18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 17:48

Horizons et débats 
Archives  N°19, 21 mai 2007  L’Ukraine, maillon des «révolutions colorées» d’une hégémonie mondiale dont rêvent les Etats-Unis

par Hans-J. Falkenhagen, Berlin, et Brigitte Queck, Potsdam*



L’ancien conseiller du président des Etats-Unis Zbigniew Brzezinski reconnaissait déjà que l’Ukraine jouait un rôle important dans le cadre des «révolutions colorées» qui réduisent le pouvoir de la Russie dans cette région et dans le monde entier en écrivant dans son livre intitulé «Le Grand Echiquier, l’Amérique et le reste du monde»: «L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’Etat russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie.» (p. 74)

C’est dans ce contexte global que nous devons considérer les événements de 2004 en Ukraine, connus sous le nom de «Révolution orange», ainsi que la lutte actuelle pour le pouvoir entre le Président en fonction Iouchtchenko et le Premier ministre Ianoukovitch soutenu par la majorité de la population ukrainienne, comme l’ont montré les élections de mars 2006 et les sondages actuels.

Lors de la visite du président Iouchtchenko aux Etats-Unis en avril 2005, il a été question dans les entretiens non seulement de l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN, mais aussi du déplacement du système de défense antimissile américain jusqu’aux frontières de la Russie. Cela reviendrait à restreindre considérablement les moyens de défense des Russes contre une menace nucléaire américaine, voire à l’empêcher.1 Afin de tenir l’Ukraine sous leur coupe, les Etats-Unis, d’autres puissances occiden­tales et de prétendues ONG, notamment celles du multimilliardaire Soros, ont donné plusieurs milliards aux partisans de Iouchtchenko.

Soros se glorifie d’avoir contribué à la réussite de révolutions




Dans son livre intitulé «Pour l’Amérique contre Bush», Soros se targue de ce que ses fondations ont contribué aux changements de pouvoir en Slovaquie (1998), en Croatie (1999) et en Yougoslavie (2000) et ont incité la société civile à démettre de leurs fonctions Vladimir Meciar, Franco Tudjman et Slobodan Milosevic. La mission de ses fondations consiste selon lui à accompagner et à promouvoir la transition de sociétés fermées à des sociétés ouvertes.

Lors d’une manifestation de la Fondation Soros à Kiev, le 17 février 2002, l’ex-ministre des Affaires étrangères et présidente de l’Institut national démocratique Madeleine Albright a demandé aux nom­breuses ONG qui œuvrent en Ukraine de faire bloc contre le gouvernement en place parce qu’il collaborait trop étroitement avec la Russie et qu’il ne travaillait pas assez à la privatisation en faveur des investisseurs occidentaux. Il fallait donc apporter une «aide à la démocratisation» afin de favoriser le passage de l’Ukraine d’une société fermée à une société ouverte. C’est ainsi que d’énormes sommes d’argent ont été versées à la «Révolution orange», ce qui a amené au pouvoir Iouchtchenko, la marionnette des Etats-Unis, à la fin de 2004.

Le gouvernement américain à lui seul a versé 3,3 milliards de dollars jusqu’en 2005. A peu près deux tiers de cette somme ont été remis par l’intermédiaire de l’Agence américaine pour le développement international (USAID).2 Après juillet 2006, une autre somme importante a été mise à disposition afin de renverser le nouveau Premier ministre Ianoukovitch élu par le Parlement en août 2006. En outre, des cen­taines de millions de dollars et d’euros ont été accordées jusqu’en 2005, puis de nouveau à partir d’août 2006, par l’Union européenne au titre de l’aide à l’Ukraine afin de soutenir les «forces de l’opposition» mais qui sont vouées en réalité à des activités subversives. Et des moyens financiers considérables ont été consacrés à influencer les médias.


Coup d’Etat de Iouchtchenko, vassal des Américains


Comment se fait-il que Iouchtchenko, qui était acclamé au début de la «Révolution orange», n’ait plus le soutien de la population ukrainienne? Une raison importante en est non seulement l’attitude pro-occidentale de celui qui prône avec intransigeance l’adhésion de son pays à l’OTAN, mais aussi l’essor économique indéniable qu’a connu l’Ukraine pendant les 9 mois du mandat du gouvernement parlementaire sous Ianoukovitch.

D’août 2006 à mars 2007, le produit intérieur brut et la production industrielle ont augmenté de 18% en moyenne annuelle. A la suite de cela, les salaires et les retraites ont augmenté de 25%. Le taux d’inflation a aussi diminué considérablement. Mais comme les pays de l’OTAN ont déjà dépensé des milliards pour provoquer la chute du gouvernement ukrainien pro-russe, ils essaient, trois ans après l’échec de la «Révolution orange», de lancer une nouvelle attaque. A son retour des Etats-Unis, Iouchtchenko a promulgué le 2 avril un décret de dissolution du Parlement et il a fixé au 27 mai de nouvelles élections législatives, ce qui est tout à fait illégal.

Ce décret s’apparente à un coup d’Etat: il vise à liquider la démocratie parlementaire et constitue une tentative de modifier les rapports de force au profit des Etats-Unis et des pays de l’OTAN, ce qui désavantage la Russie et restreint la souveraineté de l’Ukraine.

Ce n’est pas seulement l’œuvre d’un président ukrainien paniqué qui voit disparaître la base de son pouvoir. Comme en 2004 déjà, tout cela a certainement été convenu avec certains responsables de l’OTAN. Dès le début, Iouchtchenko projetait de manipuler les élections parce que ses partisans allaient les perdre de façon écrasante (selon les sondages de l’époque, ils auraient obtenu moins de 10% des voix). C’est pourquoi Iouchtchenko ne veut pas que les nouvelles élections en faveur d’une dictature présidentielle soient contrôlées par le Parlement comme c’est la coutume pour des élections parlementaires où la dissolution du Parlement n’a lieu que le lendemain des nouvelles élections.


Une loi sur les pleins pouvoirs à la Hitler

Des élections dans des conditions d’exception sans contrôle parlementaire seraient pareilles à la loi sur les pleins pouvoirs accordée à Hitler en 1933.

Pour s’approcher de cet objectif, Iouchtchenko a décrété les mesures anticonstitutionnelles suivantes:

•    Il a fait déclarer au ministre de la Défense Anatoliy Grytsenko, nommé par lui-même, que lui, Grytsenko, était prêt à suivre Iouchtchenko, qui est toujours le chef suprême du pays et, si nécessaire, à intervenir par la force des armes;

•    Le poste de chef de la Sécurité, qui est actuellement vacant et provisoirement occupé par un homme nommé par le Président lui-même, est utilisé par Iouchtchenko à des fins personnelles: il a donné l’ordre – illégal – d’écouter les conversations téléphoniques de certains membres du Parlement, de juges de la Cour constitutionnelle, des tribunaux généraux et de la Commission électorale centrale, etc. et de les surveiller;

•    Comme l’annonce de son décret avait suscité l’opposition non seulement du Parlement et des hauts gradés de l’armée, mais aussi celle de la population, Iouchtchenko a annoncé qu’il acceptait la poursuite du travail parlementaire ainsi que l’adoption de quelques lois, mais qu’il était opposé aux élections législatives prévues dès lors par le Parlement et également à une nouvelle élection présidentielle qui devraient avoir lieu avant le 9 décembre 2007;

•    Les 2 et 10 mai, il a violé le principe d’indépendance de la Cour constitutionnelle en démettant de leurs fonctions trois juges constitutionnels dont Siusanna Stanik, présidente adjointe de la Cour constitutionnelle, qui avait été nommée sous Koutchma pour une période de neuf ans, et le juge constitutionnel Valeriy Pchenitchny. Il a également congédié, toujours de façon illégale, les membres du Conseil de sécurité nationale O. Medvedko et V. Onopenko;

•    Il a nommé le procureur général S. Piskun (qu’il avait lui-même désigné) membre de son Conseil national de sécurité et de défense;

•    Il a congédié de façon illégale le secrétaire dudit Conseil Vitali Gaiduk et l’a remplacé par Ivan Pliouchtch;

•    Il a révoqué par décret le chef des Services de sécurité de la région d’Odessa V. Touriz.

Protectorat de l’OTAN ou Etat souverain?

Il y a peu, Iouchtchenko et Ianoukovitch étaient à Bruxelles. Ils ont déclaré tous les deux de façon inattendue qu’ils n’avaient rien contre l’adhésion de leur pays à l’OTAN.

Cela a amené quelques journalistes à conclure que Iouchtchenko et Ianoukovitch, c’était bonnet blanc, blanc bonnet.

Mais la «petite différence» entre les deux est que, depuis le début de sa présidence Iouchtchenko ne se lasse pas de défendre l’adhésion immédiate de son pays à l’OTAN tandis que Ianoukovitch a toujours voulu faire dépendre cette décision d’un référendum. Et c’est à cause de cette «petite différence» qu’on peut être curieux de voir si l’on fera de l’Ukraine un protectorat de l’OTAN en négligeant la volonté du peuple, quasiment via la dictature présidentielle exercée par Iouchtchenko, ou si le peuple ukrainien pourra choisir sa voie en toute liberté.

Aussi a-t-on interprété à tort comme un compromis la rencontre du 4 mai entre Iouchtchenko et Ianoukovitch. Mais qu’en était-il vraiment de ce «compromis»?

Après que le président ukrainien eut décrété la tenue d’élections législatives tout d’abord d’ici au 26 mai, puis au 24 juin en exigeant la dissolution du Parlement actuel, cette décision fut refusée par Ianoukovitch et le Parlement. Dans l’intérêt de la stabilité de l’Ukraine, le Premier ministre Ianoukovitch et le Parlement se sont déclarés prêts à consentir à de nouvelles législatives à la condition qu’elles soient accompagnées d’une nouvelle élection présidentielle.

Iouchtchenko s’oppose toujours à cette dernière présidentielle tandis que le Parlement plaide pour les deux, élections législatives et élection présidentielle, qui devraient avoir lieu jusqu’au 9 décembre au plus tard. Mais entre-temps Iouchtchenko a démis de ses fonctions le troisième juge constitutionnel et bloque ainsi le travail de la Cour constitutionnelle sur la légalité de ses décrets présidentiels. Voici comment le président du Parlement ukrainien Olexander Moros a commenté ce «compromis» entre le président ukrainien et le Parlement: «Les propos du Président sur un compromis sont du bluff». O. Moros et la majorité des élus du Parlement ukrainien ont critiqué vivement le procédé illégal de Iouchtchenko et ont déclaré qu’ils allaient renoncer désormais à tout entretien formel et informel avec le Président tant que le statut quo ne sera pas rétabli, c’est-à-dire tant qu’il n’aura pas abrogé tous les décrets illégaux au sujet des représentants de la justice. Car une immixtion dans une procédure en instance auprès de la Cour constitutionnelle dont, en plus, le travail est gêné en permanence par le Président, serait considérée dans le monde entier comme une atteinte à l’indépendance de la justice. (cf. rada.kiev.ua des 11 et 12 mai 2007)    •

(Traduction Horizons et débats)

1 cf. Junge Welt du 23/11/06, p. 11
2 cf. Demokratieexport nach Osteuropa: US-Strategien in der Ukraine, in: Blätter für deutsche und internationale Politik, Nr. 12/2005

* Hans-J. Falkenhagen est économiste et traducteur, Brigitte Queck est spécialiste en sciences
poli­tiques, particulièrement en politique étrangère, et traductrice. Tél./Fax: +49 33 171 17 71
e-mail: anna.demok@gmx.de

link http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=127

Voir: Iran: une nouvelle révolution colorée ? (documentaire)
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