3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 23:53


Mondialisation.ca, Le 2 janvier 2009

 
 


Inultile de préparer une introduction à cet article. Pourquoi gaspiller des mots à faire des raffinements de composition quand la seule chose que je puisse dire est que je ne sais que dire. Il n’y a ni mots ni expression capables d’expliquer complètement ce que moi et les autres Palestiniens ressentons en ce moment. Depuis samedi après-midi, la plupart d’entre nous sommes collés à la télévision, écoutant, muets, les détails de la dernière cible bombardée et regardant les reportages épouvantables d’hommes, de femmes et d’enfants ensanglantés, de morceaux humains éparpillés et de gens faisant leurs dernières prières dans les décombres de leurs maisons parce qu’ils pensent qu’ils sont sur le point de mourir.

Les scènes dans les hôpitaux n’offrent aucune consolation, alors que des médecins et des infirmières aux blouses tâchées de sang tentent d’aider les blessés, sachant parfaitement qu’ils ne disposent pas des fournitures médicales pour le faire de façon efficace.

Rage, dégoût, impuissance, incrédulité… ce ne sont là que quelques-uns des sentiments qui tourbillonnent dans nos cœurs et nos esprits pour le moment. Ces sentiments ne sont pas adressés seulement à Israël, mais aussi à la communauté internationale. Les Nations Unies ont réuni une session d’urgence pour sortir encore une autre résolution tiède appelant toutes les parties à cesser les combats. Evidemment, la résolution manquait de ce qui aurait dû être l’élément clé, la condamnation des actions d’Israël. Il n’y ait fait aucune mention d’un usage excessif de la force, aucune mention des responsabilités d’Israël en tant que puissance occupante. Les USA et le Royaume-Uni ne se sont même pas donnés la peine de demander un arrêt de la violence, et ont plutôt demandé à Israël d’essayer d’éviter de frapper des victimes civiles. Israël n’a pas encore acquiescé à cette demande, et comment le pourrait-il ?

Gaza est une des zones les plus densément peuplée au monde. Il n’y a pas de vastes espaces de terre. Les maisons sont construites les unes sur les autres. Les bâtiments du gouvernement et les postes de police sont installés dans les quartiers résidentiels. Ce serait comme essayer d’arracher une carte sous un château de cartes et espérer que toute la structure reste intacte.

De plus, Israël ne cible pas simplement les édifices du gouvernement et les bâtiments de la sécurité, comme on l’a d’abord pensé. Au vu des derniers reportages, Israël a bombardé le port de Gaza, un campus universitaire, un bâtiment du Comité Olympique, des serres, une école, des maisons, des voitures garées, des mosquées, des prisons (pleines de prisonniers), une cérémonie de remise de diplômes de la police de la circulation, et des entrepôts médicaux. Et les bombardements continuent.

Hélas, Israël sait qu’il peut s’en tirer indemne avec son dernier massacre, comme au Liban en 2006. Israël a bombardé un refuge des Nations Unies plein de femmes et d’enfants (Qana, 1996) et tué des observateurs de l’ONU avec des armes à guidage de précision (Khiyam, Liban, 2006), et il continue à circuler comme un membre respecté de la communauté internationale. Aucun autre pays ne bénéficiera jamais d’une telle impunité.

La terrible ironie de cette dernière catastrophe, c’est que toute la situation est le fait d’Israël, la conséquence d’une de ses nombreuses expériences ratées de traitement avec le peuple palestinien. Lorsque le Hamas a été créé en 1987, il a été formé à partir de différentes organisations caritatives basées dans les territoires palestiniens liées aux Frères Musulmans, le Mouvement islamique né en Egypte dans les années 1920. Israël a permis à ces organisations caritatives islamiques de se renforcer dans les zones palestiniennes, espérant qu’elles contreraient l’influence des mouvements palestiniens laïques de la résistance. Sheikh Ahmed Yassin, le chef spirituel du Hamas en fauteuil roulant qu’Israël a assassiné en 2004, a formé le Hamas comme branche militaire de son groupe l’Association Islamique, une association reconnue et approuvée par Israël 10 ans auparavant. Tout au long des années 1980, Israël a joué un rôle significatif en encourageant l’émergence du Hamas, dans la conviction qu’un tel groupe islamique pourrait aider à fracturer le soutien au mouvement Fatah.

Il y eut dans l’histoire un moment où le Fatah fut la cible de la colère d’Israël. Pendant 40 ans, le Fatah, inversion de l’acronyme arabe Harakat al-Tahrir al-Watani al-Filastini, qui se traduit par Mouvement de Libération Nationale Palestinienne, a empoisonné l’existence d’Israël (tout particulièrement pendant le Premier Intifada). En tant que tel, Israël et ses services secrets du Shin Bet ont déployé d’énormes efforts pour lancer le parti Fatah populaire, laïque et plus modéré, contre les mouvements islamiques dans l’espoir de l’affaiblir.

Dans le livre appelé avec justesse « Devil’s Game » de Robert Dreyfuss, une analyste importante de la CIA, Martha Kessler, est citée pour avoir dit : « (Nous) avons vu Israël cultiver l’Islam comme contrepoids au nationalisme palestinien. »

Dreyfuss cite également Philip Wilcox, un ancien ambassadeur US qui a dirigé le Consulat US à Jérusalem, qui a dit : « Il y a eu des rumeurs persistantes que les services secrets israéliens (Shin Bet) ont soutenu en secret le Hamas, parce qu’ils étaient considérés comme des rivaux de l’OLP. » Comme les USA et le Royaume Uni avant eux, Israël n’a jamais appris la leçon que vous ne pouvez pas créer un « monstre » et espérer le maîtriser quand ça vous convient.

Comme nous le savons tous, Israël a abandonné ses plans de soutien clandestin du Hamas, reconnaissant l’OLP, dont le Fatah était le parti le plus important, comme représentant légitime du peuple palestinien en 1993. Cependant, le Hamas n’a pas disparu et a été démocratiquement élu au pouvoir en 2006.

Aujourd’hui, les Gazaouis sont pris dans la dernière tentative d’Israël de détruire le Hamas, payant de leurs propres vies le prix des erreurs d’Israël.

Israël peut donner toutes les justifications qu’il veut pour cette dernière attaque – les 300 roquettes tirées sur Israël et l’unique victime israélienne ; la « terreur » de vivre sous les tirs des roquettes artisanales ; la destruction du Hamas. Rien ne peut excuser le meurtre de plus de 310 Palestiniens et les 1.600 blessés en seulement 2 jours.

Des analystes israéliens bien informés ont concédé hier que contrairement à la croyance qu’Israël était simplement à bout de patience vis-à-vis des tirs de roquettes, l’opération Plomb Durci était planifiée depuis plus de 6 mois, à l’époque où le cessez-le-feu avec le Hamas a été déclaré. Quelle coïncidence…

Qui sait ce qu’Israël prévoit de faire ensuite ? Avec le rappel de 6.500 réservistes, certains disent qu’Israël va déployer des forces terrestres à la recherche des « installations de production et de stockage de roquettes ». D’autres disent qu’Israël ne prendra pas le risque que ses troupes soient confrontées à la colère de chaque combattant palestinien très motivé, bien que peu armé.

Une chose est pourtant sûre. Israël peut peut-être parvenir à détruire l’infrastructure du Hamas et les maisons des Gazaouis, il n’empêche que les raisons et les motivations de tenir compte de l’appel du Hamas sont renforcées. De plus, l’équipe de négociation palestinienne a annoncé un gel des négociations de paix pendant que les attaques aériennes israéliennes continuent, concession aux nombreuses demandes palestiniennes et arabes que le Président Mahmoud Abbas mette fin à tout contact avec Israël pour le moment. « Il n’y a pas de négociations et il ne peut y avoir aucune négociation pendant qu’ils nous attaquent », a dit Ahmed Qurei, le chef négociateur palestinien à des journalistes.

Pour l’instant, les Palestiniens essaient encore de surmonter le choc initial et la rage de ses attaques qui continuent. Analyser le pourquoi et le comment est trop douloureux. La plupart des Palestiniens oscillent encore entre la rhétorique de la colère folle et l’hébétude. Pourtant, quoiqu’il se passe ensuite, Israël peut être au moins fier d’avoir battu un record – le sien, celui du plus grand nombre de Palestiniens tués en moins d’une heure.

Article en anglais :
Uruknet - Publication originale sur Miftah.org

Traduction: MR pour ISM France.

Articles de Nadia W. Awad publiés par Mondialisation.ca


http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=11590

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