16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 10:06

Le Monde Diplomatique
Archives, mars 2006

 

Par Ignacio RamoneT

Directeur du monde diplomatiquE


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Souvent présentée comme le meilleur des systèmes politiques, la démocratie a longtemps été une forme de gouvernement rare. Parce qu’aucun régime ne répond totalement à l’idéal démocratique qui supposerait une honnêteté totale des puissants à l’égard des faibles et une condamnation vraiment radicale de tout abus de pouvoir. Et parce qu’il faut respecter cinq critères indispensables : élections libres ; opposition organisée et libre ; droit réel à l’alternance politique ; système judiciaire indépendant ; et existence de médias libres. Même ainsi, certains Etats démocratiques, comme la France ou le Royaume-Uni, dénièrent longtemps aux femmes le droit de vote, et étaient par ailleurs des puissances coloniales bafouant les droits des colonisés.

Photo:
www.polodemocratico.net


En dépit de tels défauts, cette méthode de gouvernement a eu tendance à s’universaliser. Sous la forte impulsion, d’abord, du président des Etats-Unis Woodrow Wilson (1856-1924). Mais surtout après la fin de la guerre froide et la disparition de l’Union soviétique. On annonça alors la « fin de l’histoire » au prétexte que rien ne s’opposait à ce que tous les Etats du monde atteignent un jour les deux objectifs du « bonheur suprême » : économie de marché et démocratie représentative. Objectifs devenus dogmes intouchables.

Au nom de ces dogmes, M. George W. Bush a estimé légitime, en Irak, de recourir à la force. Et, dans des prisons secrètes établies à l’étranger, d’autoriser ses forces armées à pratiquer la torture. Ou de soumettre à des traitements inhumains, dans le bagne de Guantánamo, des prisonniers en dehors de tout cadre légal, comme vient de le dénoncer un rapport de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, ainsi qu’une résolution du Parlement européen.

Malgré de si graves infractions, les Etats-Unis n’hésitent pas à s’ériger en instance planétaire d’homologation démocratique. Washington a pris l’habitude d’avilir ses adversaires en les qualifiant systématiquement de « non démocratiques », voire d’« Etats voyous » ou de « bastions de la tyrannie ». Seule condition pour échapper à cette marque d’infamie : organiser des « élections libres ».

Mais même alors, tout dépend des résultats. Comme le montre le cas du Venezuela, où, depuis 1998, M. Hugo Chávez a été élu à plusieurs reprises dans des conditions garanties par des observateurs internationaux. Rien n’y fait. Washington continue d’accuser M. Chávez d’être un « danger pour la démocratie » ; et est allé jusqu’à fomenter un coup d’Etat en avril 2002 contre le président vénézuélien, lequel de nouveau se soumet au verdict des urnes en décembre prochain...

Trois autres exemples – en Iran, en Palestine et en Haïti – montrent qu’il ne suffit plus d’être élu démocratiquement. Pour l’Iran, chacun trouvait les élections de juin 2005 formidables : participation massive, pluralité et diversité des candidats (dans le cadre de l’islamisme officiel), et surtout brillante campagne de M. Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, favori des Occidentaux et donné vainqueur. Nul n’évoquait alors le « péril nucléaire ». Tout a brutalement changé après la victoire de M. Mahmoud Ahmadinejad (dont, par ailleurs, les déclarations sur Israël sont inacceptables). Et l’on assiste maintenant à une diabolisation de l’Iran.

Bien que Téhéran soit signataire du traité de non-prolifération nucléaire et nie vouloir la bombe, le ministre français des affaires étrangères ne vient-il pas d’accuser l’Iran de conduire un « programme nucléaire militaire clandestin (1) » ? Et, oubliant déjà les récentes élections, Mme Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat américaine, ne réclame-t-elle pas 75 millions de dollars au Congrès pour financer en Iran la « promotion de la démocratie » ?

Même situation, ou presque, pour la Palestine (lire l’article de Georges Corm, « Révoltes et refus au nom de l’islam »), où les Etats-Unis ainsi que l’Union européenne, après avoir exigé la tenue d’élections « vraiment démocratiques » surveillées par une myriade d’observateurs étrangers, refusent maintenant le résultat, au prétexte que le vainqueur, le mouvement islamo-nationaliste Hamas (auteur d’attentats odieux contre des civils israéliens), ne plaît pas.

Enfin, pour Haïti, on a pu voir, à l’occasion de l’élection présidentielle du 7 février dernier, comment, dans un premier temps, tout était fait pour empêcher la victoire de M. René Préval – finalement élu –, dont la « communauté internationale » ne voulait à aucun prix, en raison de ses liens avec l’ancien président Jean-Bertrand Aristide.

« La démocratie, disait Winston Churchill, est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. » Ce qui gêne aujourd’hui, c’est de ne pouvoir déterminer le résultat d’une consultation électorale à l’avance. Quand certains aimeraient pouvoir établir des démocraties sur mesure. A résultat garanti.


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