23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:28

Pharmacritique

06.01.2009

Les firmes vont-elles s’emparer de l’enseignement de la thérapeutique et de la pharmacologie en Grande-Bretagne?

Une nouvelle publiée hier sur le site du British Medical Journal nous apprend comment les firmes pharmaceutiques investissent les facultés Loup mouton FunkyPix.jpgde médecine, non plus seulement à travers les visiteurs médicaux qui apportent des repas ou font des affaires avec les universitaires, mais carrément en dispensant des cours de pharmacologie… Cette spécialité médicale, dont l’enseignement est déjà très réduit, en France aussi, est une espèce menacée d’extinction. Triste constat, alors que l’information indépendante sur les médicaments, leur mode d’action, leurs effets secondaires, etc. devrait au contraire être une composante essentielle de la formation médicale initiale et continue. Surtout si l’on veut des praticiens dont l’exercice se conforme au principe exigeant d’abord de ne pas nuire…

On savait déjà que la formation médicale continue était dans les mains des firmes et que l’influence de celles-ci s’exerçait - par des chemins multiples et tortueux - aussi sur la formation initiale. Mais voici que l’industrie pharmaceutique est autorisée à enseigner la thérapeutique dans certaines facultés britanniques de médecine… Et demain en France ? Des économies de bouts de chandelle – puisque les firmes ne se font pas payer, du moins pas directement – qui seront payées par des dépenses ultérieures fortement augmentées, vu les mauvaises habitudes de prescription inculquées aux futurs médecins dès leur plus jeune âge… Là, les firmes n’y vont plus par quatre chemins, mais droit au but, profitant des défauts structurels du monde universitaire médical.  

Pas besoin de gloser longuement… Remarquons juste que la lecture du texte donne des frissons aussi parce qu’on se rend compte que cette imposture ne date pas d’hier et qu’on se demande comment elle a pu s’implanter sans que les cercles médicaux indépendants protestent. Le pharmacologue interrogé ne semble pas non plus outré par les conflits d'intérêts évidents…

Pharmacritique vous propose une traduction rapide de l’article de Rebecca Coombes intitulé "Stepping into the therapeutics void" (Combler le vide thérapeutique, BMJ 2009;338:a3179).  

« Alors que le nombre de départements de pharmacologie et thérapeutique diminue dans les facultés de médecine, Rebecca Coombes se penche sur la façon dont l'industrie pharmaceutique s’engouffre dans cette brèche.

Le personnel des firmes pharmaceutiques qui dispense un enseignement direct aux étudiants en médecine du Royaume-Uni, voilà un modèle que l'industrie espère développer pour forger des liens avec les futurs médecins dès leur formation initiale. La manœuvre arrive alors que de nombreuses facultés de médecine déplacent leurs investissements et les concentrent sur la recherche, au détriment de la pharmacologie clinique.

Pfizer a signé un contrat pour un module destiné aux étudiants de premier cycle de la Brighton and Sussex Medical School, une nouvelle faculté qui ne dispose pas d'un département de pharmacologie clinique. Pfizer ne se fait pas payer pour ses services, et les étudiants se déplacent au siège de la firme à Walton Oaks, Surrey, pour une série de séminaires dirigés par des cadres du laboratoire.

Des représentants du syndicat britannique de l'industrie pharmaceutique (ABPI [équivalent du LEEM français, NdT]) font eux aussi des exposés à des étudiants de premier cycle de plusieurs écoles de médecine. Et Richard Tiner, directeur médical de l’ABPI, a déclaré qu'il était en pourparlers avec plusieurs hauts responsables chargés de cours, y compris à la faculté de médecine de l'université de Leeds, afin d’organiser une série d’exposés qui devraient en rester à des généralités sur l’industrie pharmaceutique, le développement de médicaments ou les effets indésirables de ceux-ci. Il estime que les centres médicaux universitaires du Royaume-Uni sont de plus en plus réceptifs aux offres d'aide de l'industrie.

"Il y a encore trois à quatre ans, nous n'aurions pu faire rien de semblable. Et puis le mois dernier, il y a eu deux exposés en l’espace d’une seule semaine", remarque Tiner. "L’enseignement de la pharmacologie clinique est en baisse dans les écoles de médecine, dont beaucoup n’ont pas de pharmacologues cliniques parmi les enseignants. [Cette situation permet] de se rendre compte que l'industrie possède une expertise dans des domaines dont l’enseignement n’est pas forcément assuré dans toutes les facultés de médecine du Royaume-Uni."

 

Pfizer affirme que son expérience avec la faculté Brighton and Sussex a été couronnée de succès. Joanna Hahn, qui a dispensé le cours, est l’une des directrices médicales de la firme. Elle affirme qu’il s’agit d’un module au choix des étudiants, qui prend une demi-journée par semaine pendant deux mois. Même si le cours n’est pas soumis à validation, les étudiants doivent l’avoir suivi pour obtenir leur diplôme. Il couvre des thématiques allant de la découverte des médicaments jusqu’au marketing.

 

Selon Mme Hahn, il s’agit "d’offrir une vue d’ensemble sur les modalités concrètes de fonctionnement de l’industrie. Au départ, nous invitons des médecins qui font partie des équipes de recherche à parler des découvertes thérapeutiques et à aborder la question de l’évaluation de la sécurité et des risques. La seconde moitié du module est dédiée aux réglementations, à l’agence du médicament (Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency) et à la surveillance post commercialisation. Nous abordons aussi le marketing au vrai sens du terme, qui ne se réduit pas à la publicité".

 

Le personnel chargé des affaires externes chez Pfizer informe les étudiants aussi sur sa stratégie en matière de relations avec tous les intervenants dans le domaine des soins, y compris les relations avec les associations de patients.

 

Mme Hahn affirme que les séminaires passés ont été très interactifs et dit ne pas méconnaître la nécessité d’être objective dans ses présentations. Selon elle, "Cela n’a aucun caractère promotionnel, ni dans la forme ni dans les modalités". "Lorsque les étudiants ont commencé à venir, je faisais en sorte qu’il y ait toujours des boissons à leur disposition, et parfois aussi des repas. Mais j’ai arrêté, parce que cela renforçait l’image de la gratuité [the perception of free lunches]. Or l’essence du programme n’est pas la promotion ou la manipulation, mais la possibilité d’une discussion ouverte au cours de laquelle nous [industriels] puissions dire ‘Et voilà ce qui se passe dans notre monde’. "

 

"Nous n’essayons pas de cacher quoi que ce soit. Si quelque chose nous concernant paraît dans les media, nous en débattons [et] trouvons les personnes les plus à même d’en parler".

 

La faculté Brighton et Sussex a offert à Pfizer 500 livres sterling (510 € ou 720 $) pour assurer le cours, mais la firme a refusé cette rétribution.

Selon Mme Hahn,  le principal intérêt pour la firme réside dans l’opportunité d’interagir avec les futurs médecins de demain. Nous avons la possibilité de voir comment nous sommes perçus dans le monde extérieur et d’offrir certaines informations. Les étudiants commencent par être un peu sceptiques, mais nous avons des discussions de bonne qualité. Au départ, nous voyions des étudiants arriver en disant que nous ne faisions pas assez d’efforts dans les pays en voie de développement. Cela a changé, puisque les derniers nous disaient  qu’ils voulaient se faire leur propre opinion là-dessus. "

Martin Kendall, professeur émérite de pharmacologie clinique à l’université du Birmingham et conseiller médical du British National Formulary [instance officielle d’information sur les médicaments, NdT], considère que la disparition des départements de pharmacologie et de thérapeutique de beaucoup d’universités constitue un symptôme majeur de la crise de l’enseignement médical. Rien d’étonnant, selon lui, de voir des firmes telles Pfizer s’engouffrer dans les brèches.

"La thérapeutique est un sujet important, surtout s’agissant de l’activité des médecins : soigner des patients. Les médecins commencent à prescrire dès leur premier jour d’exercice. Et il faut se rappeler que 6,5% des hospitalisations sont dues à des effets indésirables des médicaments. Les nouvelles facultés de médecine ne sont pas les seules à ne pas avoir de département spécifique de thérapeutique, certaines des plus anciennes en manquent aussi. Il ne faut pas sous-estimer la gravité de la situation, et l’état de la pharmacologie clinique en est un révélateur majeur.

Je pense que cette situation est liée au changement du regard porté sur la recherche. Les facultés de médecine sont en compétition quant aux résultats de leurs recherches et on les évalue en fonction des fonds qu’elles arrivent à rassembler pour financer des recherches ainsi qu’en fonction des publications dans les revues les plus réputées pour leur qualité. Si j’étais doyen et que je voulais avoir du succès, la recette la plus évidente serait de soutenir la recherche et de réduire les efforts faits dans des domaines tels la psychiatrie, les modalités de soins des personnes âgées et la pharmacologie.  

Maintenant, si cette évolution amène Pfizer à développer un module d’enseignement, cela n’est pas forcément une mauvaise chose. Il existe sans doute des cadres de l’industrie pharmaceutique ayant l’expertise et l’aptitude à enseigner à des étudiants en médecine certains aspects du développement des médicaments : comment créer un nouvel antihistaminique, par exemple."

Cela dit, le Pr Kendall s’est dit soucieux quant à la question de l’objectivité de l’enseignement. Si une firme est chargée d’enseigner comment traiter une angine pectorale, il y a un fort risque qu’elle pousse en avant ses propres médicaments.  

"Je dirais que ça va tant qu’il y a une surveillance correcte de ce qui s’y passe. Les modules proposés par des firmes doivent faire l’objet d’une surveillance par un examinateur externe ou par le comité clinique de la British Pharmacological Society, par exemple. "

"Si la firme respective fait du bon travail lors de cet enseignement, l’étudiant en gardera une image favorable. Cela pourrait avoir un impact important sur sa réaction lorsque les visiteurs médicaux de la même firme viendront frapper à la porte de son cabinet. Cet enseignement ne relève pas du marketing actif de la part des firmes, mais de la construction d’une réputation de compétences scientifiques cohérentes."

Richard Tiner du syndicat ABPI affirme que tout enseignement proposé par les firmes est soumis aux règles du code de bonnes pratiques de l’industrie : "cet enseignement vient des professionnels de santé travaillant pour l’industrie. Tout ce que nous faisons doit se conformer au code de bonnes pratiques de l’ABPI. Nous ne sommes pas en position de promouvoir des médicaments spécifiques. Il s’agit là d’exposés à caractère général plutôt que de choses spécifiques. Et un membre du personnel enseignant de la faculté assiste habituellement à ces cours." »

Illustration : blog Funkypix2 

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2009/01/06/les-firmes-vont-elles-s-emparer-de-l-enseignement-de-la-ther.html#more

http://www.internationalnews.fr/article-28287822.html

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commentaires

mutuelle jeune 25/11/2009 10:07


merci pour cette article
bonne continuation
et a bientot


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