2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 01:30

Internationalnews

Le Monde 17.04.10


Londres Correspondante


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Titre original: Fouilles, fichiers ADN, photographes suspects : les lois antiterroristes ont mis le Royaume-Uni sous surveillance


u pays de George Orwell, où 4,2 millions de caméras de surveillance enregistrent les faits et gestes de chacun, il est désormais difficile de prendre une photo. On ne compte plus le nombre de touristes prêts à immortaliser Big Ben à qui un policier a demandé de renoncer. Sans parler des professionnels dont Scotland Yard interrompt très régulièrement le travail.


Jeff Overs, de la BBC, a ainsi été récemment interpellé alors qu'il photographiait la cathédrale Saint-Paul. Tout comme Paul Lewis, du Guardian, devant la tour de Norman Foster, le fameux "cornichon". Quant à ceux qui couvrent des manifestations, ils sont presque systématiquement interrogés.


C'est l'une des conséquences des lois antiterroristes conçues par les travaillistes, au pouvoir depuis 1997. Entre 2000 et 2008, cinq textes ont considérablement accentué les pouvoirs de l'Etat en matière de surveillance. D'autres lois, qui ne visaient pas exclusivement la lutte contre le terrorisme mais aussi celle contre le crime organisé, ont encore accéléré cette évolution.


Après le 11 septembre 2001 et, surtout, les attentats dans le métro londonien, qui ont tué 56 personnes le 7 juillet 2005, les forces de l'ordre britanniques ont exploité avec zèle ces nouveaux outils. "Toutes ces lois ont considérablement restreint les libertés individuelles", juge Henry Porter, romancier et journaliste qui écrit régulièrement sur le sujet pour l'hebdomadaire The Observer.


L'article 44 du Terrorism Act de 2000 autorise la police à interpeller et à fouiller n'importe qui sur la voie publique, sans avoir besoin de motivation précise. C'est ce qu'on appelle le "stop and search". En théorie, il n'est en vigueur que dans des zones à risque, auxquelles les terroristes pourraient s'intéresser. Dans la pratique, il est largement utilisé. Toutes les gares sont concernées ainsi que les lieux touristiques. Pour le reste, c'est à la discrétion du ministère de l'intérieur qui, pour des raisons de confidentialité, se garde de divulguer ses choix.


Au total, 200 444 personnes ont été victimes du "stop and search" entre septembre 2008 et septembre 2009. Là-dessus, on ignore combien de photographes, suspectés d'être en mission de "reconnaissance hostile", comme l'explique la loi. Mais les forces de l'ordre ne les ont pas ménagés. En février 2008, Scotland Yard avait organisé à Londres une campagne de publicité qui les visait au premier chef. "Des milliers de personnes prennent des photos tous les jours. Que faire si l'un d'entre eux vous semble étrange ? Terrorisme : si vous avez des doutes, faites le savoir. Appelez la hotline confidentielle antiterrorisme."


Le 23 janvier 2010, plus de 3 000 photographes se sont rassemblés à Trafalgar Square pour protester. "Je suis un photographe, pas un terroriste", pouvait-on lire sur les banderoles. "Les autorités supérieures de la police ont demandé à leurs troupes d'être plus sélectives dans leurs arrestations, elles leur ont rappelé que rien dans la loi n'interdit la photographie, explique Marc Vallée, l'un des organisateurs de la manifestation, mais dans la rue rien n'a changé. Il n'y a pas une semaine sans que l'un d'entre nous se fasse arrêter."


PUR "ARBITRAIRE"


Les minorités ethniques semblent elles aussi avoir un traitement de "faveur". Entre septembre 2008 et septembre 2009, 30 872 personnes d'origine asiatique et 19 328 Noirs ont subi un "stop and search". Soit respectivement 15,4 % et 9,6 % du total. "Il n'existe pas un seul cas avéré où le "stop and search" a permis d'empêcher une opération terroriste", poursuit M. Vallée. La Cour européenne des droits de l'homme a jugé, le 12 janvier, que le "stop and search" constitue une violation de la vie privée et que son utilisation relève du pur "arbitraire".


Ce n'est pas la première fois que la Cour européenne épingle le Royaume-Uni sur le terrain des libertés. En décembre 2008, elle a déclaré illégal le fichier ADN du pays, qui compte plus de 4,8 millions de noms. Créée en 1995 pour collecter les empreintes génétiques de criminels avérés, cette base de données - rapportée à la population, c'est la plus importante au monde - a, depuis 2005, une vocation beaucoup plus large : garder la trace de toute personne impliquée d'une manière ou d'une autre dans un délit, qu'elle soit témoin, victime, simple suspect ou coupable. Conséquence, 930 000 innocents sont fichés.


On pourrait aussi parler du Regulation of Investigatory Powers Act, voté en 2000, qui donne des moyens supplémentaires aux autorités pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Aujourd'hui, quelque 800 administrations - les collectivités locales, le fisc, la police, les services sociaux et même la poste - peuvent utiliser des techniques auparavant réservées aux services d'espionnage (filature, accès aux mails et aux relevés de téléphone) si elles le jugent nécessaire. A l'occasion, ces pouvoirs ont servi à faire suivre des parents soupçonnés d'avoir contourné la carte scolaire ou à vérifier qu'un congé maladie se justifiait bien... Les conservateurs de David Cameron, ont promis, s'ils l'emportent, de limiter les pouvoirs de l'Etat en matière de surveillance. Ils auront beaucoup à faire.


Virginie Malingre

Lemonde.fr Article paru dans l'édition du 18.04.10


Photo: Extrait d'un album de Ron Cobb

 

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