18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 09:26

CSP

(Archives)

par LAMRANI Salim , ALARCON Ricardo

dimanche 24 septembre 2006

 

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Conversation avec Ricardo Alarcon de Quesada, Président de l’Assemblée nationale cubaine


Préface d’Ignacio Ramonet :

Cuba est un sujet extrêmement médiatique et polémique. Il s’agit sans doute de la nation d’Amérique latine qui revient le plus souvent dans la presse occidentale. En effet, il existe un nombre incalculable d’articles et d’émissions de radio et de télévision sur la plus grande île des Caraïbes. La récente maladie du président Fidel Castro en est l’illustration la plus édifiante. Cependant, il se dégage une espèce d’unanimité pour décrire Cuba comme la « dernière dictature du continent américain », comme l’antichambre de l’enfer – tout en passant sous silence près d’un demi-siècle d’agressions étasuniennes de toutes sortes dont elle a été victime –, sans pour autant permettre à ceux qui ne partagent pas cet avis de s’exprimer sur le sujet.

En effet, la pensée et les idées des dirigeants cubains sont parfaitement méconnues du grand public pour la simple raison que ces derniers se voient interdire tout espace d’expression au sein des médias occidentaux. Jamais la presse n’aura autant parlé d’un pays et aussi peu donné la parole à ses dirigeants. De la même manière, les nombreux intellectuels et personnalités publiques favorables au processus révolutionnaire cubain, dont pas moins de huit prix Nobel, sont constamment censurés par les médias. Pour quelles raisons ?

C’est pour pallier ce paradoxe et y mettre un terme qu’est né ce livre. Ricardo Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine depuis 1992 et membre du Bureau politique du Parti communiste cubain, a accepté d’entreprendre une série de conversations sans complaisance sur plusieurs sujets épineux.

Né en 1938, Ricardo Alarcón s’est engagé dès son plus jeune âge dans la lutte contre la dictature de Fulgencio Batista. Il s’est engagé dans les filières étudiantes du Mouvement du 26 juillet mené par Fidel Castro et a dû recourir à la clandestinité pour échapper aux griffes de la tyrannie. Après la victoire des révolutionnaires barbus en 1959, il a été président de la Fédération étudiante universitaire (FEU) avant d’entrer au sein du gouvernement révolutionnaire.

Il a été directeur du département Amérique au Ministère des Affaires étrangères en 1962. Mais c’est surtout grâce son séjour à New York en tant qu’ambassadeur permanent auprès des Nations unies, de 1966 à 1978, qu’il est devenu l’un des meilleurs spécialistes cubains des Etats-Unis. Il a également été ministre des Affaires étrangères en 1992.


Ce fin diplomate et descendant d’Andalous est actuellement le dirigeant politique cubain le plus important après le président Fidel Castro et le vice-président Raúl Castro. Grand ami de Fidel Castro, il en est également l’un des plus proches collaborateurs. Il est devenu, au fil du temps, le porte-parole du gouvernement de La Havane.

Mais sa véritable profession est celle de professeur de philosophie à l’Université de La Havane où un poste lui est toujours réservé. Doté d’une culture exceptionnelle, Ricardo Alarcón est toujours prêt à démontrer par un raisonnement judicieux et implacable le manque de fondement d’une allégation ou d’une idée reçue véhiculée par les médias au sujet de son pays, et répandue en Occident.

Ricardo Alarcón excelle dans l’art de convaincre, quel que soit le sujet évoqué. L’art de la persuasion est la principale qualité de cet intellectuel, toujours prompt à approfondir une question. Sa réflexion est toujours accompagnée d’une argumentation solide et d’une base factuelle très précise. Il ne laisse rien au hasard. Il répond de manière pointue et détaillée à toutes les questions qui lui sont présentées et n’en élude aucune. Bref, le président de l’Assemblée nationale cubaine adore le débat.

Très peu de dirigeants politiques mondiaux accepteraient de converser ouvertement sur les problèmes sensibles qui touchent leur pays. Très peu se prêteraient au dialogue, qui prend parfois des allures d’interrogatoire, qui a été mené avec Ricardo Alarcón. Le Président de l’Assemblée nationale cubaine n’a évité aucun thème et s’est plié avec une patience admirable à cette longue épreuve sur des sujets variés et complexes tels que les relations avec les Etats-Unis, la Floride, la guerre contre le terrorisme, les sanctions économiques, la peine de mort, les droits de l’homme, les acquis sociaux et les élections à Cuba ainsi que la démocratie.

Ce long entretien a pour objectif de faire connaître le point de vue des dirigeants cubains sur des sujets trop souvent traités de manière partielle et partiale par les médias pour des raisons idéologiques et politiques. D’ailleurs, la presse occidentale présente une image de la réalité cubaine que ne partage pas le reste du monde. En effet, pourquoi Cuba et son Président Fidel Castro souffrent-ils d’une image si désastreuse dans la presse occidentale, alors que cette petite nation des Caraïbes et son plus célèbre citoyen jouissent d’un prestige et d’une popularité hors normes en Amérique latine, en Afrique ou en Asie ? Le long entretien qui suit répond en partie à cette question.

Ces conversations sont une contribution à l’histoire cubaine, une histoire racontée, pour une fois, par les victimes d’un conflit inégal marqué par l’acharnement de la première puissance du monde à désintégrer une petite nation sous-développée qui refuse de courber l’échine.

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Le Temps des Cerises 6 av Edouard Vaillant 93500 Pantin - FRANCE

contact@letempsdescerises.net

280 pages

ISBN : 2-84109-636-X


Salim Lamrani Photo:CSP


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Conversations avec Ricardo Alarcón de Quesada Président de l’Assemblée nationale cubaine








Ricardo Alarcón de Quesada

Photo : www.csulb.edu


EXTRAIT


La Guerre froide, responsable du conflit entre Cuba et les Etats-Unis ?

Salim Lamrani : M. le Président, l’historiographie conventionnelle analyse les tensions entre Cuba et les Etats-Unis à l’aune du cadre de la Guerre froide. Il est vrai que Cuba, en se rapprochant de l’Union soviétique, allait logiquement déclencher l’animosité de Washington. Quel est votre point de vue à ce propos ?

Ricardo Alarcón de Quesada : Il faudra un jour sérieusement interroger l’histoire conventionnelle, car il s’agit de la version qui a été prédominante dans la propagande nord-américaine. Mais en réalité, les documents et les preuves qui contredisent cette version devraient être connus de tout historien digne de ce nom, tout historien un tant soit peu sérieux.

En tout cas, au moins depuis 1991, je crois savoir que les documents officiels des autorités étasuniennes concernant l’époque précédant le triomphe de la Révolution ont été déclassifiés. Evoquons le volume correspondant à la période 1958-1960, en l’occurrence la dernière année du gouvernement de Batista, et les deux premières années de la Révolution. A cette époque, on ne pouvait pas parler d’alliance avec l’Union soviétique, ni même de relations formelles avec l’Union soviétique. Cependant, ces documents démontrent que dès l’époque de Batista, l’administration d’Eisenhower a essayé d’empêcher « la victoire de Castro ». Je vous cite le document textuellement. Il s’agit d’un rapport du Conseil national de sécurité des Etats-Unis.

Salim Lamrani : Donc selon vous, la réalité est toute différente

Ricardo Alarcón de Quesada : Les faits historiques se sont déroulés de manière complètement différente de ce que raconte l’histoire conventionnelle. Avant même le triomphe de la Révolution, les Etats-Unis ont essayé d’empêcher la victoire des barbudos, et depuis la victoire du 1er janvier 1959, Washington essaye de renverser le gouvernement révolutionnaire. Le soutien de l’Union soviétique, ce que l’on pourrait appeler l’alliance avec l’Union soviétique, n’est qu’une réponse de Cuba aux agressions des Etats-Unis. La conséquence de cette hostilité immédiate a été le rapprochement avec les Soviétiques.

Influence des Etats-Unis avant la Révolution


Salim Lamrani : Quel degré de contrôle ou d’influence exerçaient les Etats-Unis aux niveaux politique, économique et social lors du triomphe de la Révolution en 1959 ?

Ricardo Alarcón de Quesada : Les Etats-Unis avaient une très grande influence politique à Cuba. Je crois que le terme d’« influence » est plus juste. Dans les années 1950, l’amendement Platt, que Washington avait imposé au début du XXe siècle, n’existait plus légalement. Rappelez-vous que cet amendement autorisait les Etats-Unis à intervenir militairement à Cuba.


Salim Lamrani : Et pour ce qui est de l’influence économique ?

Ricardo Alarcón de Quesada : L’influence économique était énorme. L’économie cubaine était presque partie intégrante du marché étasunien car elle dépendait de manière vitale des exportations de sucre vers les Etats-Unis. L’influence d’ordre culturel était également très importante pour des raisons historiques et géographiques : Cuba a été pour ainsi dire administrée par les Etats-Unis. Il y avait une sorte de fatalisme géographique dans le subconscient collectif de Cuba, un fatalisme intentionnellement alimenté par l’idée selon laquelle il n’était pas possible de se développer sans l’aval des Etats-Unis, disons indépendamment des Etats-Unis. Cette idée était fondée, car chaque fois qu’il y a eu des velléités d’indépendance à Cuba, et cela remonte à la guerre contre l’Espagne, les Etats-Unis sont intervenus militairement, que ce soit en 1898, en 1907 ou lors de la Révolution de 1933. En 1933, l’armée n’a pas occupé militairement le pays, mais le peuple tout entier redoutait une intervention de la flotte nord-américaine, rassemblée en masse dans la baie de La Havane. L’ambassadeur étasunien à Cuba agissait en tant que superpouvoir et était l’homme politique le plus important de l’île. Ainsi, le sentiment selon lequel il n’était pas possible de vivre indépendamment des Etats-Unis était bien réel. Pour les Cubains de l’époque, tout ce que pouvait entreprendre le pays pour secouer le joug nord-américain était vain, voué à l’échec, car il en était allé ainsi précédemment.


Salim Lamrani : Pourquoi le gouvernement cubain accepte-t-il la présence militaire étasunienne à Guantanamo ?

Ricardo Alarcón de Quesada : Nous ne l’acceptons pas du tout. Nous avons maintes fois déclaré que l’occupation militaire d’une partie de notre territoire était illégale et illégitime. Cela fait plus de 45 ans que nous dénonçons cette présence délictueuse auprès des instances internationales et de la communauté internationale. Nous menons une grande bataille politique et diplomatique en ce sens, mais pacifiquement. Il serait absurde de prétendre déloger les Etats-Unis de Guantanamo par la force, car cela signifierait la guerre.


Salim Lamrani : Au niveau juridique, quel accord a abouti à la cession de Guantanamo ?


Ricardo Alarcón de Quesada : L’origine de cet accord remonte à l’intervention nord-américaine dans la guerre hispano-cubaine. Les Etats-Unis sont intervenus en 1898 et ont remplacé l’Espagne en tant que puissance coloniale régnant sur Cuba. Pour retirer leurs troupes et mettre ainsi un terme à l’occupation militaire de l’île, les Etats-Unis ont imposé le célèbre amendement Platt à l’Assemblée constituante qui était censée élaborer la Constitution de l’an I – cela fait partie de l’Histoire de Cuba, histoire que connaît n’importe quel enfant de ce pays – pour organiser la République indépendante de Cuba. Il s’agissait d’un accord voté par le Congrès étasunien et qui fut ajouté par la coercition à la nouvelle Constitution. Si les membres de l’Assemblée constituante refusaient d’inclure l’amendement Platt, les troupes militaires étasuniennes ne se retireraient pas et le gouvernement envahisseur continuerait d’administrer Cuba. Cela a provoqué un débat houleux au sein de l’Assemblée, et suite à cette pression, les membres ont admis cette clause ; elle fut partie intégrante de la Constitution cubaine jusqu’en 1934.

Salim Lamrani : En quoi consistait exactement l’amendement Platt ?

Ricardo Alarcón de Quesada : L’amendement Platt avait deux composantes fondamentales : d’une part, il obligeait la République de Cuba à reconnaître aux Etats-Unis le droit d’intervenir dans les affaires intérieures cubaines à n’importe quel moment. D’autre part, la République de Cuba était contrainte de céder plusieurs espaces territoriaux pour l’installation de bases navales nord-américaines et de mines de charbon. Leur usage était exclusivement réservé à la marine étasunienne.

Salim Lamrani : Cependant, l’amendement Platt a été abrogé en 1934

Ricardo Alarcón de Quesada : Effectivement, en 1934, ce texte contraignant a été abrogé et éliminé. Cependant, il a été remplacé par un document très concis intitulé « Traité de réciprocité entre Cuba et les Etats-Unis ». Ce texte abrogeait l’amendement Platt, mais stipulait que la base navale de la baie de Guantanamo resterait sous le contrôle et la domination des Etats-Unis jusqu’à ce que les deux parties – La Havane et Washington – décident d’un commun accord d’y mettre un terme. Voilà l’essence de cet accord.

 

Salim Lamrani : C’est un accord pour le moins étrange

Ricardo Alarcón de Quesada : Absolument ! D’un côté, les Etats-Unis renonçaient à leur « droit » d’intervention dans la vie politique et économique de Cuba, mais de l’autre, ils annexaient de facto la base navale de Guantanamo pour une durée indéterminée, afin de pouvoir garder la base navale à perpétuité. En effet, le départ des Etats-Unis de Guantanamo ne dépend pas d’un calendrier précis, d’un bail déterminé par les deux parties, mais uniquement du bon vouloir des autorités étasuniennes. En d’autres termes, selon ce texte, tant que les Etats-Unis souhaiteront avoir une présence à Guantanamo, ils pourront y rester sans aucun problème. C’est cela que l’on peut qualifier, avec beaucoup de réserves, de « cadre juridique » à propos de Guantanamo.

* * * * *

Extrait

Salim Lamrani : M. le Président, depuis le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont déclaré la « guerre contre le terrorisme ». Quelle est la position de Cuba par rapport à cette nouvelle doctrine de « guerre permanente » établie par l’administration Bush ?

Ricardo Alarcón de Quesada : Nous vivons dans un monde complexe. Il est fort possible que nous soyons à l’aube d’un conflit militaire mondial conçu en termes d’un supposé affrontement contre le terrorisme.

Cependant, sur ce thème, nous faisons face à une situation assez ironique. Comme l’a expliqué le congressiste McGovern, Cuba apparaît sans aucune justification sur la liste des Etats terroristes du Département d’Etat des Etats-Unis. Tant que Cuba fera partie de cette liste, il ne sera guère possible d’établir un minimum de normalité dans les relations entre nos deux pays.

 

Par ailleurs, Cuba a essayé pendant de nombreuses années de mettre en place une coopération avec les Etats-Unis pour combattre le terrorisme. La réaction étasunienne a toujours été de refuser tout dialogue ou accord bilatéral sur cette question, malgré le fait que Cuba ait été l’objet d’attentats terroristes organisés depuis le territoire nord-américain.

Salim Lamrani : Cuba a longtemps dénoncé le terrorisme qui a frappé aussi bien des objectifs économiques que la population.


Ricardo Alarcón de Quesada : Pas très loin d’ici [du siège de l’Assemblée nationale], une bombe a explosé à l’hôtel Capri. Dans l’édition du New York Times du 12 juillet 1998, Luis Posada Carriles explique en première page, dans une interview, qu’il a organisé ces attentats et que le tout a été financé par la FNCA.

Il s’y vante de pouvoir fréquemment entrer et sortir du territoire étasunien sans être dérangé par les autorités.

Le cas des cinq prisonniers politiques cubains

Salim Lamrani : Le gouvernement cubain n’a-t-il jamais essayé d’alerter les autorités étasuniennes sur ces actes terroristes ?

Ricardo Alarcón de Quesada : Peu après cette interview, une réunion à La Havane entre des hauts fonctionnaires du FBI et les autorités cubaines a eu lieu. Lors de cette rencontre, on a remis au FBI des documents, des informations, des données et les dossiers de 64 individus qui sont des terroristes en activité et qui résident dans la ville de Miami.

Le FBI a promis d’ouvrir une enquête sur ces personnes, mais il n’y a jamais eu de réponse. Du moins, la réponse a été autre.

Salim Lamrani : C’est-à-dire ?

Ricardo Alarcón de Quesada : En septembre 1998, cinq Cubains furent arrêtés à Miami et accusés d’être des agents du gouvernement de Cuba, ou plutôt de ne pas s’être inscrits comme tels.

On les a présentés comme étant des personnes impliquées dans des supposées activités d’espionnage ou, plutôt, dans une conspiration en vue de pratiquer l’espionnage, ainsi que d’autres charges.

Salim Lamrani : Evoquons ce cas particulier en détail.

Ricardo Alarcón de Quesada : Le 17 juin 1998, nous avons remis au FBI un mémorandum sur les actions terroristes commises contre Cuba à partir de Miami.

Permettez-moi de citer le gouvernement des Etats-Unis lui-même : « En juin 1998, suite à une série d’attentas et de menaces d’attaques à la bombe contre des citoyens cubains, une équipe du FBI s’est réunie à La Havane avec les autorités cubaines. Les discussions se sont centrées sur les accusations selon lesquelles des résidents étasuniens auraient participé à une conspiration terroriste relative à des attentats à la bombe. A cette époque, les autorités cubaines et le FBI ont échangé des preuves qui devaient être analysées à Washington DC ». Voilà l’exacte déclaration des autorités étasuniennes.

 

Salim Lamrani : Que s’est-il passé ensuite ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Au lieu de procéder à l’arrestation des personnes impliquées dans le terrorisme international contre Cuba et de les mettre hors d’état de nuire, le FBI a eu un comportement pour le moins étrange.

 

Le samedi 12 septembre, très tôt le matin, il a informé les congressistes Ileana Ros Lehtinen et Lincoln Díaz Balart, deux personnes liées à la mafia terroriste cubaine de Miami, qu’il venait d’arrêter cinq supposés espions résidant en Floride. Bien que la délégation du Congrès de Floride soit composée de 25 personnes, aucun autre membre n’a été averti d’avance par les enquêteurs.

 

Malgré le fait que les congressistes mentionnés n’occupent pas de poste en rapport avec la sécurité ou l’intelligence, ils ont eu le privilège d’être informés en priorité. Il y avait une raison et un objectif à cela : déclencher une campagne médiatique afin de stigmatiser immédiatement les accusés.

 

Pour vous faire une idée des intérêts que défendent Ros Lehtinen et Díaz Balart, sachez tout simplement qu’un immense portrait de Fulgencio Batista orne le bureau de Lincoln Díaz Barlart. Ces personnes représentent la frange la plus récalcitrante de l’extrême droite cubaine des Etats-Unis.

 

Salim Lamrani : Qui sont exactement ces cinq Cubains ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Ils s’appellent Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar, Fernando González Llort, Antonio Guerrero Rodríguez et René González Sehweret. Ils travaillaient et vivaient aux Etats-Unis depuis de nombreuses années.

 

Gerardo Hernández avait 33 ans, et il est diplômé de l’Ecole de Diplomatie de Cuba.

 

Ramón Labañino avait 35 ans et avait obtenu la mention « Très bien » à son diplôme d’économie à l’Université de La Havane.

 

Antonio Guerrero avait 40 ans. Il est né aux Etats-Unis car ses parents travaillaient en Floride. Il est ingénieur, diplômé de l’Institut de Kiev en Ukraine. Il est également poète. Fernando González avait également 35 ans. Il a lui aussi reçu une formation de diplomate.

 

Quant à René González, il avait 42 ans. Il est né à Chicago et ses parents ont longtemps travaillé aux Etats-Unis avant de retourner à Cuba. Il est pilote dans l’aviation civile, diplômé à la fois à Cuba et aux Etats-Unis. Il est également écrivain.

 

Salim Lamrani : Quand ont-ils été mis en examen, avec présentation des accusations de manière formelle ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Dès le début, il était évident qu’il s’agissait d’une opération à caractère politique, destinée à satisfaire le secteur le plus agressif qui a transformé le sud de la Floride en une base pour sa guerre contre Cuba.

 

Ainsi, le FBI a attendu quatre jours pour notifier l’accusation formelle aux accusés, ce qui constitue en soi une violation juridique.

 

Isolement arbitraire et illégal

 

Salim Lamrani : Que s’est-il passé après leur arrestation ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Dès les premiers instants de leur arrestation, et jusqu’au 3 février 2002, c’est-à-dire 17 longs mois durant, ils ont été maintenus en cellule d’isolement, isolés entre eux et isolés des autres détenus. Ils ont été enfermés au « mitard », et aux Etats-Unis, cela signifie les pires conditions de détention, avec un traitement particulièrement cruel.

Ils se trouvaient dans une cellule sans fenêtres. Les portes étaient métalliques et ils ne pouvaient rien voir de ce qui se passait dehors. Une petite ouverture permettait aux gardes d’introduire la nourriture. Les lumières étaient allumées 24 heures par jour, si bien qu’il leur était impossible de distinguer le jour de la nuit.

 

C’était un endroit extrêmement étroit, et on pouvait à peine y effectuer quelques pas. Ils étaient maintenus pieds nus, avec leurs sous-vêtements et tee-shirt pour uniques vêtements. Ils n’ont eu droit à aucun livre, aucun matériel imprimé, rien. Il y avait même un panneau sur la porte où il était écrit qu’il était interdit de leur adresser la parole, ni de communiquer avec eux par écrit.

 

Salim Lamrani : Leur comportement avait peut-être justifié ces mesures radicales.

Ricardo Alarcón de Quesada : A aucun moment, ils n’ont fait preuve d’indiscipline. Personne ne pourrait croire que dans cinq pénitenciers différents, dans cinq Etats différents, cinq Cubains aient eu une conduite justifiant un tel traitement. Le hasard n’est pas crédible.


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