30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 07:32
 
Par Michael Parenti


Samedi 27 Octobre 2007


Au cours de ses 26 ans de pontificat, Jean-Paul II a élevé 483 individus au rang de sainteté soit, dit-on, plus de saints que tous les précédents papes réunis ensemble. Un personnage qu'il a béatifié, mais il n'aura pas vécu assez longtemps pour la canoniser est Mère Teresa, la religieuse catholique d'origine albanaise, qui a mangé et bu avec les riches et les célébrités de ce monde tout en étant saluée comme le défenseur des pauvres. La chérie des médias et des célébrités occidentales, faisant l'objet de l'adoration populaire, Teresa a été pendant de nombreuses années la femme la plus vénérée sur terre, ayant reçu une avalanche de félicitations et récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1979 pour son « travail humanitaire » et son « inspiration spirituelle. »

 


 
 
Mère Teresa et Jean-Paul II : La voie express vers la sainteté
 
 
Ce qui n'est généralement pas dit sont les énormes sommes qu'elle a reçu de riches contributeurs, y compris un million de dollars de l'escroc et condamné en justice dans le scandale en épargne et prêt, Charles Keating, au nom duquel elle a envoyé un plaidoyer au juge en faveur de la clémence. Dans ce cas, il lui a été demandé par le procureur de retourner le don de Keating, parce qu'il s'agissait d'argent qu'il avait volé. Elle ne l'a jamais fait. Elle a également accepté des sommes substantielles données par le brutal dictateur Duvalier qui a régulièrement volé le trésor public haïtien.


« Les hôpitaux » pour indigents de Mère Teresa, en Inde et ailleurs, se sont révélés être à peine plus que des entrepôts dans lesquels des personnes gravement malades étaient étendues sur des nattes, parfois de 50 à 60 personnes dans une pièce, sans bénéficier de soins médicaux adéquats. Leurs maladies n'étaient généralement pas diagnostiquées. La nourriture ne comportait pas suffisamment de valeurs nutritives et les conditions sanitaires étaient déplorables. Il y avait peu de personnel médical sur les lieux, la plupart étant des religieuses et des frères non formés.


Toutefois, lorsqu'il s'agissait de ses propres maladies, Teresa était soignée dans des hôpitaux onéreux et récupérait dans des unités de soins dans le monde selon les règles l'art.


Teresa a parcouru le monde pour mener des campagnes contre le divorce, l'avortement et le contrôle des naissances. Lors de sa cérémonie de remise du prix Nobel, elle a déclaré que « le plus grand destructeur de la paix est l'avortement. » Elle a une fois laissé entendre que le sida était peut-être une juste punition pour de mauvaises conduites sexuelles.


Teresa donnait un flot continuel de désinformation promotionnelle sur elle-même. Elle a affirmé que sa mission à Calcutta nourrie plus d'un millier de personnes par jour. En d'autres occasions, elle a augmenté ce nombre à 4000, 7000 et 9000. En fait, sa soupe populaire ne nourrissait pas plus de 150 personnes (six jours par semaine) et cela comprenait son cortège de moniales, de novices et des frères. Elle a affirmé que son école dans le bidonville de Calcutta contenait cinq mille enfants alors qu'en réalité il y en a moins d'une centaine.


Teresa prétendait avoir 102 centres d'aide à la famille à Calcutta, mais le résidant de longue date de Calcutta, Aroup Chatterjee, qui a fait une vaste enquête sur le terrain de sa mission, n'a pas pu trouver un seul centre.


Tel que l'un de ses fidèles l'a expliqué, « Mère Teresa est de ceux qui n'ont pas le souci des statistiques. Elle a expliqué à maintes reprises que ce qui compte ce n'est pas la quantité de travail réalisé, mais la quantité d'amour qui est mis dans le travail. » Teresa était-elle vraiment insouciante des statistiques? Bien au contraire, ses chiffres inexacts servaient systématiquement et de façon intéressée à une seule fin, exagérer grandement ses réalisations.


Pendant les nombreuses années où sa mission était à Calcutta, il y a eu environ une douzaine d'inondations et de nombreuses épidémies de choléra dans la ville ou à proximité de la ville, causant des milliers de morts. Divers organismes de secours ont répondu à chacune des catastrophes, mais Teresa et sa bande n'ont jamais été vues nulle part, sauf brièvement à une occasion.


Quand quelqu'un a demandé à Teresa comment les gens sans argent et sans pouvoir pouvaient rendre le monde meilleur, elle a répondu: « Ils devraient sourire plus », une réponse qui a séduit un certain auditoire. Lors d'une conférence de presse à Washington, lorsqu'on lui a demandé « Enseignez-vous aux pauvres à endurer leur sort? » Elle a répondu: « Je pense qu'il est très beau pour les pauvres d'accepter leur sort et de le partager avec la passion du Christ. Je pense que le monde est beaucoup aidé par la souffrance des pauvres. »


Mais elle a elle-même vécu richement en profitant d'hébergements de luxe dans ses voyages à travers le monde. Il semble être passé inaperçu qu'en tant que célébrité internationale, elle a passé la majeure partie de son temps à l'extérieur de Calcutta, avec des séjours prolongés dans d'opulentes résidences d'Europe et des États-Unis, voyageant en avion privé de Rome à Londres et à New York.


Mère Teresa est un exemple prédominant de cette sorte d'icône conservatrice acceptable, une culture propagée par le pouvoir en place, une « sainte » qui n'a prononcé aucune parole critique contre l'injustice sociale, ayant plutôt maintenu des relations cordiales avec les riches, la corrompus, et les puissants.


Elle prétendait être au-dessus de la politique alors qu'en fait elle était clairement hostile à tout type de réforme progressive. Teresa était une amie de Ronald Reagan et une amie proche du magnat de la presse britannique Malcolm Muggerridge. Elle a été l'invitée admirée du dictateur haïtien « Bébé Doc » Duvalier et elle a reçu le soutien et l'admiration d'un certain nombre de dictateurs de l'Amérique Centrale et de l'Amérique du Sud.


Teresa représentait le genre de « saint » du pape Jean Paul II. Après son décès en 1997, il a maintenu la période d'attente habituellement observée de cinq ans avant d'entreprendre le début du processus de béatification qui mène à la sainteté. En 2003, en un temps record Mère Teresa a été béatifié, la dernière étape avant la canonisation.


Mais en 2007, sa canonisation a rencontré un obstacle sur son chemin, lorsqu'il a été dévoilé que parmi ses diverses autres les contradictions, Teresa n'était pas une enceinte de joie spirituelle et de foi inébranlable. Son journal intime, enquêté par les autorités catholiques de Calcutta, a révélé qu'elle avait été en proie aux doutes: « Je crois que Dieu ne veut pas de moi, que Dieu n'est pas Dieu et qu'il n'existe pas réellement. » Les gens pensent que « ma foi, mon espérance et mon amour sont débordants et que mon intimité avec Dieu et ma communion avec lui vont remplir mon coeur. Si seulement ils savaient », écrit-elle, « Le ciel ne veut rien dire. »


Au cours de nombreuses nuits blanches tourmentées elle se mit à penser comme ceci: « Je demande à Dieu de m'aimer mais pourtant, la réalité de l'obscurité, du froid et le vide sont si grands que rien ne touche mon âme. » Le journal quotidien de Rome « Il Messeggero, » a commenté : « La véritable Mère Teresa est quelqu'un qui pendant un an a eu des visions et qui, pour les 50 années qui ont suivi a douté et ce jusqu'à sa mort. »


Un autre exemple d'empressement à canoniser, souhaité par le pape Jean-Paul II, est survenu en 1992, lorsqu'il a promptement béatifié le réactionnaire Monseigneur José María Escrivá de Balaguer, partisan des régimes fascistes en Espagne et ailleurs et fondateur de l'Opus Dei, un puissant mouvement secret ultra conservateur « redouté être par plusieurs une sinistre secte au sein de l'Église catholique. » La béatification « d'Escrivá » est survenue seulement 17 ans après sa mort, un record avant celle de Mère Teresa.


En conformité avec son propre agenda politique, Jean-Paul a utilisé une instance religieuse, la sainteté, pour donner le statut spécial de la sainteté à des ultra conservateurs tels que Escrivá et Teresa et implicitement à tout ce qu'ils représentaient. Un autre, parmi les ultraconservateurs que Jean-Paul a élevé au rang de saint, assez bizarrement, a été le dernier des Habsbourg dirigeants l'empire austro-hongrois, l'empereur Karl, qui a régné pendant la Première Guerre Mondiale.


Jean-Paul a également béatifié le cardinal Aloysius Stepinac, le leader religieux croate qui a accueilli les Nazis de même que les fascistes Oustachis qui se sont emparés de la Croatie pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Stepinac, qui siégeait au parlement Oustachi, est apparu à de nombreuses manifestations publiques avec des leaders Nazis et Oustachis et il a ouvertement soutenu le régime fasciste croate.


Dans le panthéon céleste de Jean Paul, les réactionnaires ont une meilleure chance de canonisation que les réformateurs. Considérez le traitement qu'il a donné à l'archevêque Oscar Romero qui s'est prononcé contre les injustices et les oppressions subies par la population pauvre d'El Salvador et pour lesquelles il a été assassiné par l'aile droite de l'escadron de la mort. Jean-Paul n'a jamais dénoncé l'assassinat ni ses auteurs, disant seulement que c'était « tragique. » En fait, quelques semaines seulement avant que Romero soit assassiné, de hauts fonctionnaires du parti Arena, le bras juridique des escadrons de la mort, a envoyé une délégation bien accueillie par le Vatican pour se plaindre des déclarations publiques de Romero en faveur des pauvres.


Romero était perçu par de nombreux pauvres salvadoriens comme étant quelque chose ressemblant à un saint, mais Jean-Paul a tenté d'interdire toute discussion au sujet de sa béatification pour une période de cinquante ans. La pression populaire au El Salvador a obligé le Vatican à réduire ce délai à vingt-cinq ans. Dans les deux cas, Romero a été mis sur la voie secondaire vers la sainteté.


Le successeur de Jean Paul, Benoît XVI, respecte la période d'attente de cinq ans en vue de mettre Jean Paul II lui-même immédiatement sur une super voie rapide menant à la canonisation, en course au coude à coude avec Teresa. En 2005, il y avait déjà des témoignages de miracles possiblement attribuables au récent défunt pontife polonais.


Un tel témoignage a été offert par le Cardinal Francesco Marchisano. Alors qu'il déjeunait avec Jean Paul, le cardinal a indiqué que, en raison d'une maladie, il ne pouvait pas utiliser sa voix. Le pape « a caressé ma gorge, comme un frère, comme le père qu'il était. Après avoir fait sept mois de thérapie, j'ai été en mesure de m'exprimer à nouveau. » Marchisano pense que le pape aurait mis la main à sa guérison: « Ça se pourrait », a-t-il dit. Un miracolo! Viva il papa!


Michael Parenti est l'un des plus percutants penseurs progressistes américains. Docteur en sciences politiques de l'Université de Yale, il enseigne dans de nombreux collèges et universités. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages. Son site Web : www.michaelparenti.org/

Une traduction de Dany Quirion pour Alter Info

Article original anglais : http://www.commondreams.org/archive/2007/10/22/4727/

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