16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 18:40

par Gérard David
 

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Je m’installai dans l’hélicoptère et m’apprêtai à vivre la magie de la forêt tropicale d’un autre point de vue. La canopée, véritable toit du monde végétal, se dévoila à mesure que nous nous élevions dans le ciel bleuté. Ici et là émergeaient, comme des sentinelles isolées, des arbres majestueux, sur les branches desquels je pouvais apercevoir, en plissant un peu les yeux, un calao faisant une courte escale dans sa traversée de l’océan végétal. Mais soudain, une fracture, une plaie béante, couleur sang, de terre mise à nu. Le royaume d’émeraude avait fait place à une singulière étendue géométrique, à un immense damier ocre et vert. Plus d’exubérance ni de fantaisie, mais ce même dessin, désolant, austère et monotone sur des kilomètres et des kilomètres. Le responsable : la culture extensive du palmier à huile.

Chaque année sur l’ensemble du globe, ce sont environ treize millions d’hectares de forêts qui disparaissent, victimes des haches, tronçonneuses, bulldozers et feux non accidentels.

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Madagascar, Bornéo, Congo, Brésil ou Malaisie, partout ce terrible gâchis

Avec ces forêts, ce sont des centaines, des milliers d’êtres vivants qui souffrent et disparaissent. Pas seulement des insectes, oiseaux ou reptiles, mais des hommes aussi. Parce qu’ils vivent en harmonie avec cette forêt nourricière, ces derniers paient peut-être le plus lourd tribut de tous, à la folie meurtrière de ces autres hommes qui, eux, semblent avoir définitivement tourné le dos à la nature.


Aujourd’hui, seuls 5% des terres émergées seraient occupés par la forêt contre près de 15% il y a moins d’un siècle. Entre 2000 et 2005, environ 7,3 millions d’hectares de forêts, soit l’équivalent de la surface d’un pays comme le Panama, furent chaque année rayés de la surface du globe. La moitié le furent en Amazonie. Mais ce sont certainement les forêts du sud-est asiatique qui souffrent le plus, attaquées de toutes part par les exploitations de bois, de pâte à papier et les monocultures titanesques de palmier à huile. La révolution industrielle de la Chine y contribue pour beaucoup. Dans cet immense pays si densément peuplé, le besoin en matières premières pour l’industrie et l’ouverture d’un commerce florissant avec les pays occidentaux pousse les Chinois à l’exploitation effrénée des ressources naturelles. Suite aux graves problèmes environnementaux dans le pays, liés au déboisement de grande ampleur dans certaines régions, l’exploitation des forêts nationales fut stoppée et les Chinois se sont maintenant tournés vers l’Asie et l’Afrique en particulier.


Derrière cette déforestation à très grande échelle se cachent d’importants enjeux économiques et politiques, arbitrés notamment par les institutions financières internationales que sont, entre autres, la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International. En toile de fond, l’opposition entre les pays du Nord, riches financièrement mais pauvres en ressources naturelles, et les pays du Sud, fortement endettés et pauvres, mais abritant une abondante biodiversité et d’importantes ressources naturelles.

Afin de nourrir un mode de vie occidental toujours plus affamé, où gaspillage et opulence règnent en maître, les pays du Nord, déploient de multiples ruses et stratégies afin de s’accaparer par tous les moyens, les ressources naturelles de leurs ‘pauvres’ voisins. Un pillage de ces richesses plus ou moins déguisé sous forme d’aides au développement, trouve ses racines dans le colonialisme, dès la fin du 15ème siècle.

 

Hier le caoutchouc, aujourd’hui l’huile de palme. Ici les crevettes, là la pâte à papier. Depuis toujours, les ressources de la forêt excitent la convoitise des hommes, qui la pillent, la détruisent, la polluent, en exterminent les espèces animales et en chassent les communautés autochtones, pour le plus grand profit de quelques-uns.

Les forêts sont les poumons de la planète. Aujourd’hui, elles sont rongées par un cancer mortel dont nous, les hommes, portons l’entière responsabilité. Espérons que ce livre contribuera à nous ouvrir les yeux et à stopper le massacre avant qu’il ne soit trop tard.

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La face cachée de nos achats

Chocolat, margarine, plats surgelés, rouge à lèvre, shampoing, …l’huile de palme est partout. Peu onéreuse, végétale et un rien exotique, elle a tout pour plaire. Et pourtant… Derrière son nom innocent se cache un immense fléau qui a pour nom déforestation. Car le palmier à huile - dont on extrait la deuxième huile de consommation avec 21% des parts du marché, juste derrière l’huile de soja – rime avec vastes monocultures de milliers voire de millions d’hectares installés au détriment de la forêt tropicale qui est rasée ou brûlée.

Championne toute catégorie, la Malaisie dont plus de 80% de sa déforestation est liée au palmier à huile, suivie de près par l’Indonésie qui rêve de supplanter son voisin malais sur le marché de l’huile de palme. Et ce n’est pas fini, ces plantations font – c’est le cas de le dire - tâche d’huile à travers toute la zone tropicale : Congo, Kenya, Nigeria, Liberia, Brésil, Colombie ou Mexique, tous sacrifient leur forêt pour ce nouvel or liquide qui finit dans 10% des produits figurant sur nos listes de courses et dans nos placards.


Mais il y a plus. Chaque année, à la fin du printemps, c’est la même rengaine. Tables et chaises de jardin en teck, terrasses ou bordures de piscine en ipé envahissent les supermarchés, magasins de bricolage, de jardinage et les affiches publicitaires.


A y regarder de plus près, les étiquettes des parquets, fenêtres, portes et meubles en tous genres ressemblent à s’y méprendre à la liste des essences tropicales menacées de disparition. La gare TGV d’Avignon ? Ipé, iroko et jotoba.

La grande bibliothèque ? Une vraie forêt tropicale à elle toute seule avec plus de 6000m3 d’espèces protégées débitées en volets, marches et mobilier divers. Or, les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation du climat planétaire - par le réchauffement en cours, elles sont d’autant plus nécessaires -, servent de refuge à un grand nombre d’espèces animales mais sont aussi le lieu de vie de nombreux peuples qui entretiennent depuis des siècles des relations harmonieuses avec cet écosystème. Chacun de nos gestes de consommateurs peut avoir une répercussion sur l’avenir de notre planète. Choisir uniquement du bois certifié FSC ou, dans le doute, éviter au maximum les bois tropicaux et leur préférer des essences européennes certifiées, acheter des produits ne contenant pas d’huile de palme… ces actions prises individuellement peuvent paraître bénignes, mais tant qu’il y aura de la demande pour ces produits, la forêt continuera à disparaître. Alors… révisez vos listes de courses !

Emmanuelle Grundmann
Imprimé sur du papier 100% recyclé
Editions Calmann-Levy

Pour en savoir plus,

Visiter le site Internet d’Emmanuelle Grundmann

http://www.gerard-david.com/?p=318

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