14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 07:29
de GIANNI MINA’ Traduit de l’italien par Karl & Rosa

ttp://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=53438
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/07-Ottobre-2007/art41.html
 

 

Sans le sacrifice de tous les Che, n’aurait pas germé en Amérique Latine une conscience de leurs propres droits comme celle qui a poussé ces dernières années nombre de pays à refuser l’ALCA [en français ZLEA : Zone de Libre Echange des Amériques,NdT], à repousser l’arrogance du FMI et de la Banque Mondiale et à sortir de l’impasse où ils avaient été coincés par les USA


 

Quand, il y a deux ans, Evo Morales, un indigène aymara, ancien leader des paysans cultivateurs de la feuille de coca, les cocaleros, emporta avec le Mas (Mouvement au Socialisme) les élections en Bolivie, j’écrivis pour Il Manifesto un article intitulé Il Che non era un visionario [Le Che n’était pas un visionnaire, NdT].


Parce que le fait que cette élection s’était passée dans la terre où Ernesto Guevara s’était immolé, à peine trente-huit ans auparavant, pour rester fidèle à ses idéaux de justice sociale, avait sûrement une valeur symbolique.

Une terre qui, dans son histoire plus récente, avait vécu la réalité grotesque et tragique de plus de cent coups d’Etat, une terre qui avait souvent été gouvernée (façon de parler) jusqu’aux années ’90, par des militaires imprésentables, assassins et corrompus, presque tous instruits à la tristement célèbre Escuela de las Americas, gérée par les Etats-Unis, auparavant à Panama et à Fort Benning (Georgia) ensuite.

Après l’élection d’un aymara en Bolivie, que maintenant nombreux lauréats du Prix Nobel ont indiqué digne de cette reconnaissance en 2007, est venue, en Ecuador, celle d’un quechua, Rafael Correa, un économiste formé à l’université de Louvain, en Belgique, celle où pendant des années a enseigné la sociologie François Houtart, le religieux, qui a maintenant 84 ans, qui a été parmi les fondateurs du Forum de Porto Alegre, le laboratoire politique qui, à partir de l’année 2000, a sonné l’heure des changements sociaux, progressistes en cours en Amérique Latine.

Donc le continent au sud des Etats-Unis pouvait être libéré, comme le rêvait le Che, ou au moins acheminé vers un rachat, une réappropriation de ses ressources, si longtemps mises à sac par les politiques de pillards des multinationales du nord du monde.

Je crois que, quarante ans après son assassinat, il faut reconnaître à Ernesto Guevara cette intuition et cette foi. Beaucoup, surtout ceux que le sub-commandant Marcos a définis, dans une récente intervention à l’ENAH (Ecole Nationale d’Anthropologie de Mexico), comme « la gauche médiatique », celle à la mode en somme, objecteront que la lutte armée n’était donc pas nécessaire, comme le soutenait le Che. Mais ce « beautiful people », comme l’appelait ironiquement Manolo Vazquez Montalban, oublie, avec un cynisme absolu, les milliers et milliers de victimes provoquées par la politique officielle, même quand elle était qualifiée de démocratique.

Et surtout quand cette politique est devenue un véritable « terrorisme d’Etat », comme ce fut le cas pour le génocide autorisé par les Etats-Unis au Guatemala dans les années ’80. Ou comme le massacre, justement en Bolivie en octobre 2003, que l’ex président Sanchez de Losada n’ordonna que parce que les indigènes (la majorité du pays, mais qu’ils ne gouvernaient pas à l’époque) bloquaient les rues de la capitale La Paz puisqu’ils s’opposaient à la liquidation du gaz naturel, la dernière ressource d’un pays pillé.

Sans le sacrifices de tous les Che, qui « ressentaient comme une plaie ouverte toute prépotence ou injustice commise au détriment d’un être humain » n’aurait pas germé dans un continent en otage comme l’Amérique Latine, en peu de temps, une conscience de leurs propres droits comme celle qui a amené ces dernières années le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, en plus de la Bolivie et de l’Ecuador, à refuser l’ALCA (le traité de libre commerce voulu par les Etats-Unis), à repousser l’arrogance d’organismes comme le Fond Monétaire et la Banque Mondiale ou même à rêver de construire par le MercoSur une communauté latino-américaine, autonome et indépendante.

Sans le sacrifice de tous les Che, des héros silencieux et ignorés d’une guerre civile continentale, planifiée par le Plan Condor voulu par Nixon et menée des années durant contre de féroces dictatures militaires, des oligarchies obscènes, des politiques corrompus, mais contournée ou manipulée par les médias, même le Chili de la Concertation n’aurait peut-être pas trouvé le courage d’intenter le procès à Pinochet et à son gang familial et d’élire président, dans un pays machiste et militariste, une femme, Michelle Bachelet, qui avait connu dans sa propre chair les outrages de la dictature militaire.

Et peut-être sans l’exemple du Che, un mouvement comme le mouvement Zapatiste n’aurait-il pas contraint la politique mexicaine à récrire son planning en décrétant la première défaite au bout de 80 ans du PRI, le parti-Etat, et n’aurait pas obligé l’oligarchie de ce pays à faire recours à l’énième fraude électorale pour empêcher qu’une coalition de centre-gauche emporte pour la première fois les élections.

Chaque pays, évidemment, a choisi sa voie selon les circonstances, l’autonomie et le courage de ses nouveaux leaders mais sur tout le continent souffle un air nouveau, si même au Paraguay est né un front progressiste dirigé par un évêque, Fernando Lugo, qui s’est défroqué pour poursuivre un rêve politique de justice et d’équité.

Mais, plusieurs le reconnaissent maintenant, tout est né avec l’utopie présumée du Che et de la révolution cubaine, un exemple incroyable, même avec tant de limites et de contradictions, de « résistance et dignité » comme l’a déclaré le Président brésilien Lula. Cet impardonnable peuple Cubain, comme l’a récemment rappelé le sub-commandant Marcos, qui a été aussi le dernier dans le continent à se rendre indépendant mais le premier à se libérer.

C’est pourquoi parmi tant de livres sortis ces jours-ci pour profiter de l’anniversaire de la mort d’Ernesto Guevara nous restons perplexes du fait que même un diplomate cultivé comme Ludovico Incisa di Camerana parle dans son livre passionné « I ragazzi del Che » [Les enfants du Che, NdT] d’une révolution manquée qui n’est pas arrivée à changer un continent. Et que devrait-il encore arriver en Amérique Latine, puisque les seuls qui suivent encore à la lettre la politique qui convient aux Etats-Unis sont la Colombie, une terre de paramilitaires sans loi, le Mexique, toujours aux bords d’une explosion sociale, est – en partie – le Pérou de l’imprésentable Alan Garcia ?

Mais il y en a aussi qui tentent, comme Dario Fertilio, d’écrire un roman. « La via del Che » [La voie du Che, NdT], situé dans un Cuba « inquièt et spectral, au crépuscule du régime de Fidel Castro ». Un décor qui semble franchement improbable. Je voudrais humblement rappeler à Fertilio que Cuba a toujours été un pays joyeux et bailarino même dans les moments les plus durs, comme ceux qui marquèrent les années ‘90 quand le pays dut aussi affronter, en plus de l’embargo américain, la fin des rapports économiques avec les ex pays communistes de l’est européen.

Imaginons maintenant, avec une croissance annuelle du PIB qui dépasse 9%, tout le nickel extrait qui est vendu à un prix avantageux à la Chine et le problème énergétique résolu avec l’aide du Venezuela de Chavez en échange d’un important soutien au système de santé de ce pays. Hélas pour la crédibilité de l’information, depuis 40 ans, le Che et Cuba sont presque toujours racontés comme les Etats-Unis et tant de supporters de leur politique voudraient qu’ils soient, et non comme ils ont été dans la réalité.

Ainsi, tandis qu’en occident on essayait de comprendre ce qu’aurait été la transition dans l’île après l’infirmité qui a contraint Fidel Castro à quitter la politique, Cuba est déjà entré dans son futur sans secousses ni tensions. Et 40 ans après qu’un agent de la CIA, Felix Rodriguez, sous le faux nom de Felix Ramos, capitaine des rangers boliviens, lui tira le coup de grâce au cœur dans une école de Las Higueras en Bolivie, le Che continue à être un protagoniste de la communication de notre temps et, pour beaucoup, un point de référence étique indiscutable.

Je me souviens toujours d’une réflexion d’Eduardo Galeano : « Pour quelle raison le Che a-t-il cette dangereuse habitude de continuer à naître ? Plus on l’insulte, on le manipule, on le trahit, plus il naît. Il est le plus grand naissant du monde. Ne serait-ce pas parce que le Che disait ce qu’il pensait et faisait ce qu’il disait ? Ne serait-ce pas pour cela qu’il continue à être si extraordinaire dans un monde où les mots et les faits se rencontrent rarement et quand ils se rencontrent ne se saluent pas parce qu’ils ne se connaissent pas ? »

 

g.mina@giannimina.it

 

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