26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 06:28

Beaucoup, beaucoup de médicaments (Eric!/Flickr)

 

La baisse de 35% à 15% du taux de remboursement d'environ 150 médicaments, entrée en vigueur vendredi 16 avril, comporte des effets pervers que l'Assurance maladie n'a sans doute pas imaginés. Exemple : pour une partie des malades de la thyroïde, le déremboursement d'un de leurs médicaments pourrait se traduire par un surcoût pour l'Assurance maladie.

 

Un paradoxe qu'ils ont dénoncé dans une lettre envoyée à la Haute autorité de santé (HAS) cette semaine. La HAS se défend en expliquant que la décision de créer une liste de médicaments à étiquette orange, remboursés à 15%, ne lui revient pas. François Meyer, médecin à la HAS, renvoie vers l'évaluation du « service médical rendu », jugé faible par le ministère au regard des données produites par le laboratoire :

« On n'y est pour rien, nous on donne les renseignements scientifiques sur la base des essais cliniques, la décision revient au ministère de la Santé, que l'Assurance maladie applique. »

Pourtant, les malades qui s'expriment sur le forum Vivre sans thyroïde sont affolés. Beate Bartès, présidente de l'association, explique :

« Une hormone thyroïdienne, on ne peut pas s'en passer -et s'il existe plusieurs médicaments plus ou moins équivalents, il n'y a pas de traitement plus performant. »

L'inquiétude est d'autant plus grande que les mutuelles ont annoncé leur intention de ne pas prendre en charge la différence.

 

Deux médicaments (plus chers) au lieu d'un

 

Les personnes dont la glande thyroïde fonctionne mal, soit parce qu'elles sécrète trop d'hormones (hyperthyroïdie), soit pas assez (hypothyroïdie), subissent de multiples répercussions sur tout leur organisme : leur peau, la température de leur corps, le cœur, l'humeur, le poids, le système digestif. Dans ce dernier cas, il faut prendre des hormones thyroïdiennes, la T4 et la T3, et cela généralement à vie.

 

La plupart des patients prennent uniquement de la T4, car l'organisme parvient souvent tout seul à en transformer une partie en T3, l'hormone vraiment active. Mais chez un petit pourcentage de patients, cette conversion fonctionne mal.

Comme l'explique Beate Bartès :

« L'Euthyral est le seul médicament qui combine les hormones T3 et T4 et permet aux patients qui ont une conversion déficiente de rétablir un équilibre. Il coûte 3,21 euros pour 50 comprimés. Pour le remplacer, il faudra combiner du Lévothyrox (T4) et du Cynomel (T3). Mais il faudra couper ce dernier en deux ou quatre, ce qui comporte un risque d'erreurs.

Surtout, la combinaison des deux coûtera entre 7 et 8,20 euros (remboursés à 65%) selon les dosages, sans tenir compte des consultations et des analyses sanguines additionnelles nécessaires pour rééquilibrer le traitement. »

Elle calcule que si chaque patient opte pour cette combinaison mieux remboursée (et « la plupart finiront par le faire, sauf à payer de leur poche, car le traitement n'est pas cher en soi mais à l'échelle d'une vie, ça chiffre »), cela coûtera beaucoup plus cher à l'Assurance maladie (actuellement 1,12 euro pour 50 jours, et bientôt 5,31 euros pris en charge).

 

« Si les gens ne l'achètent plus, la fabrication va s'arrêter »

 

Certes, les personnes concernées ne se comptent pas par millions mais, souligne le docteur Sébastien Fontaine, endocrinologue à Toulouse :

« On estime que 3% de la population adulte en France souffre d'hypothyroïde, parmi eux moins de 5% sont sous Euthyral, mais tous ceux-là sont embêtés. Ce médicament permet d'avoir un coup de fouet le matin, un starter. Et chez des gens très fragiles, dès qu'on bouge le traitement, ça ne va plus. »

Le forum Vivre sans thyroïde, qui revendique 10 000 utilisateurs inscrits et plus de 3 000 connexions par jour, craint surtout que cette mesure soit le premier pas vers une disparition de ce médicament, car « si les gens ne l'achètent plus, la fabrication va s'arrêter », estime l'animatrice du forum.

 

Le docteur Fontaine n'est pas étonné de cette mesure, « logique dans la démarche actuelle de déremboursement, car l'Euthyral améliore l'état général des patients mais n'est pas vital. Dans certains pays comme les Etats-Unis, il n'existe même pas. »

 

Cette mesure creuse l'écart entre ceux qui pourront payer de leur poche le médicament le plus confortable et ceux qui combineront les deux autres pour être remboursés.

 

Photo : beaucoup, beaucoup de médicaments (Eric ! /Flickr)


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