6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 22:48

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Par Bill Van Auken

WSWS 5 février 2011


L’administration Obama est entièrement responsable, politiquement et moralement, de la terreur d’Etat et de la violence sanglante qui ont fait de nombreux morts et des milliers de blessés sur la place Tahir du Caire et dans d’autres villes d’Egypte.


Les attaques menées par des gangs nombreux et armés, menés par des agents en civil des services secrets et par les nervis du Parti national démocratique, le parti gouvernemental d’Hosni Moubarak, se sont produites immédiatement après ce que les responsables de Washington ont appelé une longue et « franche » conversation téléphonique entre Obama et Moubarak.


Cette conversation eut lieu directement après le discours télévisé du président égyptien et au cours duquel il a annoncé son intention de rester au pouvoir jusqu’à l’élection présidentielle de septembre.


Le président américain a ensuite tenu son propre discours télévisé, où il fit l’éloge de l’armée égyptienne, affirma que Moubarak comprenait qu’un « changement devait avoir lieu » et appela à une « transition ordonnée » en Egypte.


Obama déclara aussi, entouré d’une rhétorique fleurie et hypocrite qui célébrait les masses qui s’étaient levées contre la dictature, « nous sommes prêts à fournir l’assistance nécessaire à aider le peuple égyptien au moment où il gère la période qui suit ces protestations. »


Autrement dit, les protestations son terminées. Quittez la rue et laissez le Département d’Etat et l’armée égyptienne déterminer l’avenir de l’Egypte!


La Maison Blanche affirmera ce qu’elle voudra sur le contenu de ce qu’Obama a dit à Moubarak, le message reçu par le président égyptien est clair : si les masses refusent d’accepter son offre et n’abandonnent pas leur défi insurrectionnel, il a le feu vert de Washington pour restaurer le pouvoir de sa dictature militaire et de se servir ouvertement de la violence pour les chasser des rues du Caire, d’Alexandrie, de Suez et d’autres villes d’Egypte.


Moubarak n’aurait guère mobilisé des dizaines de flics et de criminels pour lancer des attaques à l’aide de couteaux, de matraques, de cocktails Molotov, de charges à cheval et à dos de chameau, s’il avait pensé qu’il provoquerait des représailles américaines.


Et les événements de mercredi ont montré qu’il n’avait rien à craindre. Tandis que la Maison Blanche et le Département d’Etat faisaient pour la forme des déclarations déplorant les violences – tout en suggérant que, d’une manière ou d’une autre, il n’était pas clair qui était responsable de ces violences – le porte-parole d’Obama, Robert Gibbs, refusa expressément de répondre à la question de savoir si Moubarak était ou non un dictateur et fit clairement comprendre qu’il n’était pas question de suspendre les deux milliards de dollars d’aide américaine dont bénéficie annuellement le régime égyptien et dont l’armée et les forces répressives du pays reçoivent la part du lion.


Il n’y a pas eu non plus de demande quelconque de la part de Washington que Moubarak abdique, les responsables américains éludant avec insistance toute question de savoir si Obama désirait qu’il quitte ou non ses fonctions. Washington n’avait pas de telles réticences, faut-il le rappeler, lorsqu’il s’est agi des diverses « révolutions colorées », orchestrées dans le but d’installer des régimes pro-américains dans des pays comme l’Ukraine ou la Georgie.


En Egypte cependant, les choses sont tout à fait différentes. Des décennies de corruption et de répression accompagnées d’une vaste inégalité sociale, un chômage allant s’aggravant et une pauvreté écrasante se sont combinées pour produire un soulèvement révolutionnaire de masse contre ce qui a été le principal allié des Etats-Unis dans le monde arabe et la pierre d’angle universellement acclamée de leur quête d’hégémonie au Moyen-Orient.


Comme la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton l’a dit cette semaine, le régime égyptien a fait fonction de « partenaire des Etats-Unis pendant plus de trois décennies » et constitue une ressource vitale dans le fait « d’essayer de stabiliser une région qui représente de nombreux défis ». Le fait que ce régime ait cherché à imposer cette stabilité et de réprimer ces « défis » en torturant et en assassinant ses adversaires était bien compris par Washington et ne lui posait pas de cas de conscience.

 

Ce soutien à Moubarak au sein de l’establishment américain trouva son expression de façon particulièrement nauséabonde dans un éditorial du New York Times mercredi qui décrivait cet acolyte des Etats-Unis comme un « fier nationaliste ».

 

Clinton affirma dans sa déclaration que la préoccupation des Etats-Unis quant à l’Egypte était d’amener une « véritable démocratie » et non pas une « soi-disant démocratie qui conduise ensuite à ce que nous avons vu en Iran ». En d’autres mots, le seul critère d’une démocratie n’est pas la volonté du peuple, mais la subordination aux intérêts américains.

 

Comment l’administration Obama promeut-elle ce genre de « démocratie véritable»? Tout d’abord, elle a choisi d’envoyer en Egypte l’ancien ambassadeur américain dans ce pays, Frank Wisner. Les lettres de créance de Wisner en fait de démocratie comportent son expérience en tant que membre des conseils d’administration d’Enron et d’AIG et, plus de façon plus décisive, d’être devenu, d’ambassadeur en Egypte qu’il était, lobbyiste au service de Moubarak et de son régime.

 

Le message porté par Wisner de la part d’Obama était que Moubarak devait se cramponner à la présidence jusqu’après des élections vers la fin de cette année, ce qui était précisément ce que le dictateur égyptien avait promis dans son discours télévisé. Il est très probable que Wisner lui a aussi transmis le message que si le peuple égyptien n’acceptait pas l’offre de Moubarak, celui-ci avait le soutien de Washington pour imposer son autorité par tous les moyens qui lui paraîtraient nécessaires.

 

En même temps, l’administration Obama s’est fortement appuyée sur l’armée américaine et ses relations avec le commandement militaire égyptien. L’amiral Mike Mullen, le chef d’Etat major des armées, parla à son homologue égyptien mercredi, pour la deuxième fois en deux semaines. Il dit qu’il avait pressé l’officier supérieur égyptien d’assurer un « retour au calme ». Le Pentagone a dit que Mullen avait « exprimé sa confiance dans la capacité de l’armée égyptienne d’assurer la sécurité du pays, tant à l’intérieur que dans toute la zone du canal de Suez. »

 

Cet appel en suivait un autre fait mardi par le secrétaire d’Etat américain à la défense, Robert Gates, au ministre de la défense égyptien, Mohammad Hussein Tantawi – le second appel en une semaine là aussi – et coïncidait avec un appel d’Hillary Clinton à Omar Suleiman, le chef de longue date des services de renseignements de Moubarak et son tortionnaire en chef, qu’il a choisi pour devenir son vice président.

 

Quel fut le sujet de toutes ces discussions? Le Pentagone dispose de presque 700 membres de son personnel en Egypte et est parfaitement informé de toute action entreprise par l’armée du pays. Le rôle joué par l’armée au Caire mercredi, ouvrant la Place Tahrir aux escadrons nombreux des nervis de la police secrète et du régime afin qu’ils puissent lancer leur attaque brutale, fut préparé à l’avance avec Gates, Mullen et le reste des gros bonnets de l’armée américaine.

 

Quelque soient les idées qui règnent à Washington sur une « transition ordonnée » en Egypte, elle sont entièrement subordonnées au maintien d’un régime soutenu par les Etat Unis, contrôlé par l’armée égyptienne et qui soit capable de casser un mouvement insurrectionnel. Comme l’a dit à l’agence Reuters un des participants à la séance de crise du Conseil national de sécurité à la Maison Blanche : « Ce que les Etats-Unis ne disent pas publiquement c’est qu’ils mettent leur poids derrière les généraux égyptiens. L’objectif est de truquer les cartes en faveur du statu quo – un scénario qui enlève Moubarak, mais qui pour le reste est plus une question de continuité que de changement ».


C’est là la « démocratie véritable » défendue par Clinton. Elle ne peut être obtenue qu’en réprimant le soulèvement des masses égyptiennes. S’il doit y avoir des élections elles seront tenues seulement après que Washington ait été capable de truquer leur résultat, assurant la victoire d’une marionnette soutenue par les Etats-Unis et contrôlée par l’armée égyptienne.


Si on permettait aux masses égyptiennes d’exprimer leurs véritables aspirations dans une élection, ceci mettrait un terme au rôle joué par l’Egypte de client servile des Etats-Unis et d’Israël. Un sondage réalisé par le Pew Global Attitudes Project l’année dernière montrait que seuls dix-sept pour cent de la population avait une vue positive de la politique américaine et égalait le Pakistan en tant que population la plus hostile à Washington. Ce n’est guère une surprise après plus de trois décennies de dictature pro-américaine et de politique de « marché libre » sponsorisée par les Etats-Unis et qui ont ravagé le niveau de vie.


On ne peut pas aller dans la voie d’une « transition ordonnée » sur laquelle l’administration Obama veut conduire l’Egypte sans le genre de bain de sang qui a déjà commencé, en dépit de déclarations officielles déplorant la violence.


La lutte révolutionnaire commencée par les masses travailleuses et opprimées d’Egypte contre le régime Moubarak a inévitablement conduit à une confrontation avec l’impérialisme américain, la principale base de soutien de cette dictature. Un victoire dans cette lutte ne peut être remportée que sur la base d’une lutte pour la transformation socialiste des rapports de propriété existants et pour le passage du pouvoir politique aux mains de la classe ouvrière.


Pour une telle lutte, les travailleurs d’Egypte trouveront du soutien non pas chez les prétendus démocrates de la bourgeoisie nationale, mais dans la classe ouvrière internationale et parmi les travailleurs des Etats-Unis. La tâche la plus pressante est la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire, basée sur la perspective du socialisme international défendue seulement par le Comité international de la Quatrième internationale.

(Article original paru le 3 février 2011)

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