26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 16:18

Internationalnews

 


Titre original: L'humour au scalpel de Scola reste affûté trente ans après

En salles le 28 juillet

http://paul2canada.files.wordpress.com/2010/06/ettore-scola-1980-la-terrasse.jpg

La terrasse qui donne son titre au film est celle d'une belle maison romaine où se retrouvent rituellement des amis, représentatifs de l'intelligentsia italienne. S'y croisent, s'évitent, s'embrassent ou se disputent des progressistes, artistes, critiques de cinéma, têtes pensantes, financiers et femmes du monde, que le film saisit à l'âge des bilans et, pour la plupart d'entre eux, à l'heure des illusions perdues - les hommes désemparés devant ces femmes émancipées que sont devenues leurs épouses et leurs maîtresses. Tous ont la cinquantaine, comme Ettore Scola lui-même en 1980, qui n'exclut pas la démarche autocritique de ce film à la fois nostalgique et grinçant.

 

Parmi eux, cinq personnages emblématiques gravitant autour de l'industrie culturelle : un scénariste torturé par une crise de créativité qui se mutile un doigt dans son taille-crayon électrique (Jean-Louis Trintignant), un journaliste (Marcello Mastroianni) contesté par sa rédaction qui se traîne en vain à la reconquête de sa femme , un cadre de la télévision méprisé par sa direction et anorexique (Serge Reggiani), un producteur opportuniste cherchant à lancer un film à sketches sur les conformismes bourgeois et torturé par un mal existentiel (Ugo Tognazzi), un député communiste (Vittorio Gassman) mis en marge par le parti, rongé par l'amertume, vivant une idylle avec la jeune épouse d'un publicitaire.

 

Clinique psychiatrique pour l'un, mort sous la neige artificielle d'un tournage de film en studio pour l'autre (symbolique Matamore d'un Capitaine Fracasse), licenciement pour un troisième... Scola opère sans anesthésie, scanne la conscience d'une génération qui s'est abusivement retranchée derrière les alibis, s'est soûlée de conversations narcissiques, s'est révélée incapable de bâtir un monde nouveau. Il explore les remords de ces éléphants de gauche, hier résistants, militants, plumes prometteuses, dont la réussite sociale ne dissimule pas l'échec.

 

Ce ne sont pas des nouveaux riches, des promoteurs immobiliers, des "personnages voués au profit personnel", dit Scola "mais ils ne sont pas innocents". Leur projet de collaboration entre politiques et intellectuels, leur rêve de renouvellement culturel s'est enlisé, entravé par des contradictions et des confusions. Mario, le député, dénonce avec lucidité sa propre contradiction entre la lutte politique et sa recherche de bonheur individuel.

 

Enrico dépressif, déconnecté du peuple, fatigué de devoir faire rire à tout pris. Luigi abandonné, se retrouvant seul à sa table en train de mimer Chaplin et sa danse des petits pains. Sergio le famélique voyant son bureau rétrécir au fur et à mesure qu'il perd de son influence. Amedeo l'inculte, méprisé et finançant des films pour la critique, laquelle use et abuse de ses a priori, de son terrorisme idéologique et de ses jargons. Mario installé dans un train dont les grévistes vont annuler le départ... Les voilà, en fin de film, repliés dans l'appartement à cause d'un orage, qui se morfondent sur les ravages du temps, mâles décrépis regroupés autour d'un piano, chantonnant Stormy Weather ou Que reste t-il de nos amours ?


Satire des comportements de la société nantie italienne, autopsie d'une caste asphyxiée par les modes, les mimétismes, les lâchetés, La Terrasse questionne une certaine gauche caviar, et un cinéma italien jadis florissant, qui s'est enlisé dans l'abandon de ses atouts, qui a perdu son identité, qui s'est rendu aux diktats de la télé et des indices de satisfaction. Nous sommes tous responsables, dit Scola : "Nous, auteurs, et vous, critiques. Nous par souci de vous plaire, et vous par votre application à nous suggérer le modèle américain, jusqu'à nous faire adopter d'autres langages, d'autres thèmes."


Apparemment triomphantes, libérées, les femmes ne sortent pas toutes indemnes de ce jeu de massacre, à l'image de Carla qui, devenue productrice de télé, multiplie les courbettes devant le PDG de la chaîne et s'attire la réflexion de l'un des lions déchus : "Félicitations, tu es devenue un vrai petit homme !" On a oublié de dire qu'en dépit de son message amer ce film de moraliste est teinté d'humour, de dérision, qu'il est interprété aux petits oignons. Qu'il reste - ô combien ! - actuel, et qu'il faudrait être à la fois aveugle et partial pour ne pas voir qu'il parle aussi aujourd'hui de nous.

 

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/07/24/l-humour-au-scalpel-de-scola-reste-affute-trente-ans-apres_1391824_3476.html

 


La Terrasse d'Ettore Scola avec Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni, Stefania Sandrelli, Carla Gravina. En salles le 28 juillet.

Des intellectuels de gauche amers et désabusés se réunissent régulièrement sur une terrasse pour échanger leurs désillusions. Il y a Enrico, scénariste en panne d'inspiration, Amadéo, en butte au mépris de sa femme, Luigi, veuf et au chômage et Sergio, dépassé professionnellement. Seul un jeune couple symbolise l'espoir. http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=1867


Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien né le 10 mai 1931 dans le petit village de Trevico, province d'Avellino en Campanie.(http://fr.wikipedia.org/wiki/Ettore_Scola)

 

voir aussi: http://www.dailymotion.com/video/xaj3m0_ettore-scola-sur-lyontv-2tm3_shortfilms

 

http://www.internationalnews.fr/article-ettore-scola-54501020.html

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