2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 03:45

Interview de Joseph Stiglitz accordé à la Radio suisse alémanique (DRS)

hd. Lors d’une interview avec la Radio suisse alémanique (DRS), Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, s’est exprimé – à l’occasion d’une visite effectuée en Suisse – au sujet de la régulation du marché financier et au sujet de la conduite à adopter face aux grandes banques.

 

Beat Soltermann (Radio DRS): Monsieur le Professeur, depuis le point culminant de la crise financière, de nouvelles lois ont été décidées, qui sont même en partie déjà en vigueur. Je pense là aux prescriptions sur les fonds propres réglementaires pour les banques partout dans le monde, aux nouvelles règles valables pour les marchés financiers aux Etats-Unis, ou aux prescriptions plus strictes sur le commerce dangereux avec des produits dérivés au sein de l’UE. Que pensez-vous de ces nouvelles réglementations?

 

Joseph Stiglitz: La plupart de ces nou­velles réglementations vont dans la bonne direction. Et je me réjouis que des idées écono­miques correctes soient à la base de la plupart de ces réglementations. En ce qui concerne les Etats-Unis, il faut que je précise que les nou­velles prescriptions impliquent un grand nombre d’exceptions. Un exemple: Depuis peu, il existe une autorité pour la protection des consommateurs, qui veille à ce que les banques ne puissent plus aussi facilement arnaquer les clients pauvres ou incultes avec des produits bancaires. Mais quant il s’agit de crédits pour l’achat de voitures, cette autorité n’a pas voix au chapitre. Et il faut savoir que les crédits pour voitures sont en deuxième position de ce genre de crédit aux USA. Il n’y a aucune justification économique pour une telle exception. La seule explication est que les lobby­istes ont fait du bon travail.

 

Et que pensez-vous d’une régulation concernant les institutions financières qui sont trop grandes pour faire faillite?

 

C’est réellement un problème important qui n’est pas encore résolu. Les banques qui sont trop grandes ne sont pas seulement trop grandes pour qu’on les laisse tomber, elles sont aussi trop puissantes pour être régulées. Bien que beaucoup d’économistes sont de l’avis qu’il faut faire quelque chose à ce sujet, à peu près rien n’a été fait jusqu’à présent.

 

Le sujet des trop grandes banques est bien sûr un sujet brûlant également en Suisse. Avec le CS et l’UBS nous avons deux grandes banques, dans un pays relativement petit, et une commission d’experts du Conseil fédéral devrait – jusqu’à la fin du mois – présenter une solution dans cette affaire. Quelle serait votre solution à vous?

 

Au fond, il n’existe pas de raisons sérieuses qui parlent en faveur de l’existence de grandes banques. Il n’existe aucune preuve scientifique qu’elles soient plus efficaces. Mais il y a des preuves qu’elles obtiennent de l’argent à des conditions beaucoup plus favorables puisqu’il faut les sauver en cas de besoin. Ce n’est pas fair-play. Et elles sont trop grandes pour être gérées proprement. C’est pourquoi il faut démanteler les grandes banques.

Et comment voulez-vous vous y prendre?


Il y a deux possibilités: la première, c’est se concentrer sur un domaine d’activité. La plupart des banques américaines sont ac­tives dans un grand nombre de domaines à la fois: les crédits accordés aux compagnies, les entrées en bourse, la gestion de fortunes, le commerce des fonds hautement spéculatifs. Toute une série de domaines d’activités. Il nous faudrait dire: «Chère banque, choisis ton domaine et cède le reste à une nouvelle firme ou offre-le à une firme existante.» Cela permettrait de mieux gérer les banques et de diminuer les risques. Une autre possibilité serait de taxer les banques d’un impôt élevé. Mais ce n’est pas une bonne solution. A mon avis, cela ne va pas assez loin, car les patrons des banques ne changeraient pas de comportement suite à cette taxe. Ils veulent rester directeurs de très grandes banques. Cela leur est égal qu’en fin de compte les actionnaires et les créanciers individuels obtiennent un peu moins de dividendes.

 

Et pour la Suisse? Que feriez-vous des deux grandes banques si, par exemple, vous étiez le roi de la Suisse?

 

Exactement la même chose, se concentrer sur un seul domaine d’activité. Et si les banques sont toujours trop grandes, continuer à les diviser. Les banques suisses ont une réputation de première qualité. Pendant plusieurs années, elles ont fait un excellent travail. Il serait dommage de risquer la bonne réputation de toutes les banques, uniquement à cause de problèmes engendrés par les très grandes banques.

 

Joseph Stiglitz, en vous écoutant on a l’impression que ce sont uniquement des me­sures très strictes qui peuvent empêcher qu’on ne doive pas prochainement sauver une nou­velle grand banque avec des milliards payés par les contribuables.

 

Laissez-moi le dire clairement: Aux Etats-Unis, le gouvernement dit actuellement: «Ne vous faites pas de soucis à cause des grandes banques. Si elles tombent en faillite, nous les liquiderons.» Et le gouvernement parle de plans de première nécessité et de lois sévères. Mais nous, nous savons exactement ce qui se passera lors de la prochaine crise. Alors on sauvera de nouveau les banques, et en même temps les banquiers et leurs actionnaires. C’est pourquoi une des grandes leçons à tirer de la crise financière est la suivante: si les grandes banques ne voient qu’une chance, celle d’être sauvées par l’Etat en cas de nécessité, pour éviter le pire, alors elles se comporteront de manière imprudente. Il faut placer les banquiers face à leurs responsabilités. Toutes les mesures aptes à atteindre ce but doivent être prises.  

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Source: Radio DRS du 25/9/10


(Traduction Horizons et débats)

 

Photo: leftfocus.blogspot.com

 

http://www.horizons-et-debats.ch

 

http://www.internationalnews.fr/article-seul-un-demantelement-des-grandes-banques-peut-prevenir-un-nouveau-sauvetage-de-banques--58871596.html

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Published by Internationalnews - dans Economie-Economy
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matthieu 14/10/2010 06:16



Si les états abdiquent leurs responsabilités,on peut peu très bien concevoir un monde dominé et régimenté par les grandes banques ayant leurs sujets et s'affrontant férocement pour asseoir
leur leadership.



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