23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 17:12
Mondialisation.ca
Le 21 mai 2009
par Michel Chossudovsky
 
 



L’éclosion du virus porcin H1N1 aurait eu lieu au Mexique. Sur le plan politique, les priorités ont été de dépister la propagation du virus de la grippe porcine mexicaine, de même que de contrôler et surveiller les personnes allant au Mexique et celles qui en revenaient. Une campagne mondiale de peur et d’insécurité a été déclenchée après que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) eut annoncé le 28 avril la hausse du niveau d’alerte pandémique à la phase 5. La décision de l’OMS, prise après avoir consulté Washington et Bruxelles, était fondée sur des données non confirmées et incomplètes quant la propagation de la grippe porcine et le nombre de personnes atteintes.

 

Quelle preuve démontre que le Mexique était l’épicentre de la pandémie mondiale de grippe porcine proclamée par l’OMS?

 

Cette interrogation soulève plusieurs autres questions importantes :

 

1. Dans de nombreux cas, à la fois au Mexique, aux États-Unis et à travers le monde, les données officielles concernant la morbidité et la mortalité n’étaient pas fermement corroborées par des tests en laboratoire du virus H1N1.

 

Un grand nombre de prétendus cas enregistrés résultaient de manipulation de données. Les données mexicaines utilisées par l’OMS pour justifier la pandémie de phase 5 se rapportaient à des cas d’influenza commune plutôt qu’à des cas confirmés d’influenza H1N1. Selon des sources officielles, sur les 159 décès dus à l’infection H1N1 signalés avant la décision de l’OMS le 28 avril, seulement 7 avaient été corroborés par des tests en laboratoire.

 

Un autre exemple implique directement le Center for Disease Control and Prevention (CDCP) situé à Atlanta. Il s’agit d’un rapport de l’organisme publié le 30 avril, intitulé « Des infections au virus d’influenza A (H1N1) d’origine porcine enregistrées dans une école -- New York ». Ce rapport souligne des infections de grippe porcine parmi des élèves d’une école de New York, alors que ceux-ci avaient été infectés par une influenza commune. Aucun de ces cas n’a été confirmé par des tests en laboratoire :

 

La première semaine de mai, «  la CDC déclarait que les États-Unis comptaient 109 victimes confirmées de grippe porcine. Des 109 victimes, 45 provenaient de cette école de New York. Les réseaux de télévision ont été inondés de messages alarmants sur la propagation incontrôlée de la grippe porcine. » (Voir William Engdahl, Flying Pigs and the WHO, Mondialisation.ca, mai 2009)

 

Là est la question : peut-on se fier aux données et aux déclarations officielles?

 

2. De nombreux cas présumés d’infection H1N1 répertoriés en Amérique du Nord, au sein de l’Union européenne et dans d’autres pays n’ont aucun lien avec l’épidémie mexicaine, c’est-à-dire qu’on ne peut démontrer que le Mexique est à l’origine de ces infections. 

 

Les cas de H1N1 enregistrés dans différents pays sont-ils la conséquence d’un processus de transmission du virus de la grippe porcine au niveau international ou le résultat d’une situation préexistante? Sont-ils dus à une procédure d’enregistrement des données incorrecte et trompeuse? En d’autres termes, ces divers « cas répertoriés » ont-ils été confirmés par des tests de dépistage du virus H1N1 en laboratoire? 

 

3. Selon un récent article (Bloomberg 12 mai 2009), peu publicisé, un éminent scientifique ayant participé au développement de Tamiflu indique qu’il est possible que la souche H1N1 « soit le résultat d’expériences en laboratoire ou de la production de vaccins ». Pour le professeur Adrian Gibbs de l’Australian National University (ANU), le virus, qui « s’est échappé d’un laboratoire », est le fruit d’une expérience en laboratoire par la compagnie produisant le Tamiflu.

 

« ”Il pourrait s’agir d’une erreur” survenue dans une usine de vaccin. Il se peut aussi que le virus se soit transmis d’un porc à un autre mammifère ou à un oiseau avant d’atteindre les humains » a-t-il déclaré. » (Ibid)

 

Il existe plusieurs rapports non confirmés à ce sujet. Le professeur John Oxford des hôpitaux St. Bart's et Royal London soutient que « la pandémie H1N1 de 1957 a probablement commencé lorsque le virus s’est échappé d’un laboratoire » (National Public Radio, 4 mai 2009).

 

Bien que les conclusions du professeur Gibbs nécessitent davantage de vérifications, elles soulèvent tout de même la question plus fondamentale de la transmission d’un virus sorti d’un laboratoire, sans compter le lieu géographique de celui-ci. L’OMS enquête sur les découvertes du professeur Gibbs.

 

4. La question concernant la transmission du virus des porcs aux humains a été soigneusement négligée. Les porcs peuvent-ils contaminer les humains avec la grippe porcine? Cette interrogation est essentielle à l’évaluation à la fois des sources et des causes de la pandémie.

 

 

Les mégaporcherie sont-elles une source d’infection?

 

A priori, l’OMS et le CDCP écartent l’élevage porcin industriel en tant que source possible d’infection virale. « L’Organisation mondiale de la Santé a souligné qu’il n’existe pas de preuve que les porcs transmettent le virus aux humains ou que la consommation de produits du porc comporte un risque d’infection. » (La Presse canadienne 2 mai 2009)

 

Ironiquement, alors qu’elles nient la transmission de la grippe porcine des porcs aux humains, les autorités sanitaires ne démentent pas la transmission du virus H1N1 des humains aux porcs (voir notre analyse ci-dessous).

 


Photo Copyright GoVeg.com

La transmission de la grippe porcine des porcs aux humains

 

L’OMS et le CDCP d’Atlanta se sont concentrés sur la transmission du virus de la grippe porcine d’un humain à l’autre et d’un pays à l’autre, tout en évitant habilement la question de la transmission du porc à l’humain.

 

L’OMS faisait valoir que dans le cas de la souche H1N1 de grippe porcine (un croisement des grippes humaines, porcine et aviaire), la transmission des porcs aux humains est impossible. Cette analyse implique que les conditions sanitaires et environnementales des exploitations porcines n’ont rien à voir avec la propagation du virus.

 

Même si l’un des premiers cas d’influenza H1N1 a été rapporté dans la municipalité de Perote dans l’État de Veracruz, où se trouve une importante industrie d’élevage porcin, les autorités mexicaines de santé publique sont catégoriques : l’environnement et les conditions sanitaires des fermes porcines ne sont pas la cause de la contamination.

 

La ville de La Gloria à Perote est une ville d’entreprise décrite dans certains reportages mexicains comme le « point zéro » de la pandémie. L’employeur, Granjas Carroll, est une coentreprise appartenant à la plus grande compagnie productrice de porcs au monde, Smithfield, et à son partenaire mexicain Agroindustrias Unidas de Mexico (AUM). Le projet de Smithfield à Perote comprend 16 fermes et produit annuellement plus d’un million de porcs.

 

Selon des données officielles du Mexique, il n’existe aucune preuve tangible révélant la présence de la grippe porcine dans les porcheries de Perote, c’est-à-dire que les porcs n’étaient pas infectés. Un certain nombre d’autres maladies auraient pu toutefois apparaître dans la population en raison des conditions sanitaires et environnementales dans les agro-industries.

 

La question plus essentielle est de savoir si l’on peut vraiment se fier aux données.

 

Preuve scientifique de la transmission du porc à l’humain

 

Une récente étude incontestable de la John Hopkins School of Public Health sur la Production industrielle d’animaux d’élevage (Industrial Farm Animal Production, IFAP) réfute les déclarations de l’OMS. Cette recherche confirme que les porcheries industrielles sont la source non seulement de la contamination des eaux souterraines mais aussi de la propagation de nouveaux virus, incluant la grippe porcine. (Voir Pew Commission on Industrial Farm Animal Production, Pew Foundation and Bloomberg and John Hopkins School of Public Health, Putting Meat on the Table Industrial Farm Animal Production in Americas, ainsi que le Washington Post, 9 mai 2009).

 

Ces virus peuvent se transmettre des porcs aux humains et ensuite « d’une personne à l’autre au sein d’une communauté et en dehors de celle-ci ». (Ibid) La contamination peut également avoir lieu dans la chaîne alimentaire, le virus infectant la viande, laquelle est consommée par la suite :

 

« Un agent infectieux provenant d’une ferme industrielle peut survivre jusqu’à la transformation de la viande, contaminer les produits animaux destinés à l’alimentation et entraîner l’éclosion d’une grave maladie loin de l’usine en question. » (Voir Putting Meat on the Table Industrial Farm Animal Production in Americas, p. 11.)


Des porcs canadiens infectés par la « grippe mexicaine »

 

Quoique les données concernant Granjas Carroll demeurent non concluantes, il y a des preuves, confirmées par des rapports officiels, qu’au moins une exploitation porcine à l’extérieur du Mexique a été infectée par le virus H1N1.

 

Au début mai, les autorités sanitaires canadiennes rapportaient un cas particulièrement inhabituel en Alberta ayant entraîné l’infection de tout un élevage porcin par le virus de la grippe porcine H1N1 : un menuisier mexicain, employé dans une porcherie de cette province et qui revenait du Mexique, aurait apparemment infecté 220 porcs sur un cheptel de 2200.

 

Alors qu’ils nient la possibilité que les porcs puissent infecter les humains, les officiels canadiens soutiennent que ces porcs ont été contaminés par le menuisier mexicain de retour de son pays :

 

« L’ouvrier agricole est revenu du Mexique le 12 avril et a été en contact avec les porcs deux jours plus tard. Environ 220 porcs sur un troupeau de 2200 ont commencé à montrer des signes de la grippe le 24 avril, a déclaré le vétérinaire en chef de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, le Dr Brian Evans.

 

Tous les porcs sont ou en voie de guérison ou guéris et l’ouvrier a lui aussi retrouvé la santé.

 

Un autre employé est tombé malade par la suite. On ne sait pas pour l’instant s’il a contracté la grippe porcine.

 

Gerald Hauer, vétérinaire en chef de l’Alberta, a souligné que des bulletins d’informations avaient été envoyés le 24 avril aux producteurs de porcs de la province, les avisant du danger possible que la grippe porcine pourrait représenter pour leurs cheptels. Entre-temps cependant, le travailleur mexicain était déjà revenu de son pays et travaillait déjà sur la ferme de 2200 porcs.

 

« Il travaillait déjà dans la grange le 14 avril » a indiqué M. Hauer.

 

L’agriculteur a avisé les autorités provinciales le 28 avril qu’un nombre indéterminé d’animaux démontraient des symptômes de grippe. Plus tard dans la journée, la grange a été mise en quarantaine et le demeure toujours. (La Presse canadienne 3 mai 2009)

 

L’exploitation porcine albertaine, qui a fait partie d’une saga en évolution, est cruciale à la compréhension de l’origine de la pandémie, à savoir que les porcs provenant des fermes industrielles (IFAP) de l’Amérique du Nord sont possiblement la source de l’infection des humains par les porcs.

 


Première étape : le menuisier mexicain infecte les porcs, le propriétaire de la ferme et sa famille. 

 

La version officielle veut que les porcs aient été infectés par l’ouvrier mexicain.

 

Selon les premiers communiqués de presse, le propriétaire de la ferme, sa famille ainsi que les porcs ont été infectés par le menuisier mexicain. Ces rapports officiels indiquent sans équivoque que le Mexique est à l’origine de l’infection de la porcherie albertaine.

 


Deuxième étape : Les résultats des tests du propriétaire de l’élevage et de sa famille sont négatifs.

 

Il a été confirmé par la suite que le propriétaire et les membres de sa famille ont obtenu des résultats négatifs au test du virus H1N1.

 

« Le chef des autorités canadiennes de santé publique affirme que les personnes vivant sur la ferme où des porcs ont été infectés par la grippe porcine ont obtenu des résultats négatifs aux tests de ce virus.

 

Après que les porcs soient tombés malades, un certain nombre de personnes vivant sur la ferme non identifiée ont présenté des symptômes grippaux et passé des tests afin de déterminer s’ils étaient également infectés.

 

Cependant, le Dr David Butler-Jones affirme que les tests suggèrent que ces personnes n’étaient pas infectées par le virus porcin H1N1. (Edmonton Sun, 5 mai 2009)

 

La version officielle veut que le travailleur mexicain ait infecté les porcs, mais pas les humains de la ferme.

 


Troisième étape: le menuisier mexicain obtient des résultats négatifs

 

Le menuisier mexicain obtient lui aussi des résultats négatifs au même test, ce qui suggère qu’il ne peut pas être à l’origine d’une transmission du virus des humains aux porcs :

 

On croit que les porcs ont été infectés par un travailleur qui s’était rendu au Mexique et était malade à son retour à la mi-avril. Le test passé par le menuisier, dont on ne connaît pas l’identité, n’a pas révélé la présence du virus. (Edmonton Sun, 5 mai 2009)

 


Quatrième étape: L’histoire officielle est maintenue : le menuisier mexicain a infecté les porcs.

 

À la suite de la publication des résultats obtenus en laboratoire confirmant l’absence du virus H1N1 chez le menuisier mexicain, on se serait attendu à ce que les autorités canadiennes élargissent leurs présomptions. Si le test du travailleur en question donne des résultats négatifs, quelles sont les causes probables de l’infection H1N1 sur cette ferme albertaine?

 

Malgré le manque flagrant de preuves concluantes, l’ouvrier mexicain est toujours considéré comme étant la source de l’infection.

 

La version officielle perdure.

 

« M. Butler-Jones admet cependant qu’il peut y avoir eu des « problèmes d’échantillonnage » et des échantillons de sang seront testés pour des anticorps afin de savoir définitivement si les personnes ont été infectées. Il ne dit toutefois pas combien de personnes ont été testées, ni ce qu’il entend par "échantillon de sang" ». (Ibid)

 

On peut logiquement se demander ceci : l’abattage des porcs qui a suivi était-il destiné à supprimer toute preuve d’infection dans la porcherie?

 

Quelques jours après la publication des résultats, les autorités canadiennes ont annoncé qu’un quart du cheptel, incluant les porcs infectés, avait été abattu. Un Mexicain leur avait transmis le virus. Les autorités de santé publiques du pays croient qu’il a obtenu des résultats négatifs au test de H1N1 « car il se rétablissait depuis trop longtemps déjà ». Ils ont ordonné de nouveaux tests sanguins et « cherchent des anticorps contre le nouveau virus de la grippe porcine ». (La Presse canadienne, 6 mai 2009)

 

Cinquième étape : Élimination génétique des porcs infectés : camouflage de preuves?

 

Les porcs sont contaminés. Toutefois, tous ceux qui travaillent sur cette ferme, y compris le menuisier mexicain, ont eu des résultats négatifs aux tests.

 

Aucun rapport n’a été publié concernant les résultats des tests de dépistage d’anticorps. L’élimination génétique ou réforme signifie abattre des animaux « possédant des caractéristiques indésirables », à savoir, dans ce cas-ci, se débarrasser des porcs contaminés.

 

Les autorités canadiennes de santé animale sont catégoriques – cette élimination génétique n’a rien à voir avec le fait que le bétail était atteint du virus H1N1 :

 

« Cela n’a rien à voir avec la grippe », a admis le Dr Gerald Hauer en conférence de presse. « C’est lié au … bien-être des animaux. » La décision de mettre le troupeau à la réforme [500 têtes] était vouée à réduire l’entassement, a fait remarquer le Dr Hauer samedi.

 

« Vu la quarantaine, on ne peut pas sortir ces bêtes de la ferme comme on le ferait en temps normal. Les conditions de vie seraient rapidement devenues inacceptables en raison de l’entassement et ils [les porcs] auraient souffert », a laissé entendre le Dr Hauer. (CBC, 10 mai 2009)



 
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Mot de la fin

 

Il n’y a toujours pas de preuve tangible que le virus puisse se transmettre d’une personne à l’autre au-delà des frontières. Les autorités étatsuniennes se sont servies de l’épidémie de grippe mexicaine pour resserrer les mesures de sécurité à leur frontière avec le Mexique.

 

Le Mexique est-il à l’origine de la pandémie? Les preuves sont contradictoires.

 

De nombreux cas répertoriés au Canada, aux États-Unis et à travers le monde n’ont pas de rapport avec le Mexique, l’épicentre de l’épidémie.

 

Ces cas ont été découverts et répertoriés à la suite de l’épidémie mexicaine. Il faut se demander s’ils ont été « découverts » en raison d’une méthode d’examen en laboratoire ou s’ils ont été enregistrés sans que des tests adéquats soient effectués. Ces chiffres sont-ils fiables? Sont-ils le résultat d’une manipulation de données visant à créer un climat de peur et de panique?

 

Le virus porcin H1N1 est-il courant dans les porcheries?

 

Les autorités sanitaires canadiennes l’ont confirmé, il y a vraisemblablement eu une épidémie d’influenza porcine dans une porcherie au cœur de l’Alberta. Les tests du virus H1N1 ont été positifs chez les porcs, selon le rapport officiel. Chez les humains se trouvant sur cette ferme, les tests ont été négatifs.

 

Les autorités canadiennes ont omis d’aborder les causes exactes de la grippe porcine sur cette ferme albertaine.

 

Il convient de mentionner que les producteurs de porcs ont fait un lobbyisme intensif dans le but de changer le nom du virus de « grippe porcine » à « influenza A H1N1 ».

 

Si le menuisier mexicain n’est pas à l’origine de l’infection, cela suggère qu’il y avait déjà prévalence de la grippe porcine H1N1 sur cette ferme d’Alberta et qu’elle n’avait rien à voir avec l’épidémie du Mexique. En revanche, cela amène la question plus fondamentale de la présence de cette infection dans des élevages porcins de même nature au Canada et aux États-Unis, et soulève également la question de la transmission de ce virus du porc à l’humain.

 

En conséquence, ce qui s’est produit sur cette ferme canadienne pourrait perturber la production industrielle de porcs en Amérique du Nord.

 

 

Traduction : Julie Lévesque, Mondialisation.ca.


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