9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 21:01
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L
es fermiers se plaignent depuis des années des bas prix. L’équilibre est-il rétabli aujourd’hui?

Dirk Barrez. Ce ne sont pas en premier lieu les fermiers qui s’en portent mieux. Ils restent pour un part importante dépendants des intermédiaires entre eux et le consommateur : les acheteurs en gros, les fabricants et les distributeurs.


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Considérons les céréales, toujours le principal produit agricole, et nous verrons que quasiment tout le grain produit sur terre est acheté par trois grosses entreprises : Cargill, ADM et Louis Dreyfus. Le paysan n’a guère le choix, évidemment. Ces entreprises exercent un contrôle écrasant sur le marché.

Ce sont elles qui font les prix ?

Dirk Barrez. Pas uniquement. Avec l’industrie de transformation, qui conditionne les denrées de base que nous retrouvons dans les (chaînes de) magasins, ça ne se présente guère mieux, puisque là aussi, seuls quelques géants, comme Nestlé et Unilever, contrôlent le marché. C’est toutefois le secteur de la distribution, les grands magasins, donc, qui ont aujourd’hui le plus de pouvoir, et de loin. Ainsi, 8 % des achats de nourriture de la planète se font chez Wal-Mart, la multinationale américaine. Cela leur donne un énorme pouvoir pour extorquer des marges bénéficiaires avantageuses.

Vous défendez l’idée que les paysans doivent obtenir de meilleurs prix pour leurs produits. En fin de compte, ça va encore être facturé au consommateur, non ?

Dirk Barrez. De meilleurs prix pour les paysans, cela ne signifie pas nécessairement des prix plus élevés pour les consommateurs. La libéralisation du marché mondial a débouché sur des baisses de prix pour les fermiers, mais aussi sur une hausse de prix pour le consommateur. La différence est passée chez les intermédiaires. Bel exemple, l’industrie du café. Jusqu’il y a quinze ans, il y avait les accords du café, qui faisaient que les paysans avaient un revenu prévisible. Entre-temps, la suppression de ces accords a non seulement fait que les paysans reçoivent deux fois mois pour leur café, mais que les consommateurs paient aussi deux fois plus.

Aux États-Unis, une étude a montré qu’entre 1970 et 2000, le revenu des fermiers a baissé de 20 %, mais que les prix payés par le consommateur ont augmenté en moyenne de 35 %.

Que peut-on faire contre le pouvoir de ces multinationales ?

Dirk Barrez. Je ne comprends pas que les autorités américaines ou que l’Union européenne permettent une telle concentration du pouvoir économique. Au début du siècle dernier, même Standard Oil (Esso)1 a été obligé de se scinder. Aujourd’hui, manifestement, plus personne ne se pose de questions sur le pouvoir d’entreprises comme Wal-Mart. En outre, il existe également des initiatives au sein desquels fermiers et consommateurs essaient d’entrer en contact, sans les intermédiaires. Ainsi, à Rennes, en France, il existe nombre de magasins paysans vendant des produits locaux et où l’on a un choix de denrées tout aussi diversifié que dans les autres supermarchés, mais à des prix concurrentiels.

1 Une multinationale pétrolière américaine qui, au début du siècle dernier, détenait presque la totalité du marché mondial. En 1911, la Cour suprême des Etats-Unis obligea Esso à se scinder en 34 sociétés indépendantes.

Les réserves alimentaires au niveau le plus bas depuis des années

Les variations de prix sur le marché mondial touchent de plein fouet 2 à 3 milliards de petits producteurs dont la totalité du revenu dépend des lubies du marché.

Vous êtes contre le libre marché des produits agricoles. Ses partisans prétendent toutefois qu’il est garant d’efficacité et de prix bas.

Dirk Barrez. Je ne suis pas contre toute forme de fonctionnement mondial du marché. Pour l’alimentation, c’est toutefois loin d’être évident. Dans ce secteur, en effet, des variations minimes dans l’offre et la demande ont des conséquences énormes sur les prix et, partant, sur les revenus des paysans, soit, en gros, entre 2 et 3 milliards d’humains. Il est en plus très malaisé de faire concorder l’offre et la demande.

Si la demande de pommes baisse brusquement, le paysan ne peut demander à son verger de produire un peu moins. Les oscillations de prix sont bien trop grandes, ce qui rend très imprévisible et incertain le revenu de quasiment la moitié de l’humanité. Et même si, pour l’instant, les prix montent, généralement, ils baissent et ils sont même si bas qu’ils provoquent la faim et la pauvreté chez des centaines de millions de paysans. De plus, c’est également un secteur qui est vital pour toute l’humanité et où il serait donc bienvenu qu’il y ait un certain contrôle.

Vous considérez l’agriculture comme un secteur crucial pour le développement d’un pays. Pourquoi?

Dirk Barrez. Si nous examinons les derniers siècles, nous voyons que chaque, mais alors chaque pays riche, dans sa phase de développement, a protégé son marché agricole. Cela vaut aussi bien pour la Grande-Bretagne au 18e siècle que pour le développement récent de la Chine. Tous ces pays ont pu mener à bien leur industrialisation grâce à un secteur agricole productif et protégé.

Aujourd’hui, on prive toutefois les pays du tiers monde de cette possibilité par les réglementations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Au nom du libre marché, l’OMC interdit à ces pays de protéger leur marché. Le résultat, c’est que, par exemple, pour le grain, les paysans sont confrontés depuis soixante ans à une baisse structurelle des prix. Nous parlons d’une baisse fois cinq ou fois six des prix. Il n’est donc pas étonnant que bien des paysans fuient les campagnes pour les villes, où ils occasionnent une pression vers le bas des salaires des travailleurs. S’ils ne trouvent pas de travail dans les grandes villes de leur pays, la prochaine étape consiste à émigrer vers l’Occident. Les prix bas que les paysans reçoivent pour leurs produits représentent donc un problème pour les populations urbaines.

Vous voyez des solutions possibles ?

Dirk Barrez. D’après moi, l’agriculture ne peut être une compétence de l’OMC, mais bien des Nations unies. Je suis pour la création de marchés régionaux où la concurrence fonctionnerait déjà de façon plus honnête qu’actuellement sur le marché mondial. Par régionaux, j’entends au niveau continental comme, par exemple, l’Europe, l’Afrique occidentale ou le Brésil. Actuellement, 88 % des céréales sont traitées au niveau régional, mais ce sont les 12 % sur le marché mondial qui déterminent les prix de toutes les céréales.

Il faut également davantage de contrôle sur l’approvisionnement en nourriture. Les médias parlent souvent aujourd’hui du problème de l’énergie, mais ne disent jamais, par exemple, que les réserves sont au niveau le plus bas depuis des années. Sans pétrole, les choses ne vont déjà pas être faciles, mais sans nourriture, là, alors…

Livre paru seulement en néerlandais
Dirk Barrez, Koe 80 heeft een probleem. Boer, consument, agro-industrie en grootdistributie (La vache 80 a un problème. Paysan, consommateur, agro-industrie et grande distribution), disponible en néerlandais seulement, 251 p., Éditions EPO, 19 euros.


Source : MichelCollon Info
http://www.ptb.be/scripts/article.phtml?lang=2&obid=35379

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