3 Décembre 2009
Depuis plusieurs semaines, les journaux anglo-saxons font leurs choux-gras du « climategate » : des soupçons de manœuvres
dans les milieux scientifiques pour balayer les arguments des climato-sceptiques. Cette affaire a été largement ignorée en France.
Par Régis Soubrouillard
A la manière du nuage de Tchernobyl, le scandale du climategate s’est arrêté aux frontières de l’hexagone.
Climategate, kézako ? Il y a plusieurs mois des hackers ont récupéré des milliers de données, mails, dix ans de conversations entre scientifiques récupérées dans les ordinateurs d’un centre
de recherche anglais. Aux Etats-Unis, et en Angleterre, l’affaire a fait l’effet d’une bombe. Certains mails laissent, en effet, supposer que des scientifiques se seraient entendus pour ne pas
diffuser certaines informations qui allaient à l’encontre des thèses du réchauffement climatique.
De nombreux journaux anglo-saxons qu’on qualifierait dans nos contrées « de référence » ou à tout le moins de
« sérieux » consacrent quelques pages au climategate, s’interrogeant au moins sur la transparence des milieux scientifiques. Le site Arrêt sur Images a recensé ces titres qui en ont fait leurs choux
gras,New-York Times y est revenu plusieurs fois, présentant l’affaire et donnant la parole aux critiques. Le Washington Times qui évoque « un réseau de fausse
science dévoilé », le Daily Telegraph y a consacré tout un dossier, la BBC en a parlé. Même le très sérieux Guardian y a consacré plusieurs articles. Enfin, au Danemark et en Finlande, le
climategate a également retenu l’attention des médias « traditionnels ». Une somme de relais médiatiques qui ne constitue pas pour autant une vérité scientifique, c'est sûr. Mais
reflète le trouble qui domine sur un sujet qui a viré à la guerre idéologique - et Orwell a montré dans 1984 les dégâts causés par l'intrusion de l'idéologie dans la détermination de la
vérité.
Un débat qui bruisse sur la blogosphère mais pas dans Le Monde

Laurence Ferrari en direct live de la banquise
En France, le débat reste figé. Gelé, même. Les Arthus Bertrand, Hulot et autres Al Gore, VRP médiatiques du catastrophisme climatique nous l’ont rabaché : « tous les experts sont
d’accord ». Circulez, y’a rien à voir. L’affaire a fait pschitt avant même que d’avoir pu être évoquée. Comme si la recherche de la vérité pouvait se passer du doute. A l’ouverture du
sommet de Copenhague, aucune tête ne doit dépasser. Greenwashés comme jamais, tout de vert vêtus, les médias ont déjà prévu leurs dossiers spéciaux: Laurence Ferrari, vêtue d’une grosse capuche contre le
froid, envoyée filmer des ours sur la banquise. TF1 a choisi d'aider cette noble cause en diffusant un indice CO2 mensuel, sorte de CAC 40 de la pollution atmosphérique. La planète est à
l’agonie et la banquise fond à vue d’œil. Il faut du vert, rien que du vert. Partout. Daniel Cohn Bendit a été promu rédacteur en chef du Nouvel Obs. Comme si mettre le vieux Dany à la Une faisait
repousser les glaciers.
Le Monde a lui aussi très vite évacué le sujet, ouvrant largement ses pages aux très modérés pourfendeurs des « négateurs du réchauffement », balayant la question d'un trait de
plume. Avec un argument de poids: le climategate est un scandale qui bruisse sur la blogosphère. Rien que de très classique. Le blogueur est par nature, ignorant, malhonnête et manipulateur.
Journaliste au service Planète du quotidien de
référence, Stéphane Foucart écrit ainsi que « Des milliers de sites Web, de blogs, de forums assurent, preuves à l'appui, que toute la science climatique est fondée sur une gigantesque
manipulation, organisée à l'échelle de la planète depuis plus d'une décennie ». Un argument d’autant plus fallacieux que si le climategate ne bruisse que sur la blogosphère c’est bien
parce que le « quotidien de référence » n’a jamais favorisé l'émergence d'un débat serein et dépassionné et encore moins une parole contradictoire. Fut-elle moins
« savante », elle n'en reste pas moins audible.
Alors qu’on l’a vu aux Etats-Unis, le débat a largement dépassé le seul champ de la blogosphère. CQFD.
Une commission d'enquête et la suspension du directeur du CRU

Un article publié dans le Guardian
Poursuivant sa démonstration, Stéphane Foucart explique « qu’une seule phrase pourrait accréditer une
manipulation de données »: celle où le directeur du Climate Research Unit,
Phil Jones use du terme « astuce » pour « masquer le déclin des températures ». Le reste ne relève que de « bricolages, conflits d’ego,
tribalisme », comme il en existe tout autant dans le camp d’en face. Dont acte. Au passage, notons que l’agence Reuters avait relevé au moins une deuxième phrase gênante :
« Le fait est qu'on ne peut rien dire de l'absence de réchauffement pour le moment et c'est déplorable », écrivait Kevin Trenberth, climatologue au Centre national de
recherches atmosphériques.
Une information ignorée par Stéphane Foucart, qui préfère décentrer le débat en concluant sur la vraie question
fondamentale posée, selon lui, par le climategate : « la confidentialité de certaines données ». Admirable exercice de diversion pour évacuer une question à ce point anodine
que Phil Jones, le directeur du CRU, a
décidé de se suspendre de ses fonctions à l'université d'East Anglia, le temps de permettre à une commission indépendante de faire la lumière sur cette affaire. Un blizzard dans un verre
d'eau glacée qui entraîne la mise en retrait -provisoire- du directeur d’un des plus grands centres de recherche sur le climat et la mise en place d'une commission d'enquête indépendante aurait
peut-être mérité un traitement au moins plus équilibré, histoire de calmer les esprits de part et d'autre. Plutôt que de balayer d’un revers de main expert, commode et méprisant, un débat
censément manipulé par une « webosphère » ignorante et complotiste.
Titre original: Climategate: pourquoi les médias français gardent le silence
http://www.marianne2.fr/Climategate-pourquoi-les-medias-francais-gardent-le-silence_a182984.html
http://www.internationalnews.fr/article-climategate-black-out-des-medias-fran-ais-40489444.html