Partager l'article ! Notre poison quotidien, documentaire de Marie-Monique Robin (2011): Internationalnews ...
Le documentaire de Marie-Monique Robin revient sur trois scandales de l'industrie agroalimentaire : les pesticides, l'aspartame et le
bisphénol A.
En s'intéressant à l'histoire des produits chimiques, Marie-Monique Robin a "découvert que les "produits phytosanitaires", selon le
terme euphémisant utilisé par l'industrie et les pouvoirs publics, sont des dérivés des gaz de combat mis au point par un chimiste allemand du nom de Fritz Haber pendant la première guerre
mondiale.
Ses travaux sur les gaz chlorés ont ouvert la voie à la production industrielle d'insecticides de synthèse, dont le plus célèbre est
le DTT, qui fait partie de la vaste famille des organochlorés. Suivront les organophosphorés, dont le développement dans l'entre-deux guerres est directement lié à la recherche sur de nouveaux
gaz de combat, qui finalement ne seront jamais utilisés à des fins militaires., mais seront recyclés dans l'agriculture chimique.
Comme le souligne un film institutionnel du ministère de la santé américain du début des années 1960, que j'ai utilisé dans mon film,
les pesticides sont bel et bien des « poisons », car ils ont été conçus pour tuer. La grande famille des pesticides est d'ailleurs identifiable par le suffixe commun « - cide », - du latin
caedo, cadere , « tuer » - car d'après leur étymologie, les pesticides sont des tueurs de « pestes », du latin « pestis » qui désigne des fléaux ou calamités : les adventices, ou « mauvaises
herbes » (herbicides), les insectes (insecticides), les champignons (fongicides), les escargots et autres limaces (mollusticides), les vers (nématicides), les rongeurs (rodenticides), ou les
corbeaux (corvicides).
C'est précisément parce qu'ils sont hautement toxiques et nocifs pour la santé de ceux qui y sont exposés (les agriculteurs, mais
aussi les consommateurs) que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Food and Agriculture Organization (FAO) ont inventé un système qui permet d'évaluer la toxicité des pesticides (mais
aussi des additifs et plastiques alimentaires-), dont le pilier s'appelle la « Dose Journalière Acceptable » (DJA). Certains emploient l'expression "Dose journalière admissible" mais je préfère
utiliser celle qu'a proposée René Truhaut, un toxicologue français, considéré comme le "père de la DJA", dans les (rares) articles qu'il a consacrés à son "invention".
Ce concept, dont j'ai reconstitué l'origine grâce à mes recherches dans les archives de l'OMS , à Genève désigne "la quantité de
substance chimique que l'on peut ingérer quotidiennement et pendant toute une vie sans qu'il n'y ait d'effet sur la santé".
En termes clairs : c'est la quantité de poison que nous sommes censés pouvoir ingérer quotidiennement, car si ladite substance
n'était pas un poison, il n'y aurait pas besoin d'inventer une DJA !
Voilà pourquoi, avec ARTE et La Découverte, j'ai décidé d'appeler mon film et livre Notre poison quotidien, car je montre comment
notre nourriture est quotidiennement contaminée par de petites quantités de poisons divers et variés.
Le titre est aussi un clin d'œil à la référence des Evangiles que tout le monde connaît : "Notre pain quotidien"." Marie-Monique
Robin ARTE
- Notre
poison quotidien notre-poison-quotidien.arte.tv