« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme. »
(Albert Camus, au lendemain d’Hiroshima, Combat, 8 août 1945.)
Le soixantième anniversaire des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki a été commémoré aux Etats-Unis dans la plus grande discrétion ; en France, rares sont les médias qui ont osé remettre en question la version officielle de cet événement qui a fait basculer le monde dans une ère de barbarie sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. En 1991, juste après la fin de la guerre froide, qui maintenait “l’équilibre de la terreur”, a commencé une nouvelle guerre nucléaire, silencieuse, qui se poursuit avec la complicité de l’ensemble de la “communauté internationale”. Cette guerre nucléaire, menée contre des pays désarmés pour servir les ambitions géopolitiques des Etats-Unis, utilise en effet des quantités de plus en plus grandes d’uranium dit “appauvri”, un déchet nucléaire hautement toxique. Ce produit empoisonne l’environnement pour plusieurs milliards d’années et provoque chez les populations touchées une multiplication de cancers, de leucémies, de malformations congénitales monstrueuses et, conséquence la plus grave et irréversible, la modification du patrimoine génétique. Comme les pollutions consécutives aux essais nucléaires aériens et à la catastrophe de Tchernobyl, la pollution à l’uranium “appauvri” ne connaît pas de frontière et, aujourd’hui, les populations de l’hémisphère Nord respirent les particules d’oxyde d’uranium dispersées depuis 1991 en Irak, en ex-Yougoslavie et en Afghanistan.
Hiroshima : une « révolution scientifique »
“A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n’avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd’hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d’un mal inconnu pour lequel je n’ai pas d’autre nom que celui de peste atomique [...]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l’appétit. Leurs cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche.”
(Wilfred Burchett, premier journaliste à être entré à Hiroshima, Dally Express du 5 septembre 1945.)
Le quotidien Le Monde du 8 août 1945 annonça la destruction totale et instantanée d’Hiroshima comme une “révolution scientifique”. L’anéantissement des deux villes japonaises et la “vaporisation” de leurs habitants (100 000 personnes à Hiroshima, et 50 000 à Nagasaki) ont longtemps été présentées comme un “mal nécessaire” pour arrêter la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, même certains médias de la presse “industrielle” comme Le Nouvel Observateur reconnaissent que ces crimes contre l’humanité ont été perpétrés inutilement, sinon pour le grand profit des Etats-Unis, dont le véritable objectif était de neutraliser l’Union soviétique (qui leur avait promis d’entrer en guerre contre le Japon le 15 août) et de déclencher la “Guerre froide”. En effet, le président Truman avait été informé par ses services de renseignements que la reddition du Japon n’était qu’une question de jours. En outre, les deux bombardements ont permis de tester en grandeur nature les différentes bombes nucléaires – à l’uranium et au plutonium – et de démontrer au monde entier la toute puissance des Etats-Unis.
Les souffrances indicibles des victimes différées (des dizaines de milliers de Japonais moururent à petit feu, alors que près de 300 000 personnes continuent aujourd’hui de subir les séquelles de leur irradiation), à la fois physiques et psychologiques, furent négligées. La mémoire de cet horrible tragédie est peu entretenue par les autorités japonaises, et les Ibakusha, les victimes irradiées, sont toujours considérés comme des parias au sein de leur société. En 1950, le nombre de morts à Hiroshima avait doublé (200 000), et celui de Nagasaki avait presque triplé (140 000). Les bombardements de Dresde les 13 et 14 février 1945 (135 000 morts) ou de Tokyo, réduite en cendres en trois heures sous les bombes incendiaires américaines le 10 mars (entre 80 000 et 100 000 morts), n’avaient pas non plus de justification militaire, mais elles n’eurent pas de répercussions postconflit. Cela fait toute la différence avec les armes nucléaires inaugurées le 6 août 1945, dont les effets continuent de tuer bien après la fin des conflits.
Uranium appauvri : la nouvelle guerre nucléaire
(Leuren Moret, experte des radiations, juillet 2004.)
Depuis les essais en grandeur nature d’armes à uranium appauvri dans le Golfe (1991), l’utilisation d’un nouveau type d’armes nucléaires s’est banalisée dans l’indifférence générale. Chaque nouvelle guerre “humanitaire” (Bosnie, Kosovo, Afghanistan...) a été l’occasion de tester de nouvelles armes à l’uranium appauvri (UA) à des puissances de plus en plus grandes. La nouvelle guerre d’agression lancée contre l’Irak par la coalition anglo-américaine en 2003 avec la complicité de la “communauté internationale”, y compris la France, au cours de laquelle des quantités sans précédent de munitions à l’uranium appauvri sont utilisées, est une véritable guerre nucléaire qui ne dit pas son nom. On est là devant un crime contre l’humanité qui se déroule silencieusement, et à une échelle jamais connue à ce jour.
“Le terme d’uranium ‘appauvri’ est inapproprié, car il ne correspond pas à la réalité : il laisse penser que la radioactivité est enlevée, ce qui est faux. Je préfère parler d’armes “enrichies à l’uranium”.
Un déchet nucléaire hautement toxique recyclé comme munition classiqu
L’uranium appauvri (UA) est un déchet radioactif issu de l’enrichissement de l’uranium destiné aux réacteurs nucléaires civils et militaires (dans les bombes, on utilise de l’uranium enrichi à 95% en U 235). Il contient principalement environ 99,75% d’U 238 et 0,2% d’U 235. On l’appelle “appauvri” parce que son activité est inférieure à celle de l’uranium naturel, ce qui ne signifie nullement qu’il est moins dangereux. En effet, l’uranium dit “naturel” est présent dans l’environnement à raison de 1 à 3 ppm, alors que le minerai est mille fois plus concentré. (L’uranium est dit “naturel” quand il ne contient que des isotopes qui existent dans la nature, 14 au total, tous radioactifs, dont l’U 238, l’U 235 et l’U 234.) Seul l’uranium 235, qui ne représente que 0,72% de l’uranium naturel (ce chiffre variant selon les régions du monde), est fissile. L’UA est doublement toxique : chimiquement, il provoque un empoisonnement comme les autres métaux lourds (plomb, arsenic…) ; mais il est surtout fortement radiotoxique.
En outre, au lieu de diminuer, l’activité de l’UA s’accroît au fil du temps, en raison de la formation rapide de sous-produits lors de sa désintégration. S’il émet surtout des rayons alpha (peu pénétrants, mais très irradiants) quand il est pur, ses deux descendants, qui apparaissent au bout de quelques mois, le thorium (TH 234) et le protactinium (PA 234) sont des émetteurs à vie courte (leurs périodes respectives sont de 24 jours et 1,4 minute), bêta et gamma, donc très pénétrants. L’UA utilisé dans l’armement est d’autant plus dangereux qu’il est mélangé à de l’uranium issu des usines de retraitement pollué par des produits de fission hautement radioactifs, comme le plutonium (PU 238 et PU 239), l’uranium 236 (U 236), le neptunium, l’américium, le technétium 99 ou le ruthénium 106, qui potentialisent sa nocivité. Ainsi, l’activité de l’UA reste quatre mille fois supérieure au seuil réglementaire qui impose l’application des règles de radioprotection.
En raison de ses propriétés pyrophoriques (il s’enflamme spontanément au contact de l’air) et de sa très grande densité (1,7 fois supérieure à celle du plomb), c’est le métal idéal pour fabriquer des obus miniaturisés de grande portée, d’une grande vélocité (jusqu’à mach 5), capables de transpercer en quelques secondes des véhicules blindés ou de traverser des dizaines de mètres de béton pour détruire des bunkers souterrains sur plusieurs mètres.
“Ainsi, un projectile en uranium appauvri comporte deux ‘avantages’ militaires importants, c’est-à-dire d’être à la foisperforant et incendiaire. C’est l’arme antichar idéale puisqu’elle perfore les blindages de chars les plus résistants, provoque un violent incendie entraînant l’explosion des munitions contenues dans le char et, ainsi, sa destruction complète.”
(Bruno Barrillot, 2000).
Quasiment gratuit en raison de son abondance, il permet, allié à une très faible quantité de titane, de remplacer le tungstène, coûteux et peu fusible. La résistance des chars est elle-même renforcée par l’incorporation d’UA dans les blindages. L’UA est alors recouvert d’un produit qui limite les rayonnements alpha. Les armes à l’UA sont tirées par l’armée de terre (chars Abram, chars Leclerc), de l’air (par les avions A10, peu coûteux, conçus en 1976, surnommés les “tueurs de chars”), les missiles Tomahawk, Phalanx, les hélicoptères Apaches et la marine
Albert Speer, le ministre de la guerre sous Hitler, avait envisagé d’utiliser de l’uranium dans les obus dès 1943 pour remplacer le tungstène qu’il ne pouvait plus importer du Portugal. Parallèlement, des responsables du projet Manhattan avaient eu également l’idée d’utiliser l’uranium, mais leur but était moins de fabriquer des obus plus efficaces que de faire le plus de mal possible aux populations ennemies : dès 1943, ils avaient recommandé l’usage de gaz radioactifs :
“Utilisé comme gaz de guerre, le matériau sera pulvérisé en particules de taille microscopique pour former de la poussière et de la fumée et mis à feu au sol par des lance-projectiles, des véhicules de terrain, ou des bombes aériennes. Sous cette forme, il serait inhalé par le personnel. La quantité nécessaire pour causer la mort de la personne est extrêmement petite… Il n’y a pas de méthodes de traitement connues à de telles blessures… cela traversera un filtre de masque à gaz standard en quantités assez grandes pour être extrêmement dommageables.”
(Cité par Leuren Moret, juillet 2004).
Leur rêve a été réalisé cinquante ans plus
tard : l’oxyde d’uranium, utilisé à la manière d’un gaz, est devenu une arme de destruction massive qui “joue un rôle vital dans la réalisation du plan de domination du monde par les
Etats-Unis” (Bob Nichols, 2005).
Le mythe de la « guerre propre"
Les nouvelles armes à l’UA permettent aussi d’entretenir le mythe de la “guerre propre” fabriqué dans les officines de propagande (think-tank) américaines : le recours à une ogive à UA ne déclenche pas le spectaculaire champignon qui symbolise la bombe atomique “classique”, tout en provoquant au moins autant de dégâts. Après les essais des années 1970 à Los Alamos (Etats-Unis), les armes à l’UA ont été testées en grandeur nature en Irak en 1991, en Bosnie en 1994-95, en 1999 au Kosovo et en Serbie, en Afghanistan en 2001 et de nouveau en Irak depuis 2003. Alors que les obus antichars utilisés dans la guerre du Golfe ne dépassaient pas 5 kilogrammes, les charges contenues dans les bombes téléguidées déversées sur l’Afghanistan contenaient jusqu’à 1,5 tonne d’UA. Chaque guerre permet ainsi une amplification et une prolongation des tests effectués au cours des guerres précédentes. Enfin, en l’absence de toute réaction de la “communauté internationale”, l’UA est utilisé de façon beaucoup plus massive encore en Irak depuis son invasion par l’alliance anglo-américaine en 2003.
Après la fin officielle de la guerre du Golfe (1991), l’armée américaine a tiré près de
1 million d’obus à l’UA en trois jours sur les milliers de réfugiés et de soldats irakiens battant en retraite (en violation de l’article 3 de la convention de Genève) sur la route de
Bassora. Parmi les nombreux témoins, Carole Picou, qui faisait partie du service américain de santé des armées, reconnue aujourd’hui invalide à 100%, a rapporté avoir vu avec horreur tout au long
de cette “autoroute de la mort” des corps totalement calcinés “qui avaient littéralement fondu, presque comme des scories” (citée par Benjamin, page 121). Depuis l’invasion de l’Irak en
2003, ces scènes sont devenues banales, à Fallujah comme dans tout l’Irak.
Il y a près d’un siècle, les Irakiens avaient déjà été victimes des armes de destruction massive des Britanniques, qui les avaient gazés à plusieurs reprises, en 1912 et 1925. Winston Churchill avait déclaré être “fortement favorable à l’utilisation de gaz empoisonné contre les tribus non civilisées. L’effet moral devrait être bon… et il répandrait une vive terreur” (cité par Moret, août 2004).
Une pollution radiologique planétaire
Alors que la toxicité chimique de l’UA est peu contestée par les instances officielles, sa toxicité radiologique est systématiquement niée. Pourtant, dès 1974, un groupe d’études du ministère américain à la défense mettait en garde contre cette double toxicité. Lors de l’impact sur sa cible, l’UA s’enflamme au contact de l’oxygène, entraînant une chaleur extrême (jusqu’à 5 000 °C) qui provoque la “vaporisation” de 10 à 100% de l’uranium selon le type de projectile. Ainsi, un obus tiré par un char Abram produit entre 1 000 et 3 000 grammes de cette poussière. Selon les travaux de Leonard Dietz, une seule particule de 5 microns engendre une dose de 1 360 rem, soit plus de trois cents fois la dose autorisée en un an pour les travailleurs de l’industrie nucléaire.
Des micro et nanoparticules insolubles formées d’oxyde d’uranium et d’un cocktail d’autres radionucléides se répandent alors dans l’atmosphère. Déposées sur le sol, elles sont facilement remises en suspension. Propagées par les vents et la pluie sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres, elles contaminent les sols, les eaux de surface et les nappes phréatiques, la végétation, les animaux (atteints des mêmes maladies que les humains) et finalement toute la chaîne alimentaire. Dans le Golfe, la contamination est d’autant plus importante que les bombardements n’ont jamais cessé en Irak : opération “Renard du Désert” de William Clinton en décembre 1998, attaques permanentes dans les zones d’exclusion aérienne (imposées illégalement par les Etats-Unis, La Grande-Bretagne et la France). En outre, l’embargo criminel décrété par les Nations unies en 1990 a empêché toute mesure de décontamination ou de prévention, et d’énormes quantités de microparticules radioactives migrent au gré des vents sur d’immenses étendues depuis près de quinze ans. Les débris de munitions enterrées dans le sol contribuent aussi à contaminer la nappe phréatique ainsi que les deux grands fleuves du pays, le Tigre et l’Euphrate, et ainsi à décupler, voire à centupler, le taux d’UA dans l’eau potable.
Les pays voisins des régions bombardées ne sont naturellement pas épargnés par les retombées radioactives qui ont déjà contaminé l’air, l’eau et les ressources alimentaires des pays agressés. La contamination consécutive aux guerres nucléaires contre l’Irak, l’ex-Yougoslavie et l’Afghanistan a déjà atteint la Grèce, Israël, l’Arabie saoudite, le Pakistan, la Syrie, le Liban, l’Albanie, la Macédoine, la Palestine, la Turquie, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, la Russie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Chine et l’Inde.
Les trois voies de contamination
“L’uranium appauvri devient néfaste quand il se transforme en poussière ingérée ou inhalée, il est alors plus dangereux qu’aucune toxine connue de la science des hommes.”
(Pr A. Durakovic, directeur du département de Médecine nucléaire à l’université Georgetown de New York et expert auprès du Pentagone.)
La contamination interne peut survenir de trois manières : l’inhalation, l’ingestion de boissons et d’aliments contaminés, et par lésions cutanées (l’UA passe dans la circulation sanguine). L’inhalation est la plus dangereuse (d’un facteur 10 à 200). La chimiotoxicité concerne en premier lieu le rein (et secondairement le foie), et la radiotoxicité touche surtout les poumons. Plus de 75% des particules ne sont pas arrêtées au niveau de l’appareil respiratoire supérieur et se fixent dans les alvéoles pulmonaires, d’où elles irradient pendant des années. La moitié de la fraction solubilisée qui a été transférée au sang est éliminée par les urines, et l’autre moitié est répartie dans les reins et le squelette avec un temps de fixation très lent. L’UA attaque aussi le cerveau, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques et le système neurologique. Sa dangerosité dépend de sa nature physique et chimique, de l’intensité et de la durée d’exposition, et des sujets contaminés. Ainsi, les enfants représentent la population la plus vulnérable aux effets de la radioactivité, parce qu’ils la concentrent trois ou quatre fois plus que les adultes en raison de leur moindre poids et de l’activité de leur processus métabolique. Rappelons ici que les instances internationales de radioprotection (CIPR) ont été obligées d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existe pas de seuil d’innocuité.
Dès avant la nouvelle invasion de l’Irak de 2003, une étude sur les effets de l’UA à long terme entreprise dans six zones du sud de l’Irak à l’aide d’un spectromètre gamma avait montré que le tiers des échantillons de végétaux collectés présentaient un taux de radioactivité trois fois supérieur au taux habituel. Dans ces zones, près de 900 000 tonnes des plantes sauvages comestibles et près du tiers des animaux étaient contaminés. La dose de radioactivité délivrée aux enfants de moins de 15 ans à travers l’inhalation, l’ingestion de viande et de lait, et l’exposition, mesurée sur cinq ans (1991-1996), représentait 70% de la dose totale reçue par l’ensemble de la population étudiée.
Le Pr Siegwart-Horst Günther, épidémiologiste autrichien, a mis en évidence un collapsus du système immunitaire avec des symptômes analogues à ceux du sida, une forte proportion d’infections, d’herpès et de zonas, des dysfonctionnements rénaux, des leucémies, des avortements spontanés et des malformations congénitales. La leucémie est provoquée par l’irradiation des cellules souches du sang par les particules alpha fixées sur la moelle osseuse et certains tissus lymphatiques.
Des malformations congénitales monstrueuses et une atteinte au génome
“S’”ils nous avaient tués une fois, cela serait moins grave… mais… ils vont continuer de nous tuer pendant des générations
(un Afghan cité par le Dr Miraki, Perpetual Death from America)
“ Après que les Américains eurent détruit notre village et tué nombre d’entre nous, nous avons aussi perdu nos maisons et n’avons rien à manger. Mais nous aurions supporté ces misères, nous les aurions même acceptées, si les Américains ne nous avaient pas tous condamnés à mort. Quand j’ai vu mon petit-fils malformé, j’ai réalisé que mes espoirs en l’avenir avaient disparu pour de bon,* pire que le désespoir né de la barbarie russe, même si, à cette époque, j’ai perdu mon fils aîné, Shafiqullah. Mais, cette fois, je sais que nous faisons partie du génocide invisible que nous ont infligé les Américains, une mort silencieuse à laquelle – je le sais – nous n’échapperons pas.”
(Jooma Khan, Afghanistan, mars 2003, cité par Mohammed Daud Miraki, Le Génocide silencieux venu d’Amérique, les produits du jardin, 2005). *C’est nous qui soulignons.
Les populations victimes des bombardements sont de fait condamnées à vivre durant toute leur vie dans une véritable décharge radioactive
La différence entre les vétérans des armées des pays agresseurs et les victimes civiles des pays agressés réside dans le fait que les troupes étrangères ont séjourné peu de temps dans les zones contaminées, alors que les populations victimes des bombardements sont généralement condamnées à vivre durant toute leur vie dans un environnement qui deviendra inexorablement de plus en plus radioactif. En outre, les anciens combattants ont pu se constituer en associations pour tenter d’obtenir “réparation” dans leur pays, où ils peuvent se faire soigner, alors que les populations locales, parfois encore ignorantes des causes du mal qui les ronge, sont trop démunies pour se faire traiter, voire pour simplement soulager leurs douleurs. Les hôpitaux irakiens, quand ils n’ont pas été la cible des bombardements de l’alliance anglo-américaine, n’ont ni la capacité ni les moyens médicaux d’accueillir et de soigner toutes les victimes. Avant 1990, l’Irak avait les hôpitaux les plus modernes de la région et des médecins de très haut niveau (dont beaucoup ont été mystérieusement assassinés depuis 2003, comme de nombreux scientifiques et journalistes).
Le pire est à venir pour tout le monde
« Depleted uranium is a warcrime in progress »
Les cas d’avortements spontanés et de mongolisme se multiplient, même chez des enfants nés de mère de moins de
25 ans. Pour chaque cas de cancer des tissus comme la leucémie, cinq cas de cancer solide devraient apparaître dans les dix à trente prochaines années. Dans un rapport inédit, l’Agence
internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait prévu un excès de 500 000 morts en Irak, où plus de 1 million de projectiles à l’uranium appauvri ont été tirés en 1991, soit entre 350
(chiffre du Pentagone) et 800 tonnes d’UA (selon la fondation Laka d’Amsterdam). Plus de 10 tonnes d’UA ont été utilisées dans les Balkans, dont la plus grande partie au Kosovo, où un
biologiste britannique a prévu 10 000 morts supplémentaires au cours des prochaines années. Une étude a fait apparaître des taux de radioactivité “des centaines de fois plus élevés que la
norme” dans le sud-est de la Serbie. Selon une estimation du journaliste d’investigation Robert J. Parsons (2002), 3 000 tonnes d’uranium auraient été utilisées en Afghanistan.
Depuis mars 2003, ce sont des milliers, voire des dizaines de
milliers de tonnes de ce produit mortifère qui sont répandues sur l’Irak par les forces occupantes. La quantité de radioactivité lâchée sur l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak
correspondrait à quatre cent mille fois celle d’Hiroshima – dont plus de deux cent cinquante mille fois sur le seul Irak à ce jour (Nichols, 2004). La totalité de cette pollution radioactive est
dix fois plus importante que celle qui a été provoquée par les essais nucléaires aériens depuis les années 1940.
Au vu des conséquences de la première invasion de l’Irak en 1991, et compte tenu du fait que cette fois l’ensemble du pays a été touché par des bombardements à l’UA, en particulier les villes les plus peuplées, et que la quantité d’UA a été massive, peut-on prévoir combien d’Irakiens seront victimes de la guerre d’agression lancée en 2003 par l’alliance anglo-américaine et qui n’est pas près de s’arrêter ? Le génocide du peuple irakien, la destruction irréversible de son environnement, de sa culture et du berceau de la civilisation, commencé avec l’embargo en 1990, s’accélère dans l’indifférence générale, en raison du black-out quasi total des médias “incorporés” sur le sujet.
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