1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 09:49

MichelColon.info


halliburton.jpgKosovo:
Une nouvelle colonie
pour Washington,
un contrat juteux
pour Halliburton

Pourquoi il n’y aura en fait aucune indépendance

par Sara Flounders


Photo: dca.boozle.net


Lorsqu’on examine de près la toute récente « déclaration d’indépendance» de la province serbe du Kosovo et la reconnaissance immédiate de cette dernière en tant qu’État par les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, il importe avant tout de savoir trois choses


Primo, le Kosovo n’obtient aucune indépendance ni la moindre autodétermination. Il sera gouverné par un haut représentant et des institutions désignés par les États-Unis, l’Union européenne et l’Otan. Une espèce de vice-roi à l’ancienne et des administrateurs impérialistes détiendront le contrôle sur sa politique étrangère et intérieure. L’impérialisme américain a tout simplement renforcé son contrôle direct sur une colonie intégralement dépendante située au cœur des Balkans.


Secundo, la reconnaissance immédiate du Kosovo par Washington confirme une fois de plus que l’impérialisme américain entend enfreindre absolument tous les traités ou accords internationaux qu’il a signés jusqu’à ce jour, y compris les accords qu’il a sortis lui-même et imposés à d’autres par la force et la violence.



La reconnaissance du Kosovo constitue une violation directe d’une telle loi, en l’occurrence la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, que les dirigeants de la Yougoslavie ont été forcés de signer pour mettre un terme aux 78 jours de bombardements subis par leur pays en 1999. Même cet accord imposé stipulait « la garantie par tous les États membres de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la Serbie, une république de la Yougoslavie.


La reconnaissance illégale du Kosovo, cette semaine, a été condamnée par la Serbie, la Russie, la Chine et l’Espagne.


Tertio, la domination par l’impérialisme américain ne rapporte rien au peuple occupé. Après neuf années d’occupation militaire directe par l’Otan, le Kosovo a un taux de chômage atterrant de 60 %. Il est devenu la plaque tournante du trafic international de drogue et des réseaux de prostitution en Europe.


Les centres industriels (mines, usines, fonderies, raffineries) et les chemins de fer jadis très actifs de cette petite région riche en ressources sont tous à l’arrêt, aujourd’hui. Sous l’occupation de l’Otan, les ressources du Kosovo ont été privatisées de force et vendues à de grosses multinationales occidentales. Les rares emplois du Kosovo consistent presque uniquement à travailler pour l’armée d’occupation des États-Unis et de l’Otan ou pour les agences des Nations unies.


La seule construction importante au Kosovo s’appelle Camp Bondsteel. C’est la plus grosse base américaine construite en Europe depuis une génération. Évidemment, c’est Halliburton qui a décroché ce contrat. Camp Bondsteel contrôle les routes stratégiques du pétrole et autres voies de transport de toute la région.


Plus de 250.000 Serbes, Rom et personnes d’autres nationalités ont été chassés de cette province serbe depuis qu’elle est passée sous le contrôle des États-Unis et de l’Otan. Quasiment un quart de la population albanaise a également été forcée de s’en aller afin de chercher du travail ailleurs.


La mise en place d’une administration coloniale


Examinons le plan que le Kosovo doit suivre pour accéder à son « indépendance ». Non seulement il viole les résolutions de l’ONU, mais il prévoit également une structure tout à fait coloniale. Il est similaire au pouvoir absolu détenu par L. Paul Bremer au cours des deux premières années de l’occupation de l’Irak par les États-Unis.


Comment ce plan colonial a-t-il vu le jour ? Il a été proposé par les mêmes forces responsables de la dislocation de la Yougoslavie, des bombardements de l’Otan et de l’occupation du Kosovo.


En juin 2005, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, faisait de l’ancien président finlandais Marti Ahtisaari son envoyé spécial chargé de diriger les négociations à propos du statut final du Kosovo. Ahtisaari n’est pas vraiment un arbitre impartial, quand il s’agit de l’intervention américaine au Kosovo. Il est président émérite du Groupe international de crise (ICG), une organisation financée par le multimilliardaire George Soros et soutenant l’expansion et l’intervention de l’Otan en même temps que l’ouverture des marchés aux investissements américains et européens.


Le conseil d’administration de l’ICG comprend deux personnages officiels américains clés, responsables des bombardements au Kosovo : le général Wesley Clark et Zbigniew Brzezinski. En mars 2007, Ahtisaari a transmis sa Proposition complète de résolution des statuts du Kosovo au nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.


On peut lire les documents de mise en place d’une nouvelle forme de gouvernement au Kosovo sur unosek.org/unosek/en/statusproposal.html.

Un résumé est également disponible sur le site Internet du département d’État (= ministère des Affaires étrangères) américain : state.gov/p/eur/rls/fs/100058.htm


Un représentant civil international (RCI) sera désigné par les officiels américains et européens en vue de superviser le Kosovo. Ce fonctionnaire pourra rejeter ou annuler n’importe quelle mesure ou loi et déboulonner n’importe qui de ses fonctions, au Kosovo. Le RCI pourra exercer le contrôle entier et final sur les départements des douanes et des taxes, ainsi que sur le trésor et la banque.


L’union européenne installera une mission de politique sécuritaire et défensive (PSDE) et l’Otan, de son côté, assurera une présence militaire internationale. Ces deux corps désignés auront le contrôle de la politique étrangère, de la sécurité, de la police, de la justice et de tous les tribunaux et prisons. Ils bénéficient en outre d’une liberté d’accès immédiate et totale à toutes activités, opérations ou documents au Kosovo.


Ces corps et le RCI auront le dernier mot à propos des délits et des personnes pouvant faire l’objet de poursuites; ils peuvent rejeter ou annuler toute décision qui aura été prise. La plus grosse prison du Kosovo se trouve à la base américaine, Camp Bondsteel, où des personnes sont détenues sans la moindre accusation, sans surveillance ou représentation judiciaire.


La reconnaissance de « l’indépendance » du Kosovo n’est que la dernière étape d’une guerre américaine de reconquête poursuivie sans relâche depuis des décennies.


Diviser pour régner


Les Balkans ont toujours été un assemblage hétéroclite de nombreuses nationalités, cultures et religions opprimées. La Fédération socialiste de Yougoslavie, apparue après la Seconde Guerre mondiale, comprenait six républiques dont aucune n’avait la majorité. À sa naissance, la Yougoslavie était nantie d’un héritage issu des antagonismes inlassablement exploités par les Turcs ottomans et par l’Empire austro-hongrois, puis des ingérences de l’impérialisme britannique et français et, enfin, d’une occupation fasciste par les Allemands et les Italiens durant la Seconde Guerre mondiale.


Le peuple serbe subit des pertes très importantes, au cours de cette guerre. Un puissant mouvement de résistance dirigé par les communistes et composé de toutes les nationalités ayant souffert de diverses façons, s’était constitué contre l’occupation nazie et toute intervention de l’extérieur. Après la libération, toutes les nationalités coopérèrent et s’engagèrent dans la mise sur pied de la nouvelle fédération socialiste.


En 45 années et, alors qu’au départ elle ne couvrait qu’une région appauvrie, sous-développée et en proie à de fréquents conflits, la Fédération socialiste de Yougoslavie allait se développer en un pays stable doté d’une base industrielle, de soins de santé et d’un système d’enseignement accessible à toutes la population.


Avec l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990, le Pentagone sortit immédiatement des plans prévoyant l’expansion agressive de l’Otan vers l’Est. Diviser pour régner, telle devint la politique américaine dans l’ensemble de la région. Partout, des forces procapitalistes de droite furent financées et encouragées. Dans le même temps que l’Union soviétique fut émiettée en plusieurs républiques séparées, affaiblies, instables et généralement en conflit, la Fédération socialiste de Yougoslavie tenta de résister à cette vague réactionnaire.


En 1991, alors que l’attention du monde se concentrait sur les bombardements dévastateurs de l’Irak par les États-Unis, Washington encouragea, finança et arma les mouvements séparatistes de droite dans les républiques de Croatie, de Slovénie et de Bosnie de la Fédération yougoslave. En violation des accords internationaux, l’Allemagne et les États-Unis reconnurent rapidement ces mouvements sécessionnistes et approuvaient la création de plusieurs mini états capitalistes.


En même temps, le capital financier américain imposa de sévères sanctions économiques à la Yougoslavie, afin de mettre son économie en faillite. Washington décida alors que l’Otan était la seule force à même de ramener la stabilité dans la région.


L’armement et le financement de l’UCK, un mouvement d’extrême droite, dans la province serbe du Kosovo, débutèrent à la même période. Le Kosovo n’était pas une république distincte de la Fédération yougoslave, mais une province de la république de Serbie. Historiquement, il avait été l’un des foyers de l’identité nationale serbe, mais avec une population albanaise qui n’avait cessé de croître.


Washington lança une véhémente campagne de propagande prétendant que la Serbie menait elle-même une campagne de génocide massif contre la majorité albanaise du Kosovo. Les médias occidentaux ressassèrent à l’infini des histoires de fosses communes, de viols et de brutalités en tout genre. Des fonctionnaires américains prétendirent même qu’entre 100.000 et 500.000 Albanais avaient été massacrés.


Sous l’administration Clinton, des fonctionnaires des États-Unis et de l’Otan sortirent un ultimatum outrageant: la Serbie devait accepter immédiatement une occupation militaire et renoncer à toute souveraineté sur le Kosovo, sans quoi elle allait devoir affronter le bombardement par l’Otan de ses villes, villages et infrastructures. Lors des négociations qui eurent lieu à Rambouillet, en France, le Parlement serbe vota le refus des exigences de l’Otan et les bombardements commencèrent.


En 78 jours, le Pentagone largua 35.000 bombes à sous munitions, utilisa des milliers de projectiles radioactifs contenant de l’uranium appauvri, ainsi que des obus perceurs de bunkers et autres missiles de croisière. Les bombardements détruisirent plus de 480 écoles, 33 hôpitaux, de nombreux dispensaires de soins, 60 ponts, en même temps que des sites industriels, des usines chimiques, des centrales électriques et la totalité du réseau d’électricité. Ce fut le Kosovo, c’est-à-dire la région que Washington était censé libérer, qui subit les pures destructions.


Finalement, le 3 juin 1999, la Yougoslavie fut forcée d’accepter un cessez-le-feu ainsi que l’occupation du Kosovo


S’attendant à découvrir des cadavres partout, des équipes médicolégales originaires de 17 pays de l’Otan et organisées par le tribunal de La Haye pour les crimes de guerre, retournèrent en tous sens le Kosovo occupé. L’affaire prit tout l’été 1999 mais les équipes ne découvrirent que 2108 corps, et de toutes nationalités. Certains avaient été tués par les bombardements de l’Otan, certains au cours de la guerre entre l’UCK et la police et l’armée serbes. Par contre, les équipes médicolégales ne découvrirent aucune fosse commune et en purent produire la moindre preuve de massacre ou de « génocide ».


Ce démenti surprenant de la propagande impérialiste provient d’un rapport rendu public par la principale accusatrice du Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie, Carla Del Ponte. Il fut publié, mais sans publicité aucune, dans le New York Times du 11 novembre 1999.


La propagande rabique de génocide et les histoires de fosses communes étaient aussi fausses que les allégations futures prétendant que l’Irak possédait et fabriquait des « armes de destruction massive ».


Via des guerres, des assassinats, des coups d’État et des embargos économiques, Washington est parvenu aujourd’hui à imposer une politique économique néolibérale à la totalité des six anciennes républiques yougoslaves et à les briser pour en faire des mini états instables et appauvris.


L’extrême instabilité et la pauvreté effarante que l’impérialisme a apportées à la région constitueront à longue échéance les semences de son propre effondrement. L’histoire des réalisations de la Yougoslavie au moment où elle jouissait d’une véritable indépendance, de souveraineté dans l’unité et d’un développement socialiste se réaffirmera d’elle-même dans le futur.


Traduit par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action
24/02/2008, Workers.org


http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-02-28%2010:51:04&log=invites

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commentaires

Sebaneau 10/03/2008 03:41

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=444&id_rubrique=207

http://www.michelcollon.info/articles.php
?dateaccess=2008-02-28%2010:51:04&log=invites
"Lorsqu’on examine de près la toute récente « déclaration d’indépendance» de la province serbe du Kosovo et la reconnaissance immédiate de cette dernière en tant qu’État par les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, il importe avant tout de savoir trois choses.

Primo, le Kosovo n’obtient aucune indépendance ni la moindre autodétermination. Il sera gouverné par un haut représentant et des institutions désignés par les États-Unis, l’Union européenne et l’Otan. Une espèce de vice-roi à l’ancienne et des administrateurs impérialistes détiendront le contrôle sur sa politique étrangère et intérieure. L’impérialisme américain a tout simplement renforcé son contrôle direct sur une colonie intégralement dépendante située au cœur des Balkans."



{{C’est FAUX ! La situation décrite ici est celle qui a existée entre 1999 et 2008 où la province était administrée par la MINUK. Avec la déclaration d’indépendance du Kosovo, c’est le parlement et les institutions kosovares, et donc par le jeu de la représentativité démocratique, c’est le peuple Kosovar qui prend en main le destin de leur pays.
La mission EULEX n’a aucun pouvoir législatif ni exécutif au Kosovo. Son rôle est un rôle de conseil et de soutien. Bien entendu, on peut reprocher aux Kosovars de vouloir collaborer avec Bruxelles, de respecter les préconisations du plan de Martti Ahtisaari et de vouloir créer une société résolument tournée vers l’Union Européenne. Pour ma part, je m’en réjouis. Je vois là un grand pas à la fois pour l’UE et pour les Balkans.
Certains font ce reproche même au Kosovo. Toutefois, même au Kosovo les urnes parlent. Et elles ont décidé de confier le destin du pays à des hommes politiques qui avaient clairement annoncé qu’ils déclareraient l’indépendance, qu’ils respecteraient le plan d'Ahtisaari et qu’ils collaboreraient étroitement avec l’UE.



"Secundo, la reconnaissance immédiate du Kosovo par Washington confirme une fois de plus que l’impérialisme américain entend enfreindre absolument tous les traités ou accords internationaux qu’il a signés jusqu’à ce jour, y compris les accords qu’il a sortis lui-même et imposés à d’autres par la force et la violence.
La reconnaissance du Kosovo constitue une violation directe d’une telle loi, en l’occurrence la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, que les dirigeants de la Yougoslavie ont été forcés de signer pour mettre un terme aux 78 jours de bombardements subis par leur pays en 1999. Même cet accord imposé stipulait « la garantie par tous les États membres de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la Serbie, une république de la Yougoslavie.
La reconnaissance illégale du Kosovo, cette semaine, a été condamnée par la Serbie, la Russie, la Chine et l’Espagne."



Encore une fois, c’est FAUX ! La déclaration d’indépendance du Kosovo s’inscrit dans un cadre parfaitement légal au regard du droit international. Il suffit pour cela de lire la résolution 1244 en entier.

Celle-ci ne parle à aucun moment d’intégrité territoriale de la "République de Serbie" mais de la "République Fédérale de Yougoslavie". "RFY" qui n’existe plus depuis 2006 et la sécession de la République du Monténégro. Il appartient donc à la Serbie de démontrer juridiquement en quoi elle serait héritière de la défunte RFY. A ma connaissance, rien de tel n’a été fait pour le moment.
Et c’est bien normal car la République de Serbie est dans l’incapacité totale de démontrer juridiquement que les articles faisant références à l’intégrité territoriale de la RFY concernent son rapport à elle avec le Kosovo. La 1244 retire pratiquement tout pouvoir de souveraineté à la Serbie sur cette province. Elle lui laisse quelques prérogatives minimales, comme le déploiement de forces limitées aux postes frontières. Entre 1999 et 2008, ni la RFY ni la République de Serbie n’ont entamé aucune démarche pour faire valoir cette possibilité d’exercer un minimum de souveraineté sur la province du Kosovo.
De ce fait, la RFY et la République de Serbie ont renoncé à toute responsabilité dans la gestion du Kosovo depuis 1999, et n’ont pas souhaité exercer une quelconque souveraineté sur ce territoire.

Par ailleurs, au delà du fait de savoir si la République de Serbie est héritière de la RFY, au-delà du fait de savoir dans quelle mesure et dans quels domaines cet héritage, si il existe, s’étend, il y a également d’autre parties de la résolution 1244 que l’auteur ne prend en compte à aucun moment.
Il s’agit en particulier des articles 11 a) et 11 e) de cette résolution. Il s’agit du cœur et de l’objet de la résolution 1244.
Car si l’engagement de respect de l’intégrité territoriale de la RFY est pris dans la 1244, il ne saurait en aucun cas être considéré comme le cœur de la 1244. Le principe du respect de l’intégrité territoriale est un principe de base du Droit International. Et il est inutile de rédiger des résolutions pour rappeler un tel principe. Or, l’objet et la vocation de la résolution 1244 ne sont pas de rappeler des principes fondamentaux de Droit International mais d’apporter des solutions à une situation critique particulière. En l’occurrence, il s’agit de définir la position et le rôle de la Communauté Internationale après le retrait des forces du régime de Slobodan Milosevic du Kosovo.
Que l’on ne se trompe pas. Ni la RFY ni la Serbie n’ont été forcées d’accepter la résolution 1244 comme le prétend l’auteur. Ce qu’elles ont été forcées de faire est de retirer leurs troupes d’une région où cette armée et des forces paramilitaires étaient impliquées dans de vastes opérations de terreur et de nettoyage ethnique contre des populations civiles.

Or, que dit le cœur de la 1244 ? Quel est l’objet de cette résolution ? L’objet de la résolution 1244 est très clair. Il consiste à mettre en place une administration internationale provisoire au Kosovo (ce que l’auteur appelle précédemment « un administration avec un vice-roi »), de fournir les objectifs et les moyens de travail a cette administration.
Quels objectifs fixe la résolution 1244 à cette mission internationale ? Celle de « faciliter, en attendant un règlement définitif, l'instauration au Kosovo d'une autonomie et d'une auto-administration substantielles, compte pleinement tenu de l'annexe 2 et des Accords de Rambouillet » [art 11 a)].

Puisque la mission internationale que la résolution 1244 met en place a vocation à être intérimaire, et que la 1244 prévoit clairement que le règlement définitif doit intervenir ultérieurement, que prévoit la 1244 concernant ce statut politique final du Kosovo ?

Eh bien, absolument rien. Elle prévoit uniquement une chose : la mission internationale mise en place est une mission intérimaire qui a pour vocation de « faciliter un processus politique visant à déterminer le statut futur du Kosovo, en tenant compte des Accords de Rambouillet ». [art. 11 e)]

Rien de plus et rien de moins. En aucun cas, la résolution 1244 n’exclut la possibilité que le règlement définitif du statut du Kosovo consiste dans l’intégration pure et simple du Kosovo au sein de la RFY ou de la République de Serbie. Elle n’exclut pas non plus qu’à l’issue du processus politique, le Kosovo puisse devenir une troisième république au sein de la RFY. Elle n’exclut pas non plus la possibilité que le Kosovo devienne une région autonome au sein de la RFY. Enfin, la résolution 1244 n’exclut à aucun moment la possibilité qu’à l’issue du processus politique le Kosovo devienne un pays indépendant.

En revanche, la résolution 1244 fait régulièrement référence aux accords de Rambouillet, en particulier en ce qui concerne la détermination du statut futur du Kosovo. La résolution 1244 demande clairement qu’il soit tenu compte de ces accords dans la détermination du statut futur du Kosovo.

Or, que disent les accords de Rambouillet concernant la question du statut définitif du Kosovo ? On trouve la réponse au Chapitre 8 article premier alinéa 3 des dits accords :

"Trois ans après l’entrée en vigueur du présent Accord, une réunion internationale sera convoquée en vue de définir un mécanisme pour un règlement définitif pour le Kosovo, sur la base de la volonté du peuple, de l’avis des autorités compétentes, des efforts accomplis par chacune des Parties dans la mise en oeuvre du présent Accord, et de l’Acte final de Helsinki, ainsi que pour réaliser une évaluation d’ensemble de la mise en oeuvre du présent Accord et d’examiner les propositions de mesures complémentaires formulées par les Parties. »

On remarquera que tout ce processus a été strictement appliqué, hormis la réunion internationale. L’avis des autorités compétentes, à la fois internationales (ONU) et locales (gouvernement Serbe et Kosovar) a été pris en considération. Les autorités internationales ont fait officiellement savoir, suite aux négociations entre Serbes et Kosovars, qu’elles n’étaient pas en mesure de prendre une décision définitive sur la question. Finalement, ce qui a été pris en compte, c’est la volonté du peuple du Kosovo. Ce dernier a exprimer le souhait d’un Kosovo indépendant et ce souhait a été respecté, conformément à la résolution 1244 et aux accords de Rambouillet.




"Tertio, la domination par l’impérialisme américain ne rapporte rien au peuple occupé. Après neuf années d’occupation militaire directe par l’Otan, le Kosovo a un taux de chômage atterrant de 60 %. Il est devenu la plaque tournante du trafic international de drogue et des réseaux de prostitution en Europe.
Les centres industriels (mines, usines, fonderies, raffineries) et les chemins de fer jadis très actifs de cette petite région riche en ressources sont tous à l’arrêt, aujourd’hui. Sous l’occupation de l’Otan, les ressources du Kosovo ont été privatisées de force et vendues à de grosses multinationales occidentales. Les rares emplois du Kosovo consistent presque uniquement à travailler pour l’armée d’occupation des États-Unis et de l’Otan ou pour les agences des Nations unies."



Il s’agit ici d’une interprétation bien étrange de la situation par l’auteur. Ce dernier, se met à la place du peuple et le déclare « occupé ». Il ignore probablement que ce « peuple occupé » a dans son immense majorité appelé à l’intervention de la communauté internationale en 1998 pour que la violence d’Etat qui s’exerçait sur lui s’arrête. L’auteur oublie probablement que la moitié de ce « peuple occupé », soit un million d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards, a été chassé manu militari hors des frontières du Kosovo entre 1998 et juin 1999. L’auteur a la mémoire probablement très courte, car il ne se souvient plus que c’est l’intervention des forces « d’occupation de l’OTAN » qui a permis à cette population de rentrer chez elle. L’auteur devait probablement se trouver sur une autre planète lorsque ce «peuple occupé» a salué l’entrée des troupes «d’occupation de l’OTAN» avec des fleurs et des larmes de joie. D’ailleurs, l’auteur doit encore se trouver sur cette planète mystérieuse pour ne pas comprendre que ce «peuple occupé» considère les troupes de l’OTAN comme une armée de libération. L’auteur se demande ce que l’OTAN a apporté au Kosovo ? Trois fois rien. La paix et la liberté.

L’auteur est touchant lorsqu’il s’émeut de la situation économique au Kosovo et des 60% de chômage. Il oublie qu’entre 1989 et 1999, c’est un véritable régime d’apartheid qui existait au Kosovo et que le taux de chômage de la population albanaise de la province à l’époque atteignait 100%... Puisque tout simplement il leur était interdit de travailler dans tout secteur publique dans un pays où l’Etat était pratiquement le seul employeur. Il oublie que entre mars 1998 et juin 1999, dans une région rurale grande comme deux départements français, 400 villages ont été rayés de la carte par les forces de Slobodan Milosevic, et les seules grandes villes qui n’ont pas été massivement affectées par les destructions étaient Prishtina et Prizren.

L’auteur parle de « centres industriels et de chemins de fer jadis très actifs […] tous à l’arrêt aujourd’hui ». Ici l’auteur n’a pas complètement tort. Entre 1974 et 1989 le Kosovo était une région très active au sein de la RSFY. Et ce, avant tout grâce à la Constitution de 1974 qui en avait fait une entité fédérale à part entière et à égalité avec les 7 autres entités. Mais ce que l’auteur oublie de préciser, c’est que cette activité a progressivement cesser d’exister à partir de 1990. A partir du moment où le régime de Slobodan Milosevic, de manière totalement illégale et anticonstitutionnelle, en faisant usage de la force armée, a annexé la région et annulé son statut. A partir du moment où un régime d’apartheid a été instauré au Kosovo et où il était difficile de faire fonctionner les centres industriels alors qu’on avait supprimé à 90% de la population du Kosovo, le droit de travailler. Et ce que l’auteur oublie encore une fois de préciser, c’est que lorsque les troupes de l’OTAN entrent au Kosovo, elles trouveront des centres industriels obsolètes, des machines hors d’âge et hors d’usage, des pillages et des destructions systématiques de tout ce qui aurait pu servir.

L’auteur devient en revanche carrément navrant lorsqu’il parle du Kosovo comme la nouvelle « plaque tournante du trafic international de drogue et des réseaux de prostitution en Europe ».
Une telle affirmation, mériterait d’être un minimum étayée. Un minimum expliquée. Or, force est de constater qu’en dehors de certains courants ultra minoritaires, comme celui adopté par l’auteur, il n’existe absolument aucune source sérieuse faisant état au Kosovo d’un taux de criminalité supérieur à ceux constatés dans la région. N’oublions pas que entre 1999 et 2008, le Kosovo a été sous administration internationale (voir les explications sur la résolution 1244). Par conséquent, si les affirmations de l’auteur étaient vraies (ce qui heureusement n’est pas le cas), la responsabilité de la situation en incomberait directement à l’ONU.
Mais faisons un minimum de fiction, pour voir, au-delà des chiffres et des assertions gratuites, à quel point l’idée d’un Kosovo plaque tournante du trafic international de drogue et de la prostitution est incohérente. Le Kosovo ne produit aucune des plantes pouvant servir à la fabrication de produits stupéfiants tels que la cocaïne ou l’héroïne. Comme le rappelait l’auteur, 60% de la population est au chômage et peine à joindre les deux bouts.
Deux conclusions s’imposent ici d’elles même : le Kosovo n’est pas une région de fabrication de produits stupéfiants (manque de matière première) et c’est tout sauf un marché recherché par les vendeurs (pas assez de pouvoir d’achat).
Par conséquent, le Kosovo ne peut être qu’une zone de passage de ces produits vers un marché plus lucratif, l’Europe.
Sachant que la cocaïne provient avant tout d’Amérique du sud et pénètre en Europe directement par les ports européens, écartons la possibilité pour un cartel colombien d’envisager le Kosovo comme un point de chute intéressant pour le transit des marchandises.

Sachant que le pays qui cultive du pavot à ne plus savoir qu’en faire et qui exporte l’héroïne vers les marchés occidentaux est l’Afghanistan, mettons nous trente secondes dans la peau d’un trafiquant afghan. Son objectif est que la marchandise parvienne en Europe et qu’elle soit vendue. Par conséquent, la première contrainte à laquelle il doit faire face est celle de savoir par quelles frontières il fera transiter sa marchandise.

Prenons à présent le cas du Kosovo entre 1999 et 2008. Le Kosovo n’a aucun accès à la mer. Le seule moyen de faire transiter de grosses quantités de produits stupéfiants est de les faire passer par les rares postes frontières avec la Macédoine et l’Albanie. Bien entendu, on peut imaginer des passages plus exotiques à dos d’âne à travers les montagnes gelées… Mais cela risque de gâcher le plaisir de l’auteur car il faudrait des dizaines de milliers d’ânes, en tout cas bien plus que n’en compte le Kosovo, se tuant à la tâche jour et nuit pour faire du Kosovo la plaque tournante dont rêve l’auteur.
Donc, la drogue transiterait par camions aux postes frontières avec la Macédoine et l’Albanie. Mais voilà le hic. Depuis 1999, ces postes frontières sont gardés par la KFOR et les services de police du Kosovo. Entre 1999 et 2008, sur un territoire pas plus grand que deux départements français, la KFOR a mobilisé entre 40 000 soldats au maximum et 16 000 au minimum. Ajoutez à cela les forces de polices internationales de quelques 3000 hommes, celles du Kosovo de 8000 hommes, et les Troupes de Défense du Kosovo de 3000 hommes, on se retrouve tout simplement avec le pays où la concentration d’uniformes et la plus forte en Europe au mètre carré et par habitant.

Mais, pour faire plaisir à l’auteur, imaginons que notre trafiquant afghan soit totalement stupide, ou peut être pas suffisamment informé, ou encore particulièrement téméraire. Il veut coûte que coûte faire transiter des tonnes d’héroïne par le Kosovo : il trouve que le nom sonne bien et que ça devrait porter chance et prospérité à ses affaires. Des dizaines de camions passent chaque jour les postes frontières entre le Kosovo et la Macédoine ou l’Albanie, chargés à ras bord d’héroïne. Bien entendu, ils ne sont jamais contrôlés. Ils traversent le Kosovo direction l’Europe, et bien entendu, il n’y a toujours pas de contrôle. Oublions donc volontairement que la plus grosse saisie de drogue au Kosovo depuis 1999 fait état de… 2kg de cocaïne. Un résultat qui pour n’importe quel service de stups en France s’apparente à une opération de routine.
Sauf que voilà… Si la destination de ces camions est l’Europe, par où passent-ils après le Kosovo ? Vont-ils utiliser les routes montagneuses et défoncées du Monténégro pour faire un détour par la Croatie, la Slovénie et les Alpes avant de finalement arriver à destination ? Ou vont-ils passer par l’autoroute qui relie Nis à Belgrade ?

Bien entendu, notre trafiquant afghan pourrait choisir de se simplifier la vie. Depuis la Turquie, des navires pourraient décharger ses cargaisons directement dans l’espace Schengen : en Grèce, en Bulgarie ou en Roumanie. Mais comme c’est un fou furieux, il préférera contourner l’espace Schengen et traverser au moins 6 frontières supplémentaires (Albanie, Kosovo, Serbie) sachant que pour chaque pays il devra faire entrer et faire sortir la marchandise.

Un jour, quelqu’un a lancé la phrase tapageuse et accrocheuse du « Kosovo plaque tournante du trafic international de drogue ». La phrase sonne tellement bien qu’on a décidé de la conserver. Qu’importe les faits, les rapports, les chiffres, la réalité du terrain… la phrase est jolie alors conservons la et conjuguons-la à toutes les sauces du discours scientifico-propagandiste.
Voir également dans mes précédentes réponses le rapport de Auboin et Svetchine à ce sujet, qui mettent littéralement en pièces l'idée soutenue par l'auteur, chiffres et faits à l'appui.



"La seule construction importante au Kosovo s’appelle Camp Bondsteel. C’est la plus grosse base américaine construite en Europe depuis une génération. Évidemment, c’est Halliburton qui a décroché ce contrat. Camp Bondsteel contrôle les routes stratégiques du pétrole et autres voies de transport de toute la région."

Oui, et c’est mal ? Je ne comprends pas ce que veut nous dire l’auteur. Voilà un camp militaire occidental placé au cœur de l’Europe, dans une région qui connaît de conflits sanglants depuis des décennies. Sa présence semble dissuader plus qu’efficacement les revanchards et apprentis guerriers de tout bord. De plus, dans une période où les actes terroristes se multiplient, elle permet de protéger nos intérêts vitaux en terme d’acheminement de pétrole et de gaz. Enfin, elle est considérée par la population locale comme garante de paix et de sécurité, denrée rare voir totalement absente au Kosovo entre 1989 et 1999.



"Plus de 250.000 Serbes, Rom et personnes d’autres nationalités ont été chassés de cette province serbe depuis qu’elle est passée sous le contrôle des États-Unis et de l’Otan. Quasiment un quart de la population albanaise a également été forcée de s’en aller afin de chercher du travail ailleurs."


L’auteur aurait mieux fait de s’abstenir de citer des chiffres. Son message mensonger aurait eu plus de chances de passer. Mais évidement, il est plus facile de parler de «plaque tournante du trafic international de drogue» sans autre information, que d’évoquer une «plaque tournante de la déportation de population».
Parlons donc chiffres. Le dernier recensement fait sous la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie date de 1991. Il fait état au Kosovo de 194 000 serbes et de 110 000 personnes d’autres minorités. On estime la population albanaise, qui a boycotté le recensement, à environ 1,6 millions. Donc, selon le dernier recensement Yougoslave effectué en 1991, il y avait au Kosovo 304 000 personnes d’une ethnie autre que albanaise. L’auteur nous dit que entre 1999 et 2008, 250 000 serbes et personnes d’autres nationalités ont été chassés du Kosovo. Il devrait donc rester au Kosovo aux alentours de 55 000 personnes autres que albanaises. Les données que je cite sont disponibles dans le Yearbook of Yougoslavia paru en 1997.
Le problème c’est que rien que dans le nord du Kosovo il y a 40 000 serbes, et environ 120 000 dans tout le Kosovo. Sans parler des autres minorités. Est-ce que par hasard, l’auteur serait en train de nous mentir encore une fois ? Ou peut-être sous-entend elle que, entre 1991 et 1999, environ 200 000 Serbes sont venus s’installer au Kosovo, dans une région qui, à ce moment de l’histoire, vivait sous régime d’apartheid contre la population albanaise ?



"La mise en place d’une administration coloniale"
Examinons le plan que le Kosovo doit suivre pour accéder à son «indépendance». Non seulement il viole les résolutions de l’ONU, mais il prévoit également une structure tout à fait coloniale. Il est similaire au pouvoir absolu détenu par L. Paul Bremer au cours des deux premières années de l’occupation de l’Irak par les États-Unis.
Comment ce plan colonial a-t-il vu le jour ? Il a été proposé par les mêmes forces responsables de la dislocation de la Yougoslavie, des bombardements de l’Otan et de l’occupation du Kosovo.
En juin 2005, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, faisait de l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari son envoyé spécial chargé de diriger les négociations à propos du statut final du Kosovo. Ahtisaari n’est pas vraiment un arbitre impartial, quand il s’agit de l’intervention américaine au Kosovo. Il est président émérite du Groupe international de crise (ICG), une organisation financée par le multimilliardaire George Soros et soutenant l’expansion et l’intervention de l’Otan en même temps que l’ouverture des marchés aux investissements américains et européens.
Le conseil d’administration de l’ICG comprend deux personnages officiels américains-clés, responsables des bombardements au Kosovo : le général Wesley Clark et Zbigniew Brzezinski. En mars 2007, Ahtisaari a transmis sa Proposition complète de résolution des statuts du Kosovo au nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
On peut lire les documents de mise en place d’une nouvelle forme de gouvernement au Kosovo sur unosek.org/unosek/en/statusproposal.html.
Un résumé est également disponible sur le site Internet du département d’État (= ministère des Affaires étrangères) américain : state.gov/p/eur/rls/fs/100058.htm
Un représentant civil international (RCI) sera désigné par les officiels américains et européens en vue de superviser le Kosovo. Ce fonctionnaire pourra rejeter ou annuler n’importe quelle mesure ou loi et déboulonner n’importe qui de ses fonctions, au Kosovo. Le RCI pourra exercer le contrôle entier et final sur les départements des douanes et des taxes, ainsi que sur le trésor et la banque.
L’union européenne installera une mission de politique sécuritaire et défensive (PSDE) et l’Otan, de son côté, assurera une présence militaire internationale. Ces deux corps désignés auront le contrôle de la politique étrangère, de la sécurité, de la police, de la justice et de tous les tribunaux et prisons. Ils bénéficient en outre d’une liberté d’accès immédiate et totale à toutes activités, opérations ou documents au Kosovo.
Ces corps et le RCI auront le dernier mot à propos des délits et des personnes pouvant faire l’objet de poursuites; ils peuvent rejeter ou annuler toute décision qui aura été prise. La plus grosse prison du Kosovo se trouve à la base américaine, Camp Bondsteel, où des personnes sont détenues sans la moindre accusation, sans surveillance ou représentation judiciaire.
La reconnaissance de « l’indépendance » du Kosovo n’est que la dernière étape d’une guerre américaine de reconquête poursuivie sans relâche depuis des décennies. "




Trop heureux d’utiliser des grands mots là où il n’y a pas forcément besoin de le faire, l’auteur oublie encore une fois l’essentiel. Pourquoi le plan de Ahtisaari a du être accepté par les dirigeants Kosovars ? Pourquoi cette présence européenne au Kosovo ? Justement pour éviter que les mensonges proférés précédemment par l’auteur ne se produisent en réalité. Je ne rentre pas dans les détails techniques, pour expliquer que le RCI n’a pas les pouvoirs que l’auteur lui prête. Ce serait long, ennuyeux et fort inutile.
L’une des raisons principales de cette présence internationale est d’assurer la sécurité des minorités. L’autre est d’aider le Kosovo à se relever et tracer son chemin vers l’union européenne. La dernière, est de tuer dans l’oeuf toute velléité guerrière de la Serbie voisine qui vote encore aujourd’hui à 49,98% pour le parti de Vojslav Seselj.
L’UE aurait son mot à dire en matière douanière ? Tant mieux. Quand on nous expliquera demain que le Kosovo est devenu le centre mondial du trafic de drogue, d’organes et d’armes de destruction massive, on répondra qu’il faut s’adresser aux responsables à Bruxelles.

La contradiction n’étouffe visiblement pas l’auteur. Déplorer d’un côté le taux de chômage, celui de criminalité et de violence ethniques, pour de l’autre reprocher à l’UE et aux Etats-Unis d’adopter une politique ambitieuse visant à faire de ce pays une démocratie solide et prospère, n’a pas de sens.
L’auteur semble également avoir perdu sa définition du colonialisme en route. Dans mes souvenirs, le principe essentiel du colonialisme consistait en l’exploitation des ressources d’un pays ou d’un territoire au profit de la métropole. Quelles ressources l’UE et les USA comptent ils piller au Kosovo, un pays ou selon les termes de l’auteur, «les centres industriels sont à l’arrêt»?

Le Kosovo et sa population ont connu des situations d’occupation. La dernière en date s’est produite sous le régime de Milosevic entre 1990 et 1999. La réponse de la population à été claire : un refus catégorique de cette situation, une résistance passive de huit ans, avant une lutte armée pour la liberté et la dignité.

L’auteur veut il nous faire croire que ce peuple a oublié ses réflexes en si peu de temps ? Car encore une fois, le peuple du Kosovo ne considère ni l’UE ni les USA comme des forces d’occupation ou des forces coloniales. Il suffit de regarder les images de liesse lors de la déclaration d’indépendance et des drapeaux américains et européens brandis ce jour-là. Mais après tout, pour l’auteur, l’avis du peuple du Kosovo n’est pas important. Une bande de sauvages arriérés et soumis. C’est la vision qu’avait le régime de Milosevic des citoyens du Kosovo. La patiente, la sagesse et la détermination de ce peuple du Kosovo ont démontré tout le contraire au monde entier.

Mais surtout que l’auteur continue à se complaire dans sa vision tronquée des faits. Qu’il continue à considérer les Kosovars comme des imbéciles trop heureux pour comprendre ce qu’il leur arrive. Contrairement à l’auteur, les citoyens du Kosovo ont foi en la démocratie. Ils aspirent à un avenir résolument européen. Et ils aiment Bondsteel, garante de leur sécurité face à un voisin qui n’a toujours pas oublié ses réflexes nationalistes.



"Diviser pour régner
Les Balkans ont toujours été un assemblage hétéroclite de nombreuses nationalités, cultures et religions opprimées. La Fédération socialiste de Yougoslavie, apparue après la Seconde Guerre mondiale, comprenait six républiques dont aucune n’avait la majorité. À sa naissance, la Yougoslavie était nantie d’un héritage issu des antagonismes inlassablement exploités par les Turcs ottomans et par l’Empire austro-hongrois, puis des ingérences de l’impérialisme britannique et français et, enfin, d’une occupation fasciste par les Allemands et les Italiens durant la Seconde Guerre mondiale.
Le peuple serbe subit des pertes très importantes, au cours de cette guerre. Un puissant mouvement de résistance dirigé par les communistes et composé de toutes les nationalités ayant souffert de diverses façons, s’était constitué contre l’occupation nazie et toute intervention de l’extérieur. Après la libération, toutes les nationalités coopérèrent et s’engagèrent dans la mise sur pied de la nouvelle fédération socialiste.
En 45 années et, alors qu’au départ elle ne couvrait qu’une région appauvrie, sous-développée et en proie à de fréquents conflits, la Fédération socialiste de Yougoslavie allait se développer en un pays stable doté d’une base industrielle, de soins de santé et d’un système d’enseignement accessible à toute la population.
Avec l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990, le Pentagone sortit immédiatement des plans prévoyant l’expansion agressive de l’Otan vers l’Est. Diviser pour régner, telle devint la politique américaine dans l’ensemble de la région. Partout, des forces procapitalistes de droite furent financées et encouragées. Dans le même temps que l’Union soviétique fut émiettée en plusieurs républiques séparées, affaiblies, instables et généralement en conflit, la Fédération socialiste de Yougoslavie tenta de résister à cette vague réactionnaire.
En 1991, alors que l’attention du monde se concentrait sur les bombardements dévastateurs de l’Irak par les États-Unis, Washington encouragea, finança et arma les mouvements séparatistes de droite dans les républiques de Croatie, de Slovénie et de Bosnie de la Fédération yougoslave. En violation des accords internationaux, l’Allemagne et les États-Unis reconnurent rapidement ces mouvements sécessionnistes et approuvaient la création de plusieurs mini états capitalistes.
En même temps, le capital financier américain imposa de sévères sanctions économiques à la Yougoslavie, afin de mettre son économie en faillite. Washington décida alors que l’Otan était la seule force à même de ramener la stabilité dans la région. "



Nouvelle facette de l’auteur. Si Vukovar a été rasée, si Sarajevo a été assiégé, bombardée, sniperisée pendant quatre ans, si 8000 civils ont été massacrés à Srebrenica, si la moitié de la population du Kosovo a été chassée de chez elle… tout cela est dû à l’impérialisme américain.

Ce discours qui consiste à justifier les crimes et l’horreur par un pseudo-complot mondial est tout simplement à vomir. Il fait abstraction de tout le passé de ces peuples, de leurs relations politiques, économiques et sociales au sein de la RSFY. Il laisse volontairement de côté le rôle joué par les hommes politiques locaux pour se vautrer dans la confortable et rassurante explication qu’offre le complot mondial. Ce dernier à l’avantage de ne pas avoir besoin d’être démontré car les forces occultes du mal veillent à le protéger.

Mais puisque l’auteur se souvient de l’existence de la RSFY il serait bon de lui faire un bref rappel de droit constitutionnel. La Constitution de 1974 de la RSFY instaurait 8 entités fédérales : 6 républiques et 2 provinces autonomes. Chacune des 8 entités fédérales disposait des prérogatives propres à un véritable Etat. Aucune entité ne pouvait légiférer ou administrer à l’intérieur des frontières d’une autre entité fédérale. La République de Serbie, n’avait AUCUN pouvoir législatif, exécutif ou juridique sur le territoire du Kosovo ou de la Voïvodine. Aucune loi fédérale, et à fortiori aucune modification constitutionnelle ne pouvait valablement intervenir sans l’accord des 8 entités fédérales.

En employant la force armée en 1990 pour abolir le statut du Kosovo, le régime de Slobodan Milosevic a violé la Constitution de la RSFY. Par conséquent, il a délié tous les autres membres de la Fédération de leurs obligations… y compris le Kosovo annexé. Les déclarations d’indépendance des autres républiques s’inscrivent donc dans un cadre parfaitement légal. Elles font suite à des referendums démocratiques. Mais on croit comprendre que l’auteur est quelque peu fâché avec les principes démocratiques qui fondent et gouvernent nos sociétés.

Nul besoin ici de chercher des Allemands, des agents de la CIA ou des émissaires du Vatican, pour expliquer un processus qui trouve ses racines dans l’histoire des peuples qui ont composé la RSFY. A moins, bien entendu, que le régime de Milosevic ait prêté une oreille bienveillante à ces étranges agents occultes, et que sur leur conseil il ait entrepris toutes les démarches nécessaires à la destruction de la RSFY au profit de la création d’une Grande et glorieuse Serbie.}}



"L’armement et le financement de l’UCK, un mouvement d’extrême droite, dans la province serbe du Kosovo, débutèrent à la même période. Le Kosovo n’était pas une république distincte de la Fédération yougoslave, mais une province de la république de Serbie. Historiquement, il avait été l’un des foyers de l’identité nationale serbe, mais avec une population albanaise qui n’avait cessé de croître.
Washington lança une véhémente campagne de propagande prétendant que la Serbie menait elle-même une campagne de génocide massif contre la majorité albanaise du Kosovo. Les médias occidentaux ressassèrent à l’infini des histoires de fosses communes, de viols et de brutalités en tout genre. Des fonctionnaires américains prétendirent même qu’entre 100.000 et 500.000 Albanais avaient été massacrés.
Sous l’administration Clinton, des fonctionnaires des États-Unis et de l’Otan sortirent un ultimatum outrageant: la Serbie devait accepter immédiatement une occupation militaire et renoncer à toute souveraineté sur le Kosovo, sans quoi elle allait devoir affronter le bombardement par l’Otan de ses villes, villages et infrastructures. Lors des négociations qui eurent lieu à Rambouillet, en France, le Parlement serbe vota le refus des exigences de l’Otan et les bombardements commencèrent.
En 78 jours, le Pentagone largua 35.000 bombes à sous-munitions, utilisa des milliers de projectiles radioactifs contenant de l’uranium appauvri, ainsi que des obus perceurs de bunkers et autres missiles de croisière. Les bombardements détruisirent plus de 480 écoles, 33 hôpitaux, de nombreux dispensaires de soins, 60 ponts, en même temps que des sites industriels, des usines chimiques, des centrales électriques et la totalité du réseau d’électricité. Ce fut le Kosovo, c’est-à-dire la région que Washington était censé libérer, qui subit les pires destructions.
Finalement, le 3 juin 1999, la Yougoslavie fut forcée d’accepter un cessez-le-feu ainsi que l’occupation du Kosovo.
S’attendant à découvrir des cadavres partout, des équipes médico-légales originaires de 17 pays de l’Otan et organisées par le tribunal de La Haye pour les crimes de guerre, retournèrent en tous sens le Kosovo occupé. L’affaire prit tout l’été 1999 mais les équipes ne découvrirent que 2108 corps, et de toutes nationalités. Certains avaient été tués par les bombardements de l’Otan, certains au cours de la guerre entre l’UCK et la police et l’armée serbes. Par contre, les équipes médico-légales ne découvrirent aucune fosse commune et en purent produire la moindre preuve de massacre ou de «génocide».
Ce démenti surprenant de la propagande impérialiste provient d’un rapport rendu public par la principale accusatrice du Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie, Carla Del Ponte. Il fut publié, mais sans publicité aucune, dans le New York Times du 11 novembre 1999.
La propagande rabique de génocide et les histoires de fosses communes étaient aussi fausses que les allégations futures prétendant que l’Irak possédait et fabriquait des «armes de destruction massive». "


Nous voilà arrivés à la phase du négationnisme et du révisionnisme. Rappelons toutefois à l’auteur que le négationnisme de crimes est un délit pénal. Pour donner de la crédibilité à ses hallucinations, l’auteur fait même l’erreur de citer ses sources. Or, l’article du New York Times est encore consultable sur le site du journal. On apprend ainsi que le nombre de victimes dont parle l’auteur est celui de corps retrouvés entre l’entrée des troupes de l’OTAN en Juin 1999 et le 11 novembre 1999. L’auteur oublie que dans le même paragraphe il est précisé qu’il reste encore quelques centaines de sites (excusez du peu) à examiner au printemps.
L’auteur passe sous silence les centaines de corps transportés par camions frigorifiques jusqu’à Belgrade (on en a trouvé un bon millier, dans le Danube, à Perucac et à Batajnica).

Des camions dont certains ont fait surface dans les eaux du Danube avec leur macabre cargaison.
http://archives.rezo.net/
courrier-balkans.mbox/200106.mbox/
%3C3B31A60C000014C3@mail.servisp
.9telecom.fr%3E
http://www.un.org/icty/transf87/061127FE.htm

L’auteur oublie le rapport final de Human Right Watchs qui estime le nombre de civils albanais tués par les forces serbes à plus de 10000 et le nombre de disparus à environ 3000. Il oublie que cette même organisation estime le nombre de victimes causées par les bombardements de l’OTAN à environ 500 civils, en Serbie, au Monténégro et au Kosovo. Il oublie les rapports de l’OSCE et de Human Rights Watch faisant état de plus de 980 000 albanais chassées de chez eux par les forces serbes entre 1998 et 1999 (sur une population de moins de 2 000 000 d’habitants). Après tout, pourquoi s’encombrer d’autant de détails et de chiffres."



"Via des guerres, des assassinats, des coups d’État et des embargos économiques, Washington est parvenu aujourd’hui à imposer une politique économique néolibérale à la totalité des six anciennes républiques yougoslaves et à les briser pour en faire des mini états instables et appauvris.
L’extrême instabilité et la pauvreté effarante que l’impérialisme a apportées à la région constitueront à longue échéance les semences de son propre effondrement. L’histoire des réalisations de la Yougoslavie au moment où elle jouissait d’une véritable indépendance, de souveraineté dans l’unité et d’un développement socialiste se réaffirmera d’elle-même dans le futur. "



Et en guise de conclusion, un petit coup contre ces méchants impérialistes américains qui ont poussés des peuples unis par un amour fou et un désir de vivre ensemble, à s’entretuer sans pitié. Ils sont bien utiles ces impérialiste américains. Comment ferait on sans eux pour expliquer qu’un régime rouge-brun, dirigé depuis Belgrade par le dernier dictateur des Balkans, à mis à feu et à sang la RSFY dans le but de créer la Grande Serbie. Que l’auteur le veuille ou non, les faits sont là. L’histoire ne peut pas être réécrite.
Il y avait un pays qui s’appelait la RSFY. Dans ce pays, il y avait une constitution et un homme qui avait la vision de la Grande Serbie. La constitution l’empêchait de réaliser sa vision, alors il eut la bonne idée de recourir à la JNA. Il agressa la Slovénie, tenta de morceler la Croatie, baigna dans le sang la Bosnie, avant d’essayer de vider le Kosovo de ses habitants. Il échoua à chaque fois. Car ce qu’il trouva en face de lui, ce n’était ni des pierres, ni des idéologies, ni des hallucinations. Ce qu’il trouva en face de lui, et qu’il voulait réduire à néant, c’était des hommes. Malgré sa supériorité militaire et technologique, malgré la sourde oreille pendant de longues années de la communauté internationale aux plaintes de ses victimes, il ne réussit pas à briser ces hommes. Il ne réussit pas à les effacer. Il ne réussit pas à leur arracher leur désir de vivre et leur volonté de liberté. Son rêve de Grande Serbie se transforma en réalité. Chaque jour, la Serbie retrouve un peu plus la forme de ses frontières historiques et naturelles.
Tant que des hommes comme Michel Collon oeuvreront, l’espoir d’une Serbie enfin retrouvée dans ses véritables frontières, celles du "Beogradski Pasaluk" (de 1817), existe et prend forme. Les victimes n’oublient pas. Elles ne pardonnent que si on vient sincèrement implorer leur pardon.

Vos mensonges, votre propagande hystérique, madame l’auteur, participent non seulement au développement du nationalisme le plus obscur en Serbie et privent de ce fait son peuple de toute possibilité de progrès et d’avenir meilleur. Ils entretiennent également la haine et le désir de revanche légitime de toutes les victimes de ce discours. De tous ceux et celles qui dans les années 90, ont eu à affronter au cœur de l’Europe, la barbarie et l’horreur du régime rouge-brun de Belgrade. A ce titre, vous êtes, madame l’auteur, une menace pour la paix et la démocratie. Vous êtes un danger public et vous méritez d’être traitée comme telle.

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