26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 04:53

http://www.votre-sante.com
26-04-2008


Le monde glauque
des rapports entre
l’industrie pharmaceutique
et les médecins


Par
Pierre CORNILLOT



Source:
www.journaldunet.com


Le journal Le Monde en date du 13/14 avril dernier consacre dans sa page 8 une colonne à sa rubrique pharmacie sous le « L’impact des visiteurs médicaux sur les dépenses de santé est limité ». Le corps de l’article est fort intéressant à plus d’un titre. Le lecteur sera par exemple ravi de savoir que les laboratoires pharmaceutiques consacrent 3 milliards d’euros par an à assurer la promotion des médicaments auprès des médecins établis en cabinet. Comme ces dépenses sont intégralement répercutées dans le prix de vente, nous sommes heureux d’apprendre que notre chère Sécu participe à la promotion commerciale de tous ces médicaments.



Sur les 1000 médecins passés au « microscope » informatique de leurs prescriptions, 25% limitent le nombre des visiteurs médicaux (agents commerciaux des laboratoires) reçus à environ 50 par an, alors qu’un médecin sur deux en reçoit 7 à 8 par semaine, soit environ 350 par an et que 15% en recoivent plus de 500. En dehors du temps passé à écouter le baratin commercial teinté évidemment d’arguments de meilleure efficacité et de moindres effets secondaires indésirables, on imagine aisément les pressions auxquelles sont soumis ces médecins. Le résultat ne se fait pas attendre en matière de prescriptions : les médecins soumis aux lavages répétés de cerveau de la part des visiteurs médicaux ont un éventail de prescription différent de celui des médecins « résistants ». Ils prescrivent en trois mois, 360 médicaments différents dont 57% ont été mis sur le marché après 2001 alors que pour les « indécrottables », la liste se limite à 311 dont seulement 52% ont été commercialisés après 2001.


L’incidence sur le coût de l’ordonnance est étudiée : celle des mauvaises têtes à 54 séances de visiteurs médicaux par an est d’un coût moyen de 31,1 euros, alors que celle des bons élèves s’établit en moyenne à 35,1 euros. Je laisse au journaliste du Monde la responsabilité de ses propos « Le surcroît de dépenses engendré par les médecins ouverts aux visiteurs reste toutefois limité » pour faire observer que 4 euros de différence, rapportés aux 31 euros du coût de l’ordonnance représentent 13% de mieux, c’est-à-dire une petite marge supplémentaire dont le monde de la finance est si friand. On ne peut donc qu’être surpris de la discrétion du journaliste… Mais le plus intéressant est à venir, car l’étude rapportée dans Le Monde émanait d’un organisme leader mondial des bases de données médicales et pharmaceutiques, la Cegedim. Poussé par une curiosité insatiable, je suis donc parti à la recherche d’informations sur cette société d’étude des marchés médicaux. Bonne pioche dans Google…


La Cegedim (Centre de Gestion, de Documentation, d’Informatique et de Marketing) a été créé en 1969 à l’initiative de Jean-Claude Labrune, par plusieurs laboratoires pharmaceutiques dans le but de mettre en commun ressources informatiques et ressources documentaires. Très vite, Mr Labrune oriente ses activités vers la création d’un fichier de médecins et la collecte d’informations destinées aux services marketing et vente des laboratoires pharmaceutiques.


Progressivement et rapidement se met en place un système d’interconnexion informatique entre des médecins volontaires qui autorisent l’accès à leur fichier malades sous la « garantie » illusoire de l’anonymisation des données. Ce sont plusieurs milliers de médecins qui tombent dans le piège en échange d’une installation informatique à domicile leur permettant de gérer leurs dossiers. En fait, ces données sont reprises directement par la Cegedim qui en tire une foule d’information qui seront ensuite revendues aux laboratoires, aux assureurs et même à différents groupes médicaux. Cette exploitation scandaleuse fera l’objet de différentes interventions auprès de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) qui rendra un avis de sainte nitouche en reconnaissant toutefois que seuls 1292 médecins sur les 4000 de la base de données de la Cegedim se sont fait connaître auprès de la CNIL comme ils en avaient l’obligation… Du reste, ladite Cegedim s’est fait décerner en 2001 par Big Brother Awards France, le prix Orwell de la catégorie entreprise, produits et réseaux, qui « récompense » les atteintes les plus nocives à la vie privée…


En fait il lui était reproché de revendre aux laboratoires sous couvert d’études statistiques ou épidémiologiques, des données « siphonnées » dans les fichiers des médecins avec leur consentement. A la suite des remous provoqués par différents articles parus à l’époque dans Libération en février 1999 et en mai 2001, il semble que la société impliquée ait cherché à se blanchir tout en conservant les mêmes objectifs : mettre sous surveillance le milieu médical et le milieu hospitalier afin de fournir aux laboratoires et aux assureurs un maximum d’informations sur les patients et sur les prescriptions médicales et leur permettre de valider et d’affiner leurs politiques commerciales. On est loin de la vision idyllique du vieux pharmacien d’officine promu au grade de conseiller en santé par les campagnes promotionnelles de l’industrie. Surtout quand on sait que la Cegedim contrôle l’activité d’un nombre croissant de visiteurs médicaux, eux-mêmes pris dans une stratégie de commercialisation à outrance. Soyons honnête, Big Brother n’est pas loin.

Un conseil, n’attrapez pas la chair de poule. Un coup de froid et il va falloir vous soigner !

Billet express de Pierre CORNILLOT

http://www.votre-sante.com/suite.php?dateedit=1209194860

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