Partager l'article ! Traité "de Lisbonne": En démocratie, le «non» irlandais reste un non: Horizons et Débats - Juin 2009 Tracasseries et tent ...
En juin 2008, l’Irlande a dit non au traité de Lisbonne. Cet automne, les Irlandais doivent de nouveau s’exprimer par référendum. Peu
respectueux de l’opinion des citoyens, les fonctionnaires de l’UE ne reculent devant aucune manipulation, tracasserie ou entourloupe.
Comme s’il ne lui suffisait pas d’avoir déclenché, au moyen d’une lourde propagande qui coûte 2 millions d’euros et comprend une série de conférences données par des commissaires
européens de haut rang, le gouvernement irlandais lui-même organise une tournée de propagande, dilapidant ainsi les deniers publics. Face à un taux de chômage qui augmente de manière
vertigineuse, on essaie de manipuler l’opinion majoritaire par la promesse irresponsable selon laquelle le «oui» au Traité de Lisbonne permettra d’améliorer la situation économique et financière
du pays. Les Irlandais doivent finir par comprendre que s’ils changent d’avis, tout ira mieux pour eux. Les mouvements citoyens de défense du «non» s’attendent, cette fois-ci, à des campagnes
encore plus dures et plus malhonnêtes.
On sait que les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pas accepté le résultat
du scrutin irlandais. Pour faire basculer la majorité irlandaise en faveur du «non», même l’Allemagne pro-UE n’a pas reculé devant les manipulations les plus primitives et les calomnies. On a,
par exemple, traité les Irlandais de «colériques» (SPD) et l’ambassadeur d’Allemagne a brandi la menace, en cas de «non» réitéré cet automne, de «conséquences terribles». Voici le commentaire de
Patricia McKenna, présidente du People’s Movement: «Il est extrêmement arrogant de la part de l’Allemagne d’exercer ainsi des pressions sur l’Irlande pour qu’elle accepte un traité qu’elle n’a
elle-même pas encore ratifié. La chancelière Merkel serait bien inspirée de se pencher sur les craintes authentiques de ses propres citoyens plutôt que de tenter d’intimider les Irlandais en les
faisant voter à nouveau sur un projet qu’ils ont nettement rejeté.»1
En effet, l’Irlande avait à peine refusé le Traité de Lisbonne que le Premier ministre irlandais Brian Cowen, de concert avec Sarkozy, Merkel et le
président de l’UE Barroso, a tout de suite planifié un deuxième scrutin, se moquant ainsi de la volonté du peuple. Après que Bruxelles a fait payer aux contribuables européens une coûteuse
tournée de propagande à travers toute l’Irlande, voilà que le gouvernement irlandais se met à plumer ses contribuables en vue de campagnes à la radio et sur Internet. Et cela bien que la
Broadcasting Complaints Commission irlandaise ait accepté une plainte contre la Commission européenne et interdit la propagande gouvernementale en faveur du «oui» en la qualifiant de «propagande
politique». Dépenser 500 000 livres sterling pour faire accepter aux citoyens un projet qu’ils ont déjà refusé représente une dilapidation scandaleuse des fonds publics, comme le confirme
également Lou McDonald, députée au Parlement européen et vice-présidente du Sinn Féin:2 Mécontent du verdict de son peuple, Cowen a entrepris, immédiatement après l’annonce du résultat
du scrutin, une analyse de l’attitude des votants, projet profondément malhonnête d’un gouvernement malhonnête.
Face au Traité de Lisbonne, l’Irlande a exprimé des craintes quant à la politique fiscale, à son statut de pays neutre, à la militarisation, à la
politique sociale et familiale ainsi qu’à la représentation équilibrée de tous les pays membres à la Commission européenne. C’est pourquoi Sarkozy avait l’intention d’offrir aux Irlandais un
susucre avant le deuxième scrutin en leur accordant de solides garanties. Cowen a insisté à maintes reprises sur le fait que ces garanties, promises par les leaders de l’UE en décembre dernier,
devaient être «solides» pour permettre de calmer l’opinion irlandaise.3 «Tout en respectant le fait que cela ne corresponde guère aux aspirations des autres pays membres de devoir
ratifier le Traité de Lisbonne encore une fois, j’ai tenu, pour ma part, à préciser que le Traité de l’UE devait être complété à la prochaine occasion avec ces garanties juridiques.»4
Ce qui ne se fera pas, semble-t-il, sans poser des problèmes. Andrew Duff, membre libéral du Parlement européen, estime qu’un protocole spécifiquement irlandais comportant des garanties
spécifiques est juridiquement impossible ou que du moins il faudra des années pour qu’il soit intégré dans les traités de l’UE. Une procédure comparable pour le Danemark a pris cinq ans. La
plupart des observateurs européens pensent que les pays membres de l’UE n’accepteront pas, pendant de longues années, une nouvelle réforme du Traité.
Dick Roche, ministre européen des Affaires européennes, est pourtant convaincu que la prise en compte des craintes irlandaises n’est pas un problème
pour les 26 autres pays membres: «Une fois ces garanties fixées, au mois de juin, à la satisfaction de l’Irlande et des autres pays, le gouvernement irlandais pourra présenter à son peuple un
paquet exhaustif de mesures qui tiennent compte des préoccupations les plus importantes quant au Traité de Lisbonne.»5 Pourquoi cette fébrilité, M. Roche? Puisque chacun sait que si
l’on veut réussir quelque chose, il ne faut pas se presser. Roche déclare en pontifiant qu’il s’agira de tirer les leçons du «non» irlandais. La population irlandaise a pourtant, selon lui,
manifesté un authentique intérêt pour l’idée bruxelloise et elle sera vraiment disposée à répondre de manière positive à ses projets aujourd’hui.
Les Irlandais ont maintenant atteint un niveau supérieur de compréhension (sic!)6. Il ose conseiller à l’Irlande de prendre des mesures énergiques pour maîtriser ses finances,
construire un système bancaire solide et améliorer sa compétitivité au sein de l’UE. Pour sortir de la récession, elle doit renforcer sa position au sein de l’UE. Le meilleur moyen est de voter
«oui» puisque cela permettra de ratifier le Traité de Lisbonne. Ce n’est que grâce à l’aide de l’UE que l’Irlande s’est redressée, qu’elle a changé.
L’UE est de plus en plus dominée par un petit nombre de grands Etats qui créent une insécurité juridique. Tous les moyens leurs semblent bons pour faire en sorte que les Irlandais finissent par
voter «oui». Les manipulateurs de l’UE faussent depuis longtemps le vrai débat, si bien que la plupart des 500 millions de citoyens européens, et d’autres également, n’ont aucune idée des
véritables dangers que représente le Traité de Lisbonne: perte de la souveraineté face à des décisions centralisées, néolibéralisme, militarisme d’orientation UE/USA/OTAN, peine capitale. Ils ne
savent absolument pas quels droits et libertés ils ont vraiment perdus et quelles promesses en l’air on leur fait.
Il en va tout autrement de l’organisation pacifique irlandaise Peace and Neutrality Alliance (PANA) qui conçoit l’Europe comme un partenariat entre des
Etats souverains et démocratiques sans dimension militaire (Partnership Europe). Le mouvement citoyen suédois Folkrörelsen Nej till EU (Mouvement citoyen pour un non à l’UE) se déclare solidaire
du mouvement citoyen irlandais. Certains députés de différents pays européens s’opposent également au Traité de Lisbonne. Dans une lettre ouverte rédigée conjointement et intitulée Le «oui» au
Traité de Lisbonne signifie la fin de la démocratie»7, ils critiquent le Traité et encouragent la population irlandaise à voter «non» lors du prochain référendum. Et puisque les
citoyens irlandais sont les seuls citoyens européens à avoir le droit de s’exprimer, les signataires demandent aux Irlandais «de profiter de cette occasion et de voter pour nous tous».
Un mouvement citoyen exige de l’UE un protocole de neutralité
• L’Irlande ne participera ni à des décisions concernant la défense ni à leur application.
• L’Irlande ne s’opposera pas au développement d’une étroite collaboration entre les autres Etats
membres.
• L’Irlande ne participera pas à l’adoption de mesures militaires ni au financement de leur application.
Source: Kritiska EU-Fakta no 112, février 2009
Que va-t-il se passer si, cet automne, les Irlandais torpillent avec leur «non» le Traité de Lisbonne? Ce sera un coup
mortel porté au Traité et Jochen Schulz, ancien lieutenant-colonel des forces aériennes de l’OTAN, aura eu raison de dire que «le Traité de Lisbonne n’était dès le départ qu’un enfant
mort-né»8. Si l’UE se veut démocratique, le «non» irlandais mérite d’être accepté et respecté. Non c’est non.
1 Extrait du communiqué du People’s Movement
2 An Phoblacht, 30/4/09
3 The Irish Times, 2/4/09
4 ibid.
5 The Irish Times, 5/5/09
6 ibid.
7 «Irish Examiner», 22/5/09. Ont signé la lettre ouverte Harry van Bommel, MP, Pays-Bas; Jeremy Corbyn, MP, Grande-Bretagne; Jean-Paul Lecoq, MP, France; Lars Ohly, MP, Suède;
Paul Schäfer, député du Bundestag, Allemagne.
8 Lettre de lecteur de Jochen Scholz.
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1606