10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 02:09


Les phénomènes de pollution atmosphérique se caractérisent par une grande diversité spatiale, du voisinage d’installations ou d’activités polluantes jusqu’au niveau planétaire. Ce sont toutefois les pollutions urbaines et de proximité qui présentent de nos jours le plus de risques en terme de santé publique. Au rang des actions prioritaires du PNSE figure la réduction des émissions des sources mobiles et des industries.


Les principales préoccupations concernent désormais les oxydes d’azote, l’ozone et les particules fines et sont en large part liées au développement des transports automobiles.

Les fortes pollutions soufrées et particulaires qui caractérisaient les villes et les zones industrielles au cours des XIXe et XXe siècles ont été fortement réduites et d’importants progrès ont été enregistrés en matière de concentrations dans l’air ambiant de polluants tels que le dioxyde de soufre, le plomb, le monoxyde de carbone et les fumées noires. Les niveaux actuels sont généralement très inférieurs aux obligations réglementaires ou aux préconisations sanitaires.


Toutefois, ces progrès ne concernent ni l’ensemble du territoire, ni tous les polluants. Certaines zones industrielles demeurent soumises à des niveaux ponctuels et parfois très élevés de dioxyde de soufre ou d’autres polluants. Mais c’est principalement la croissance du parc automobile et l’usage accru de ce mode de transport qui sont à l’origine de situations de pollutions pouvant conduire à des dépassements des niveaux préconisés par les directives européennes et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment en matière de dioxyde d’azote et d’ozone. Les véhicules (moteurs diesel non équipés de filtres à particules, c’est-à-dire l’immense majorité) interviennent également pour une large part des émissions de particules fines, les plus préoccupantes.


Des risques relatifs assez faibles mais touchant une population exposée de plus en plus nombreuse et de plus en plus sensible, du fait de l’urbanisation et de l’allongement de la durée de vie, sont également des éléments de contexte à prendre en compte pour apprécier l’importance sanitaire de la qualité de l’air.


Les effets sont par ailleurs de mieux en mieux documentés au travers d’études expérimentales et de laboratoire. Ils peuvent résulter d’expositions à court ou à long terme se traduisant par un accroissement de la morbidité et un large spectre d’effets et de troubles respiratoires et cardio-vasculaires, ainsi que par une exacerbation des allergies respiratoires6.

Certains effets peuvent survenir à des niveaux d’exposition très faibles, et diverses études plaident - du moins pour certains polluants - pour l’absence de doses sans effet nocif. C’est le cas des particules qui sont constituées de diverses fractions granulométriques dans lesquelles on distingue les particules « inhalables » (PM*10 de diamètre inférieur à 10 μm) et des particules plus petites telles que les PM2,5 (particules de diamètre inférieur à 2,5 μm) ou des particules ultra-fines (nanométriques) pouvant atteindre les voies aériennes profondes. Ces particules peuvent en outre comporter des polluants à effets mutagènes* ou cancérigènes (cas de certains métaux et des hydrocarbures aromatiques polycycliques - HAP -).

 

Des risques à court terme en régression

 

Depuis les années soixante-dix, les progrès en matière de réduction des émissions des sources fixes ont réduit considérablement les risques à court terme liés à des niveaux élevés de pollution. Toutefois, ces effets sont toujours perceptibles bien que moins importants en terme de santé publique que ceux liés à des expositions à long terme. Aux États-Unis ainsi qu’en Europe, les études épidémiologiques montrent que les variations journalières d’indicateurs couramment mesurés dans les réseaux urbains (dioxyde de soufre, particules, dioxyde d’azote, ozone) sont associées à une vaste gamme d’effets allant d’une altération de la fonction respiratoire à la précipitation du décès chez des personnes fragilisées.

Globalement, les résultats des études épidémiologiques en la matière sont concordants et montrent, au cours des années quatre-vingt-dix, qu’environ 3 à 5 % de la mortalité quotidienne pouvait être reliée aux variations de la pollution atmosphérique (Quénel et al. 19987).

 

REPÈRE :

Les données de l’étude PSAS-9 sur les impacts sanitaires à court terme de la pollution urbaine

Pour quantifier la relation à court terme entre la pollution atmosphérique et ses impacts sur la santé, un programme de surveillance épidémiologique dans neuf grandes villes françaises (plus de 11 millions d’habitants), intitulé PSAS-9, est conduit par l’Institut de veille sanitaire (InVS) depuis 1997 à partir des données produites par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA).

L’étude permet d’estimer la pollution de l’air quotidienne moyenne, dite pollution de fond, à laquelle est soumise la population de ces villes, et d’en évaluer les impacts sanitaires. Elle montre notamment que le nombre annuel de décès anticipés attribuables à des concentrations de polluants atmosphériques supérieures à 10 μg/m3 est de l’ordre de 2 800 pour la mortalité totale, dont 1 100 pour la mortalité cardio-vasculaire et 300 pour la mortalité respiratoire (InVS, 2004).

 

Des impacts à long terme de grande ampleur

 

Moins nombreuses, des données sur les effets à long terme de la pollution sont également disponibles au travers de quelques études épidémiologiques confortées par des travaux de toxicologie* expérimentale. En terme d’impacts sur la morbidité et la mortalité des populations, ce sont actuellement ces effets qui prédominent par comparaison aux effets à court terme attribuables aux pics de pollution.


L’approche de l’impact sanitaire en terme de diminution de l’espérance de vie recommandée dans le cadre du programme européen CAFE (Clean Air For Europe) permet de situer la France par rapport à la moyenne européenne pour la diminution de l’espérance de vie imputable aux particules fines (PM2,5) dues aux activités humaines.
 

 Il convient de noter que les études épidémiologiques permettent difficilement d’établir la part contributive des divers polluants aux effets observés, du fait entre autres de la diversité des polluants présents dans l’air et de la fréquente covariation de leurs concentrations.


Les études menées tant en Europe qu’aux États-Unis impliquent le plus souvent les particules fines ainsi que le dioxyde de soufre et l’ozone, mais ceci peut être dû en partie au plus grand nombre de données disponibles sur l’exposition à ces polluants, au détriment de celles sur d’autres composés traces avec lesquels ils sont susceptibles d’interagir (métaux, polluants organiques persistants, aldéhydes, etc.).


Estimation en Europe des Quinze de la diminution de l’espérance de vie imputable aux particules fines PM2,5 dues aux activités humaines

 

Concernant les populations les plus touchées, les études mettent en lumière des groupes plus vulnérables* parmi lesquels figurent en premier lieu les personnes âgées, les personnes souffrant d’affections cardio-respiratoires chroniques, dont l’asthme, et les jeunes enfants.

Il est établi par ailleurs que la poursuite des politiques de réduction de la pollution de l’air entraînera des bénéfices sanitaires considérables. Ainsi, le programme APHEIS (Air Pollution and Health : A European Information System) mené dans 26 villes européennes de 12 pays dont la France évalue qu’environ 5 000 décès seraient évités chaque année si l’exposition à long terme aux concentrations ambiantes de PM10 était réduite de 5 µg/m3 dans chaque ville. Par comparaison, environ 800 décès seraient évités pour une même diminution de l’exposition à court terme.


Enfin, si des progrès importants sont enregistrés vis-à-vis de divers polluants classiques de l’air ambiant, liés notamment aux activités industrielles, il convient d’être vigilant vis-à-vis d’éléments traces - tels que certains polluants organiques persistants (POP), les nanoparticules ou la famille des pesticides* - pour lesquels l’exposition et les effets via le compartiment aérien demeurent encore mal documentés.

 

REPÈRE :

Effets des expositions prolongées aux particules et aux polluants de l’air
Les premières études épidémiologiques en la matière remontent aux années quatre-vingt-dix. Une étude de cohorte* menée dans six villes aux États-Unis montrait en 1993 que la concentration en particules PM2,5 était l’indicateur le plus fortement associé à la survie à 15 ans, avec des différences de survie de 26 % entre la ville la plus polluée et la moins polluée (Dockery D. W., Pope C. A., Xu X. et al., 1993. « An association between air pollution and mortality in six US cities », The New England Journal of Medicine, vol. 329, n° 24, 9 décembre 1993, pp. 1 753-1 759). 

Des travaux réalisés par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) portant sur 76 unités urbaines françaises (un peu plus de 15 millions de personnes âgées de 30 ans ou plus) ont permis d’estimer que, dans cette population en 2002, 600 à 1 100 décès par cancer de poumon, selon les hypothèses de risque retenues, et 3 000 à 5 000 décès par maladie cardio-respiratoire seraient attribuables à l’exposition chronique aux PM2,5. Sous les mêmes hypothèses, un total de 6 000 à 9 000 décès serait attribuable à cette exposition chronique (Impact sanitaire de la pollution atmosphérique urbaine - Afsset 2004).

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6 – Voir Deloraine A., Segala C., 2001. Quels sont les impacts de la pollution atmosphérique sur la santé ? Primequal-Predit 1995-2000. Paris, La documentation Française. 88 p.

7 – Institut de veille sanitaire, 1 998. « Pics de pollution atmosphérique et santé publique : la place de l’épidémiologie » (rapport scientifique rédigé par Quénel P. du Réseau national de santé publique - RNSP). Saint-Maurice, InVS. 13 p. (disponible en ligne : http://www.invs.sante.fr, rubrique « publications » > « santé et environnement » > « 1999 »).

 

« L’environnement en France » © Ifen - Edition 2006. Chapitre "Environnement et santé" - Coordination : Afsset et Ifen. Rédaction Afsset avec la contribution de l’Ademe, de l’Ineris, du CSTB/OQAI, de l’InVS et de l’Afsset.

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