9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 22:43
LE MONDE
09.11.09
Rome Correspondant



ll arrive que l'on soit confronté à sa bêtise. Ainsi, cette réflexion qui nous vint à l'esprit en parcourant l'exposition "Rome. La peinture d'un empire", organisée, jusqu'au 17 janvier 2010, aux Ecuries du Quirinal : "Alors, comme ça, les Romains peignaient en couleurs..." C'est qu'à force de voir le marbre crémeux des colonnes et des statues, on en oublierait (si jamais on l'avait su) que, comme l'écrit le commissaire de l'exposition, Eugenio La Rocca, dans le catalogue, "tout était peint de couleurs vives". "Pour les Grecs comme pour les Romains, le véritable art majeur était la peinture", explique-t-il.



Portraits retrouvés dans l'oasis égyptienne du Fayoum, morceaux de fresques arrachés aux ruines de Pompéi, d'Herculanum ou de la villa Farnesina à Rome, scènes quotidiennes, tableaux mythologiques : "Rome. La peinture d'un empire" réunit une centaine d'oeuvres, du IIIe siècle av. J.-C. jusqu'au IVe siècle de notre ère. Toutes témoignent d'une égale virtuosité. "Un pont vers les développements postérieurs de la peinture byzantine et médiévale", comme l'affirme Eugenio La Rocca ? C'est la thèse un peu lourde de cette exposition légèrement "mise en scène" par Luca Ronconi et Margherita Palli : affirmer que la peinture romaine serait le chaînon entre la peinture grecque, totalement disparue, et les formes les plus modernes de la représentation, au point que certains historiens évoquent "un impressionnisme antique" pour définir la prévalence de la recherche de la lumière sur la fidélité à la forme.

 

 

Il est toujours tentant de tout faire remonter à une source unique. Faute d'écrits et de connaissance du nom même des artistes, il est difficile de savoir avec certitude ce qu'ils anticipaient. Sous le fascisme, la peinture romaine (et la sculpture) fut ainsi considérée comme la matrice de tous les arts. Un jugement dont elle portera longtemps le discrédit.

 


Graffitis de vingt siècles


Reste l'impression infiniment plus excitante de "rattraper" un morceau de passé sans chercher à la relier à toute force à l'époque contemporaine. Ici un portrait, là un paysage suffisent à eux-mêmes. L'anonymat des auteurs tout comme celui des sujets ajoutent à ce plaisir. Exposée sur des fonds gris comme suspendus dans une lumière individualisée, chaque oeuvre témoigne d'une vie disparue, parvenue presque intacte jusqu'à nous. Et la découverte, sur l'une d'elles, de graffitis tracés par une main d'enfant il y a vingt siècles environ nous ramène à notre chère bêtise : "Alors, comme ça, les enfants romains écrivaient déjà sur les murs..."

 

Philippe Ridet Article paru dans l'édition du 10.11.09


"Rome. La peinture d'un empire", Scuderie del Quirinale, Rome. Jusqu'au 17 janvier 2010. Sur Internet : scuderiequirinale.it.

 

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