implantation prochaine d’un radar dans les régions caspienne et caucasienne, au sud de la Russie. Selon l’expert Ivan Safrantchouk, cette infrastructure serait susceptible d’être
utilisée contre la Russie (23). Le 15/12/2007, cela a été confirmé par Iouri Balouïevski, chef d’Etat-major général des Forces armées russes, dans une conférence de presse. Balouïevski a en effet
affirmé que ‘’L’objectif réel du déploiement de la troisième zone de positionnement de l’ABM ne correspond pas à son but officiel. Celui-ci cherche à modifier l’équilibre européen des systèmes de
défense” (24) et surtout, prévenir tout conflit avec la Russie. En conséquence, la Russie est contrainte de renforcer son potentiel stratégique dans l’optique d’assurer la défense de ses intérêts
vitaux, notamment face aux manœuvres militaires suspectes à proximité de ses frontières, sous la conduite de l’Otan et - suprême provocation - en association avec d’anciennes républiques
soviétiques.
Cette préoccupation est rappelée par V. Poutine : ‘’La Russie a suffisamment de forces et de moyens pour se défendre et défendre ses intérêts aussi bien sur son
territoire que dans d’autres régions du monde’’ (25). En définitive, du point de vue russe, l’ABM - associée au renforcement de l’Otan - entraînera une instabilité stratégique structurelle,
découlant d’un déséquilibre des forces au profit de la puissance américaine. En fait, cette crainte est présente dés 2000 du fait de l’intervention de l’Otan ‘’en dehors de la zone de
responsabilité du bloc’’ et perçue, depuis la crise yougoslave, comme ‘’une menace de déstabilisation de la situation stratégique dans le monde’’ (26). Or la Russie, dans la tradition soviétique,
reste attachée au principe de l’équilibre bipolaire des forces nucléaires russes et américaines qui implique de préserver une capacité (dissuasive) de riposte. Cela est très clair dans
l’avertissement de l’ancien chef d’état major des troupes russes de missiles stratégiques, le général Viktor Essine, lancé le 11 octobre 2007 : ‘’Même si l’équilibre n’est pas encore total, nous
devons en matière de riposte être constamment prêts à infliger aux Américains des dommages intolérables (…)’’ (27) A terme, la Russie redoute une remise en cause des équilibres géopolitiques -
donc, de son statut - dans le monde et surtout, sa marginalisation comme simple puissance régionale du fait de la neutralisation par l’ABM du levier nucléaire. Autrement dit, la Russie redoute
une rupture stratégique qui rendrait caduc son retour comme grande puissance.
Neutralisation de la fonction politique de l’atome
Dans sa finalité latente, le bouclier ABM vise à contrôler le retour de la Russie en réduisant d’une part, sa force projetable sur la scène internationale et d’autre
part, sa domination stratégique sur l’espace post-soviétique. Il s’agit, en quelque sorte, d’empêcher la puissance russe d’utiliser l’atome comme levier politique dans sa sphère d’influence, en
vue de son renforcement.
L’atome apparaît comme un élément structurel de la puissance russe soviéto-fédérale et symbolise un lien identitaire avec son ancien statut de grande puissance. Il
permet à la Russie, par la puissance projetée, de faire entendre sa voix et surtout, de peser sur les grandes décisions internationales. Dans un passé pas si lointain, il a été le vecteur de
l’expansion idéologique du communisme et de sa défense face aux velléités agressives de l’ennemi américain, brandissant la menace d’une attaque nucléaire préventive. A l’époque de la Guerre
froide, les Etats-Unis ont ainsi adhéré à l’idée d’une première frappe stratégique, dans le but de déstabiliser la sphère communiste et stopper son expansion sous leadership soviétique. Cela a
profondément marqué la mémoire stratégique russe, l’obligeant à une veille permanente.
Sur un plan historique, l’atome a joué un rôle clé dans la logique sécuritaire de la Russie. Il a notamment renforcé sa structure de défense périphérique, sur la
base d’un glacis protecteur formé aujourd’hui par la CEI. Cette dernière forme d’ailleurs son ‘’étranger proche’’ selon la terminologie russe, qui signifie sa zone d’intérêts vitaux. En d’autres
termes, la CEI est considérée par Moscou comme une zone d’intervention potentielle, justifiant de ce fait sa protection par le nucléaire russe. Cela est confirmé par son Concept de sécurité 2000
qui stipule un droit d’ingérence inaliénable de Moscou pour sécuriser la zone post-soviétique, fragilisée par les crises politiques et nationalistes. Cette orientation militaire de la ligne
sécuritaire, à l’échelle de la CEI, est favorisée par l’influence politique croissante des siloviki, les représentants des structures de forces, plus ou moins liés aux lobbies du complexe
militaro-industriel russe. Les siloviki et les élites militaires, avides de développer ce dernier - sur la base du levier nucléaire - sont politiquement favorables au durcissement de la pensée
stratégique russe, sous prétexte de la résurgence de l’ennemi historique (américain).
La menace virtuelle de ‘’l’ennemi’’ est un régulateur unitaire de la société russe et en quelque sorte, nécessaire au métabolisme de son système politique. A juste titre, Jacques Fontanel parle
‘’d’ennemi systémique’’ (28). Mais désormais face à l’ennemi virtuel, il s’agit pour l’Etat russe de défendre - au moyen de l’atome, si nécessaire - ses intérêts nationaux fondés sur la stabilité
politico-stratégique de la CEI (dont sont issus ses ‘’alliés’’). Son Concept sécuritaire précise, en particulier, que ‘’L’objectif essentiel de la Fédération de Russie est la réalisation de la
dissuasion en vue de prévenir une agression de n’importe quelle envergure, y compris avec l’emploi de l’arme nucléaire, contre la Russie et ses alliés’’ (29). Le nucléaire a donc une fonction
(stabilisatrice) de cohésion politique en CEI sous le leadership russe mais, dans le même temps, il exerce une pression latente sur les anciennes républiques infidèles en vue de leur soumission.
En ce sens, l’atome est un levier essentiel de l’autorité russe en zone post-soviétique. En neutralisant la puissance nucléaire russe, la stratégie américaine de l’ABM rend de facto caduc cette
fonction politique de l’atome. Or, face à l’érosion de son pouvoir, la Russie ne peut rester inactive, sous peine d’être définitivement marginalisée.
Dans ce contexte, on perçoit un autre objectif implicite de la stratégie ABM, visant à réduire la dépendance stratégique des républiques post-soviétiques vis-à-vis
de Moscou et, par ce biais, éroder sa domination politique. En fait, cet objectif s’inscrit dans la stratégie Brzezinski de détachement de la CEI de la domination russe. Dés 1997, ce dernier
reconnait que ‘’(…) malgré sa puissance nucléaire, elle (la Russie: jg) subit un recul catastrophique. Les Etats-Unis s’emploient à détacher de l’empire russe ce qu’on dénomme aujourd’hui à
Moscou ‘’l’étranger proche’’, c’est-à-dire les Etats qui autour de la Fédération de Russie constituaient l’Union soviétique’’ (30). Cette stratégie suppose de maintenir une Russie faible,
incapable de rétablir son hégémonie en zone post-soviétique. L’Occident, souligne H. Kissinger, ‘’a le devoir d’encourager la Russie à renoncer à prétendre dominer ses voisins’’. Dans le cas
contraire, avertit ce dernier, ‘’on verra inéluctablement ressurgir des tensions comparables à celles de la guerre froide’’ (31).
En empiétant sur les prérogatives de Moscou au cœur de son espace historique, l’Amérique manifeste une ingérence certaine dans sa ceinture sécuritaire, au risque de la déstabiliser. A juste
titre, la Russie redoute qu’après l’installation du système anti-missile, certains de ses anciens alliés (dans un premier temps, l’Ukraine et la Géorgie) rejoignent l’Otan dans l’optique de
s’isoler de la ‘’menace russe’’, suspectée de vouloir reconstituer son Empire. Sous l’impulsion russe, le renforcement de l’alliance politico-stratégique OCS (Organisation de coopération de
Shanghai (32) semble justifié et, selon une logique d’équilibre stratégique, adapté à l’avancée provocante de l’Otan en zone post-soviétique. En outre, la Russie voit dans la création du GUAM
(33) en 1997, une manipulation américaine visant à encourager une alliance anti-russe dans le but de l’affaiblir et de l’écarter du transit des hydrocarbures dans la région
Caspienne-Transcaucasienne. A travers l’OCS, la Russie cherche donc à créer un axe eurasien contrebalançant les alliances de l’Otan et du GUAM, dont l’hostilité est perçue comme un relent de
Guerre froide.
L’enjeu de l’ABM est donc au cœur d’une lutte d’influence impériale en Eurasie entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide. En ce sens, on peut considérer que
la stratégie offensive des Etats-Unis en zone post-communiste vise, à terme - via l’ABM - à instaurer une nouvelle forme de dépendance politique de cette zone à l’égard de son leadership
triomphant. Au moyen d’une adroite manipulation des acteurs clés de l’échiquier eurasien, il s’agit désormais pour l’Amérique de verrouiller sa suprématie mondiale. Cela est explicitement défini
dans la ligne Brzezinski : ‘’La longévité et la stabilité de la suprématie américaine sur le monde dépendront entièrement de la façon dont ils (les Etats-Unis : jg) manipuleront ou sauront
satisfaire les principaux acteurs géostratégiques présents sur l’échiquier eurasien et dont ils parviendront à gérer les pivots géopolitiques clés de cette région’’ (34).
Dans le même temps, la stratégie ABM cherche à pénétrer un espace post-soviétique longtemps interdit et surtout, y jeter les bases d’une domination stable, isolée
des menaces extérieures. Mais cette domination vise aussi, de manière insidieuse, à renforcer les positions de Washington dans le ’’grand jeu’’ eurasien centré sur le contrôle des ressources et
des corridors énergétiques. Protégée par son bouclier, l’Amérique pourra étendre ses interventions en zones caucasienne et centre-asiatique, pour renforcer ses pressions politiques sur les
régimes post-soviétiques et par ce biais, son influence potentielle. Sur la base d’une stratégie préventive émancipée du droit international et élevée au rang de dogme par M. Walzer (35) - le
théoricien libéral de la guerre juste - l’Amérique pourra instaurer une forme de domination légitime au nom d’une ‘’idéologie universaliste’’, selon l’expression de R. Kagan (36).
A ce jour, Washington a soutenu politiquement et financièrement le tracé de tubes contournant le territoire russe pour comprimer le monopole énergétique et en définitive, le pouvoir de Moscou
dans la région. Dans ses grandes lignes, cette stratégie a été illustrée par la construction de l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) fortement appuyée par Z. Brzezinski, dans l’optique de
développer le ‘’pluralisme géopolitique’’ en zone post-soviétique mais en fait, pour isoler et fragiliser Moscou. Selon ce dernier, ‘’La stabilité du pluralisme en Eurasie (…) vise à empêcher
l’émergence d’une puissance unique susceptible d’y exercer sa domination’’ (37). On perçoit là les éléments d’une stratégie consciemment axée sur le refoulement politique de la puissance russe et
inscrivant l’ABM dans une stratégie plus globale à l’échelle de l’Eurasie. La Russie peut donc, avec raison, redouter l’instrumentalisation de l’ABM eurasien comme levier de l’unilatéralisme
américain, sous couvert de protéger le pluralisme démocratique sur le pourtour de la Russie (38).
L’ABM comme levier de compression de la puissance russe
Aujourd’hui, Moscou considère comme ‘’menaces majeures’’ pour sa sécurité les manœuvres d’Etats ou d’organisations internationales visant à réduire son influence
comme centre de puissance dans le système mondial. A moyen terme, le déclin de son influence en zone post-soviétique pourrait être accéléré d’une part, par l’extension eurasienne du bouclier
anti-missile américain et d’autre part, par celle de l’Otan à ses zones périphériques. Or ces mesures politiquement orientées ont réactivé la peur ancestrale de l’encerclement, désormais présente
dans le discours stratégique russe. Cela est explicite dans les propos du général Gareev, président de l’Académie des sciences militaires de Moscou, lors de son rapport sur les grandes lignes de
la nouvelle doctrine militaire de la fédération de Russie, le 20 janvier 2007 : ‘’les menaces militaires pesant sur la Russie se maintiennent, il existe un risque de conflits armés et, dans
certaines circonstances, d’éclatement d’une guerre majeure. Les grandes puissances veulent manifestement effectuer un bond qualitatif pour parvenir à la suprématie militaro-technologique, de
puissants dispositifs de forces, déstabilisant considérablement l’équilibre militaire, sont déployés aux portes de la Russie. On ne peut non plus ignorer le fait que l’OTAN étend sa sphère
d’activité et se propose d’agir à l’échelle globale’’ (39). Ainsi, dans la perception russe, l’ABM - associé au levier otanien - s’inscrit dans une recherche incessante de la supériorité
stratégique sur sa périphérie post-soviétique, au mépris de ses inquiétudes.
Dans l’optique d’intégrer ces pressions militaro-politiques sur ses zones frontalières la Russie a, dés la fin des années 90, infléchi sa ligne extérieure et en
2007, est sur le point de réviser sa doctrine stratégique en vue d’affronter les velléités agressives de l’Amérique catalysées par l’ABM. Selon I. Balouïevski, le déploiement futur du bouclier
ABM montre que la possibilité d’un ‘’affrontement direct’’ avec la Russie est désormais intégrée dans la stratégie américaine (40), rendant vitale la révision de la doctrine stratégique russe. En
conséquence, la nouvelle orientation doctrinale sera marquée par un recentrage sur les forces nucléaires stratégiques et tactiques tenues, selon V. Poutine, ‘’de rechercher de nouvelles
possibilités pour neutraliser – y compris au stade précoce – les menaces pesant sur la Russie’’ (41).
Pour reprendre une analyse récente, il s’agit bien d’un ‘’retour de l’atome rouge’’, sur la base des anciennes normes stratégiques soviétiques (42). Cette volonté structurelle de la Russie
d’équilibrer la menace ABM, conformément au principe du balancier stratégique, est traduite aujourd’hui à la fois par le durcissement de sa doctrine militaire et la hausse sensible de son budget
de défense (43). Or l’ampleur de cet effort budgétaire inquiète le gendarme américain et justifie une étroite ‘’surveillance’’, selon la secrétaire d’Etat C. Rice (44). Dans son essence,
l’extension de l’ABM pose donc le double problème du statut de l’atome dans la régulation des équilibres géopolitiques et de son poids comme critère de puissance internationale, auquel est
attachée la Russie depuis l’ère soviétique. En réduisant la fonction politique de l’atome, l’ABM s’inscrit donc dans une stratégie détournée de compression de la puissance russe et de son statut
sur la scène internationale.
Dans ce schéma, la mise en œuvre du projet ABM posera, dans une échéance proche, la question du rôle de la Russie dans l’ordre mondial issu du post-communisme et
légalisant de facto, un système de domination globale d’inspiration messianique. A terme, un enjeu majeur sera la capacité de l’actuelle gouvernance libérale, sous leadership américain, à
promouvoir un monde multipolaire plus démocratique, dans le prolongement de la novoe mychlenie (nouvelle pensée) gorbatchévienne, issue d’une révolution impossible (45). Dans son avertissement de
Munich dénonçant l’illégitimité du monde unipolaire, sous l’impulsion de l’Amérique comme ‘’avant-garde d’une révolution libérale planétaire’’ (46), Vladimir Poutine l’a amplement souligné.
Point Fort, 24 décembre 2007.
1 -Fukuyama F. (1992) : ‘’La fin de l’histoire et le dernier homme’’, éd. Flammarion.
2 - Podhoretz N. (2000) : ‘’Pour une diplomatie néo-reaganienne’’, Politique internationale, n°89, automne 2000.
3 - Zbigniew Brezinski, ancien conseiller du Président Carter, exprime la continuité de la politique étrangère américaine. Il fonde cette dernière sur les deux concepts stratégiques clés de Henry Kissinger, promoteur de la Realpolitik en phase de guerre froide : l’équilibre des puissances théorisé par Metternich et la doctrine du containment élaborée par George Kennan. Il préconise aujourd’hui la déstabilisation des zones périphériques de la Russie en vue de son encerclement.
4 - Brzezinski Z. (1997, p. 249) : “Le grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde”, éd. Bayard.
5 - Kagan R. (2006) : ‘’La puissance et la faiblesse’’, suivi de ‘’Le revers de la puissance’’, éd. Hachette littératures, Pluriel Actuel.
6 - Sur ce point, Kagan rappelle que ‘’Les Etats-Unis sont à tous égards une société libérale, progressiste et, dans la mesure où ils croient à la puissance, les américains pensent que celle-ci doit servir à promouvoir les principes d’une civilisation libérale et d’un ordre mondial libéral’’. Kagan R. (2006, p. 69), op. cit.
7 - ‘’Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie’’, Décret présidentiel n°24, 10 janv. 2000. Souligné par moi.
8 - www.fr.rian.ru , ‘’Poutine accuse l’Otan de jouer des muscles’’, 20/11/2007.
9 - Kissinger H. (2004, p. 110) : ‘’La Nouvelle Puissance Américaine’’, éd. Fayard, le Livre de Poche.
10 - www.legrandsoir.info, ‘’La bombe de Brzezinski : Bush cherche un prétexte pour attaquer l’Iran’’, Barry Grey, 5/02/2007.
11 - Après l’implosion de l’URSS en 1991 et en dépit de l’effondrement de l’économie russe - phase de décroissance jusqu’en 1998 - l’atome militaire a permis à Moscou de garder un certain statut sur la scène internationale. Il s’agit là d’une inertie soviétique.
12 - www.fr.rian.ru , ‘’Lavrov rejette la thèse de l’agressivité de la politique extérieure russe’’, 25/10/2007.
13 - www.fr.rian.ru , ‘’Poutine accuse l’Otan de jouer des muscles’’, 20/11/2007.
14 - www.fr.rian.ru , ‘’ABM : La Russie préoccupée par la création d’un système anti-missile nippo-américain’’, S. Lavrov, 13/10/2007.
15 - Le 11 septembre 2002, douze ans jour pour jour après le discours historique de son père au Congrès sur le Nouvel ordre mondial, George W. Bush promulgue la nouvelle Stratégie nationale de sécurité des États-Unis d’Amérique (The National Security Strategy of the United States of America). Cette doctrine a été élaborée par Cheney, Wolfowitz et Khalilzad.
16 - ‘’Recommandations pour une politique de défense pour les années fiscales 1994-1999’’, P. Wolfowitz, document du 18/02/1992. Souligné par moi.
17 - En juin 1947, dans un article ‘’The Sources of Soviet Conduct’’, Kennan note la détermination de Staline à internationaliser la révolution communiste. Afin de contenir l’expansionnisme soviétique, il prône une politique d’endiguement connue comme doctrine Truman.
18 - ‘’La partie qui se joue dans le pourtour de la Russie n’est plus l’endiguement de la guerre froide mais le refoulement’’ (…)’’. Brzezinski Z. (1997, p. 20), op. cit.
19 - ‘’Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie’’, op. cit.
20 - www.solidariteeetprogres.org , ‘’Discours de Vladimir Poutine à la Conférence de Munich’’, traduction RIA Novosti, 20/02/2007.
21 - ‘’Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie’’, op. cit.
22 - www.fr.rian.ru , ‘’ ABM: Moscou dénonce la “hâte” de Washington’’, 8/11/2007.
23 - www.fr.rian.ru , ‘’ABM : Washington vise désormais le Caucase’’, 7/11/2007.
24 - www.fr.rian.ru , ‘’ ABM: une volonté de modifier l’équilibre des systèmes de défense européens’’, I. Balouïevski, 15/12/2007.
25 - www.fr.rian.ru , ‘’La Russie a suffisamment de forces et de moyens pour défendre ses intérêts’’, V. Poutine, 18/10/2007.
26 - ‘’Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie’’, op. cit.
27 - www.fr.rian.ru , ‘’ABM : les américains oublient les leçons de la crise de Cuba’’, V. Essine, 11/10/2007.
28 - Fontanel J. (1998, p.6) : ‘’L’économie russe, ou la transition douloureuse’’ in ‘’L’avenir de l’économie russe en question’’, PUG (sous la direction de).
29 - ‘’Concept de sécurité nationale de la fédération de Russie’’, op. cit. Souligné par moi.
30 - Brzezinski Z. (1997, pp. 18-19), op. cit. Souligné par moi.
31 - Kissinger H. (2004, pp. 105-106).
32 - L’organisation de coopération de Shanghai (OCS) est une organisation régionale qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle a été crée à Shanghai les 14 et 15 juin 2001 par les présidents des six pays eurasiatiques.
33 - GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) : alliance politique, économique et stratégique destinée à renforcer, hors de la tutelle russe, l’indépendance et la souveraineté de ses pays membres. Cette alliance fait l’objet d’une véritable controverse : instrumentalisation américaine ou démarche volontaire ?
34 - Brzezinski Z. (1997, p. 250), op. cit. Souligné par moi.
35 - Walzer M. (1998): ‘’The Hard Questions: Lone Ranger’’, The New Republic, 27/04/1998.
36 - Kagan R. (2006, p. 234), op. cit.
37 - Brzezinski Z. (1997, p. 266), op. cit. Souligné par moi.
38 - ‘’Геополитика : Русская рулетка‘’, Brzezinski Z., Vedomosti, 30 mars 2005.
39 - www.voltairenet.org , ‘’Général Gareev : la Russie sera l’arbitre géopolitique des conflits à venir’’, V. Litovkine, 26/01/2007. Souligné par moi.
40 - www.fr.rian.ru , ‘’Les Etats-Unis n’excluent pas la possibilité d’un affrontement direct avec la Russie’’, I. Balouïevski, 15/12/2007.
41 - www.fr.rian.ru , ‘’Les forces nucléaires russes doivent pouvoir riposter à toute agression’’, 20/11/2007. Souligné par moi.
42 - www.regard-est.com , ‘’Le retour de l’Atome rouge, amorce d’une guerre tiède ?’’, J. Geronimo, 30/09/2007.
43 - Les chiffres officiels (sous-estimés) indiquent, entre 2005 et 2007, une hausse de 50% du budget de défense, évalué à 5% du PIB russe (contre 2% pour les pays européens de l’Otan). Certains experts occidentaux évaluent ce budget au double (10% du PIB).
44 - www.fr.rian.ru , ‘’Les Etats-Unis préoccupés par l’augmentation rapide des dépenses militaires russes’’, 15/10/2007.
45 - A partir de 1985, dans le cadre de la Perestroïka (restructuration) des relations internationales opposant alors deux systèmes idéologiques structurellement antagonistes, il s’agissait pour le secrétaire général du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev, de révolutionner l’Ordre mondial dans le sens du pluralisme démocratique. Autrement dit, cette ‘’Nouvelle pensée’’ soviétique prônait un rééquilibrage égalitariste de la gouvernance mondiale.
46 - Kagan R. (2006, p. 234).
Global Research, December 30, 2007
The assassination of Benazir Bhutto has created conditions which contribute to the ongoing destabilization and fragmentation of Pakistan as a
Nation.
The process of US sponsored "regime change", which normally consists in the re-formation of a fresh proxy government under new leaders has
been broken. Discredited in the eyes of Pakistani public opinion, General Pervez Musharaf cannot remain in the seat of political power. But at the same time, the fake elections supported by the
"international community" scheduled for January 2008, even if they were to be carried out, would not be accepted as legitimate, thereby creating a political impasse.
There are indications that the assassination of Benazir Bhutto was anticipated by US officials:
"It has been known for months that the Bush-Cheney administration and its allies have been maneuvering to strengthen their political control of Pakistan, paving the way for the expansion and deepening of the “war on terrorism” across the region.
Various American destabilization plans, known for months by officials and analysts, proposed the toppling of Pakistan's military...
The assassination of Bhutto appears to have been anticipated. There were even reports of “chatter” among US officials about the possible assassinations of either Pervez Musharraf or Benazir Bhutto, well before the actual attempts took place. (Larry Chin, Global Research, 29 December 2007)
Political Impasse
"Regime change" with a view to ensuring continuity under military rule is no longer the main thrust of US foreign policy. The regime of Pervez
Musharraf cannot prevail. Washington's foreign policy course is to actively promote the political fragmentation and balkanization of Pakistan as a nation.
A new political leadership is anticipated but in all likelihood it will take on a very different shape, in relation to previous US sponsored
regimes. One can expect that Washington will push for a compliant political leadership, unoncewrned with the National Interests,, which will serve its interests, while concurrently contributing
under the disguise of "decentralization" to the weakening of the central government and the fracture of Pakistan's fragile federal structure.
The political impasse is deliberate. It is part of an evolving US foreign policy agenda, which favors disruption and disarray in the
structures of the Pakistani State. Indirect rule by the Pakistani military and intelligence apparatus is to be replaced by more direct forms of US interference, including an expanded US
military presence inside Pakistan.
This expanded military presence is also dictated by the Middle East-Central Asia geopolitical situation and Washington's ongoing plans to extend the Middle East war to a much broader
area.
The US has several military bases in Pakistan. It controls the country's air space. According to a recent report: "U.S. Special Forces are
expected to vastly expand their presence in Pakistan, as part of an effort to train and support indigenous counter-insurgency forces and clandestine counterterrorism units" (William Arkin,
Washington Post, December 2007).
The official justification and pretext for an increased military presence in Pakistan is to extend the "war on terrorism". Concurrently, to
justify its counterrorism program, Washington is also beefing up its covert support to the "terrorists."
The Balkanization of Pakistan
Already in 2005, a report by the US National Intelligence Council and the CIA forecast a "Yugoslav-like fate" for Pakistan "in a decade with
the country riven by civil war, bloodshed and inter-provincial rivalries, as seen recently in Balochistan." (Energy Compass, 2 March 2005). According to the NIC-CIA, Pakistan is slated to
become a "failed state" by 2015, "as it would be affected by civil war, complete Talibanisation and struggle for control of its nuclear weapons". (Quoted by former Pakistan High Commissioner to
UK, Wajid Shamsul Hasan, Times of India, 13 February 2005):
"Nascent democratic reforms will produce little change in the face of opposition from an entrenched political elite and radical Islamic parties. In a climate of continuing domestic turmoil, the Central government's control probably will be reduced to the Punjabi heartland and the economic hub of Karachi," the former diplomat quoted the NIC-CIA report as saying.
Expressing apprehension, Hasan asked, "are our military rulers working on a similar agenda or something that has been laid out for them in the various assessment reports over the years by the National Intelligence Council in joint collaboration with CIA?" Ibid)
The US course consists in fomenting social, ethnic and factional divisions and political fragmentation, including the territorial
breakup of Pakistan. This course of action is also dictated by US war plans in relation to both Afghanistan and Iran.
This US agenda for Pakistan is similar to that applied throughout the broader Middle East Central Asian region. US strategy, supported by
covert intelligence operations, consists in triggering ethnic and religious strife, abetting and financing secessionist movements while also weakening the institutions of the central
government.
The broader objective is to fracture the Nation State and redraw the borders of Iraq, Iran, Syria, Afghanistan and Pakistan.
Covert Support to Balochistan Separatists
Pakistan's extensive oil and gas reserves, largely located in Balochistan province, as well as its pipeline corridors are considered strategic
by the Anglo-American alliance, requiring the concurrent militarization of Pakistani territory.
Balochistan comprises more than 40 percent of Pakistan's land mass, possesses important reserves of oil and natural gas as well as extensive
mineral resources.
The Iran-India pipeline corridor is slated to transit through Balochistan. Balochistan also possesses a deap sea port largely financed by
China located at Gwadar, on the Arabian Sea, not far from the Strait of Hormuz where 30 % of the world's daily oil supply moves by ship or pipeline. (Asia News.it, 29 December 2007)
Pakistan has an estimated 25.1 trillion cubic feet (Tcf) of proven gas reserves of which 19 trillion are located in Balochistan. Among foreign
oil and gas contractors in Balochistan are BP, Italy's ENI, Austria's OMV, and Australia's BHP. It is worth noting that Pakistan's State oil and gas companies, including PPL which has the largest
stake in the Sui oil fields of Balochistan are up for privatization under IMF-World Bank supervision.
According to the Oil and Gas Journal (OGJ), Pakistan had
proven oil reserves of 300 million barrels, most of which are located in Balochistan. Other estimates place Balochistan oil reserves at an estimated six trillion barrels of oil reserves both
on-shore and off-shore (Environment News Service, 27 October 2006).
The Balochi resistance movement dates back to the late 1940s, when Balochistan was invaded by Pakistan. In the current geopolitical context,
the separatist movement is in the process of being hijacked by foreign powers.
Balochistan's strategic energy reserves have a bearing on the separatist agenda. Following a familiar pattern, there are indications that the Baloch insurgency is being supported and abetted by Britain and the US.
British intelligence is allegedly providing covert support to Balochistan separatists (which from the outset have been repressed by Pakistan's military). In June 2006, Pakistan's Senate Committee
on Defence accused British intelligence of "abetting the insurgency in the province bordering Iran" [Balochistan]..(Press Trust of India, 9 August 2006). Ten British MPs were involved in a
closed door session of the Senate Committe on Defence. (Ibid).
It would appear that Britain and the US are supporting both sides. The US is providing American F-16 jets to Pakistan, which are being used to bomb Baloch villages in Balochistan. Meanwhile,
British covert support referred to by Senate Committee essentially serves to weaken the central government.
The stated purpose of US counter-terrorism is to provide covert support as well as as training to "Liberation Armies" ultimately with a view to destabilizing sovereign governments. In Kosovo, the
training of the Kosovo Liberation Army (KLA) was in fact entrusted to a private mercenary company, Military Professional Resources Inc (MPRI), on contract to the Pentagon.
The BLA bears a canny resemblance to Kosovo's KLA, which was financed by the drug trade and supported by the CIA and Germany's Bundes Nachrichten Dienst (BND).
The BLA emerged shortly after the 1999 military coup. It has no tangible links to the Baloch resistance movement, which developed since the late 1940s. An aura of mystery surrounds the
leadership of the BLA.
Baloch population in Pink: In Iran, Pakistan and Southern Afghanistan
Washington favors the creation of a "Greater Balochistan" which would integrate the Baloch areas of Pakistan with those of Iran and possibly
the Southern tip of Afghanistan (See Map above), thereby leading to a process of political fracturing in both Iran and Pakistan.
"The US is using Balochi nationalism for staging an insurgency inside Iran's Sistan-Balochistan province. The 'war on terror' in Afghanistan gives a useful political backdrop for the ascendancy of Balochi militancy" (See Global Research, 6 March 2007).
Military scholar Lieutenant Colonel Ralph Peters writing in the June 2006 issue of The Armed Forces Journal, suggests, in no uncertain terms that Pakistan should be broken up, leading to the formation of a separate country: "Greater
Balochistan" or "Free Balochistan" (see Map below). The latter would incorporate the Pakistani and Iranian Balochi provinces into a single political entity.
In turn, according to Peters, Pakistan's North West Frontier Province (NWFP) should be incorporated into Afghanistan "because of its
linguistic and ethnic affinity".
Although the map does not officially reflect Pentagon doctrine, it has been used in a training program at NATO's Defense College for senior
military officers. This map, as well as other similar maps, has most probably been used at the National War Academy as well as in military planning circles. (See Mahdi D. Nazemroaya, Global Research, 18 November 2006)
"Lieutenant-Colonel Peters was last posted, before he retired to the Office of the Deputy Chief of Staff for Intelligence, within the U.S.
Defence Department, and has been one of the Pentagon’s foremost authors with numerous essays on strategy for military journals and U.S. foreign policy." (Ibid)

Map: click to enlarge
It is worth noting that secessionist tendencies are not limited to Balochistan. There are separatist groups in Sindh province, which are largely based on opposition to the Punjabi-dominated
military regime of General Pervez Musharraf (For Further details see Selig Harrisson, Le Monde diplomatique, October 2006)
"Strong Economic Medicine": Weakening Pakistan's Central Government
Pakistan has federal structure based on federal provincial transfers. Under a fderal structure, the central government transfers financial
resources to the provinces, with a view to supporting provincial based programs. When these transfers are frozen as occurred in Yugoslavia in January 1990, on orders of the IMF, the federal
fiscal structure collapses:
"State revenues that should have gone as transfer payments to the republics [of the Yugoslav federation] went instead to service Belgrade's debt ... . The republics were largely left to their own devices. ... The budget cuts requiring the redirection of federal revenues towards debt servicing, were conducive to the suspension of transfer payments by Belgrade to the governments of the Republics and Autonomous Provinces.
In one fell swoop, the reformers had engineered the final collapse of Yugoslavia's federal fiscal structure and mortally wounded its federal political institutions. By cutting the financial arteries between Belgrade and the republics, the reforms fueled secessionist tendencies that fed on economic factors as well as ethnic divisions, virtually ensuring the de facto secession of the republics. (Michel Chossudovsky, The Globalization of Poverty and the New World Order, Second Edition, Global Research, Montreal, 2003, Chapter 17.)
It is by no means accidental that the 2005 National Intelligence Council- CIA report had predicted a "Yugoslav-like fate" for Pakistan
pointing to the impacts of "economic mismanagement" as one of the causes of political break-up and balkanization. "Economic mismanagement" is a term used by the Washington based international
financial institutions to describe the chaos which results from not fully abiding by the IMF's Structural Adjustment Program. In actual fact, the "economic mismanagement" and chaos is the
outcome of IMF-World Bank prescriptions, which precipitate indebted countries into extreme poverty.
Pakistan was subjected to the same deadly IMF "economic medicine" as Yugoslavia: In 1999, in the immediate wake of the coup d'Etat which
brought General Pervez Musharaf to the helm of the military government, an IMF economic package, which included currency devaluation and drastic austerity measures, was imposed on
Pakistan. Pakistan's external debt is of the order of US$40 billion. The IMF's "debt reduction" under the package was conditional upon the sell-off to foreign capital of the most
profitable State owned enterprises at rockbottom prices .
Musharaf's Finance Minister was chosen by Wall Street, which is not an unusual practice. The military rulers appointed at Wall Street's
behest, a vice-president of Citigroup, Shaukat Aziz, who at the time was head of CitiGroup's Global Private Banking. (See
WSWS.org, 30 October 1999). CitiGroup is among the largest commercial foreign banking institutions in Pakistan.
There are obvious similarities in the nature of US covert intelligence operations. The latter are often synchronized with the IMF-World Bank
macro-economic reforms. In this regard, Yugoslavia's federal fiscal structure collapsed in 1990 leading to mass poverty and heightened ethnic and social divisions. The US and NATO sponsored
"civil war" launched in mid-1991 consisted in coveting Islamic groups as well as channeling covert support to separatist paramilitary armies in Bosnia and Kosovo.
A similar "civil war" scenario has been envisaged for Pakistan by the National Intelligence Council and the CIA: From the point of view
of US intelligence, which has a longstanding experience in abetting separatist "liberation armies", "Greater Albania" is to Kosovo what "Greater Balochistan" is to Pakistan's Southeastern
Balochistan province. Similarly, the KLA is Washington chosen model, to be replicated in regards to the Balochistan Liberation Army (BLA).
The Assassination of Benazir Bhutto
Benazir Bhutto was assassinated in Rawalpindi, no ordinary city. Rawalpindi is a military city host to the headquarters of the Pakistani Armed
Forces and Military Intelligence (ISI). Ironically Bhutto was assassinated in an urban area tightly controlled and guarded by the military police and the country's elite forces. Rawalpindi
is swarming with ISI intelligence officials, which invariably infiltrate political rallies. Her assassination was not a haphazard event.
Without evidence, quoting Pakistan government sources, the Western media in chorus has highlighted the role of Al-Qaeda, while also focusing
on the the possible involvement of the ISI.
What these interpretations do not mention is that the ISI continues to play a key role in overseeing Al Qaeda on behalf of US intelligence.
The press reports fail to mention two important and well documented facts:
1) the ISI maintains close ties to the CIA. The ISI is virtually an appendage of the CIA.
2) Al Qaeda is a creation of the CIA. The ISI provides covert support to Al Qaeda, acting on behalf of US intelligence.
The involvement of either Al Qaeda and/or the ISI would suggest that US intelligence was cognizant and/or implicated in the assassination
plot.
911 Mysteries - VOSTF
Michael Moore -
Sicko
La bataille de tchernobyl
Jean rouch: les maitres fous
L'Eugénisme: de Darwin aux
Nazis
Jenin jenin (53') vf- en subtitles
"the war on democracy" by john pilger
Afrique 50, film anti-colonialiste d'époque
Yougoslavie, une guerre évitable
Earthlings - terriens (VOSTF)
The corporation (3h)
Loose Change en français
"from freedom to fascism" by aaron russo
Terrorstorm deluxe HQ (alex jones)
" we feed the world" ("le
marché de la faim")
Animal farm (georges orwell)
Fox news, la manipulation des masses par les
medias
Vers la 3e guerre mondiale ? "état de guerre"
Terrorstorm deluxe HQ by alex jones


