23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 19:13


Titre original: Antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères... L'abrasement chimique d'un mal-être social
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Un article de Sandrine Blanchard en date du 8 novembre intitulé "Les Français sous psychotropes" reprend quelques grandes lignes des analyses désormais consensuelles en sciences humaines et que nous avons évoquées de façon assez détaillée dans la note "En finir avec l’abus de psychotropes" : appel à un usage raisonnable et à la limitation de l’emprise pharmaceutique".

 

Un extrait: "Les psychotropes ont été détournés de leur usage premier (l'épisode dépressif majeur) pour soigner le mal-être, "l'anxiété sociale" et en devenir l'unique réponse. Résultat : des personnes véritablement déprimées sont sous-diagnostiquées, et de nombreux malades imaginaires, surmenés, fatigués, consultent en mettant sur le compte de la dépression les difficultés du quotidien. Les psychotropes coûtent une fortune à la Sécurité sociale. Or une analyse publiée en début d'année conclut que, en dehors des dépressions sévères, les antidépresseurs les plus prescrits ne sont pas plus efficaces qu'un placebo..."

 

A noter que la journaliste épingle à juste titre les pseudo-diagnostics des médecins qui ont la gâchette bien facile au bout de 10 minutes et 5 regards sur la montre... Médecins qui ont bien souvent un intérêt financier dans le pharmacommerce… Tout aussi juste est sa remarque sur le rôle néfaste et contre-productif  de la campagne de "prévention" de l’INPES (et n'oublions pas le "guide" correspondant) :

 

"La campagne nationale Dépression, en savoir plus pour en sortir, lancée il y a un an, a péché par son manque d'explications sur ce qu'il ne faut pas classer sous le terme de dépression, sur la différence entre une tristesse ou un vague à l'âme et un véritable état dépressif."

 

Dommage qu’elle ne soit pas allée creuser du côté des conflits d’intérêts de ceux qui ont promu cette "prévention" par un véritable matraquage médiatico-publicitaire ("guide", film, spots audio...) faisant croire que les réactions psychiques à des maux socio-économiques ou relationnels étaient toutes des maladies à soigner par la chimie… Chimie qui abrase au passage notre subjectivité au profit d'une sorte de normalité artificielle et émousse nos capacités critiques par la psychologisation du mal-être socio-économique : on culpabilise les individus en les rendant responsables de déficiences structurelles et systémiques sur lesquelles ils n'ont aucune prise.

 

L'article reprend toutefois des choses dites et redites et est trop franco-français. Parce qu'il y a pire, aux Etats-Unis, par exemple. Et qu'il ne faut pas perdre de vue que la surconsommation de psychotropes s'inscrit dans une tendance générale de normalisation et de contrôle social par la médecine, qui n'est pas une spécificité française. Nous en avons parlé dans les diverses notes portant sur la normalisation, la "médicalisation infinie" (Foucault), la culture psy, les conflits d'intérêts en psychiatrie, la surmédicamentation ou directement sur la dépression.

 

Faire de la surconsommation de psychotropes une question culturelle française, c'est occulter toutes ces dimensions. Après tout, nous avons partout (ou presque) les mêmes multinationales pharmaceutiques, le même système néolibéral avec les mêmes tendances systémiques et les mêmes effets pervers de la psychologisation imposée par l'individualisme.

 

Illustration : Student BMJ 

http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/11/11/antidepresseurs-anxiolytiques-somniferes-un-tsunami-chimique.html#more

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