Partager l'article ! Ils n'ont qu'à manger de l'éthanol !/Let Them Eat Ethanol !: Bellaciao-Questions Critiques- traduit de CounterPunch (12 avril 2008) ...
Cela fait maintenant des mois que les millionnaires de Wall Street se lamentent sur
les pertes occasionnées par leurs investissements ridiculement surévalués. Pourtant, ces mêmes fans du libre-échange n'ont pas la moindre idée de l'ampleur de la crise à laquelle sont confrontées
les véritables victimes du krach boursier, qu'ils ont créé avec tant d'enthousiasme.
Source: rfi.fr
Pour les trois milliards de personnes qui survivent avec moins de deux dollars par jour [1,27 €], la spirale montante des prix mondiaux des denrées alimentaires a signifié la lutte pour le droit humain le plus essentiel - le droit de manger. Le riz, le pain et les tortillas constituent la nourriture de base pour cette moitié de la population mondiale. Selon les chiffres de l'ONU, en 2007, le prix des céréales a augmenté de 42% et celui des produits laitiers de 80%. Et l'inflation sur les denrées alimentaires s'est [encore] accélérée ces derniers mois.
Ainsi que l'Observer l'avait noté le 6 avril, "La pénurie mondiale de riz, qui a vu les prix de l'un des aliments de base le plus important au monde augmenter de 50% au cours des deux
seules dernières semaines, est en train de déclencher une crise internationale". [En effet], ces dernières semaines, la famine de masse a engendré des émeutes violentes au Burkina Faso, au
Cameroun, en Egypte, en Indonésie, en Côte d'Ivoire, en Mauritanie, au Mozambique, au Sénégal et en Haïti.
Au cours de la semaine qui vient de s'écouler, six jours non-stop d'émeutes ont secoué Haïti. Haïti est la nation la plus la pauvre de l'hémisphère occidentale, où 80% de la population vit
avec moins de 2 dollars par jour et où, selon le Programme Alimentaire Mondial, l'adulte typique ne consomme que 1.640 calories - 640 calories de moins que les besoins d'un adulte moyen. Les
Haïtiens en ont marre de subsister sur ce qui est devenu leur régime commun : argile, sel et pénurie de légumes. Le 9 avril, le Guardian a relevé que "Les manifestants comparaient la
faim brûlant leurs estomacs à de l'eau de javel ou de l'acide de batteries".
Le 4 avril, des milliers d'Haïtiens affamés ont manifesté dans la ville méridionale des Cayes, essayant de mettre le feu à la base de la police onusienne, tout en dérobant du riz dans les
camions. L'émeute s'est vite répandue à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, où des milliers de personnes ont pris d'assaut le palais présidentiel, exigeant la démission du président désigné
par les Etats-Unis, René Préval. Heureusement pour Préval, les forces onusiennes de "maintien de la paix" ont fini par réussir à disperser les masses affamées avec du gaz lacrymogène et des
balles en caoutchouc. Leur répression brutale a peut-être évité à Préval de subir le même sort que Jean-Claude "Baby Doc" Duvalier, le dictateur soutenu par les Etats-Unis et renversé par une
rébellion populaire en 1986.
Préval n'a rien fait pour stabiliser les prix alimentaires qui montent en flèche ou pour assister ceux qui sont au bord de la famine - et il a bien savoir, dans un discours télévisé le 9 avril,
qu'il n'avait aucune intention de le faire maintenant. Dans un de ces moments à la Marie-Antoinette, Préval a rouspété contre les Haïtiens : "Ces manifestations et ces destructions ne feront pas
baisser les prix et ne résolveront pas les problèmes du pays. Au contraire, elles peuvent faire augmenter la misère et empêcher l'investissement dans le pays".
En Egypte, où les manifestations et les grèves sont illégales, des milliers d'ouvriers du textile et de sympathisants se sont
soulevés les 6 et 7 avril à Mehalla el-Kobra contre les prix alimentaires élevés et les bas salaires. Au cours de la nuit, la police a occupé l'usine d'Etat Misr Spinning & Weaving,
afin d'empêcher les ouvriers de faire la grève comme ils avaient projeté. Mais les manifestants ont riposté en incendiant des bâtiments et en lançant des briques sur la police qui les aspergeait
de gaz lacrymogène. La répression de la police n'a pas réussi à effrayer ces manifestants, elle a plutôt nourri leur colère.
Environ 40% des Egyptiens survivent avec moins de 2 dollars par jour, tandis que le prix du pain non-subventionné a été multiplié par dix ces derniers mois et que le prix du riz a doublé en une
seule semaine. Le salaire minimum national est resté inchangé depuis 1984, à 115 livres égyptiennes par mois [14 €]. Les ouvriers de Mehalla demandent un salaire minimum national de 1.200 livres
par mois [145 €] - ce qui laisserait encore une famille de quatre en dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour.
L'émeute de cette semaine à Mehalla est le dernier épisode de la lutte croissante des classes, qui a désormais gagné en profondeur la classe ouvrière. Le rédacteur en chef de Middle East
Report, Joel Beinin, a soutenu que le mouvement de grève qui s'étend "est peut-être le rassemblement le plus large de dissidents que le régime de Moubarak a affronté. La combinaison de
répression, d'apathie et de démobilisation politique, qui a maintenu l'autocratie en Egypte pendant plus d'un demi-siècle, est vigoureusement défiée, rendant de plus en plus difficile pour le
régime Moubarak, si ce n'est pour ses petits-copains capitalistes, de faire des affaires comme d'habitude". En effet, le Premier ministre [égyptien] Ahmed Nazif s'est précipité à Mehalla le 8
avril pour annoncer qu'il accordait aux ouvriers un bonus de 30 jours sur leur fiche de paye et qu'il s'occupera de leurs exigences en matière de santé et de salaires.
La faim monte aussi aux Etats-Unis. L'avidité non-régulée qui s'est déchaînée pendant 30 années de néolibéralisme et qui a dévasté les pays les plus pauvres du monde révèle à présent la division de classes dans le pays le plus riche. On ne peut plus prétendre que tous ceux qui habitent dans l'hémisphère nord prospèrent sur le dos de l'hémisphère sud.
Pour s'en assurer, la faim qui progresse en Amérique n'a récolté qu'une référence passagère de la part des médias américains, qui font encore largement comme Wall Street et la Maison-Blanche. Le
7 avril, par exemple, les journaux du groupe Tribune ont publié un article de fond ridicule sur la détresse de cette minuscule tranche d'Américains qui réduisent désormais leurs
habitudes de dépenses exorbitantes. L'article présente une courtière en crédit hypothécaire dont-la-chance-a-tourné, obligée de renoncer aux traitement au Botox pour lesquels, auparavant, elle
lâchait régulièrement 1.800 dollars [1.150 €]. "Je préfèrerais recevoir du Botox que d'aller dîner au restaurant", a dit cette femme aux journalistes - qui l'ont rapporté sans faire
d'ironie.
L'inflation des denrées alimentaires aux Etats-Unis a atteint un niveau jamais vu depuis des dizaines d'années, avec des aliments de base comme le lait qui a augmenté de 17% l'année dernière, le
riz, les pâtes et le pain augmentant de 12% et les œufs de 25%. Tandis que, dans la dépression actuelle, les pertes d'emplois se font plus nombreuses, on s'attend - fait sans précédent - à ce que
28 millions d'Américains reçoivent cette année des bons alimentaires pour survivre. Un couple sur six en Virginie Occidentale, ainsi que un sur dix dans les Etats de l'Ohio et de New York,
dépendent à présent des bons alimentaires pour survivre. Et un enfant sur trois en Oklahoma a dépendu des bons alimentaires, à un moment ou un autre de l'année dernière.
Dans la société la plus riche du monde, le "droit" aux bons alimentaires est loin d'être généreux et on peut affirmer avec certitude que la plupart des gens qui souffrent des prix alimentaires
croissants ne se qualifient pas pour recevoir cette aide. Selon les directives publiées sur le site internet de l'USDA [le ministère de l'agriculture des Etats-Unis], une famille de
quatre personnes est éligible à recevoir des bons alimentaires, seulement si son revenu net mensuel est inférieur ou égal à 1.721 $ [1.090 €]. Cette même famille de quatre a alors droit à une
attribution maximum mensuelle de bons alimentaires pour une valeur de 542$ [343 €] - le même montant qu'en 1996 ! La subvention moyenne s'élève en gros à 1$ [64 cents] par repas et par personne.
Et, selon le New York Times, 800.000 bénéficiaires de bons alimentaires - essentiellement des personnes âgées et des handicapés - reçoivent actuellement le minimum, soit seulement 10$
par mois [6.40 €].