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La destruction des palmiers-dattiers et d'autres
arbres fruitiers pourrait-elle faire partie de la politique de génocide culturel menée par les Etats-Unis en Irak, berceau de la civilisation, tout comme la destruction des oliveraies en
Palestine par les Israéliens ?
source: landandwater
Les palmeraies étaient la fierté de l'Irak. Les
palmiers-dattiers », dont l'existence est attestée dès le IVe millénaire en Mésopotamie, sont représentés dans les bas-reliefs de Ninive (VIIe siècle). Leur rendement avait été augmenté dès
l'Antiquité grâce à la pollinisation artificielle. La durée de la productivité d'un arbre à plein régime est d'une soixantaine d'années. Les palmeraies irakiennes pouvaient atteindre plusieurs
dizaines d'hectares.
Les dattes étaient depuis des millénaires l'un des produits
de base de l'alimentation des populations de la région. En effet, elles sont très riches sur le plan nutritionnel, en calories (en moyenne 250 K/100g), en vitamines, en fibres et en minéraux
(calcium, potassium, fer...). Dans un pays où la température dépasse souvent 50° l'été, elles peuvent se conserver des mois sans réfrigération. Comme les figues, elles sont la base d'une boisson
alcoolisée.
En outre, ces arbres fruitiers de grande taille (jusqu'à 20
m) jouent un rôle écologique primordial dans cette région aride. Tout d'abord, les palmiers dattiers possèdent un pouvoir de désalinisation du sol très efficace, particulièrement utile dans le
Sud du pays, où près des trois quarts des terres irriguées souffrent de problèmes de salinité. Ensuite, leur ombre protège les écosystèmes fragiles du soleil, de la chaleur et des vents secs, et
permet de réduire l'évaporation et de maintenir une humidité quasi constante, condition indispensable à la culture de plantes fragiles. Ainsi, les sols des palmeraies abritent d'autres cultures
de base (caféiers, théiers, figuiers, pommiers, grenadiers...).
Source de subsistance essentielle, les dattiers procurent
également depuis l'Antiquité toute une série de sous-produits : les troncs étaient utilisés dans la construction des maisons, des bateaux et des canalisations après évidage, les restes des
régimes nourrissaient le bétail, et la partie superficielle du tronc servait à la fabrication de cordages, de paniers et de nattes.
Les dattiers auraient pu contribuer à éviter la
malnutrition et la sous-nutrition consécutives à l'embargo qui a tué un demi-million d'enfants irakiens.
Selon l'agence agricole de l'ONU, la FAO, l'Irak est le seul
pays du monde à avoir connu une chute aussi rapide de ses disponibilités alimentaires au cours de la décennie 90 (c'est-à-dire après la mise en place de l'embargo et l'invasion de 1991). En 1995,
chaque Iraquien ne recevait, en moyenne, que le tiers des calories quotidiennement nécessaires et on constatait des carences en minéraux et en vitamines (surtout A et C) dont les conséquences
sont dramatiques (anémies, Kwashiorkor - maladie grave qui provoque des oedèmes et des amaigrissements extrêmes). Ainsi, entre 1990 et 2001, le nombre de cas de Kwashiorkor a été multiplié par
soixante-dix, et celui de marasme par près de soixante.
Source: brusselstribunal.org
Au cours de la même période, la disparition
progressive des palmeraies a contraint les paysans à abandonner leurs terres et à émigrer vers les villes. La disparition d'une source primordiale de richesse pour la population irakienne, qui
aurait pu constituer la base de son alimentation pendant les treize années d'embargo (et aujourd'hui encore), rendit la population totalement dépendante du programme « Pétrole contre nourriture »
(résolution 986 d'avril 1995). Si ce programme et l'efficacité du rationnement par les autorités irakiennes ont permis d'éviter la famine, la santé nutritionnelle de la population irakienne,
privée de la rare denrée locale qui lui aurait permis d'éviter la sous-nutrition et la malnutrition, s'est dégradée de façon dramatique. En 1999, un rapport de l'UNICEF attribuait à l'embargo la
mort d'un demi-million d'enfants iraquiens1.
Une hypothèse de l'origine de la maladie des palmiers
dattiers dans le sud du pays est l'épandage d'agents chimiques par avion ou hélicoptère qui a été observée de façon récurrente par des paysans. Cet épandage n'a pu en aucun cas être effectué par
des appareils irakiens, en raison de la situation des palmeraies en zone d'exclusion de vol (les « no-fly zones », déclarées unilatéralement par l'administration Clinton et les 1er ministres
socialistes anglais et français). Ces zones ayant été étroitement surveillées (tout avion irakien survolant ces régions - les deux tiers du pays - étant abattu), seuls les anglo-américains sont
susceptibles d'y avoir déversé des produits chimiques2..
Source: brusselstribunal.org
Un article du New York Times, après avoir rappelé que des
millions d'arbres avaient brûlé pendant la guerre Iran-Irak, notait que « le déclenchement mystérieux de la maladie » était apparu juste après la 1e « Guerre du Golfe ». « Les scientifiques
irakiens identifient la maladie à une moisissure - le fusarium - qui attaque la couronne de l'arbre (...). On parle ici de la « maladie du palmier fou ». Le coeur du palmier vire du blanc au noir
et dégage une odeur pestilentielle, explique Abbas Mahdi Jassim, directeur du Centre d'étude du palmier à l'université de Bassorah. Nous en lions l'origine à la guerre, car avant, nous ne
connaissions pas cette maladie ». Le niveau de contagiosité élevé explique l'abattage des arbres et le fait qu'ils aient été brûlés, contrairement aux rumeurs répandues par une agence de
propagande américaine qui attribuait ce fait à une volonté machiavélique du régime irakien d'affamer les populations chiites pour les rendre plus dépendantes du pouvoir central. En réalité, les
Etats-Unis espéraient une rébellion des Chiites qui aurait conduit à une répression brutale, voire à une guerre civile.
Selon un expert agricole de l'ONU, le blanchissement progressif des branches des
palmiers ne peut ni venir de la sécheresse - les arbres bénéficiant du système d'irrigation - ni de l'uranium appauvri. Cet expert « conclut qu'il s'agit d'un empoisonnement, dont la
caractéristique principale est le blanchissement des tissus, par arrêt de la photosynthèse et du processus de transformation des acides aminés. La cause, selon lui, ne peut venir que de
l'utilisation d'un défoliant, répandu à partir "du ciel". Sa conviction est renforcée par ses observations d'un champ de tournesols, qui apparemment a subi le même sort. Il a recueilli les
témoignages de paysans qui ont vu des avions déverser des produits sur leurs plantations.. » (Ludot, 98). L'expert affirme que les pesticides ne pourraient donner un tel résultat. En outre, les
paysans sont obligés de travailler dans les champs avec des gants pour éviter des dermatoses et les femmes souffrent de nausées après leur journée de travail.
Source: brusselstribunal.org
Les troupes d'Occupation détruisent les arbres fruitiers au titre de « punition
collective »
Le grand reporter indépendant Patrick Cockburn a rapporté en
octobre 2003 que les troupes américaines déracinaient de vieilles plantations de dattiers, d'orangers et de citronniers dans le centre le l'Irak - où les habitants dépendent entièrement des
revenus de leurs vergers - à titre de « nouvelle politique de punition collective » contre la Résistance, très active dans cette région sunnite. Un journaliste a été brutalement empêché de
prendre des photos de ces opérations.
Les troupes américaines sillonnent les rues des villes et des
villages pour annoncer en arabe, à l'aide de haut-parleurs, que les arbres sont arrachés pour punir les paysans de leur refus de dénoncer les résistants. Interrogé par Patrick Cockburn sur la
valeur de son verger, un propriétaire lui a répondu d'une voix étranglée : « C'est comme si quelqu'un me coupait les mains et que vous me demandiez combien mes mains valaient.
»
Affamer un ennemi est une stratégie éprouvée depuis toujours
(lors des sièges des villes fortifiées par exemple) ; empoisonner les terres pour les générations à venir est un phénomène nouveau apparu avec les « progrès » technologiques. Compte tenu de la
situation actuelle, la cause exacte de la maladie des palmeraies irakiennes ne sera pas élucidée de sitôt. Si les produits déversés sur les palmeraies s'avéraient être effectivement des
défoliants, quelles conséquences ces produits chimiques hautement toxiques, qui continuent de provoquer aujourd'hui des malformations congénitales au VietNam, au Laos et au Cambodge, auront-ils
sur la population irakienne, déjà très atteinte par les conséquences de l'utilisation d'armes à l'uranium appauvrie (et de substances chimiques diverses) qui n'a jamais cessé depuis 1991 ? Selon
la Croix-Rouge vietnamienne, un million de personnes subiraient encore aujourd'hui les effets des défoliants.
La destruction des palmiers-dattiers et d'autres
arbres fruitiers pourrait-elle faire partie de la politique de génocide culturel menée par les Etats-Unis en Irak, berceau de la civilisation, tout comme la destruction des oliveraies en
Palestine par les Israéliens ? Les méthodes utilisées pour tenter d'éradiquer la Résistance des populations à l'Occupant sont les mêmes : destruction du patrimoine historique, des systèmes
d'éducation, de santé, de l'agriculture, des infrastructures vitales et des habitations, éliminations physiques, tortures, humiliations, tentatives de division ethniques et
religieuses...
Notes
1 Selon Mme Albright, secrétaire d'Etat du président démocrate
William Clinton, ce bilan était « le prix à payer » pour affaiblir le régime de Saddam Hussein (12 mai 1996). (Au total plus d'un million et demi d'Irakiens sont morts des suites de
l'embargo).
2 Rappelons que « l'agent orange » répandu sur le VietNam
pendant dix ans (de 1961 à 1971), dont l'un des buts était d'affamer la population (opération « Ranch hand » décidée par l'administration Kennedy), a détruit, selon l'UNESCO, un cinquième de la
superficie des forêts sud-vietnamiennes et plus de 200.000 ha de cultures.
[Principales
sources]
ARNAUD, Bernadette : L'autre
guerre chimique de l'Amérique, Science et Avenir, juin 2003, pp. 66-67
DR BRAHMI, Abdelkader : Rapport
de mission en Irak, www.lai.org.
CLARK, Ramsey, et al. : The
children are dying : The Impact of Sanctions on Iraq, New York, International Center,1998. (www.iacenter.org).
COCKBURN, Patrick : Des soldats
américains déracinent des dattiers, des orangers..., The Independant on Sunday, 12 octobre 2003. www.alencontre.ca
Dictionnaire de la civilisation
mésopotamienne, sous la direction de Francis Joanès, Robert Laffont, Paris, 2001
MACFARCQUAR, Neil dans le New
York Time du 14 janvier 2003, cité par Emmanuel Ludot, p. 96.
LATOUR, Patricia : Embargo,
crime contre l'humanité, in Irak, Guerre, embargo, mensonges et vidéo, Le Temps des Cerises, 1999, pp. 11-72.
LUDOT, Emmanuel : Saddam
Hussein, Présumé coupable, Paris, Editions Carnot, 2004, p. 93.
DR L. PELLETT, Peter :
Sanctions, alimentation nutrition et santé en Irak in L'Irak Assiégée, les conséquences mortelles de la guerre et des sanctions, Parangon, Paris, 2003, pp.
181-202.
Joëlle Penochet Mai
2005
http://www.planetenonviolence.org/Non-violence-ecologie-Une-catastrophe-ecologique-passee-sous-silence-la-destruction-des-palmeraies-en-Iraq_a225.html
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