23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 00:02

Science et Vie

Par Denis Delbeck

 


On en sait un peu plus sur le cycle du mercure, un poison capable de s’accumuler dans la chaîne alimentaire. Une équipe australo-américaine a conduit de nombreux prélèvements dans l’océan Pacifique nord, jusqu’à mille mètres de profondeur. Ils relèvent que la quantité de mercure présent dans les eaux de cet océan a grimpé de 30% depuis une vingtaine d’années, ce qui n’est pas de bon augure.


Le mercure est un élément naturel, et largement répandu dans la nature. Mais les activités humaines contribuent à des rejets importants, évalués à deux mille tonnes par an, alors qu’il suffit d’un seul gramme pour polluer un cours d’eau. Principales sources de diffusion de ce métal très toxique, la combustion du charbon et l’extraction de l’or, notamment artisanale.


Une partie du mercure échoue dans les cours d’eau qui les transportent jusqu’à l’océan. Mais de grandes quantités voyagent dans l’atmosphère avant de retomber sur les océans. Et là, ce mercure est transformé en méthyle mercure, une forme très toxique du métal. Les travaux publiés le 1er mai dans Global Biogeochemical Cycles confirment que c’est bien l’intense vie microbienne océanique qui est à l’origine de cette transformation chimique: le mercure absorbé dans l’océan est capté par le phytoplancton. Quand celui-ci meurt, et s’enfonce plus profondément dans l’océan, les bactéries dégradent la matière organique et transforment le mercure en méthyle mercure.


C’est bien évidemment en haut de la chaîne alimentaire, que la bio-accumulation du méthyle mercure est la plus forte. Et notamment dans le thon, qui représenterait 40% de l’exposition au composé de mercure de la population américaine. Dans plusieurs pays, les autorités sanitaires conseillent à la population, et particulièrement aux femmes enceintes, de limiter leur consommation de certains poissons prédateurs comme le thon frais ou congelé, le requin, ou l’espadon, etc. (1).

En France, l’Agence français de sécurité sanitaire des aliments (Affsa) a émis une recommandation en 2002 à l’usage des femmes enceintes, leur conseillant de ne pas consommer plus de 150 grammes par semaine de poissons prédateurs (2). L’agence
Santé Canada fixe ce seuil à 150 grammes par mois, pour les femmes enceintes. Une étude —conduite sur vingt cinq mille femmes et autant de bébés au Danemark— avait montré tous les bienfaits de la consommation de poisson sur le développement des enfants allaités (3). Détail important, au Danemark, les espèces les plus consommées (cabillaud, plie, saumon, hareng et maquereau) sont peu contaminées au méthyle mercure.


Compte-tenu du développement économique, notamment en Asie, et du boom de la consommation de charbon, les perspectives sont plutôt sombres. Les chercheurs américains et australien ont tenté de modéliser l’évolution de la pollution, à partir de l’évolution des rejets de mercure dans l’environnement. Ils calculent que d’ici 2050, la teneur en mercure des eaux Pacifique pourrait croître de 50%.


Lire également
:

-
Que pourra le futur traité anti-mercure contre les centrales à charbon? (février 2009)
-
Aux Feroe, la baleine n’est plus comestible (décembre 2008)


(1) L’agence sanitaire canadienne,
Santé Canada, explique que le thon en boîte, obtenu à partir de poissons plus jeunes, qui ont donc concentré moins de mercure, affiche des taux de mercure bien moins élevé que le thon frais ou congelé.

(2) Ce seuil a été confirmé après la
publication de l’étude Calipso sur les bénéfices nutritionnels et les risques de contamination pouvant résulter d’une forte consommation de produits de la mer.

(3) American Journal of Clinical Nutrition de septembre 2008

 

Image: © Denis Delbecq
5 mai 2009

http://mondedurable.science-et-vie.com/2009/05/le-mercure-un-poison-oceanique-en-plein-essor/

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : internationalnews
  • internationalnews
  • : Un site d'information et de réflexion sur l'actualité internationale, le nouvel ordre mondial, la géostratégie, la propagande, l'impérialisme, le nucléaire, l'économie, l'environnement et la culture, illustré de documentaires. Site géré par des journalistes bénévoles, sans aucune obédience politique, religieuse ou autre.
  • Contact

STOP TAFTA !

Rechercher

Dossiers les plus consultés