14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 15:07

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WSWS 14 janvier 2015

L’attaque terroriste contre les locaux de Charlie Hebdo à Paris la semaine passée a été cyniquement exploitée non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis et chez leurs alliés dans le but de promouvoir un programme totalement réactionnaire. Les attaques contre les droits démocratiques, d’ores et déjà évidentes dans le déploiement de masse de la police et à présent de troupes, vont main dans la main avec la préparation d’une l’escalade militaire à l’étranger, en premier lieu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

 

Le complice sans lequel cette campagne orchestrée en vue de manipuler le choc ressenti par l’opinion publique et la crainte face aux fusillades ne pourrait se faire, est l’establishment médiatique en France et dans le monde, qui interdit toute interrogation critique. Depuis les tentatives grossières d’incitation à des sentiments antimusulmans jusqu’aux efforts cyniques entrepris pour décrire les auteurs des attentats comme des ennemis des « libertés occidentales » (Voir : « Le discours hypocrite de la «liberté d’expression» au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo »), le déversage médiatique est avant tout destiné à empêcher toute considération de qui porte la principale responsabilité politique des fusillades.

 

Bon nombre des principaux coupables se trouvaient parmi les « dirigeants mondiaux » qui ont ouvert la manifestation officielle de dimanche en France alors qu’ils ont eux-mêmes participé à la « guerre contre la terreur » menée par les Etats-Unis et aux atrocités commises dans des pays à population majoritairement musulmane, mettant en colère et aliénant toute une génération de jeunes au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

 

En France même, la politique du président François Hollande et de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, a créé des niveaux extrêmes de chômage et de pauvreté dans les communautés d’immigrants. Lié à des mesures islamophobes, dont l’interdiction de la burqa et du voile islamique, cela a fourni un terreau fertile au recrutement d’organisations islamistes droitières.

 

L’appareil d’Etat en France est toutefois responsable des attaques de ces dernières semaines dans un sens plus direct encore. Personne ne devrait accepter les explications avancées par la police et les services de sécurité comme quoi les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo et de l’assaut contre une supérette casher était simplement passés entre les mailles du filet.

 

Les deux frères qui ont attaqué le siège de Charlie Hebdo, Chérif et Saïd Kouachi, étaient connus des autorités françaises depuis plus de dix ans. Ils avaient également été surveillés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

 

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait admis la semaine passée que les deux hommes étaient « probablement surveillés » avant la fusillade mais affirma que rien n’indiquait une attaque imminente. Chérif fut interpellé en 2005 et condamné pour conspiration de voyage en Irak dans le but d’y rejoindre un groupe fondamentaliste islamique. Selon des responsables américains anonymes, Saïd s’était rendu au Yémen en 2011 et y avait bénéficié d’un entraînement au maniement d’armes de combat dispensé par al Qaïda dans la péninsule arabique.

 

Ahmed Coulibaly, qui s’est emparé de la supérette casher, avait été condamné pour vol à main armée et était connu pour avoir rejoint des cercles islamistes radicaux à Paris. En 2009, il fut arrêté et accusé d’avoir comploté la libération de l’auteur des attentats à la bombe dans le RER, Smaïn Aït Ali Belkacem, un membre du Groupe islamique armé algérien (GIA). Chérif Kouachi avait également été interrogé sur cette affaire mais n’avait pas été poursuivi. Coulibaly était sorti de prison en mars 2014.

 

Les fusillades de la semaine passée à Paris suivent un cas de figure récurrent dans la « guerre contre le terreur. » Pratiquement tous ceux qui étaient impliqués dans des attaques terroristes dans les principaux centres impérialistes ou y étaient liés – depuis les attentats du 11 septembre jusqu’à la prise d’otages du mois dernier dans un café de Sydney, en passant par l’attentat à la bombe du Marathon de Boston, les attentats à la bombe du métro de Londres et ceux de la gare principale de Madrid – avaient des relations inexpliquées et suspectes avec les services de sécurité des pays concernés.

 

Un article paru dans Euronews, intitulé « Des questions clés à propos des fusillades de Charlie Hebdo restées sans réponse », se demande pourquoi les services de sécurité français n’ont pas surveillé de plus près les auteurs de ces attentats. « C’est peut-être parce que, » suggère l’article, « comme souvent par le passé, les Français aiment « retourner » les terroristes pour qu’il exécutent leur volonté. Les Kouachi ont peut-être été des candidats pour un tel traitement, mais personne à Paris ne sera jamais prêt à le reconnaître, même s’il s’agit d’une forme légitime de contre-espionnage. Pas maintenant. »

 

Que les trois hommes aient été capables de manigancer et d’exécuter un tel plan sophistiqué comprenant des armes automatiques et des explosifs sans la complicité passive, sinon l’implication active, de certains éléments dans l’appareil d’Etat n’est tout simplement pas crédible. La fuite supposée de l’amie de Coulibaly, Hayat Boumeddiene, qui est recherchée pour être interrogée sur les attentats, paraît encore plus bizarre. Les détails restent flous, mais elle aurait échappé à toutes les mesures de sécurité lors de sa fuite vers l’Espagne où elle a pris l’avion pour la Turquie, franchissant ensuite la frontière syrienne.


  Tiens tiens, des papiers d'indentité "oubliés" par des professionnels du terrorisme, ca ne vous dit rien? Note d'IN

 

La collaboration, ouverte et secrète, des services de renseignement et de sécurité avec les organisations islamiques radicales a une longue histoire, le cas le plus notoire étant la vaste opération menée par la CIA dans les années 1980 et destinée à financer, armer et former des djihadistes, dont Oussama ben Laden et les prédécesseurs d’al Qaïda, contre le régime afghan soutenu par l’Union soviétique. Les circonstances dans lesquelles les agents d’al Qaïda ont été en mesure d’entrer, de se former et de perpétrer les attentats du 11 septembre restent à ce jour totalement inexpliquées.

 

A la poursuite de ses ambitions colonialistes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, l’impérialisme français joue depuis 2011 un rôle de premier plan dans les opérations de changement de régime dirigées par les Etats-Unis en Libye et en Syrie.

 

Les milices islamistes alignées sur al Qaïda ont constitué le noyau des forces terrestres qui, avec le soutien des forces aériennes de l’OTAN, ont renversé et massacré le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, et se disputent à présent la suprématie dans le chaos qui a suivi.

 

En Syrie, la France est activement impliquée dans la campagne menée par les Etats-Unis pour financer, armer et former les soi-disant « rebelles » qui se battent pour évincer le président syrien Bachar al Assad, et dont l’écrasante majorité est affiliée aux organisations islamistes. La cible dans ce dernier chapitre de la « guerre contre le terreur » – l’Etat islamique en Irak et au Levant (EI) – est une créature de la guerre par procuration menée en Syrie.

 

Les opérations menées par la France en Libye et en Syrie s’inscrivent dans une longue et criminelle tradition de l’impérialisme français, celle de recruter les éléments les plus douteux et les plus violents dans la Légion étrangère pour faire son sale boulot dans les colonies. Dans quelle mesure et pour quelles raisons l’appareil d’Etat a été responsable, activement ou passivement, des fusillades de la semaine passée sera très certainement camouflé.

 

Aucune enquête sérieuse sur les attaques ne sera faite, vu qu’elle ne révèlerait que trop clairement de quelle manière elles sont exploitées pour éliminer les droits démocratiques, développer l’appareil militaire et de renseignement et préparer de nouvelles guerres.

 

(Article original paru le 13 janvier 2015)

Photo: Quenel+

 

 

http://www.internationalnews.fr/article-qui-est-responsable-des-attaques-terroristes-en-france-par-peter-symonds-125378721.html

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ODIN 17/01/2015 16:55


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