1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 23:00

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Article publié dans le mensuel Vous et Votre Santé, février 2003

Le rapport qui fait froid dans le dos

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L’Irak, berceau de la civilisation humaine, où furent inventés il y a cinq mille ans l’écriture, l’agriculture, le calendrier solaire et la première forme d’Etat, et qui était dans les années quatre-vingts le pays le plus moderne du Moyen Orient, est aujourd’hui un pays exsangue et dévasté. Depuis treize ans, près de deux millions d’Irakiens ont trouvé la mort, à la suite de bombardements qui n’ont jamais cessé, des conséquences de l’utilisation d’armes nucléaires (à l’uranium dit « appauvri ») et de l’embargo décrété en 1990, qui cause chaque mois la mort de cinq mille enfants selon l’UNICEF. Aujourd’hui, ce pays martyr est menacé d’un véritable holocauste.
 

Un holocauste programmé

L’association britannique « MEDACT », filiale de l’Association Internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire (IPPWN, prix Nobel de la Paix 1985) a publié le 12 novembre 2002 un rapport sur les conséquences sanitaires et environnementales d’une nouvelle agression.

Basé sur les différents scénarios des Etats-Unis et de projections à partir de la guerre du Golfe, ce rapport prévoit un conflit beaucoup plus meurtrier que celui de 1991 (au cours duquel environ deux cent mille iraquiens avaient été tués, contre cinq cents soldats alliés - pour la plupart victimes de tirs « amis »). Un demi-million d’Irakiens, pour la plupart des civils, y trouveraient la mort en cas de conflit classique, et plus de quatre millions en cas d’utilisation de l’arme nucléaire par les Etats-Unis.

La guerre aurait des effets particulièrement catastrophiques sur les treize millions d’enfants - déjà très fragilisés par l’embargo, les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes et les mères allaitantes. Les hôpitaux, très endommagés par les bombardements, et démunis en raison de l’embargo (les médicaments étant assimilés à des armes chimiques et les traitements anticancéreux à des armes nucléaires potentielles), n’auraient pas les moyens de soigner les victimes.

La seule guerre « conventionnelle » entraînerait des guerres civiles, des famines, des épidémies (choléra, dysenterie, tuberculose…), voire des pandémies, des mouvements de millions de réfugiés (un total de dix millions de personnes auraient besoin d’assistance, selon un rapport confidentiel des Nations-Unies de décembre 2002). Toute l’économie mondiale serait affectée par la guerre, avec des répercussions sur la santé et les conditions de vie de millions d’autres personnes à travers le monde.

Une nouvelle pollution radiologique, chimique et biologique des sols, des rivières et de l’atmosphère à grande échelle contaminerait durablement l’environnement du pays et celui des pays voisins. En 1991, le bombardement des puys de pétrole par les alliés avait provoqué une grande marée noire et relâché des fumées toxiques sur des milliers de km. Les mouvements de troupes et les mines détruiraient l’écosystème fragile du désert. Les bombardements finiraient de détruire les routes et autoroutes, l’industrie et l’agriculture du pays.

000petite-victime-irakienne.jpgGrâce à un système de santé classé parmi les meilleurs du monde par l’OMS dans les années quatre-vingts, la mortalité infantile en Irak était passé de 225 pour mille en 1960 à 50 pour mille en 1990. De 1990 à 1994, elle avait doublé ; elle est aujourd’hui parmi les plus hautes de la planète, à égalité avec celles d’Haïti et de l’Ouganda. Conséquence de la dénutrition, du manque de soins et de la contamination de l'environnement : en dix ans, l'espérance de vie des hommes a baissé de vingt ans et celle des femmes de onze ans. Le taux de leucémie a augmenté de 600% en dix ans. Les précédents rapports ont aussi état fait d'importants dommages psychologiques, surtout chez les enfant: les 2/3 d'entre eux souffrent de retards mentaux, de graves troubles du sommeil et de la mémoire; ils auraient des séquelles pour la vie.
 

Le bombardement systématique des infrastructures vitales (centrales électriques, centres de télécommunications, usines d’épuration des eaux, routes, ponts), et des hôpitaux, a eu un impact désastreux sur un pays moderne, très dépendant de l’électricité, notamment pour ses hôpitaux et le stockage des vivres. Bush 1er proclamait sa volonté de « ramener l’Irak à l’ère préindustrielle », Bush II veut le faire « retourner à l’âge de pierre » (la radioactivité en prime).

La guerre permanente a pour objectif d’empêcher le pays de reconstruire ses infrastructures détruites. Depuis plusieurs mois, les bombardements meurtriers US et britanniques dans les «zones de non-vol » (décrétées unilatéralement en totale violation des lois internationales), se sont intensifiés à la faveur de la prétendue guerre contre le terrorisme. Ces zones, qui couvrent les deux tiers du pays, correspondent aux régions pétrolifères convoitées...

La terreur nucléaire en guise de politique étrangère

Les Etats-Unis, dans le cadre de leur « nouvelle doctrine stratégique », ont officiellement abandonné la politique de dissuasion en se retirant le 14 juin 2002 du traité ABM signé en 1972. Dans un rapport classé « secret Défense » de février 2002, le Pentagone a indiqué son intention d’uti-liser l'arme nucléaire en première frappe sur les champs de bataille dans le cadre de guerres « préventives », même contre des pays qui ne la possèdent pas.


Les cibles nommées sont l'Irak, la Corée du Nord, la Syrie, la Libye, l’Iran, la Russie et la Chine (principal concurrent économique potentiel à l’horizon 2015) ; Israël a annoncé également qu’il utiliserait ses bombes nucléaires (il en possède environ deux cents, grâce aux Etats-Unis) en cas d’attaque par l’Irak.

Cette remise en cause de plusieurs décennies d’efforts en vue du désarmement, qualifiée de « folie irresponsable » par l’éditorialiste du New York Times, a cependant très peu suscité de réactions dans les media occidentaux, contrôlés en grande partie par les magnats du complexe militaro-industriel.

Le Pentagone veut tester en Iraq ses nouvelles armes de destruction massive
 

Récemment, un haut fonctionnaire du Pentagone se vantait : « Vous verrez bientôt en action des armes dont vous n'avez même pas idée. ».

En effet, outre les armes nucléaires miniaturisées (« mini-nukes »), plus maniables que les anciennes, les Etats-Unis ont l’intention de tester en grandeur nature leurs dernières armes hyper sophistiquées, objets d’aucune réglementation, telles les bombes électromagnétiques (« E-Bombs »), qui génèrent un l’intense champ magnétique capable d’anéantir en quelques minutes tous les sys-tèmes de communication, radars et ordinateurs d’une région, ou de passer les êtres vivants dans un gigantesque four à micro-ondes (invention de Raytheon, le géant américain de l’armement).

« Pour les êtres vivants, les effets d'une bombe E sont les mêmes que ceux d'un four à micro-ondes. (...) C'est le changement de sens, plusieurs fois par seconde, du champ électrique… qui entraîne l'agitation des molécules d'eau composant les cellules humaines. D'où une élévation de température et un effet de " cuisson " plutôt que de brûlure " (« Air et Cosmos », 6/09/02).
 

092205_Tsunami_Global_Consortium_CS_029.JPGCette suprématie militaire incontestée a permis à un proche du numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, surnommé « Docteur Folamour », de se réjouir de ce qu’à la faveur du « cas irakien », « l'hégémonie américaine sera enfin universellement ad-mise et respectée » (Le Canard Enchaîné, 13/12/02). Cette démonstration de force devrait dissuader tout pays d’agir contre les intérêts de l’Empire, par exemple en refusant de dénationaliser ses ressources et de les offrir aux compagnies américaines.

 Paul Wolfowitz et Bill Clinton

Par ailleurs, de nouvelles armes à l’uranium « appauvri », testées à des puissances de plus en plus grandes à l’occasion de chaque nouvelle guerre « humanitaire » depuis 1991 (Bosnie, Kosovo, Serbie et Afghanistan - où trois mille tonnes d’UA auraient été déversées) devraient de nouveau être utilisées. Cela signifie la dispersion dans l’environnement de particules hautement radioactives d’un élément « plus dangereux qu'aucune toxine connue de la science des hommes" (PR A. Durakovic ») qui émettront de façon permanente des radiations alpha, bêta et gamma (voir « Irak : Le génocide silencieux », Votre Santé, février 2002).

Si les nouvelles têtes de missile, qui contiennent jusqu’à une tonne et demie d’UA,  étaient tirées en Irak, MEDACT prévoit une contamination radioactive cent fois supérieure à celle qu’avaient provoquée les obus utilisés en 1991.
La contamination par l'uranium appauvri empoisonne l'environnement pour plusieurs milliards d'années et provoque notamment chez les populations touchées une multiplication des cancers, des leucémies, de symptômes analogues à ceux du SIDA, et l'apparition de malformations congénitales monstrueuses. Comble du cynisme : comme en Afghanistan, les Etats-Unis organisent une opération humanitaire pour aider leurs futures victimes ! Cela pourrait leur permettre d’imposer là-aussi leurs semences génétiquement modifiées…


Joëlle PENOCHET

Principales sources


Rapport complet : « Collateral damage : The Health and Environmental Costs on War in Iraq », www.ippnw.org et www.medact.org

William ARKINS : The nuclear option in Iraq, Los Angeles Times, 16/01/ 2003.

War on Iraq could produce a humanitarian disaster, Health professionals warns, British Medical Journal, 16/11/02.

Nicolas KRALEV : Weapons of Most Destruction, The Guardian, 7/01/03.

Bush Approves Nuclear Response, The Washington Times, 31/01/03.

Conn HALLINAN : Silence is Betrayal, 25/10/02, www.alternet.org.

Colum Lynch : Iraq War could put 10 Million In need of Aid, UN reports, 07/01/03.
Popular Mecanics, 09/02.

Aris ROUBOS : L’Irak au centre d’une nouvelle posture offensive américaine, 2002, www.grip.org.

Dai WILLIAMS : Uranium Weapons and US War plans – Warning to the UK government, www.stopnato.orguk/du ; Hazards of suspected Uranium Weapons in the proposed war on Iraq, www.eoslifework.co.uk, 24/09/02.

Voir aussi : M. Bush et la bombe, Le Monde 13/03/02 ; The New York Post, 15/08/02, New Scientist, 2/08/02 (www.NewScientist.com).

http://www.internationalnews.fr/article-irak-l-holocauste-programme-le-rapport-medact-par-joelle-penochet-17069624.html

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