18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 08:13

Internationalnews

Rue89 02/06/2010

Selon un rapport, une société off-shore créée avec leur accord a permis le financement illégal de campagnes politiques en France 

Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur en mai 2002 pendant les élections législatives (Philippe Wojazer/Reuters)


 C'est une nouvelle pièce dans le dossier de l'attentat de Karachi. Dans un rapport, dont le contenu est révélé ce mercredi par Mediapart, la police judiciaire luxembourgeoise décortique l'activité d'une société off-shore mise en place par la DCN (Direction des constructions navales) pour distribuer des commissions. Une off-shore créée « directement » sur accord de Balladur et de Sarkozy. Avec la trace de commissions qui ont financé des « campagnes politiques françaises ».

Cela fait deux ans que les pièces s'accumulent dans les armoires des enquêteurs chargés d'analyser le système de financement des contrats d'armement de la DCN dans les années 90.

 

Trois (grosses) affaires sont au cœur de leurs recherches :


Le contrat des Frégates de Taïwan, six navires vendus 2,4 milliards d'euros ;
Le contrat des trois sous-marins Agosta B, vendus 826 millions d'euros au Pakistan ;
Le contrat Sawari 2, trois frégates vendues 3 milliards d'euros à l'Arabie Saoudite.


A l'époque, la DCN, société d'Etat, a parfaitement le droit de verser des commissions à des intermédiaires susceptibles de favoriser la conclusion de ces contrats. Ces commissions sont d'ailleurs défiscalisées, après déclaration au ministère du Budget, pour être discrètement versées dans des paradis fiscaux et judiciaires.


DCN international (DCN-I) confie à Jean-Marie Boivin le soin de créer deux sociétés off-shore basées au Luxembourg : Heine et Eurolux gestion. Deux coquilles vouées à servir de réceptacles aux commissions, pour alimenter ensuite une chaîne de sociétés-écrans qui va nourrir les circuits de la corruption. Ce que Nicolas Sarkozy démentait il y a un an à Bruxelles lors d'une conférence de presse. (Voir la vidéo)


« Pour le financement de campagnes politiques françaises »

En février, les policiers luxembourgeois ont transmis leur rapport au parquet général de Paris. Leurs conclusions, conformes aux premières fuites de l'enquête révélées par Bakchich, sont les suivantes :

« Un document […] fait état de l'historique et du fonctionnement des sociétés Heine et Eurolux [société jumelle de Heine, ndlr]. Selon ce document, les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et de M. le ministre des Finances Nicolas Sarkozy.

En 1995, des références font croire à une forme de rétro-commission pour payer des campagnes politiques en France. Nous soulignons qu'Edouard Balladur était candidat à l'élection présidentielle en 1995 face à Jacques Chirac et était soutenu par une partie du RPR dont M. Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. »

Ou encore :

« Finalement, une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises. »

Les policiers relèvent notamment qu'un virement de 96 462 000 de francs (14,7 millions d'euros) en 1995 aurait eu pour destinataire final des Français. En clair, des rétro-commissions parfaitement interdites par le code pénal et les lois de financement de la vie politique votées entre 1990 et 1995. Question : qui a bénéficié de ce financement illicite ?


  • Jacques Chirac, soutenu par le RPR ?
  • Edouard Balladur, son ami de 30 ans, soutenu par des diss

    idents du RPR et de l'UDF ?

  • Ou d'autres candidats à la présidentielle de 1995 ?

L'intermédiaire libanais Ziad Takieddine s'est exprimé dimanche dans le JDD pour se dédouaner et mettre en cause les réseaux… chiraquiens. Selon lui, le clan du Président aurait puisé dans la manne des commissions versées en marge du contrat saoudien Sawari 2.


Question subsidiaire qui sous-tend l'enquête sur l'attentat de Karachi : y-a-t-il un lien entre l'explosion du bus de la DCN, le 8 mai 2002 au Pakistan, et le versement de ces commissions ?

En 2006, les administrateurs luxembourgeois interrogent Sarkozy

La réponse ne figure pas dans le rapport du Grand Duché. Au contraire, les policiers luxembourgeois soulignent avec une pointe d'ironie la sophistication du dispositif financier et concluent qu'« il n'existe aucune preuve concrète de corruption ».

Mais cette analyse réaffirme aussi que Nicolas Sarkozy, ministre du Budget de 1993 à 1995, puis ministre de l'Intérieur à partir de 2002, a été informé de près des activités d'Heine. Les enquêteurs mentionnent un détail troublant, celui d'un courrier de deux administrateurs de Heine :

« […] adressé à M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, le 29 novembre 2006 où on lui demande des instructions par rapport à la démarche à suivre concernant le risque de liquidation judiciaire de la société Heine. »

Quel lien existe-t-il précisément entre Nicolas Sarkozy et Heine en pleine campagne présidentielle pour l'élection de 2007 ? Jusqu'à maintenant, le chef de l'Etat a choisi d'éluder le sujet. Une position d'équilibriste de plus en plus difficile à tenir. Autant que les dénégations de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur.


Photo : Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur en mai 2002 pendant les élections législatives


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