2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 07:18

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31/10/2007

La Toussaint, fête de tous les saints, se confond, dans les mentalités et les pratiques, avec la fête des morts, catholiquement placée le 2 novembre.


Phénomène de société, le rite du fleurissement des tombes et de la visite en famille aux disparus a débordé la seule observation d’un rituel religieux pour devenir un rendez-vous entre les vivants et les morts, geste commémoratif annuellement réitéré. Avec les transformations de notre perception de la mort, la baisse de la religiosité, la concurrence d’Halloween et la disparition des pratiques collectives, les rituels de la Toussaint peuvent apparaître comme un archaïsme folklorique voué au déclin. Interroger leur symbolique et leur persistance malgré tout nous renseigne sur le rapport aux morts et à la mort dans nos sociétés occidentales. Doit-on se préparer à la fin des chrysanthèmes ?



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Photo: tahitinui.blog

L'essentiel pour comprendre :

Pour élargir le débat, en savoir plus :


L’Homme et la mort


Les hommages aux morts qui accompagnent le jour férié de la Toussaint sont bien sûr à resituer dans une large histoire collective des rapports de l’homme avec la mort, que dissèquent notamment quelques ouvrages incontournables.

L’homme et la mort, d’ Edgar Morin, Ed. Seuil


-  Pour Edgar Morin, le souci des morts est aussi le « propre de l’homme ». Il balaye dans cet ouvrage, de la préhistoire à nos jours les conceptions et croyances humaines sur ce phénomène à la fois terriblement biologique et infiniment culturel. « La mort se situe exactement dans la charnière bio-anthropologique. C’est le trait le plus humain, le plus culturel de l’anthropos ... C’est dans ses attitudes et croyances devant la mort que l’homme exprime ce que la vie a de plus fondamental. »

 



-  Des ouvrages qui ont fait date, interrogeant nos pratiques et nos représentations sur plus d’un millénaire d’histoire occidentale. De la « mort apprivoisée » à la « mort inversée », une somme d’études extrêmement documentées.


La mort, de Louis-Vincent Thomas, Puf


-  Un « Que sais-je ? » de l’anthropologue qui avait fait de la mort son sujet d’étude quasi exclusif, en ouvrant sur une pratique comparatiste notamment avec les rites funéraires africains.


toussaint.1194174554.jpgCimétière fleuri à Mexico le 2 novembre- Photo: tahitinui.blog

Une fête très catholique ?

La fête de « tous les saints », que l’Église catholique célèbre le 1er novembre, se trouve liée à la commémoration des défunts, fixée au 2 novembre. Profitant du jour férié, beaucoup de fidèles, mais aussi des athées, défilent en famille, chrysanthèmes en main, venant rendre sur la tombe des leurs un culte aussi fort qu’obscur.


L’origine de cette fête est en vérité la dédicace de l’ancien temple du Panthéon de Rome par le pape Boniface IV en 607, suivant la pratique de l’Église des premiers siècles qui consistait à transformer en lieux chrétiens les lieux païens de culte. Un autre pape, Grégoire II, en 731, dédia à son tour une chapelle à l’église Saint-Pierre de Rome à tous les saints, qu’on commença alors à célébrer chaque année. Cette fête pénétra en France autour de l’année 837. (Plus de détails sur Lexilogos)
 


La communion des saints (Jean Delumeau), p. 796-809, de la somme encyclopédique La mort et l’immortalité, sous la direction de Frédéric Lenoir et Jean-Philippe de Tonnac, Bayard détaille la naissance de cette tradition dans le christianisme, qui «  a exalté plus que toute autre religion les relations entre les vivants et les morts... », et souligne le lien religieux qui a existé dés l’origine entre fête des saints et fête des morts : «  La première célèbre ceux qui, connus ou inconnus, sont déjà dans la joie éternelle. La seconde, appelée aussi « commémoration de tous les défunts », est une prière pour ceux qui, ayant quitté ce monde, auraient encore besoin de l’intercession des vivants pour accéder à part entière au bonheur définitif. ».


Mais, s’il peut sembler abusif de voir dans la Toussaint la survivance d’une fête celtique, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que cette tradition n’est pas sans origines païennes.


Le christianisme celtique et ses survivances populaires, de Jean Markale, Imago


-  Jean Markale , dans le chapitre "Permanence et survivances", voit beaucoup de points communs entre la Toussaint et l’ancienne Samain celtique, fête du passage de l’été à l’hiver et fête de la communication entre les morts et les vivants. « Il y a, sinon emprunt, du moins concordance absolue entre la fête druidique et la fête chrétienne. »


La Toussaint, Samain et Halloween, Philippe Walter


-  Un petit texte en ligne qui rappelle les ressemblances entre les trois fêtes et y voit des indices d’une descendance celtique commune.

GD5119787-02-Nov-2006--Tlacotep-4542.jpgFête des morts à Mexico - Photo: image.guim.co.uk

Le folklore français :cycles de mai et de la Saint-Jean, de l’été et de l’automne de Arnold van Gennep, Ed. Robert Laffont.


-  L’auteur reste lui bien plus prudent, acceptant la possibilité d’une survivance celtique, mais soulignant qu’aucun document ne l’atteste. Par contre, il constate l’existence d’un folklore agricole préhivernal, et l’existence de commémorations collectives annuelles du type cérémonies aux morts chez de nombreux peuples, ayant pu favoriser la « popularisation » des fêtes des saints et des morts.

  
Déclin ?

Alors que les observateurs constatent une déritualisation et une désocialisation de la mort, que des fêtes païennes comme Halloween s’exportent, que la pratique catholique diminue, qu’on assiste à une « poussée crématoire » (Louis-Vincent Thomas), la coutume du 1er novembre se maintient bon an mal an.


La face cachée de Halloween, de Damien Le Guay, Cerf



-  Halloween, fête non religieuse des pays anglo-saxons, qui est fêtée la nuit du 31 octobre, prend-elle le pas sur la Toussaint ? C’est la peur que reflète ce pamphlet d’un philosophe chrétien, résolument contre Halloween , qu’il voit comme une fête commerciale et teintée de relents de néo-paganisme ésotérique. Mais depuis quelques années, et après quelques résistances, il semble que la polémique se soit tassée et que les deux fêtes coexistent. Il est encore impossible de dire à quels rites seront attachées les générations futures.




-  Dans une partie importante sur la Toussaint, l’auteur analyse en profondeur les modalités et les raisons du culte. Ce faisant, il fournit certaines explications à sa persistance malgré la déchristianisation. Il souligne en effet que l’Eglise n’est pas parvenue à contrôler la forme qu’a prise le culte. C’est au XIXe que la visite au cimetière se généralise, au moment où « le romantisme et le culte des souvenirs rencontraient alors dans la bourgeoisie la lente émergence du sentiment de l’intimité familiale ». La fête des morts serait donc une création récente et largement laïque. La croyance religieuse n’y est pas un facteur déterminant. « Cette commémoration s’alimente à un vieux fond païen fondé sur l’échange symbolique entre les vivants et les morts, et coïncide finalement fort peu avec la conception que l’Eglise catholique cherche à promouvoir depuis qu’elle a introduit cette fête dans le calendrier liturgique. Peut-être est-ce là une raison de sa popularité persistante. Quels qu’en soient la forme et le sens officiel, éminemment variables selon les contextes culturels et religieux, l’hommage aux morts paraît être une constante de toute société, comme s’il s’agissait d’une sorte de donné anthropologique universel. »



Ailleurs


Cérémonies autour des saisons, par Jennifer Cole, Courrier du Livre

-  Considérant comme acquis que la plupart des fêtes sont liées à d’anciennes célébrations saisonnières, l’auteur fait le parallèle entre la Toussaint, les Velines de Lituanie, le Dias de Los Muertos du Mexique et le Cheung Yeung chinois.



L’heure du grand passage : chroniques de la mort de Michel Vovelle, Ed. Gallimard.


-  A la p. 142, est évoquée « la mort ailleurs » : « Par-delà la diversité des gestes et des rituels hors de l’Occident chrétien, se dessine un trait universel : la croyance aux devoirs dus aux morts. Et sous le discours parfois plaqué de la religion, comme au Mexique, la présence de ce peuple des morts conviviaux ou hostiles, qu’il convient d’apaiser ou d’exclure, est constante. ».


L’exemple de la fête japonaise d’O-bon est donné où coexistent l’ancien culte des morts taoïste et les rites apportés par le bouddhisme. On trouve aussi un extrait de Voyages de la mort de Georges Eliane,Ed. Berger-Levrault, sur la fête des morts mexicaine et son étonnante coutume culinaire sucrée.


Pour en savoir plus sur cette fête d’un étrange syncrétisme entre le catholicisme et les croyances précolombiennes :

 


Le labyrinthe de la solitude d’Octavio Paz,Ed. Gallimard.


-  « " Le labyrinthe de la solitude, dit Octavio Paz, fut un exercice de l’imagination critique : une vision, mais aussi une révision du Mexique. Point du tout un essai sur la philosophie de l’essence du Mexique ou une recherche de notre prétendu être. Le mexicain n’est pas une essence, mais une histoire. De ce point de vue, le caractère des Mexicains n’a pas une fonction différente de celui des autres peuples : d’une part, il est un bouclier, un mur ; d’autre part, un faisceau de signes, un hiéroglyphe. ».

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La fête des morts au musée du Quai Branly.


-  « Le musée du quai Branly rend hommage au Mexique et à sa tradition de célébrer les morts en proposant une programmation spéciale pendant les vacances de la Toussaint. En plus de nombreux ateliers et visites gratuits, un autel participatif est dressé au cœur du musée du quai Branly pour rendre hommage aux disparus, de manière festive et colorée ! »
Il semble donc que certains peuples aient su davantage mêler dimensions festive et religieuse. Mais quoiqu’il en soit, pour cette année, à nos citrouilles, mouchoirs, chrysanthèmes ou pourquoi pas brin de bruyère...*


* L'adieu, de
Guillaume ApollinaireAlcools
"J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends"

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