21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 08:58

S A R K O Z Y, 6 mois après
 
 

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S A R K O Z Y

par les people,
pour les
people

http://terouga.hautetfort.com


« Nicolas Sarkozy est avant tout un personnage ridicule, il ne devrait pas dépasser les 15 % ». C’est ce que disait de lui le démographe E. Todd avant le premier tour de la présidentielle[1]. Amalgamant Royal et Sarkozy en les accusant d’être des « candidats du vide », il était dans le vrai, mais force est de constater que ces candidats officiels ont largement dépassé le score que leurs discours mensongers méritaient et, plus encore, que la volaille socialiste, Sarkozy a réussi à s’imposer dans l’opinion, dépassant les 5 % de Français financièrement intéressés à son programme… Minorité immédiatement récompensée dès juillet ! 


Cette réussite, aussi surprenante que tragique pour le pays ,a déjà été analysée: la petite bourgeoisie vieillissante, menacée dans sa propriété, s’est laissé rassurer par les postures effectivement ridicules de l’ami Ricoré des grands patrons. Usant et abusant de « l’insécurité », des « privilèges » de la fonction publique et d’un égoïsme héroïque (« travaillez plus pour gagner plus »), il a amalgamé derrière lui des intérêts et des clientèles complètement contradictoires et fort volatiles. Six mois après sa victoire, le vernis craque et les problèmes sont plus béants que jamais : comment réduire les dépenses publiques tout en assurant des services à son électorat très âgé ?
 

Comment lutter contre la délinquance sans restaurer l’Etat ?
 

Comment éviter le cancer de la précarité en liquidant le code du travail ?
 

Comment relancer la croissance sans remettre en cause les traités européens ?  

Pour éviter d’assumer ces questions cruciales toutes les manipulations sont bonnes…

  1. Progrès

 

Le début du quinquennat de Sarkozy marque avant tout un progrès dans l’affirmation d’un gouvernement ouvertement oligarchique. Sur le plan strictement politicien « l’ouverture » aux socialistes qui pensent comme lui rend plus visible une vérité mal cachée jadis : le consensus des élites derrière les traités européens, le sionisme et l’atlantisme. Avec des degrés variables les responsables politiques communient dans un meilleur des mondes oligarchique qui réserve à eux-mêmes et à leurs enfants  prébendes, postes et paillettes.
 
Cet état de fait n’est pas une nouveauté, les « ouvertures » de Giscard et Mitterrand avaient le même but : créer un parti unique, centriste d’apparence qui se survivrait à lui-même sur fond de libéralisme euro-américain. Querelles d’hommes et luttes sociales en décidèrent autrement, mais aujourd’hui jamais cette mouvance mondialiste et libérale n’a été aussi soudée derrière des intérêts énormes et leur gestionnaire désigné car chaque « réforme » alimente un secteur du capitalisme (retraites, écoles et assurances santé privées, etc.).
Sur le plan international le sionisme de la nouvelle équipe gouvernementale ne fait aucun doute : Strauss-Kahn au FMI, Kouchner aux affaires étrangères et Sarkozy aux Etats-Unis, voilà une belle brochette de non alignés ! Les discours inutilement menaçants sur l’Iran[2] n’ont pas d’autres sources que cette atmosphère néo-conservatrice qui, sur le point de se dissiper quelque peu aux USA, vient polluer le pays du général de Gaulle.
Pro-américain sur la scène mondiale Sarkozy ne pouvait être autre chose que pro-européen en Europe. Le changement d’échelle géographique ne changeant pas l’échelle des valeurs. Pour Sarkozy et ses conseillers la France n’a plus vraiment de réalité : elle ne peut être qu’un secteur du grand marché unique européen et une province touristique pittoresque pour nouveaux riches. Le retour de la constitution européenne imposée et acceptée uniquement par « la France d’en haut » est aussi peu démocratique que peu surprenante. Là aussi, sans surprise, tous les politiciens de l’UMPS ne font qu’un derrière cet affront au vote des Français. Ces oligarques se pensent au pire comme des aristocrates, au mieux comme des maires qui gèrent la forme et se profitent du fond.
Avec une obstination proportionnelle à son inculture, le nouveau président laisse donc le marché et ses « experts » adapter les Français au nouvel ordre international où la valeur de l’euro et les taux d’intérêts (décidés par la BCE) ne peuvent que réduire les salaires et les acquis sociaux. Là aussi on est davantage dans les progrès d’un processus lancé par la « gauche » que dans la rupture qui, concernant notre ridicule personnage, ne sera que conjugale.
Les grèves assez importantes d’octobre et novembre 2007 signalent une exaspération légitime de salariés menacés par les directives européennes mais qui ne sauraient constituer une riposte efficace et constructive au sarkozisme : attachés uniquement à leurs acquis ces salariés souhaitent davantage un statu quo qu’un mouvement qui associerait éventuellement les millions de Français plus précaires, exploités et dupés qu’eux.
Redoutant un mai 68 rampant, c’est à dire une série de désordres et de mouvements sociaux sans tête ni syndicats à stipendier avec l’argent du MEDEF, la présidence se retrouve obligée de faire mousser des interlocuteurs plus faciles à manipuler que la foule, c’est pourquoi la CGT est apparue comme LE syndicat partenaire des « réformes ».



Mais sans croissance, ligoté par la BCE et face aux espoirs soulevés, voilà notre ersatz de Napoléon au cœur de ses propres contradictions.

 

 

  2. Le petit père des people

 

Aidé par une opposition très largement ralliée au consensus euro-libéral et soutenu indirectement par des partis protestataires assez médiocres, Sarkozy peut tenir encore longtemps.
 

Comme Mitterrand et Chirac avant lui il ne va cesser de perdre des points de popularité et des élections secondaires, mais il restera le chef d’orchestre des clientèles de la droite tout en bénéficiant du soutien obscène des « 200 familles ».

 

Assis sans pudeur en haut du mur de l’argent il tirera sans vergogne les ficelles de la politique politicienne en préférant tenir que courir.

 
Peut-être plus que ses prédécesseurs il utilise sans retenue les media de masse détenus opportunément par ses amis du CAC 40.


Ministres sans personnalité, visites surprises là où il n’a rien à faire, discours creux mais bien dits (voir ses « propositions » sur le pouvoir d’achat à la fois tardives et creuses)… Les élites ne manquent pas de ficelles pour tromper le peuple alors qu’elles préfèrent le people. Et si cela ne suffit pas la « menace terroriste » (corse, islamiste ou autres…) ou même une guerre contre l’axe du mal saura hypnotiser au delà du troisième âge.


En attendant il fait de la surenchère dans la « victimologie » : il verse quelques larmes de crocodiles sur mille et une victimes (infirmières bulgares, otages, anonymes assassinés, policiers blessés…) en bon bonimenteur télévisuel.


Si ces combines assez minables sont les armes coutumières de l’oligarchie, le vide de l’opposition est plus grave et plus déprimant.


    Les dirigeants politiques gravitent et évoluent dans une même marre que décrit Le Canard Enchaîné qui, sans révéler l’ampleur de leur cynisme, montre par petites touches comment vivent nos dirigeants. Quelle différence entre les chefs du PS et de l’UMP ? Absolument aucune. L’omniprésence de Sarkozy dans les media s’adressant à tous les publics répond aussi à une autre contradiction de l’oligarchie : les rivalités internes. En effet, bien des élus UMP intéressés par leur baronnie locale supportent déjà mal les « réformes » du président : la fermeture de plusieurs dizaines de tribunaux mécontentent une clientèle sûre de la droite : les avocats et leurs salariés ! Et que dire des « durs » de la majorité qui auraient souhaité une réforme plus radicale des régimes spéciaux ?


Pour cacher la misère morale et intellectuelle de l’UMP Sarkozy surveille ceux qui l’ont fait roi, c’est là la motivation première de l’ouverture à des « socialistes » ambitieux ou à des créatures présidentielles comme F. Amara ou R. Dati, unanimement haïes par l’UMP… C’est, du reste, le seul pouvoir du président réduit à exister par et pour les médias tellement le vrai pouvoir est ailleurs. Fidèle jusqu’à la caricature R. Dati fait de même en n’agissant que par et pour le paraître. La visite de Kadhafi montre comment les cadres du parti sont autonomes vis-à-vis de l’Elysée réduit au soutien de ses seuls pions.


 

Le sarkozisme n’a donc rien de très nouveau à proposer en tête de gondole : Mitterrand et Giscard firent de même en divisant l’opposition tout en chassant les personnalités de la majorité et Chirac fut le vrai père de Sarkozy en lui montrant que les discours valent moins que la lente inondation libérale. On l’a oublié mais lui aussi s’agita sans répit la première année de son mandat.

 
 

3. L’archipel de la décomposition

 

 
Et pendant ce temps la France se dissout sous les coups d’un libéralisme anglo-saxon étranger à sa culture et à son histoire. Sans alternative nationale-républicaine crédible, la population se recroqueville sur elle-même : la population vieillit, la petite délinquance remplit  utilement les vides du marché, les anti-dépresseurs et autres « remontants » se vendent plus que bien, le suicide, la prostitution et les sectes se portent bien.


Des travaux sociologiques étudient les mutations ou la décomposition de la société française. L’avenir dira s’il s’agit d’un déclin profond ou d’une confuse phase d’adaptation, mais le fait est que les gens souffrent en ne sachant pas pourquoi. Des chiffres affolants sont disponibles : 7 millions de pauvres, deux autres millions de gens susceptibles de le devenir, un système de santé et éducatif qui est de moins en moins efficace, un communautarisme rampant, une précarité insensée…

Sûres d’elles les élites n’ont même plus la volonté de cacher des chiffres effroyables pour qui sait lire : enrichissement de riches déjà plus aisés que jamais, multiplication des nouvelles pauvretés à la base, la société se délite et se morcelle en groupes, bandes, réseaux rivaux.

Pourquoi tant de passivité ? C’est que le phénomène est très lent: le sociologue E. Dupin a, dans Le Ghetto français, analysé l’historique de cette situation qui remonte selon lui au virage libéral de 1983. Depuis 25 ans les classes sociales ont tendance à se fuir géographiquement : si Neuilly-sur-Seine symbolise à l’extrême la fortification des élites, le reste de la société française subit le même sort très visible dans les grandes villes, celles précisément connectées le plus brutalement à la mondialisation : les flux amènent des immigrés (légaux ou non) en concurrence avec les prolétaires déjà exploités. A l’autre bout de la ville des capitaux s’installent et font main basse tout ce qui peut se négocier. C’est là l’explication de la hausse spectaculaire de l’immobilier depuis une dizaine d’années ; phénomène qui se déverse ensuite dans les villes moyennes puis les petites villes, etc.

 

    La solution est-elle de refuser les capitaux ? De traquer les immigrés ? Face à de tels défis aucune solution ne doit être écarté a priori, mais la France n’a pas vocation à se couper du monde économique ou du monde tout court. Un contrôle étatique et citoyen est pourtant une nécessité car la question des frontières est vitale pour tout Etat digne de ce nom.

 

Chasser les « sans papiers » comme du bétail tout en laissant les fonds de pension us agir à leur guise est une situation digne de JM Bigard. C’est pourtant ça qui a vidé le vote Le Pen de centaines de milliers de voix.

 

Dans son dernier éditorial avant d’être assassinée par les socialistes, Rosa Luxembourg qui avait tenté une révolution bolchevique à Berlin en 1918, analysait l’échec des premiers communistes allemands. Elle pointait, entre autres causes, la mentalité petite-bourgeoise des Berlinois, encore prussiens et soumis.

 

N’en sommes-nous pas encore là ?

 

 




[1] Le démographe poursuit ses commentaires avec une lucidité étonnante.

 

[2] Même les services secrets us nient le côté menaçant du programme nucléaire iranien.


 

http://www.internationalnews.fr/article-sarkozy-le-petit-pere-des-people--14840343.html

 

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