19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 05:33
Mondialisation.ca,
 Le 16 novembre 2008


Qui sont les artisans
de la débâcle économique?


Le gouvernement Obama
inversera-t-il la tendance?







Photo: Joëlle Pénochet 2008
 
 La plus grave crise économique de l'histoire moderne

 

L’effritement financier d’octobre 2008 n’est pas l’effet d'un phénomène économique cyclique. C’est un aboutissant calculé de la politique du gouvernement des États-Unis, orchestré par le Trésor américain et le Federal Reserve Board.

 

C’est la plus grave crise économique de l'histoire.

 

Le « plan de sauvetage » («The Bailout») proposé par le Trésor américain ne constitue pas une « solution » à la crise. C’est en fait tout le contraire : il provoque davantage de débâcle. Il crée une concentration de richesses sans précédent, qui à son tour contribue à creuser les inégalités économiques et sociales, au sein des nations et entre les nations.

 

Le niveau d'endettement est monté en flèche. Poussées à la faillite, les corporations industrielles sont rachetées par les institutions financières mondiales. Le crédit, c’est-à-dire, l'offre de prêts de financement, qui constitue la bouée de sauvetage de la production et de l'investissement, est contrôlé par une poignée de conglomérats financiers.

 

Avec le «plan de sauvetage» la dette publique a dérapé. Les États-Unis sont le pays le plus endetté de la planète. Avant le « renflouage », leur dette publique était de l'ordre de 10 billions de dollars. Cette dette libellée en dollars US se compose de bons du Trésor et d’obligations en souffrance, détenues par des particuliers, des gouvernements étrangers, des entreprises et des institutions financières.

 

 

« Le plan de sauvetage»: le gouvernement des États-Unis finance son propre endettement

 

Ironiquement, les banques de Wall Street bénéficiaires de l'argent du plan de sauvetage sont aussi les courtiers et les assureurs de la dette publique des États-Unis. Bien que les banques ne détiennent qu’une partie de la dette publique, elles font des affaires et du commerce dans le monde entier avec les titres de la dette publique libellés en dollar.

 

Dans une conjoncture déplaisante, les banques sont bénéficiaires d’une aumône de plus de 700 milliards de dollars, et agissent en même temps à titre de créanciers du gouvernement.

 

Nous avons affaire à un cercle vicieux absurde : pour financer le plan de sauvetage Washington doit emprunter à des banques qui bénéficient du plan de sauvetage.  

 

Le gouvernement des États-Unis finance ses propres dettes.

 

Les administrations fédérales, étatiques et municipales sont de plus en plus paralysées, sous strict contrôle des conglomérats financiers mondiaux. Les créanciers réclament de plus en plus au gouvernement le lancement d’une réforme.

 

Le plan de sauvetage incite à la consolidation et à la centralisation du pouvoir bancaire, ce qui à son tour produit des retombées sur l'activité économique réelle, conduisant à une série de faillites et au chômage de masse.

 

 

Le gouvernement Obama inversera-t-il la tendance ?

 

La crise financière fait suite à la déréglementation du système financier.

 

Obama a déclaré sans équivoque sa volonté de s'attaquer aux échecs politiques du gouvernement Bush, et de « démocratiser » le système financier étasunien. Barack Obama, le président élu, affirme être déterminé à inverser la tendance :

 

« Rappelons-nous que si cette crise financière nous a appris quelque chose, c'est que nous ne pouvons avoir une Wall Street prospère pendant que le commun des mortels souffre. Dans ce pays, nous nous élevons ou chutons en tant que nation, en tant que peuple. » (Président élu Barack Obama, 4 novembre 2008, souligné par l’auteur)

 

Avec désinvolture, les démocrates reprochent au gouvernement Bush la débâcle financière d’octobre.

 

Obama a fait savoir qu'il établira un programme politique tout autre, qui servira les intérêts du commun des mortels:

 

« Demain, vous pourrez tourner la page sur les politiques qui poussent à la cupidité et à l'irresponsabilité de Wall Street devant le dur labeur et le sacrifice des hommes et des femmes de la rue. Demain, vous pourrez choisir les politiques qui investissent dans notre classe moyenne, créent de nouveaux emplois et accroissent cette économie, de sorte que tout le monde ait une chance de réussir, du directeur général à la secrétaire et au concierge, du propriétaire de l'usine aux hommes et femmes qui y travaillent.» (Barack Obama, campagne électorale, 3 novembre 2008. Souligné par l’auteur.)

 

Obama est-il engagé dans le « domptage de Wall Street » et dans la « neutralisation des marchés financiers ? »

 

Ironiquement, cette politique de « cupidité et d'irresponsabilité » fut instaurée sous Le gouvernement Clinton.

 

La Financial Services Modernization Act (FSMA ou loi de modernisation des services financiers) de 1999 a incité à abroger la Glass-Steagall Act de 1933. La Glass-Steagall Act, ce pilier du « New Deal » du président Roosevelt, fut instaurée en réponse au climat de corruption, de manipulation financière et de « délit d'initié » qui mena à la faillite de plus de 5.000 banques dans les années qui suivirent le krach de Wall Street en 1929.

 

 

Bill Clinton signe la Gramm-Leach-Bliley Financial Services Modernization Act, 12 novembre 1999

 

Dans le cadre de la Financial Services Modernization Act de 1999, le contrôle effectif de l'ensemble du secteur des services financiers des États-Unis (incluant les compagnies d'assurance, les fonds de pension, les titres, etc) a été cédé à une poignée de conglomérats financiers et à leurs associés, les fonds spéculatifs (hedge funds).

 

 

Les instigateurs du désastre financier

 

Qui sont les artisans de cette débâcle ?

 

Ironie amère, l’équipe de transition du président élu Barack Obama songe à présent aux instigateurs du désastre financier pour le poste de secrétaire au Trésor:

 

Lawrence Summers a joué un rôle clef dans le lobbying au Congrès pour l'abrogation de la Glass Steagall Act. Sa nomination opportune au poste de secrétaire au Trésor par le président Clinton en 1999 a permis de forcer l'adoption de la Financial Services Modernization Act en novembre 1999. Au terme de son mandat à la tête des Finances, il est devenu président de l'université de Harvard (2001-2006).

 

Paul Volker était président de la Réserve fédérale dans les années 1980 de l'ère Reagan. Il a joué un rôle central dans la mise en œuvre de la première phase de déréglementation financière, qui a favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions menant à la crise financière de 1987.

 

Timothy Geithner est directeur général de la Banque de la Réserve fédérale de New York (FRBNY), la plus puissante institution financière privée d’Amérique. Il est aussi ancien fonctionnaire des Finances du gouvernement Clinton. Il a travaillé pour Kissinger Associates et fut aussi en poste au FMI. La FRBNY joue un rôle en coulisses dans la mise au point de la politique financière. Geithner agit pour le compte de puissants financiers derrière la FRBNY. Il est en plus membre du Council on Foreign Relations (CFR).

 

Jon Corzine, aujourd’hui gouverneur du New Jersey, est un ancien directeur général de Goldman Sachs.

 

Au moment de la rédaction de cet article, le favori d’Obama pour le poste de secrétaire au Trésor était Larry Summers.

 

Lawrence Summers, professeur d'économie à l'université de Harvard, a servi d’économiste en chef à la Banque mondiale (1991-1993). Il a contribué à la conception des réformes macro-économiques imposées à nombre de pays émergents endettés. Dans le cadre du programme d'ajustement structurel (PAS), parrainé par le FMI et la Banque mondiale, l'impact social et économique de ces réformes a été dévastateur, entraînant une extrême pauvreté.

 

La période de Larry Summer à la Banque mondiale coïncidait avec l'effondrement de l'Union Soviétique et l'imposition de la « médecine économique » mortelle du FMI et de la Banque mondiale en Europe de l'Est, dans les anciennes républiques soviétiques et dans les Balkans.

 

En 1993, Summers est passé au Trésor des États-Unis. Il a d'abord occupé le poste de sous-secrétaire au Trésor pour les affaires internationales et, plus tard, secrétaire d’État adjoint. En liaison avec ses anciens collègues du FMI et de la Banque mondiale, il a joué un rôle clef dans l'élaboration du « traitement de choc » économique lié au train de réformes imposées à la Corée du Sud, à la Thaïlande et à l’Indonésie, lors de l’apogée de la crise asiatique de 1997.

 

Les accords de plan de sauvetage négociés avec ces trois pays ont été coordonnés au Trésor par Summers, en liaison avec la Banque de la Réserve fédérale de New York et les institutions de Bretton Woods à Washington. Summers a travaillé en étroite collaboration avec le directeur général adjoint du FMI, Stanley Fischer, nommé ensuite gouverneur de la Banque centrale d'Israël.

 

Larry Summers est devenu secrétaire su Trésor en juillet 1999. C’est un protégé de David Rockefeller. Ce fut l'un des principaux artisans de l'infâme Financial Services Modernization Act, qui, purement et simplement, légitima le délit d’initié et la manipulation financière.

 

 

Larry Summers et David Rockefeller

 

« Mettre le renard à la garde du poulailler »

 

Summers est aujourd’hui consultant pour Goldman Sachs et directeur général de DE Shaw Group, un organisme de fonds spéculatifs. En tant que gestionnaire de fonds de spéculation, ses contacts avec les Finances ainsi que Wall Street lui procurent de précieuses informations privilégiées sur le mouvement des marchés financiers. Sous la gouverne de Larry Summers, et en conséquence directe de la crise financière, le DE Shaw Group a fait des bénéfices records. À la fin octobre 2008, à l’apogée de la crise financière, le DE Shaw Group a annoncé 7 milliards de dollars de revenu, en augmentation de 22 pour cent sur l'année précédente, « avec près de trois fois plus d'argent dans la main qu’il y a un an » (2theadvocate.com 31 octobre 2008).

 

Mettre un gestionnaire de fonds de spéculation (ayant des liens avec l’establishment financier de Wall Street) en charge des Finances équivaut à placer le renard à la garde du poulailler.

 

 

Le Consensus de Washington

 

Summers, Geithner, Corzine, Volker, Fischer, Phil Gramm, Bernanke, Hank Paulson, Rubin, sans oublier Alan Greenspan, et autres, sont des copains. Ils jouent au golf ensemble ; ils ont des liens avec le Council on Foreign Relations et les Bilderberg ; ils agissent de concert conformément aux intérêts de Wall Street ; ils se rencontrent à huis clos ; ils sont sur la même longueur d'onde ; ils sont démocrates et républicains.

 

Bien qu'ils puissent être en désaccord sur certaines questions, ils sont fermement attachés au consensus Washington-Wall Street. Ils sont absolument impitoyables dans la gestion de leurs opérations économiques et financières. Leurs actions sont motivées par le profit. En dehors de leur strict intérêt envers le « rendement » des « marchés, » ils sont peu concernés par la « vie des êtres humains, » par l’impact de l’éventail d’implacables réformes macro-économiques et financières sur la vie des gens, réformes qui poussent à la faillite des secteurs entiers de l'activité économique.

 

Le raisonnement sous-jacent au discours économique néolibéral est souvent cynique et méprisant. À cet égard, le discours économique de Lawrence Summers se distingue. Il est connu chez les écologistes pour avoir proposé de déverser les déchets toxiques dans les pays du tiers monde, car, là-bas, les gens ont la vie plus courte et le coût de main-d'œuvre est extrêmement bas, ce qui signifie essentiellement que la valeur de marché des gens du tiers monde est très inférieure. Selon Summers, cela rend l’exportation des matières dangereuses vers les pays pauvres beaucoup plus « rentable ». En 1991, une note de service controversée de la Banque mondiale, signée par l’économiste en chef Larry Summers, indique ce qui suit (extraits, souligné par l’auteur) :

 

 

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