16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 16:17

Internationalnews

SOS-Biodiversité

par Kalisso


Pourquoi les abeilles disparaissent-elles ? Et avec elles des dizaines d’insectes pollinisateurs qui ont un rôle crucial sur la fécondation de nombreuses plantes ou arbres. Outre les effets des insecticides déversés à tonneaux par les agriculteurs, les scientifiques soulignent les impacts de la révolution agricole qui a eu lieu en Europe depuis 1960 . Faisons le point sur la place laissée par l’homme aux “fleurs des champs” : elle a régressée de 67 % en 30 ans.


Les fleurs des champs ou des arbres sont le garde-manger des insectes butineurs

Mais qu’il soit un papillon ou une abeille, que vient-il récolter dans la fleur ? Les plantes nectarifères secrètent au niveau leur fleur un nectar , substance qui possède un pouvoir d’attraction sur les insectes ou certains oiseaux (oiseaux-mouches). Les plantes pollinifères , elles, produisent du pollen . Certaines espèces de plantes ne produisent que du nectar (par exemple la luzerne) ; d’autres par contre ne produisent que du pollen (le coquelicot). Enfin, de nombreuses espèces végétales sont à la fois nectarifères et pollinifères (l’érable). Enfin, on appelle plantes mellifères celles qui produisent des substances récoltées par les abeilles domestiques pour être transformées en miel.

Beaucoup de plantes sont mellifères, mais seulement une partie peut être butinée par les
abeilles domestiques du fait de leur morphologie (encombrement du corps, longueur de trompe…). Nombreuses de ces plantes consommées par les insectes pollinisateurs sont considérées comme “mauvaises herbes” des champs et des jardins (3), et traqués comme telles.


Les insectes sont responsables de 80 % de la fécondation des plantes à fleur, dont 9,5% de la valeur de l’ensemble de la production alimentaire mondiale !


Les plantes, fixées au sol par leurs racines, ne disposent pas de moyens de locomotion pour partir à la recherche de leur partenaire de reproduction. Elles utilisent plusieurs stratégies pour transporter le pollen de leurs étamines vers le pistil d’une autre plante : certaines se servent du vent , d’autres des oiseaux, et enfin les plus nombreuses utilisent les insectes, qui sont responsables à 80% de cette pollinisation. Les abeilles sont les plus efficaces, ainsi que toute la famille des hyménoptères (abeilles mellifères, bourdons, abeilles solitaires, mais aussi les fourmis par exemple), mais d’autres insectes servent aussi comme les diptères (mouches) et les papillons, voire certains coléoptères.

L’insecte butineur, en venant s’alimenter sur la plante, permet sa fécondation en provoquant involontairement sa
pollinisation . Une étude de chercheurs français, de l’INRA et du CNRS , a permis de chiffrer la valeur de l’activité pollinisatrice des insectes à 153 milliards d’euros en 2005 pour les principales cultures dont l’homme se nourrit. Ce chiffre représente 9,5% de la valeur de l’ensemble de la production alimentaire mondiale.


Les plantes pollinifères et nectarifères n’ont plus leur place dans le paysage rural




Si les insectes pollinisateurs disparaissent..c’est tout simplement à cause de la disparition de leurs plantes nourricières, avec la généralisation de l’agriculture “moderne”. On connaît, au moins pour partie, les causes de régression des abeilles sauvages, en particulier celles des bourdons dans le Nord de la France(1). Ce sont :


  • la transformation des paysages
    qui a suivi les modifications des pratiques culturales, pastorales et forestières : monoculture, mise en culture d’anciennes prairies permanentes ou de terrains humides après leur drainage, remembrement entrainant la disparition des haies et des talus, monoculture céréalière

  • la régression extrême des cultures fourragères traditionnelles, lesquelles ont quasi disparues et en particulier les cultures protéagineuses (Luzerne, Sainfoin, Trèfle incarnat…) au profit de nouvelles espèces : Ray-grass, Maïs, …etc ,

  • la diminution des prairies naturelles, pâturées ou coupées pour leur foin , au profit de prairies semées qui sont récolté en ensilage avec leur floraison

  • le désherbage systématique – le Bleuet, Centaurea cyanus, et les chardons, Cirsium spp. et Carduus spp. ne doivent pas « salir » les cultures – en particulier les grandes cultures qui ne fournissent presque plus aucune ressource aux bourdons ;

  • la fumure azotée des prairies permanentes (entraînant la quasi-disparition des dicotylées à fleurs).

Toutes ses causes ont entrainé une régression du “menu” des insectes pollinisateurs : les plantes à pollen et à nectar. Mauvaises herbes pour les uns, sources de miel pour les autres, beaucoup d’ adventices sont donc bonnes ou mauvaises selon le côté du miroir avec lesquelles on les regarde. Mais une chose est certaine : elles sont en constante régression et aujourd’hui, ce sont les bords des champs qui accueillent les reliques des populations adventices en déclin.

Les "mauvaises herbes" tentent de survivre dans les bordures des parcelles
 

 

A partir de relevés de la flore adventice (les « mauvaises herbes ») réalisés à trente ans d’intervalle, les chercheurs de l’INRA de Dijon ont analysé l’évolution des espèces recensées à l’intérieur des parcelles cultivées (réseau Biovigilance Flore). Selon l’étude(2), en 30 ans, l
e nombre moyen d’espèces par parcelle cultivée (richesse spécifique) a chuté de 44% alors que le nombre moyen de mauvaises herbes par m2 (densité) a, quant à lui, diminué de 67%.

Les parcelles sont donc globalement beaucoup plus « propres » de nos jours. La composition des communautés adventices s’est également fortement modifiée. Sur les 188 espèces recensées lors de la première campagne, 67 ont disparu contre seulement 34 nouvelles espèces recensées en 2005-2006. Depuis les années 1970, un tiers de ces espèces disparues des parcelles cultivées ne se trouve plus que dans les bords des champs, qui abritent dorénavant plus d’espèces végétales que l’intérieur des parcelles.

Cette répartition touche aussi bien les espèces rares à valeur patrimoniale que les espèces les plus communes. Ce déclin est d’autant plus préoccupant qu’il affecte des espèces reconnues pour leur rôle bénéfique dans le paysage agricole. Le fonctionnement des agro-systèmes pourrait en être affecté en privant certains oiseaux granivores ou insectes phytophages de sources de nourriture (pollen, nectar, graines…) ou d’habitat qu’elles procurent. D’ores et déjà, les chercheurs ont observé une disparition plus marquée des espèces pollinisées par les insectes. Les chercheurs de l’INRA de Dijon débutent des études complémentaires sur les relations entre les adventices et certains insectes, notamment les carabes dont certains sont prédateurs de graines des mauvaises herbes.


De l’agriculture durable au jardin sauvage, des solutions existent


D’où l’importance de développer le jardinage et l’agriculture biologiques ou l’ agriculture durable , les jachères fleuries, les cultures de tréfle ou de luzerne, la conservation de prairies non fauchées avant la floraison, les traitements chimiques évités en période critiques… Les parcs naturels et les réserves de faune et de flore sont également un bon moyen de préservation, avec les corridors biologiques qui permettent de garantir un continuum biologique dans le paysage. En milieu urbain(4), priorité aux espaces verts non-traités et aux jardins sauvages , avec autours des agglomérations l’aménagement de ceintures vertes . Les solutions existent donc, et on en retrouve une bonne part dans les décisions du Grenelle de l’environnement.

Au boulot, donc !


Sources :

(1) “Jachères apicoles et jachères fleuries : la biodiversité au menu de quelles abeilles ? un article du Courrier de l’environnement (INRA 2007) qui critique la démarche “jachère apicole” en soulignant qu’elle ne vise a priori qu’à la sauvegarde des abeilles domestiques et pas des nombreux autres les insectes pollinisateurs dont les abeilles sauvages en grand péril.
(2)
Les bords de champs cultivés, ultime refuge des mauvaises herbes ? sur le site de l’INRA, réseau Vigilance Flore. 18/12/2008
(3) “Mauvaises herbes et apiculture
par Paul SCHWEITZER
(4) Les abeilles trouvent refuge en ville in La croix 28/04/2008
(5)
Des fleurs offertes aux abeilles en milieu agricole” in Réussir Céréales Grandes Cultures Novembre 2007


Pour en savoir plus

Pour en savoir plus

A voir aussi ?

Partager cet article

Published by Internationalnews - dans Alimentation-Food
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : internationalnews
  • internationalnews
  • : Un site d'information et de réflexion sur l'actualité internationale, le nouvel ordre mondial, la géostratégie, la propagande, l'impérialisme, le nucléaire, l'économie, l'environnement et la culture, illustré de documentaires. Site géré par des journalistes bénévoles, sans aucune obédience politique, religieuse ou autre.
  • Contact

STOP TAFTA !

Rechercher

Dossiers les plus consultés