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Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /2010 15:12


 

Par Jeremy Jeanguenin

 

Jaime Semprun s’est éteint le 3 août 2010, dans la discrétion qui caractérisait sa vie. Fils de l’écrivain Jorge Semprún, il fut l’un des derniers collaborateurs de Guy Debord, participa au catalogue Champ Libre en y publiant deux essais[1].


Il fonda en 1984 (cf. le Discours liminaire) la revue L’Encyclopédie des nuisances (15 fascicules publiés de 1984 à 1992, que l’on doit pouvoir encore se procurer à la librairie de Jacques Noël, Un Regard Moderne, rue Gît-le-Cœur à Paris), qui devait étendre son activité quelques années plus tard à l’édition et au commerce de livres.

 

L’Encyclopédie des nuisances (« EdN » pour les connaisseurs) s’est notamment associée de façon épisodique aux éditions Ivréa (qui reprennent le fonds Gérard Lebovici et Champ Libre) pour proposer des essais inédits de George Orwell (traduits par Semprun lui-même) dans une traduction de grande qualité dont une version anthologique en format poche à faire pâlir de honte Gallimard [2] et dans un objet dont Jean-Luc Porquet, dans son hommage à Jaime Semprun (Le Canard Enchaîné, 11 août 2010) dresse l’éloge :

 

« Texte au cordeau, maquette impeccable, couverture d’une parfaite sobriété le tout imprimé dans l’une des dernières imprimeries en France utilisant encore linotype et caractères en plomb. [Il s'agit des presses typographiques de L'Haÿ-les-Roses, NdR – dont on peut alléguer que les éditions soient en partie sociétaires] De la belle ouvrage. »


Le projet éditorial de ce qu’Annie Le Brun appelait, non sans sarcasme, « la petite coterie de Jaime Semprun » est intransigeant ; il faut rappeler que le catalogue des livres est introduit par une définition de la lecture, et de ce que sont et ne sont pas des livres. D’ailleurs, c’est en son sein que se développa la critique la plus virulente d’un monde des livres cybernétisé, sous la plume acerbe de Jean-Marc Mandosio, avec la publication d’un brûlot contre la TGB, future BNF.


[1] La Guerre sociale au Portugal, Champ Libre, Paris, 1975.

Précis de récupération, illustré de nombreux exemples tirés de l’histoire récente, Champ Libre, 1976.

[2] Dont une version anthologique en format poche: Dans le ventre de la Baleine et autres essais (1931-1943) et Tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949) parus en 2005.


Source: http://www.dispatchbox.org

 



[PDF] L'abîme se repeuple, Encyclopédie des nuisances 1997

Persée : Jaime Semprun. La nucléarisation du monde

René Riesel, Jaime Semprun, Catastrophisme, administation du  désastre et soumission durable

Jaime Semprun - Apologie pour l'Insurrection Algérienne (2001)

Plus d'infos:

Jaime Semprun (1947-2010) (english)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jaime_Semprun


« Du temps que les situationnistes avaient raison », texte critique sur les relations de Jaime Semprun avec les situationnistes, mars 2007

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Courants_anti-industriels#France

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_de_l%27Encyclop%C3%A9die_des_Nuisances

 

René Riesel

Baudouin de Bodinat

 

http://www.internationalnews.fr/article-disparition-de-jaime-semprun-ecrivain-et-fondateur-de-l-encyclopedie-des-nuisances-55594161.html

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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /2010 18:47

Internationalnews

http://ginacobb.typepad.com/gina_cobb/images/2007/07/06/india_baby_girl_3.jpg

Un génocide silencieux

L'avortement sélectif touche toutes les classes sociales, pas seulement les pauvres.»

INDÉSIRABLES, charges inutiles et coûteuses : c'est ainsi que les filles sont souvent considérées en Inde, en Chine et au Pakistan. Croyances séculaires et pauvreté, conjuguées à l'apparition de l'échographie, font que l'infanticide et le foeticide y sont aujourd'hui monnaie courante. «Plus de 100 millions de petites filles manqueraient en Asie», «La malédiction de naître fille» : Un génocide silencieux - 25/10/2006


Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie

Bénédicte Manier, La Découverte, 2006, 187 p., 15

Laurent Testot

L’Asie est le seul continent où le nombre d’hommes excède celui des femmes : 100 millions manquent à l’appel.


La raison ? Dans les cultures indienne et chinoise, une fille est considérée comme un investissement à perte, car elle intégrera la future belle-famille, quand le garçon héritera, assurant la retraite de ses géniteurs et la continuité de la lignée. Et la préférence pour un enfant mâle s’est adjoint depuis trente ans les services de la science. Déterminant le sexe avant la naissance, l’échographie permet de repérer les fœtus féminins et de les éliminer par avortement. S’y ajoute une seconde sélection : on va investir davantage pour soigner et nourrir un garçon.


Bénédicte Manier nous fait découvrir un univers où des femmes avortent en série dans l’attente d’un mâle, où l’on abandonne les nouveau-nées quand on ne les étouffe pas dans un sac plastique, où des crèches accueillent 70 fillettes pour 100 garçons. Même si le phénomène, au moins en Inde, affecte davantage certaines régions, et en particulier les classes moyennes (celles qui paieraient le prix fort pour la dot), ses conséquences se répercutent sur la société dans son ensemble. On assiste à l’explosion du marché noir des « fiancées », on voit des familles démunies vendre une adolescente à des réseaux d’entremetteurs et de proxénètes.


Le tout s’insère dans un climat de violence patriarcale extrême. Souvent analphabètes, souvent cédées en mariage dès leur puberté, maintenues dans des statuts discriminatoires, les femmes font office de boucs émissaires : au Pakistan ou en Inde, pour peu qu’un homme juge son honneur bafoué, le viol, rarement sanctionné, fait fréquemment office de compensation.


L’avortement sélectif, bien qu’illégal partout, détruit chaque année plusieurs millions de fœtus féminins en Asie. Il prend certes racine dans un contexte social spécifique. Mais il représente surtout, comme l’exprime Dilip Kamat, directeur d’une ONG indienne, « le degré ultime de violence contre les femmes : celui qui leur refuse le droit même de naître ».(http://www.scienceshumaines.com/)

 



Photo: ginacobb.typepad

Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-infanticide-c-est-la-fete-des-femmes-tous-les-jours-en-inde-documentaire-49808295.html
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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /2010 02:02
   
LAIT, MENSONGES ET PROPAGANDE - Thierry Souccar
Présentation

Pour la première fois, les preuves scientifiques que les laitages ne sont pas "nos amis pour la vie". A dose élevée, ils pourraient favoriser l'ostéoporose, et plusieurs maladies dont le cancer de la prostate. Préface du Pr Henri Joyeux.

Voici la suite attendue de Santé, mensonges et propagande.

Au terme de plus de cinq ans d’enquête, Thierry Souccar montre comment le lobby laitier a réussi en l’espace de sept décennies à faire d’un aliment marginal et mal considéré un pilier incontournable de l’alimentation moderne. Présentés par les nutritionnistes comme «indispensables à la santé des os», les laitages cachent une réalité moins glorieuse. Vous apprendrez ainsi:

- Comment le lobby laitier et les politiques ont imposé le lait à l’école dès les années 1930
- Pourquoi 5 millions de Français souffrent sans le savoir d’intolérance au lactose et comment la diagnostiquer
- Pourquoi l’ostéoporose ne diminue pas avec la consommation de lait, et pourquoi au contraire elle progresse
- Comment les constituants du lait sont à l’origine de l’augmentation de la taille ces dernières décennies
- Comment une protéine du lait accélère les tumeurs
- Pourquoi les cancers de la prostate et des ovaires sont associés à la consommation de laitages
- Pourquoi les chercheurs soupçonnent le lait de favoriser le diabète de l’enfant
- Comment l’industrie fait croire que le calcium laitier prévient l’obésité
- Pourquoi les besoins en calcium ont été exagérés

Puisé aux sources scientifiques les plus rigoureuses, ce livre-révélation propose une alternative nutritionnelle, la seule aujourd’hui capable de prévenir l’ostéoporose et les maladies de civilisation. Sans se bourrer de laitages !

La préface est signée du Pr Henri Joyeux, cancérologue à la faculté de médecine de Montpellier, pour qui « ce livre ne peut faire que du bien à la Santé publique. Il est en avance sur son temps. » 

http://www.lanutrition.fr



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Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-lait-mensonges-et-propagande-un-livre-de-thierry-souccar-videos--47086231.html

 

 

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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /2010 05:19

Voltaire

http://www.editionsdemilune.com/bmz_cache/b/b6d2aff913ec77a618844553d1a451a7.image.228x350.JPG

 

Ce livre traite d’un sujet parfaitement ignoré de la sphère politique et médiatique, et donc absent du débat public, qui revêt cependant une importance considérable: il explique comment et pourquoi le gouvernement des États-Unis a amorcé, poursuivi puis considérablement développé une accumulation illégale d'armes biologiques.


L’expert américain Francis A. BOYLE révèle, de la manière la plus claire, comment le nouveau Programme de défense chimique et biologique états-unien, qui se chiffre en milliards de dollars, a été réorienté pour s'accorder avec les projets néo-conservateurs de guerre préventive - cette fois par des moyens de guerre biochimique.


Liant le développement des capacités militaires US en matière de guerre biologique aux attaques à l'anthrax sur le Congrès en octobre 2001 – l’attentat politique le plus manifeste contre le fonctionnement constitutionnel de la démocratie américaine dans l'histoire récente – BOYLE jette une lumière nouvelle sur les vraies raisons de ces attaques, le mur du silence médiatique auquel elles se sont heurtées et les raisons pour lesquelles le FBI pourrait ne jamais appréhender les responsables de ce crime politique séminal du XXIe siècle.


Guerre biologique et terrorisme devrait susciter l’intérêt du public envers ce que signifient pour l'Amérique le développement phénoménal de la recherche états-unienne sur la guerre biologique et les prétendus programmes de préparation civile. L’administration Bush est décidée à les poursuivre, sans tenir compte de la nature du danger qu’ils représentent : une incitation à une course globale aux armements de guerre biologique et l’exposition probable de tous les êtres humains aux accidents futurs comme aux représailles.


[Comme Boyle l’établit clairement, les programmes de guerre biologique sont profondément et fondamentalement dangereux. De tels programmes ne renforcent pas la sécurité : ils apportent à la population un risque nouveau des plus effroyables.]


Jonathan KING, professeur de biologie moléculaire au Massachusetts Institute of Technology (MIT)


KING, également directeur du laboratoire de microscopie électronique de la faculté de biologie moléculaire au MIT, fait autorité dans le domaine des gènes et des protéines des micro-organismes. Le professeur KING est le fondateur du Conseil pour une Génétique Responsable et fut le co-président de son Comité sur l’utilisation militaire de la recherche biologique. Il s’est toujours senti concerné par les conséquences sociales, économiques et en termes de santé publique, que peut avoir la recherche biomédicale.

 

Francis A. BOYLE


Francis A. BOYLE est un professeur états-unien de renommée mondiale dans sa spécialité, le droit international, qu’il pratique et dont il est un ardent défenseur. Il rédigea de la loi anti-terrorisme de 1989 sur les armes biochimiques, la législation américaine mettant en application la Convention sur les armes biologiques de 1972. Titulaire par l’université de Harvard de deux doctorats, un de Droit (Magna cum laude) et un en Sciences politiques, il enseigne à l’université de l’Illinois, à Champaigne.


Boyle Francis, Guerre Biologique et Terrorisme, Demi Lune, 2007, (ISBN 2952557195)

 

http://www.editionsdemilune.com/guerre-biologique-et-terrorisme-en-pdf-p-27.html
Histoire de la guerre biologique: http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_biologique#Liens_externes

Un documentaire à voir d’urgence:

 
Dans les semaines qui suivirent le 11-Septembre, les attaques à l’anthrax avaient suscité une psychose à l’échelle mondiale. Près de huit ans plus tard, alors qu'elles tendent à disparaitre complètement de la mémoire collective, la chaine de télévision canadienne CBC a diffusé en anglais, le 29 mars, l’excellent reportage de Bob Coen et Eric Nadler intitulé Anthrax War. Le 31 mai, la télé suisse TSR2 l'a diffusé à son tour sous le titre Marchands d’anthrax.


Ce documentaire est également coproduit par Arte : nous attendons donc sa diffusion en France avec impatience, car il est absolument explosif. Outre qu’il fait voler en éclats la thèse présentée par le FBI de , ou celle du suicide du docteur Kelly, il débute et se termine par un message d’alerte du professeur Francis Boyle, auteur du livre Guerre biologique et terrorisme , sur l’extrême dangerosité que représente la course aux armements bactériologique dans laquelle s’est lancée l’administration Bush après le 11-Septembre… et qui continue encore aujourd’hui.

Visionner le film (en anglais, sans sous-titres):
 Anthrax War - Dead Silence (documentary film 70 mn)


www.voltairenet.org


Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-guerre-biologique-et-terrorisme-livre-du-pr-francis-a-boyle-50555056.html


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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /2010 01:38

Internationalnews


Horizons et débats


http://www.librairiepantoute.com/img/couvertures_300/2896260013.jpg 
 
par Andreas Mylaeus, Munich

Dans cette autobiographie captivante (Confessions d’un assassin financier, alTERRE, 2005), John Perkins raconte comment, ancien serviteur empressé de l’«empire global», il est devenu un défenseur des droits de l’homme et des peuples opprimés.


Recruté en tant qu’agent infiltré en 1971, à l’âge de 26 ans, par la National Security Agency (NSA) américaine et salarié par la société-conseil internationale Chas. T. Main, il a voyagé de par le monde: Indonésie, Panama, Equateur, Colombie, Arabie saoudite, Iran et autres pays d’importance stratégique. Sa mission était de mettre en œuvre des mesures politiques à l’aide d’études de faisabilité et de projections de croissance économique en apparence scientifiquement fondées mais manipulées, cela afin de promouvoir les intérêts de ce qu’il appelle la «corporatocratie» (coalition de gouvernements, de banques et d’entreprises) américaine et internationale, sous prétexte de lutte contre la pauvreté. Mesures politiques qui ont monté beaucoup de peuples contre les Etats-Unis et ont, entre autres, finalement abouti aux événements du 11 septembre 2001.


Le récit de Perkins nous montre jusqu’où lui et ses collègues – qui se nomment eux-mêmes des «assassins financiers» (economic hit men) – étaient prêts à aller. Il explique par exemple comment il a contribué à réaliser des plans secrets qui ont amené des pays du tiers-monde fortement endettés à se soumettre aux intérêts militaires, politiques et économiques de «l’empire global» ou fait revenir des milliards de pétrodollars d’Arabie Saoudite dans l’économie des Etats-Unis. Il met au jour les mécanismes du contrôle impérial cachés derrière plusieurs événements dramatiques de l’histoire récente comme la chute du shah d’Iran, la mort du président de l’Equateur Jaime Roldos, le 24 mai 1981, et du président du Panama Omar Torrijos, le 31 juillet 1981, les invasions, par les Etats-Unis, du Panama le 20 décembre 1989 et de l’Irak durant les premiers mois de 1991.


Formation des «assassins financiers»


«Les «assassins financiers» sont des professionnels grassement payés qui escroquent des billions de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine du développement international et d’autres organisations «humanitaires» vers les coffres de grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales sont les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeu vieux comme le monde mais qui a atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation.»


En 1971, alors qu’il avait 26 ans et après son recrutement par la NSA, Perkins est devenu, sous la houlette d’une formatrice, un assassin financier. Ses missions étaient, entre autres, les suivantes:


«Premièrement il devait justifier d’énormes prêts internationaux dont l’argent [provenant des pays en voie de développement qui recevaient des prêts] serait redirigé vers MAIN et d’autres compagnies américaines (comme Bechtel, Halliburton, Stone & Webster et Brown & Root) par le biais de grands projets de construction et d’ingénierie. Deuxièmement, il devait mener à la banqueroute les Etats qui recevaient ces prêts (après qu’ils avaient payé MAIN et les autres entreprises américaines, évidemment) de sorte qu’ils seraient à jamais redevables à leurs créanciers et constitueraient donc des cibles faciles quand on aurait besoin d’obtenir leurs faveurs sous la forme de bases militaires, de votes aux Nations unies ou de l’accès au pétrole et à d’autres ressources naturelles.»


Exemple de l’Equateur


Depuis que les assassins financiers ont introduit en Equateur les «bienfaits» de l’économie moderne, des banques et de l’ingénierie, le pays se porte beaucoup plus mal. Depuis 1970, donc durant la période dite par euphémisme celle du boom pétrolier, le niveau de pauvreté officiel est passé de 50% à 70%, le sous-emploi, c’est-à-dire le chômage, de 15% à 70% et la dette publique de 240 millions à 16 milliards de dollars. E

 

n même temps, la part des ressources nationales allouée aux plus pauvres est passée de 20% à 6%. Et l’Equateur n’est pas une exception. Presque tous les pays que les assassins financiers ont placés sous la «protection» de l’empire global ont connu un sort analogue. La dette du tiers-monde est maintenant de deux billions et demi de dollars et sa gestion, en 2004, coûte environ 375 milliards par an, soit plus que les dépenses totales du tiers-monde en matière de santé et d’éducation, et vingt fois plus que ce que les pays en voie de développement reçoivent au titre de l’aide au développement.


La subtilité des moyens utilisés pour créer cet empire moderne aurait fait rougir de honte les centurions romains, les conquistadors espagnols et les puissances coloniales européennes des XVIIIe et XIXe siècles. Les assassins financiers sont rusés, ils ont su tirer les leçons de l’histoire. Aujourd’hui, on ne porte plus ni armure ni costume distinctif. Dans des pays comme l’Equateur, le Nigeria ou l’Indonésie, ils sont vêtus comme les enseignants ou les boutiquiers. A Washington et à Paris, ils se confondent avec les bureaucrates et les banquiers. Ils ont l’air modeste et normaux. Ils visitent les sites des projets et se promènent dans les villages appauvris. Ils professent l’altruisme et parlent aux journaux locaux de leurs merveilleuses réalisations humanitaires. Ils arrosent de leurs bilans et de leurs projections financières les commissions gouvernementales et donnent des cours sur les miracles de la macroéconomie à la Harvard Business School. Ils avancent à découvert et on les accepte tels qu’ils sont. C’est ainsi que le système fonctionne. Ils commettent rarement des actes illégaux, car le système lui-même repose sur le subterfuge et est légal par définition.


Les étapes de l’escalade


Cependant – et c’est là une restriction importante – s’ils échouent, des individus plus sinistres encore entrent en scène, ceux que les assassins financiers appellent les «chacals», qui sont les héritiers directs des empires de jadis. Ils sont toujours présents, tapis dans l’ombre. Quand ils sortent, des chefs d’Etat sont renversés ou meurent dans des «accidents». Et si par hasard les chacals échouent, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux modèles ressurgissent: de jeunes Américains sont envoyés au combat, pour tuer et pour mourir.


Depuis la fin des années 60, l’exploitation pétrolière du bassin équatorien a conduit au bradage des ressources nationales. Le petit cercle de familles qui dirigeaient l’Equateur était tombé dans le piège des banques internationales. Ces familles ont fait contracter à leur pays d’énormes dettes suite aux promesses de futurs revenus pétroliers.


Jaime Roldos, avocat et professeur d’université d’environ 30 ans fut élu président de l’Equateur en 1979 parce qu’il croyait au droit des pauvres et à la responsabilité des politiciens quant à l’exploitation des ressources. Il n’était pas communiste mais défendait le droit de son pays à décider de son destin. Il n’était lié ni à la Russie ni à la Chine et il n’était pas – comme Allende – membre de l’internationale socialiste. Il était nationaliste mais pas anti-américain. Il n’était tout simplement pas corrompu.


Au début de 1981, le gouvernement Roldos présenta au Congrès équatorien sa nouvelle loi sur les hydrocarbures. Si celle-ci était appliquée, elle réformerait les relations de l’Equateur avec les compagnies pétrolières. Selon certains critères, elle était considérée comme révolutionnaire. Son influence s’étendrait bien au-delà de l’Equateur, à une grande partie de l’Amérique latine et ailleurs dans le monde.


Quelques semaines après avoir présenté son projet de loi au Congrès, Roldos mourut dans un accident d’hélicoptère le 24 mai 1981. Pour Perkins, il ne fait aucun doute que la mort de Roldos n’était pas un accident. Elle présentait tous les signes d’un assassinat orchestré par la CIA et il était évident que l’on voulait ainsi transmettre au monde le message selon lequel l’empire global ne tolérait pas des exemples que pourraient suivre d’autres pays aimant la liberté.


L’exemple de Panama


Panama est un autre exemple de cette politique. Bien que l’importance du canal, à cause des dimensions des bateaux modernes, eût diminué et que Panama ne possédât pas de richesses minières, l’empire global ne pouvait pas tolérer que ce pays de deux millions d’habitants prenne en main son propre destin. Le président Omar Torrijos fut assassiné parce qu’il voulait diminuer l’influence de la corporatocratie et devenir ainsi un exemple pour d’autres pays comme l’Equateur et le Venezuela. Le processus démocratique initié par Roldos, Torrijos et d’autres donnait trop de pouvoir aux peuples concernés face à l’empire global. C’est pourquoi deux présidents sont morts et ce qu’ils avaient commencé a été anéanti.


Pendant trois décennies, des milliers d’hommes et de femmes ont contribué à créer la situation précaire dans laquelle se trouve l’Equateur au début du troisième millénaire. Certains avaient, tout comme Perkins, agi sciemment, mais la plupart avaient simplement mis en œuvre ce qu’on leur avait appris dans les écoles de commerce, d’ingénierie et de droit ou avaient suivi l’exemple de gens comme Perkins, qui faisaient la démonstration du système par leur propre cupidité et par les récompenses ou punitions destinées à le perpétuer. Les récompenses consistaient en rémunérations, primes, pensions et polices d’assurance; les menaces résidaient dans la pression exercée par les groupes sociaux sur les individus et dans les inquiétudes quant à l’avenir de leurs enfants, notamment à leur éducation.


Fragilité du système monétaire soutenu par le dollar


En dernière analyse, selon Perkins, l’empire global dépend largement du fait que le dollar est la principale monnaie internationale. Ainsi les Etats-Unis prêtent de l’argent à des pays comme l’Equateur tout en sachant très bien que ces derniers ne pourront jamais le rembourser. En fait, ils ne veulent pas qu’ils paient leurs dettes, puisque c’est ce non-paiement qui leur procure une influence sur ces pays. Dans des conditions normales, les Etats-Unis risqueraient de finir par épuiser leurs propres fonds, car aucun créancier ne peut se permettre d’avoir trop de débiteurs qui ne le remboursent pas.

 

Mais nous ne sommes pas dans des conditions normales. Les Etats-Unis émettent des billets qui ne sont pas couverts par de l’or. En fait, cette monnaie n’est couverte que par la confiance internationale dans l’économie américaine et dans la capacité des Etats-Unis à gérer les forces et les ressources de l’empire global – si nécessaire, par la force – de façon à ce qu’elles servent leurs intérêts.


Tant que le monde acceptera le dollar comme monnaie internationale, l’énorme dette publique des Etats-Unis ne posera aucun problème sérieux à la corporatocratie.

 

Toutefois si jamais une autre monnaie venait remplacer le dollar et que certains créanciers des Etats-Unis (le Japon ou la Chine, par exemple) décidaient de réclamer leur dû, la situation changerait dramatiquement. Les Etats-Unis se trouveraient soudain dans une situation très précaire.


Perkins pense que la véritable histoire de l’empire global a d’une manière générale quelque chose à voir avec nous-mêmes. Et cela explique évidemment pourquoi nous avons autant de peine à aborder l’histoire véritable. Nous préférons croire au mythe selon lequel la société humaine, après des milliers d’années d’évolution, a finalement créé un système économique idéal plutôt que de reconnaître qu’il s’agit d’une idée fausse érigée en parole d’évangile.


Nous nous sommes mis en tête que toute croissance économique bénéficiait à l’humanité et que plus cette croissance était importante, plus les bénéfices en étaient répandus. Et pour finir, nous nous sommes persuadés que le corollaire de cette idée était valable et moralement juste, c’est-à-dire que les gens qui excellent à stimuler la croissance économique doivent être félicités et récompensés, alors que ceux qui sont nés en marge de l’opulence sont disponibles pour être exploités.


Non aux théories du complot


Il serait commode de rejeter la faute sur un complot, mais nous ne le pouvons pas. L’empire global dépend de l’efficacité des grandes banques, des grands groupes et des gouvernements – de la corporatocratie – mais il n’y a pas de conspiration. La corporatocratie, c’est nous-mêmes qui en permettons l’existence et c’est pourquoi la plupart d’entre nous avons du mal à nous y opposer. Nous préférons imaginer des conspirateurs tapis dans l’ombre parce que nous travaillons presque tous pour l’une de ces banques, de ces sociétés ou l’un de ces gouvernements ou en dépendons pour les biens et services qu’ils produisent et commercialisent. Comment mordre la main qui nous nourrit?


Perkins compare la situation actuelle à celle des colons américains qui, contre la théorie du mercantilisme, se sont décidés pour l’indépendance et se sont opposés à l’Empire britannique. On les avait pourtant convaincus qu’il valait mieux pour tout le monde que l’ensemble des ressources soient acheminées vers le roi d’Angleterre. Ils ont finalement compris que ce système ne faisait qu’enrichir les riches au détriment des pauvres.

 

Pour une humanité qui va sur la Lune, qui a démantelé le système soviétique, qui vend des produits tels que Nike, McDonald’s ou Coca-Cola aux pauvres du monde entier comme autant de symboles du progrès et qui est capable de créer dans le monde entier des infrastructures pour ces entreprises, il ne devrait pas être difficile de résoudre les problèmes qui se présentent. Ce ne sont pas les réseaux internationaux de communication et de distribution qui manquent. Ce qu’il nous faut, c’est une révolution de l’éducation qui nous amène, nous et nos enfants, à penser de manière indépendante, à mettre en question les explications toutes faites et à oser sortir des chemins battus de la pensée et de l’action pour nous mettre ensemble et créer des alternatives au système actuel.     

   

(Horizons et débats, numéro 37, juin 2006)


http://www.horizons-et-debats.ch

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John Perkins, confessions d'un corrupteur de nations


http://www.internationalnews.fr/article-confessions-d-un-assassin-financier-50311090.html

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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /2010 20:50

Internationalnews

Homme moderne


http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782912107343.jpg


Ce texte est extrait des pages 82 à 89 de Duval (Julien)  : Le mythe du « trou de la Sécu », Paris, Raisons d’Agir, Avril 2007, 140 p. Publié avec l'aimable autorisation des Éditions Raisons d'Agir.

 

La gauche, arrivée au pouvoir en 1981, n’a pas inversé l’évolution amorcée à la fin des années 1970. Nicole Questiaux, conseillère d’État, nommée ministre de la Solidarité nationale dans le premier gouvernement socialiste, se refuse, dans une formule restée célèbre, à être « le ministre des comptes », mais le « réalisme économique » fait son retour définitif avec le « tournant de la rigueur » de 1983. C’est qu’il résulte autant de la conjoncture immédiate (l’échec de la politique de relance engagée par Pierre Mauroy) que de mouvements de fond (la construction européenne et les transformations de l’administration économique), où, dès les années 1970, les fonctionnaires acquis au libéralisme et au monétarisme ont marginalisé les « planificateurs ».


Pierre Bérégovoy, nouveau ministre de la Sécurité sociale, déclare, à l’inverse de Nicole Questiaux deux ans avant, que « l’équilibre des comptes » est une priorité, une condition indispensable pour « modifier le système et le rendre totalement viable ». Ce même souci anime les ministres chargés de la Sécurité sociale dans les gouvernements de gauche ultérieurs, jusqu’en 2002. En matière de protection sociale, la gauche au pouvoir s’est distinguée de la droite, mais pas sur les orientations politiques fondamentales.


 Certes, elle n’a pas procédé à des « réformes » comparables à celles des retraites de 1993 et de 2003 ou au plan Juppé de 1995. Mais il ne faut pas surinterpréter cette différence. En effet, nombre de responsables du Parti socialiste approuvaient ces « réformes » ; et ils se sont retrouvés en porte-à-faux quand des fractions de leur électorat se sont massivement mobilisées lors des mouvements sociaux de 1995 et 2003 contre les réformes des gouvernements de droite.


Certains responsables du Parti socialiste, à l’image de Dominique Strauss-Kahn (co-auteur, avec Denis Kessler notamment, de travaux sur les retraites), ont par ailleurs milité en faveur du développement des fonds de pension. Si la gauche que représente le Parti socialiste s’est distinguée de la droite, ce n’est donc pas tellement par ses positions sur ces grandes « réformes ». C’est plutôt parce qu’elle a créé, en 1988, le revenu minimum d’insertion (RMI) et que, généralisant des dispositifs existants, elle a mis en place en 2000 la couverture maladie universelle (CMU) : le RMI assure un revenu minimum à des ménages qui ont peu (ou qui n’ont pas) de sources de revenus ; la CMU permet un accès gratuit aux soins à des personnes qui, en raison de leur statut, ne sont pas couvertes par l’assurance-maladie.


 Ces mesures sont pourtant à double tranchant. En effet, si leurs prestations améliorent un peu la situation des catégories les plus exposées au chômage et à la précarité, leur versement est subordonné à des conditions. de ressources. Destinées aux plus démunis, elles relèvent d’une logique d’assistance : elles fournissent un « minimum », et sont financées par l’impôt. Leur entrée en vigueur répond à l’accroissement continu d’une catégorie de population tellement marginalisée, en matière d’emploi, qu’elle n’est plus couverte par les assurances sociales.


La fidélité aux principes de la Sécurité sociale qui entendaient couvrir l’ensemble de la population et rejetaient la logique de l’assistance aurait conduit à se consacrer prioritairement à un objectif de plein emploi. Les gouvernements socialistes se sont au contraire rangés à des politiques économiques libérales. Ils ont simplement choisi d’en compenser certains des effets socialement les plus dévastateurs par des prestations destinées aux plus pauvres — catégorie que les discours sur « la nouvelle pauvreté » depuis les années 1970 tendaient à constituer en « problème social » fondamental.


Ce choix politique est certainement moins coûteux à court terme (une prestation comme le RMI ne coûte que quelques milliards d’euros par an), mais il tend à institutionnaliser l’existence d’une population durablement dépendante des revenus d’assistance. Dans le dispositif du RMI, la création d’un revenu minimum s’est bien accompagnée d’un « volet d’insertion » censé permettre aux bénéficiaires de la prestation de revenir dans le monde du travail et dans le système assurantiel de la Sécurité sociale. Alors que ce dispositif a largement échoué, il a, par contre, réussi à introduire le principe d’activation dans la protection sociale française, puisque les bénéficiaires du RMI doivent s’engager à des actions d’insertion.


Au total, si depuis les années 1980 la gauche au pouvoir a fait preuve d’un plus grand souci du social que la droite, c’est paradoxalement par des innovations dont ses experts sociaux, jusqu’aux années 1980, combattaient majoritairement le principe. De fait, ces innovations matérialisent bien souvent des propositions popularisées par les théoriciens libéraux des années 1960. Le RMI crée un revenu minimum dans une logique d’assistance, et la « prime pour l’emploi » instaurée par le gouvernement de Lionel Jospin en 2001 est proche de « l’impôt négatif » remis au goût du jour par Milton Friedman dans les années 1960. Quant à la création de la contribution sociale généralisée (CSG), en 1991 sous le gouvernement de Michel Rocard, elle a légitimé la dénonciation patronale du poids des cotisations sociales.


Durant ses périodes d’exercice du pouvoir, le Parti socialiste a soulagé des besoins sociaux urgents, mais il a simultanément contribué à la mise en oeuvre des orientations promues à l’échelle internationale en matière de protection sociale. Cette action, qui n’apporte que des aménagements sociaux aux transformations économiques en cours, a été portée par la « deuxième gauche ».


Constituée dans les années 1970 autour du Parti socialiste unifié (PSU) et de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), celle-ci a pris ses distances avec le marxisme, en se démarquant du Parti communiste français (PCF) et de la Confédération générale du travail (CGT), dont les bases sociales étaient plus ouvrières que les siennes. Dans le champ syndical, la CFDT se range peu à peu, à partir de la fin des années 1970, à une stratégie de « compromis » et de « responsabilité », par opposition à un syndicalisme de revendication et de contestation. Elle devient ainsi, dans les années 1990, une organisation syndicale stratégique dans le domaine de la protection sociale, au détriment des deux autres grandes centrales, la CGT et Force ouvrière (FO).


Elle prend notamment la tête de certains organismes de la Sécurité sociale : outre la Caisse nationale d’assurance-vieillesse des travailleurs salariés (Cnav TS), la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnam TS), jusqu’alors présidée par FO. Elle joue par ailleurs un rôle déterminant en soutenant, contrairement aux deux autres grandes organisations syndicales, des réformes marquées par une forte inspiration patronale, par exemple le plan Juppé en 1995 et la réforme des retraites en 2003.


 

L’influence de la CFDT s’est également exercée par le truchement d’experts et d’intellectuels qui ont beaucoup pesé dans le débat public durant les années 1980 et 1990. Pendant cette période, la contribution du monde intellectuel aux débats sur la protection sociale a essentiellement été le fait de personnalités liées à la CFDT.


La figure de Pierre Rosanvallon le montre. Cet ancien permanent de la CFDT, devenu universitaire à la fin des années 1970, joue un rôle d’intermédiaire entre les mondes intellectuel, économique et politique, particulièrement à travers la Fondation Saint-Simon, dont il est le secrétaire général entre 1982 et 1999. Son essai publié en 1981, La Crise de l’État-providence, a fortement influencé la réflexion toujours très normative sur la protection sociale qui, à l’intersection du monde académique et de l’univers bureaucratique, se mène de colloques officiels en numéros de revues administratives ou intellectuelles. Rosanvallon y présente les analyses que le libéralisme économique a consacrées à l’interventionnisme en matière sociale.


Il commente les auteurs classiques (notamment Adam Smith), puis les économistes états-uniens qui, dans les années 1970, s’en sont pris à l’État-providence. Il se démarque de l’économicisme, trop étroit à ses yeux, des libéraux. Pour lui, si « le développement de l’État-providence et [du] degré de redistribution que son financement implique » touche, en ce début des années 1980, à ses limites, c’est pour des raisons « sociologiques » : en particulier, « la résistance sociologique diffuse » que suscite l’augmentation des prélèvements publics et dont l’économie souterraine et la segmentation du marché du travail seraient les signes.


Au total, le diagnostic (d’origine libérale) de « la crise de l’État-providence », est largement confirmé. Simplement, plutôt que de se prononcer en faveur d’une protection sociale minimale, Rosanvallon plaide pour un développement de la protection sociale dans « un espace alternatif entre le marché et l’État, qui implique plus les groupes de voisinage, les réseaux d’entraide, les structures de prise en charge d’un service collectif ».


Par la suite, un grand nombre de publications d’intellectuels souvent liés à la CFDT s’inscrivent dans le sillage de cet essai : elles revendiquent une sensibilité sociale, mais portent fortement la marque des problématiques et des « diagnostics » du libéralisme économique. C’est le cas d’une partie de la littérature autour de « l’exclusion ». En effet, tout comme les organisations internationales, nombre d’intellectuels « de gauche » ont érigé « l’exclusion » en priorité sociale ; ils ont plus souvent affirmé que la Sécurité sociale était incapable de l’endiguer qu’ils n’ont dénoncé les politiques économiques qui en favorisent le développement. De la même façon, beaucoup ont diagnostiqué, dans les années 1990, « la fin du travail » et, par contrecoup, la fin de la Sécurité sociale, puisque celle-ci fut créée, dans le cadre d’une économie de plein emploi, pour « les travailleurs ».


La revue Esprit est l’un des lieux où s’expriment ces problématiques. Les intellectuels qui les véhiculent y échangent des vues avec des penseurs légitimant plus directement encore les intérêts patronaux. Ainsi, François Ewald, passé par la Gauche prolétarienne et qui a fréquenté Michel Foucault, s’est posé en spécialiste de « l’État-providence » puis du risque : il devient dans les années 1990 « directeur de la recherche et de la stratégie » à la Fédération française des assurances, auprès de Denis Kessler.


En 2002, dans un entretien avec les responsables d’Esprit, il explique que « l’ancienne combinaison des dispositifs sociaux mis en oeuvre dans le cadre de l’État-providence n’est plus adaptée ». Son argumentation n’a pas de fondement empirique, elle mobilise des références philosophiques hautement légitimes (Hobbes, Rousseau, Hegel, Nietzsche) et quelques notions fétiches de l’économie néoclassique (le « hasard moral », les free riders, le « capital humain »). La Sécurité sociale, explique Ewald, est « impuissante à couvrir » les « nouveaux risques » (comme l’exclusion). Il stigmatise longuement « le citoyen de l’État-providence », qu’il présente comme un « être social » individualiste : « humain, décidément trop humain », il profite des « solidarités » mais oublie qu’il « a des devoirs en contrepartie ».


Il a beau être « surprotégé », il en demande toujours plus ; il ignorerait, selon Ewald, que « plus [on espère] que la vie soit un “long fleuve tranquille”, moins elle [l’est]. Hegel avait déjà pointé cette contradiction dans la figure du stoïcisme ». En matière de protection sociale, il semble donc qu’il y ait convergence des recommandations des assureurs privés et du patronat français et de la sagesse philosophique.  


Dans les années 1980 et 1990, tous les intellectuels n’ont pas légitimé les problématiques et les thèses patronales, mais les plus visibles d’entre eux, les plus influents auprès du pouvoir politique, l’ont fait. Ils partageaient souvent un violent rejet du marxisme et de la sociologie durkheimienne, qu’ils aimaient décrire comme des vieilleries inadaptées, à l’époque des « nouvelles inégalités ». Dans les années 1980, ils ont pu compter sur le soutien de tous ceux qui, dans le champ syndical et politique, rompaient avec les traditions socialistes. À travers eux, les intellectuels ont participé au retour du libéralisme. Leur rôle avait été bien différent au cours des périodes précédentes : au XIXe siècle notamment, les sciences sociales naissantes, mais aussi des écrivains et des peintres, avaient pris une part importante à l’émergence de « la question sociale ».


Source de l'article: http://www.homme-moderne.org


Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-le-mythe-du-trou-de-la-secu-extrait-d-un-livre-de-julien-duval--49750297.html

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Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /2010 13:26

Internatonalnews

WSWS

22 April 2010
By James Brookfield and David Walsh

April 21 marked 100 years since the death of Mark Twain, one of the greatest American writers in history. Twain (1835-1910) was a brilliant satirist, a comic genius, and a master at capturing the sound and rhythm of American vernacular in so many of its nineteenth century varieties.


It is not possible in a single, relatively brief article to examine Twain’s life and writings in the manner they deserve. This is an enormous subject, full of complexities and contradictions. During his lifetime, the writer experienced great acclaim and success, along with financial bankruptcy and bouts of terrible personal tragedy.


One of the great comic writers of all time, one of the few who provoke the reader to laugh out loud, “what burned in him,” suggested the editor of his papers, Bernard De Voto, “was a hatred of cruelty and injustice,” as well as a “deep sense of human evil, and a recurrent accusation of himself. Like Swift he found himself despising man while loving Tom, Dick, and Harry so warmly that he had no proper defense against the anguish of human relations.”


Twain’s life spanned a remarkable period. He was born only 50 years after the conclusion of the American Revolutionary War—when many veterans of the independence struggle were still alive—in Missouri, at the time still frontier territory. Twain lived to see the US undergo a bitter Civil War, develop its industrial might and emerge full-blown as an imperialist power on the eve of World War I.


Whether restless by nature or necessity, Twain experienced every part of the country and encountered every social type early in life. De Voto noted that the author, in his formative years, “had seen more of the United States, met more kinds and castes and conditions of Americans, observed the American in more occupations and moods and tempers—in a word had intimately shared a greater variety of the characteristic experiences of his countrymen—than any other major American writer.”


Born Samuel Langhorne Clemens in Missouri in 1835, Clemens worked as a printer, journalist, and steamboat pilot on the Mississippi before gaining widespread recognition as a writer of travel letters, first on his trip to Hawaii (then known as the Sandwich Islands) in 1866 and then to Europe, North Africa and the Middle East a year later.


The material from the latter trip was turned into The Innocents Abroad in 1869. This work made Twain—he had already adopted his famous pen name while working at a Nevada newspaper in 1863—both critically and financially successful. The book sold 85,000 copies in its first 16 months.


An aphorism from the conclusion of the text shows that Twain had already developed his socially acute sense of humor: “Travel is fatal to prejudice, bigotry, and narrow-mindedness, and many of our people need it sorely on these accounts.”


Two critics comment that Twain’s own move East to New York City in 1866 “signaled the start of his remarkable synthesis of the elements of post-Civil War American writing as he undertook to link the local-color and Western tradition of his early work with the social, intellectual, commercial and industrial spirit of the decades he himself helped name the Gilded Age.” (From Puritanism to Postmodernism: A History of American Literature, Richard Buland and Malcolm Bradbury)


In his first novel, entitled The Gilded Age (1873), Twain (and co-author Charles Dudley Warner) looked at the period 1860-1868 as one that, in their own words, “uprooted institutions that were centuries old, changed the politics of a people, transformed the social life of half the country, and wrought so profoundly upon the entire national character that the influence cannot be measured short of two or three generations.” In sum, a revolution had taken place, which had an enormous subsequent influence on artistic and intellectual life.


Twain produced his greatest works between the early 1870s and 1890. The Adventures of Tom Sawyer (1876) and Adventures of Huckleberry Finn (1884) clearly rank among them. Both works defy easy categorization: they offer comic scenes that generate tears of laughter interspersed with passages, for example, that depict the brutality of slavery as it existed in the antebellum South of Clemens’s childhood (and other disturbing facets of American life of the time).


Briefly in the Confederate ranks in the Civil War, Twain unquestionably accumulated a deep antipathy for slavery. “A True Story,” a remarkable short story published in 1874, is told from the point of view of a black woman, a former slave. “Aunt Rachel,” now a servant, informed by her complacent employer that she seems to have lived 60 years and “never had any trouble,” turns on him and recounts how, in fact, she was separated from her husband and children by a slave auction, and only united with one of her sons after 22 years. Novelist and editor William Dean Howells, who published it in the Atlantic, told Twain that he thought the story “extremely good and touching and with the best and reallest kind of black talk in it.” (Mr. Clemens and Mark Twain, Justin Kaplan)


In Huckleberry Finn, one of the great achievements of nineteenth century American literature, the young title character (and narrator) recounts his adventures on the Mississippi River in the company of Jim, an escaping slave who is trying to get to a free state so he can buy his family’s freedom.


Throughout the book, Huck’s conscience is bothered by the fact that he is “stealing” someone’s property in helping Jim escape. At one point, he determines to turn the slave in, and writes a note to his old owner. The novel continues:


“I felt good and all washed clean of sin for the first time I had ever felt so in my life, and I knowed I could pray now. But I didn’t do it straight off, but laid the paper down and set there thinking—thinking how good it was all this happened so, and how near I come to being lost and going to hell. And went on thinking. And got to thinking over our trip down the river; and I see Jim before me all the time: in the day and in the night-time, sometimes moonlight, sometimes storms, and we a-floating along, talking and singing and laughing.

 

But somehow I couldn’t seem to strike no places to harden me against him, but only the other kind. I’d see him standing my watch on top of his’n, ‘stead of calling me, so I could go on sleeping; and see him how glad he was when I come back out of the fog; and when I come to him again in the swamp, up there where the feud was; and such-like times; and would always call me honey, and pet me and do everything he could think of for me, and how good he always was; and at last I struck the time I saved him by telling the men we had small-pox aboard, and he was so grateful, and said I was the best friend old Jim ever had in the world, and the ONLY one he’s got now; and then I happened to look around and see that paper.


“It was a close place. I took it up, and held it in my hand. I was a-trembling, because I’d got to decide, forever, betwixt two things, and I knowed it. I studied a minute, sort of holding my breath, and then says to myself:

“ ‘All right, then, I’ll GO to hell’—and tore it up.”


The profound humanity and sympathy of this passage hardly need to be emphasized.


Ernest Hemingway famously asserted that “All modern American literature comes from one book by Mark Twain called, Adventures of Huckleberry Finn.” Critic and commentator H.L Mencken suggested that the novel was “one of the great masterpieces of the world” and would “be read by human beings of all ages, not as a solemn duty but for the honest love of it, and over and over again.” Mencken, himself often consumed with misanthropy, noted that Twain in his writing laughed at people, “but not often with malice. What genuine indignation he was capable of was leveled at life itself and not its victims.”


Another fascinating work from this period is Life on the Mississippi (1883), a mostly non-fiction account, which Twain wrote in tandem with Huckleberry Finn. Life on the Mississippi cost its author great effort. “I never had such a fight over a book in my life before,” he wrote Howells in 1882. But the result is a beautifully written book, a detailed and emotionally intense account of life as a steamboat pilot on the Mississippi River in the years immediately prior to the Civil War.


The following passage may help explain why Twain poured such a depth of feeling into the book: “In my preceding chapters I have tried, by going into the minutiae of the science of piloting, to carry the reader step by step to a comprehension of what the science consists of; and at the same time I have tried to show him that it is a very curious and wonderful science, too, and very worthy of his attention. If I have seemed to love my subject, it is no surprising thing, for I loved the profession far better than any I have followed since, and I took a measureless pride in it. The reason is plain: a pilot, in those days, was the only unfettered and entirely independent human being that lived in the earth. Kings are but the hampered servants of parliament and people; parliaments sit in chains forged by their constituency; the editor of a newspaper cannot be independent, but must work with one hand tied behind him by party and patrons, and be content to utter only half or two-thirds of his mind; no clergyman is a free man and may speak the whole truth, regardless of his parish’s opinions; writers of all kinds are manacled servants of the public. We write frankly and fearlessly, but then we ‘modify’ before we print. In truth, every man and woman and child has a master, and worries and frets in servitude; but in the day I write of, the Mississippi pilot had none.”

The darker aspects of American life treated in Huckleberry Finn are even more pronounced in the less celebrated, but also remarkable, A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court (1889) and Pudd’nhead Wilson (1894). The latter contains one of Twain’s few fully realized female characters, the light-skinned slave Roxana, so desperate to keep her child from being sold that she switches him in the cradle for her master’s child.


The former novel, about a nineteenth century American, Hank Morgan, a resident of Hartford, Connecticut (where Twain had set up residence), who finds himself transported back in time to medieval England at the time of King Arthur and his knights, was initially conceived of in 1884 as relatively light-hearted.


However, Justin Kaplan, in his biography of Twain, contends, “[O]ver the years this comic idea changed its course and headed away from burlesque and toward an apocalyptic conclusion in which chivalric England and Hank Morgan’s American technology—failures both, as the author had come to see them—destroy each other.”

Twain wrote The United States of Lyncherdom, a significant essay published posthumously (in 1923), in outrage over the 1901 lynching of three black men in Pierce City, Missouri. In the piece, the author counters the claim that the people constituting the lynch mob approved and enjoyed the torturous killings. Rather, the crowds acquiesced for fear of scorn by their peers. In a plaintive suggestion to end these killings—then totaling more than a hundred per year in the US—Twain wrote: “[P]erhaps the remedy for lynchings comes to this: station a brave man in each affected community to encourage, support, and bring to light the deep disapproval of lynching hidden in the secret places of its heart—for it is there, beyond question.”


Throughout his adult life, Twain was scathing about American political life and its practitioners. Who could look on the self-important and thieving corporate toadies collectively known as the US Congress with the same eyes after a dose of Twain’s wit? For example, he once noted, “Suppose you were an idiot. And suppose you were a member of Congress. But I repeat myself.” In What is Man? the novelist observed that “Fleas can be taught nearly anything that a Congressman can.” A personal favorite: “It could probably be shown by facts and figures that there is no distinctly native American criminal class except Congress.”


Several significant episodes in Twain’s life have received relatively scant attention in tributes this week. One of these is Twain’s critical role in the publication of the memoirs of Ulysses S. Grant. Grant had been the US Civil War general most responsible for the military defeat of the Southern slavocracy, and later became US president. The memoirs, with their singular political and literary value, would not likely have seen the light of day without Twain publishing them himself. And he did so with considerable generosity towards their author. Grant finished the memoirs five days before his death in 1885. Twain awarded 75 percent of the proceeds to Grant’s estate, allowing his widow to escape the poverty in which Grant had been left after being swindled out of the last of his money.


Another fascinating episode in Twain’s life was his sojourn in Vienna from September 1897 to May 1899. It is not possible to do justice here to this period in the author’s life (which is the subject of an excellent book, Our Famous Guest: Mark Twain in Vienna by Carl Dolmetsch). But it should be briefly noted that from Vienna, Twain wrote articles for the American press denouncing the anti-Semitism of the ruling party and articulating a warm sympathy for and appreciation of the Jews who were the subject of widespread persecution.


Twain had no shortage of personal tragedy, which, one suspects, helped shape his literary and personal sympathies. Three of Twain’s six siblings died in childhood. One of those who survived, his brother Henry, died in riverboat accident in 1858 while only 19 years old. Much later, in 1872, Twain was to lose his year-old son Langdon to diphtheria, an event for which he largely blamed himself. One of his three daughters, Susy Clemens, died of meningitis in 1896. His wife, Olivia, 10 years his junior and to whom Twain was very devoted, died in 1904. His youngest daughter, Jean, died on Christmas Eve, 1909. Jean’s death followed by only seven months that of his close friend, the oil baron Henry Rogers.


Rogers had been instrumental in helping Twain extricate himself from financial ruin in 1893. Following his declaration of bankruptcy, Twain undertook a worldwide lecture tour to repay his debtors. Approaching his seventh decade and under no legal obligation to do so, Twain undertook considerable efforts to pay back his creditors in full.

If there is a misanthropic vein in Twain’s humor, especially his later humor, it should be seen in the context of these personal difficulties and tragedies, as well as his growing disillusionment with the political and social trajectory of the United States.


Believing initially in the mission of the US government to “spread democracy,” Twain first supported American military intervention in the Philippines during the Spanish-American war. By 1901, however, Twain wrote that he had changed his view diametrically and concluded that the whole campaign had been waged “to conquer, not to redeem.” He went on to become the vice-president of the American Anti-Imperialist League.


Most media treatments of Twain’s life and career shy away from his increasingly critical and radical pronouncements on American society and political life toward the end of his life. Twain had witnessed the transformation of the young American bourgeois democracy into a modern power. Revolted by US imperialism at its birth, Twain became an outspoken critic. The bourgeois press of today does not wish to be reminded, nor to remind anyone else, of this critical element of Twain’s life.

A similar process shows itself at work in regard to Twain’s anti-religious writings.


Initially inclined towards a form of deism, Twain essentially rejected all organized religion and subjected religious conceptions to withering criticisms, especially in his later work. Even his relatively early writings like Innocents Abroad and Tom Sawyer take a fairly irreverent and humorous view of theological matters. But his later writings, especially Letters from Earth (written in 1909, but not published until 1962 owing to his surviving daughter’s apprehension), take a bold and combative turn. In the Letters, Twain has Satan describe with great amusement the self-satisfaction of mankind who “thinks he is the Creator’s pet” even though the reality is that, “[w]hen he is at his very very best he is a sort of low grade nickel-plated angel; at is worst he is unspeakable, unimaginable….”


God is not spared any criticism here either. “Will you examine the Deity’s morals and disposition and conduct a little further? And will you remember that in the Sunday school the little children are urged to…make him their model and try to be as like him as they can?” Twain then lists Biblical injunctions for the ancient Israelites to exterminate the inhabitants of the “Promised Land.” With such a model for moral teaching, Twain says, it is no wonder that society perpetuates violent human conflict. It was Twain’s revulsion at such conflict, particularly in its brutal colonial forms, that impelled him to attack the religious conceptions that defended or apologized for it.

In the closing sentence of My Mark Twain, his friend, critic and fellow author William Dean Howells said famously: “Emerson, Longfellow, Lowell, Holmes—I knew them all and all the rest of our sages, poets, seers, critics, humorists; they were like one another and like other literary men; but Clemens was sole, incomparable, the Lincoln of our literature.” With this statement we can certainly agree.


No less true, although less often cited, is the preceding sentence in which Howells described Twain’s appearance at the funeral: “I looked a moment at the face I knew so well; and it was patient with the patience I had so often seen in it; something of the puzzle, a great silent dignity, an assent to what must be from the depths of a nature whose tragical seriousness broke in the laughter which the unwise took for the whole of him.” How fitting are these words that point to the complexity of the great author.

When considering Mark Twain a hundred years after the fact, one cannot help wondering what he would have to say about the America of 2010. One can only imagine his shock and dismay at the way in which the malignant social and political tendencies that he had observed in their relative infancy had metastasized.


What an abundance of targets present themselves! The well-heeled hypocrites and liars in the White House and Congress, the relentlessly avaricious corporate aristocrats, the patriotic editors justifying a resurgence of colonialism, the millionaire preachers with their put-on piety, the fake, smiling face of television anchors, the charlatanry of the “self-help” experts and all the other fleecers of the population’s pockets—all of it ripe for, in Twain’s phrase, “a pen warmed up in hell”! Where are his heirs today?


See also:

Ken Burns’ Mark Twain: a not quite unflinching portrait


Source: http://www.wsws.org


Url of this article http://www.internationalnews.fr/article-one-hundred-years-since-the-death-of-mark-twain-49129239.html

 

 

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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /2010 10:07

http://www.abc.net.au/reslib/200901/r329198_1481599.jpg


Voila qui peut paraître étrange tant les médias nous parlent d’Israël. Mais les raisons du conflit sont-elles claires ?


Israël : terre sans peuple pour un peuple sans terre ? Démocratie en légitime défense ou Etat d’apartheid ? Choc des civilisations, conflit religieux ou enjeu pétrolier ? Pourquoi une solution paraît-elle impossible ?

Michel Collon a interrogé 20 témoins et spécialistes. Israéliens et Arabes, juifs et musulmans, Européens et Américains. Chacun éclaire une question spécifique dans un langage simple et direct.

Pourquoi parler d’Israël ? Pour tenter de mener un débat raisonné. Entre ceux qui crient à l’antisémitisme dès qu’on critique le gouvernement israélien et ceux qui imaginent un grand complot juif.

Comment parler d’Israël ? En laissant de côté les préjugés et en découvrant tous les faits, les pages d’Histoire occultées.


Lever tous les tabous c’est permettre à chacun de se faire son opinion librement. Et de débattre autour de soi. Car ce conflit se joue aussi bien au Moyen-Orient qu’en Europe. C’est de la discussion entre citoyens de tous horizons que surgiront les solutions pour
la paix.


L’AUTEUR : Ecrivain et journaliste belge. Analyste des médias, il anime avec le collectif Investig’Action le site d’information alternative michelcollon.info. Il a notamment analysé les stratégies de guerre et de désinformation : Attention, médias !, Bush le cyclone et Les 7 Péchés d’Hugo Chavez.

Aurore Van Opstal et Abdellah Boudami sont membres du collectif Investig’Action.

 

FICHE PRATIQUE :
Michel Collon
Israël, parlons-en !
Investig’Action – Couleur livres
Prix : 18.00 €
348 pages
Format : 13 x 21 cm
ISBN : 978-2-87003-549-8



http://www.michelcollon.info


Photo: www.abc.net.au

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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /2010 02:50
http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782918597056.jpg

Le Prix Nobel d’économie prédit la fin d’un monde

Sommes-nous à l’aube de la fin du capitalisme ou de la mort d’un système ?

par David Naulin

Voici un livre qui était très attendu : l’analyse de la crise et de l’avenir de l’économie mondiale par le célèbre prix Nobel qui dénonce, depuis plus de 10 ans, le fondamentalisme du marché, la libéralisation à outrance des capitaux, les dérégulations et la montée des inégalités. Joseph Stiglitz est l’un des très rares économistes qui avait prédit les risques de crise. Pour l’auteur, ce qui s’est passé en septembre 2008 est comparable à la chute du mur de Berlin pour le communisme en 1989. Il s’agit donc aujourd’hui de la fin d’un système et de la nécessité vitale de penser autrement le monde. Ce livre sera sans conteste un livre de référence tant la réputation mais également la force d’analyse et de prédictions de l’auteur sont grandes.

Cette crise, l’auteur l’avait annoncée. Aujourd’hui il démontre qu’elle est au système néolibéral ce que la chute du mur de Berlin, en 1989, fut à l’économie soviétique. Il ne s’agit donc pas d’y répondre dans le cadre exigüe de nos références mais de faire un pas de côté et de la considérer globalement jusqu’à remettre en cause les fondations qui l’ont rendue possible.


Comment en est on arrivé là ? Quelles sont les véritables causes de cette crise ? Comment un système économique a pu ainsi s’imposer au monde ? Comment les élites politiques n’ont pas su entendre les signes avant coureurs (crise asiatique, crise argentine, effondrement d’Enron…) ? Comment le monde de la finance a t il pu prendre le pas sur le monde politique ? Comment un récit économique est il devenu le seul possible sans aucun contre pouvoir ? Comment avons-nous pu accepter une telle montée des inégalités sans prendre conscience des conséquences ? Comment, alors même que l’histoire nous susurrait de prendre garde, avons-nous dérégulé et libéralisé à outrance les capitaux ? Comment la crise du crédit s’est-elle emballée ? Comment expliquer la faillite des institutions et des Etats ? Comment n’a-t-on pas pu ou voulu contrôler les dérives des produits financiers ?


C’est l’histoire de cette crise que l’auteur analyse, toujours avec pédagogie, beaucoup de vie et dans un langage accessible à tous. Mais il ne s’arrête pas là : nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins.


Soit nous continuons à faire triompher la cupidité, à mettre au cœur de nos sociétés économiques le libre marché, l’obsession du court terme, les déréglementations, la libre circulation des capitaux, responsables des pires dérives du système financier ; soit nous acceptons de faire un pas de côté et de considérer les causes fondamentales de notre échec.


Joseph Stiglitz ouvre des réflexions passionnantes et si vitales aujourd’hui : Sommes-nous à l’aube de la fin du capitalisme ou de la mort d’un système ? Que doit-on faire pour en sortir ? Sommes nous prêts à une véritable refondation ou, comme il le semble, nous limitons nous à quelques remèdes cosmétiques ? Bref, est-il raisonnable d’appliquer à une plaie largement gangrénée un simple mercurochrome ?


Joseph Stiglitz apporte dans ce livre des solutions. Il démontre magistralement que les mesures actuellement prises aux États-Unis ou en Europe ne sont pas à la hauteur de l’enjeu et contribueront, pour nombre d’entre elles, à relancer un système qui a échoué et qui ira de crise en crise. Les banques vont poursuivre leurs activités comme avant, la déréglementation dans certains domaines continue à bon train... Ce livre résonne comme un appel, il nous invite, si nous voulons nous garder de terribles déconvenues, à remettre à plat les fondements mêmes de l’économie mondiale.


- Au sommaire : Fabrication d’une crise - La chute et l’après-chute - Réaction malheureuse - Le scandale des prêts hypothécaires - Le grand hold-up américain - La cupidité triomphe de la prudence - Un nouvel ordre capitaliste - De la reprise mondiale à la prospérité du monde - Réformer la science économique - Pour une nouvelle société.


Source: http://www.cdurable.info, 11 février 2010

 

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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 14:54
La Synthèse par Thierry Discepolo
(HommeModerne.org)


http://www.brooksinternational.com/Customized/Uploads/images/zinn.jpg
Howard Zinn


Tous les livres ont leur petite histoire, qui n’intéresse le plus souvent que ceux qui les ont fait. Mais la petite histoire de ce livre d’histoire est un peu plus longue déjà. Et certains de ses éléments nous ont paru mériter la publicité.


L’histoire de ce livre en France est d’abord celle de son absence. Édité en 1980 aux États-Unis, il a fait l’objet en 22 ans de 5 rééditions. Le titre existe en version courte (seulement le xxe siècle) ; et en version lue par Matt Damon, jeune star du cinéma américain. Vendu à plus de 950 000 exemplaires aux États-Unis (et 65 000 en Angleterre), ce livre est traduit depuis 20 ans en espagnol, en russe et en japonais ; les éditions turques, arabes, roumaines et grecques sont en cours ; l’Italie et l’Allemagne boudent semble-t-il plus encore que la France.


Sa parution, en 1980 donc, a aussitôt fait l’objet d’une recension de deux pages dans Le Monde diplomatique. Et puis le livre a attendu 20 ans que les éditions Agone soient assez solides pour envisager la traduction et l’édition d’une somme de 812 pages – qui a mobilisé une équipe de six personnes. Une chose est certaine, l’acquisition des droits de ce livre auprès de l’éditeur américain ne s’est pas faite dans une ambiance de concurrence.


Pourquoi une si longue négligence ? Les États-Unis sont-ils un pays qui compte pour si peu dans l’histoire politique et sociale, économique et commerciale, intellectuelle et artistique du monde contemporain ?


Personne n’a dit aussi bien que Pierre Nora, directeur de la collection « Bibliothèque des histoires » chez Gallimard, les raisons pour lesquelles l’édition française répugne à publier de tels ouvrages – il s’agissait alors de L’Âge des extrêmes, d’Éric Hobsbawm, mais rien n’a changé depuis : « Tous les éditeurs, bon gré mal gré, sont bien obligés de tenir compte de la conjoncture intellectuelle et idéologique dans laquelle s’inscrit leur production. Or, il y a de sérieuses raisons de penser qu’un tel livre apparaîtra dans un environnement intellectuel et historique peu favorable. D’où le manque d’enthousiasme à parier sur ses chances. La France ayant été le pays le plus longtemps et le plus profondément stalinisé, la décompression, du même coup, a accentué l’hostilité à tout ce qui, de près ou de loin, peut rappeler cet âge du philosoviétisme ou procommunisme de naguère, y compris le marxisme le plus ouvert. Cet attachement, même distancié, à la cause révolutionnaire [conclut Nora], Éric Hobsbawm le cultive certainement comme un point d’orgueil, une fidélité de fierté, une réaction à l’air du temps ; mais en France et en ce moment, il passe mal. »


Conjoncture intellectuelle et idéologique des plus défavorable en effet. Mais disons-le autrement : celle de l’amalgame entre recul de la critique marxiste du capitalisme et effondrement de l’Union soviétique. Un amalgame bien utile au nouvel ordre néolibéral pour invalider toute croyance en la possibilité d’une organisation sociale qui se fonde sur le bonheur du plus grand nombre décidé par eux-mêmes plutôt que sur la liberté individuelle de faire des profits et de s’accomplir dans la seule consommation.


C’est la raison pour laquelle, justement, dans notre pays où la parole publique la mieux autorisée et la plus bavarde semble celle de renégats communistes, maoïstes ou trotskistes, il nous a paru particulièrement urgent de donner à lire l’attachement de Howard Zinn à une cause révolutionnaire qu’il « cultive comme un point d’orgueil, une fidélité de fierté, une réaction à l’air du temps ». Une attitude d’autant plus singulière qu’elle débarque d’un pays qui ne nous a plus trop habitués à de telles exportations.


« Une autre histoire » aurait pu donc être le titre de ce livre. Un livre qui rassemble d’ailleurs à peu près tout ce qui fait la ligne éditoriale d’Agone, notamment dans ce travail d’éducation populaire qui doit plus à la contre information qu’à la vulgarisation. Car Zinn ne livre pas seulement une synthèse de la connaissance historique disponible sur le pays qui prend le plus de place dans le quotidien de bien des gens qui s’en priveraient volontiers… On trouve déjà sur le marché une telle production savante et semi-savante. Mais il s’agit là des versions officielles d’une histoire des dominants par leurs clercs – telles que déclinée par un universitaire de presse comme Nicole Bacharan (attachée au Monde et à France Inter), avec son Good morning America : ceux qui ont inventé l'Amérique (paru en 2001) –, qui installent le lit sur lequel peut croître et se développer la production d’une vieille ganache réactionnaire comme Jean-Francois Revel – son L’Obsession anti-américaine : son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences vient de paraître, aussitôt loué par le quotidien du soir Le Monde.


Plutôt donc qu’une actualisation de ces histoires du point de vue du pouvoir, Zinn en propose comme le contre-modèle, l’antidote qui nous permet de nous soigner de l’histoire écrite par les dominants pour désespérer les dominés de tout changement.


Au moment de chercher comment illustrer en quelques phrases cette chose, « l’histoire écrite par les dominants », n’étant en rien historien des États-Unis ni de quelqu’autre territoire ou période que ce soit, je me suis trouvé bien embêté. Mais on peut toujours faire confiance en la brutalité bestiale de quelque journaliste pour nous fournir régulièrement des illustrations comme sur un plateau. Ainsi Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, expliquait-il le 11 septembre dernier à un interlocuteur africain que la destruction du World Trade Center était « un événement historique » tandis que le génocide rwandais n’était qu’une « guerre civile africaine ». Autrement dit, que le premier concernait l’histoire du monde et pas le second ; que l’un est une leçon d’histoire et l’autre un détail de l’histoire. Au moins, c’est clair. Déclinaison d’un réflexe du sujétion totale au puissant que le même patron de presse avait ramassé le lendemain des attentats dans la formule : « Nous sommes tous américains. » Autrement dit, la douleur des dominants ne nous concerne pas au même titre que celle de dominés. On ne porte que le deuil des maîtres et seule la mort des maîtres est inscrite dans les chroniques. Voilà comment l’histoire avance en oubliant le plus grand nombre.


On voit bien toute la difficulté de raconter cette histoire des oubliés de l’histoire. Et notamment dans l’usage des sources, celles que, justement, Zinn invoque : sources non officielles, ignorées ou sous-utilisées, telles que récits d’esclaves, confessions de prisonniers, correspondance de soldats, journaux de femmes, biographies et autobiographies, auditions publiques et autres documents de la tradition orale. (Ce qui n’empêche pas Zinn d’utiliser également des pièces majeures telles que les Pentagon Papers, rédaction de l’histoire du Vietnam par le département de la Défense, document confidentiel de 7 000 pages qui fut rendu public par deux employés scandalisés par leur expérience directe de la guerre et horrifiés par ce que l’Amérique faisait subir au peuple vietnamien. Ils photocopièrent le document en juin 1971 avant d’en envoyer copie à quelques membres du Congrès et au New York Times. Ce fut, vous l’imaginez, un tollé général.)


Zinn ne tient pour histoire que l’histoire du plus grand nombre. Il prend acte du fait que seule la mémoire des défaites (souvent) et des victoires (rares) des dominés nous enseignent correctement le monde tel qu’il va. Au contraire de la mémoire des États, qui n’est qu’une mémoire déformée selon les exigences idéologiques (ou les modes publicitaires), version aplatie d’un présent toujours renouvelé qui nie l’impact du passé sur le présent et le futur, Zinn propose de rendre à l’histoire son potentiel de subversion, forçant le lecteur à tirer les leçons du passé. Pour croire qu’un autre monde est possible, ça aide bien de savoir que d’autres en ont rêvé avant, et que leur échec n’a rien d’inéluctable mais, au contraire, qu'il fut l’objet d’une mobilisation de tous les instants par ceux qui avaient des intérêts rien moins que théoriques à ce que rien ne change : des questions d’argent, de pouvoir, de confort dans un ordre social soutenu par les lois, la manipulation de l’opinion et la force physique.


La synthèse que constitue cette histoire populaire s’appuie sur les recherches hétérodoxes accomplis depuis les années 1970 sur l’esclavage, sur la période révolutionnaire, sur la formation du capitalisme d’État, sur l’expansion territoriale – que l’on connaît sous le nom poétique de « conquête de l’Ouest » mais qu’il convient de voir comme la première étape de l’impérialisme américain. Une synthèse qui exprime clairement le point de vue – habituellement occulté – de l’opprimé, que l’histoire officielle traite en figurant : l’Indien, le Noir, le Chicano, le Portoricain, le simple soldat, le prisonnier politique, le gréviste, le sans-travail et la femme.


Et puisqu’il ne s’agit que de faire l’histoire du plus grand nombre, Zinn tisse principalement son récit du portrait des mouvements populaires et de leur mode d’action : grèves paysannes et ouvrières, boycottage par des locataires et des consommateurs, formes multiples de désobéissance civile (notamment dans l’armée), organisations de base, alternative au bipartisme démocrate-républicain, luttes syndicales, actions communautaires, etc.


Voyons comment Zinn s’y prend pour inverser cette image d’une histoire tissées de figures héroïques et de hauts faits d’armes, de scènes édifiantes et de personnalités exemplaires.


Pour la plupart d’entre-nous, parmi les événements les plus lyriques de l’histoire américaine en ses débuts de constitution territoriale figure sans doute le drame héroïque de la chute de Fort Alamo… À propos de cette période, Zinn raconte comment, en 1836, après un soulèvement organisé avec le soutien des États-Unis, le Texas se sépare du Mexique avant d’être intégré à l’Union ; comment l’envoi d’un détachement sur la frontière sud du Texas provoque, au printemps 1846, l’incident militaire qui déclenche la guerre de conquête tant souhaitée par les élites américaines, leur permettant d’annexer la moitié du Mexique et d’acheter le Nouveau-Mexique et la Californie – ce qui autorisa la conclusion : « Nous ne prenons rien par conquête, Dieu merci. » Mais pas de Fort Alamo dans cette histoire-là…


Soit dit en passant, les amateurs de western vont être déçus, la chose tant représentée à l’écran ne semble pas même avoir existé… Sur la période et le territoire concerné, Zinn n’expose qu’une lutte des classes entre fermiers et propriétaires terriens sous le titre « L’autre guerre civile ». Non que des shérifs n’aient jamais exercés « au nom de la loi », pistolets à la ceinture ; et que des indiens aient scalpés de pauvres colons ; et que la cavalerie ; etc. Mais tout cela n’est que la partie pittoresque pour l’accaparement d’un territoire suivant le même ordre depuis l’indépendance : celui de l’augmentation des richesses des plus riches.


De la même manière, pour la période moderne, les passionnés de guerre des gangs resteront sur leur faim : le mot même de « mafia » est absent du livre. Non que toute organisation occulte gérant sur une base raciale ou ethnique les jeux, la prostitution, les trafics, le raquet, etc. aient jamais existé, mais, encore une fois, il ne s’agit que de la surface du processus d’intégration violente des derniers arrivants dans un pays où le formalisme de la loi a toujours inscrit l’injustice sociale dans le quotidien du plus grand nombre.


Non que l’histoire que raconte Zinn ne soit pas haute en couleurs ! Elle se déroule au contraire dans le bruit et la fureur. D’autres couleurs toutefois. Moins de cartes postales.

 

 

 

Prenons trois héros martiaux du panthéon américain de la Seconde Guerre mondiale : MacArthur, Eisenhower et Patton. Ils font leur première apparition dans l’histoire américaine au printemps et à l’été 1932, alors que « la colère des vétérans de la Première Guerre mondiale, qui se retrouvent au chômage sans pouvoir nourrir leurs familles, est à l’origine de la marche de la Bonus Army sur Washington. Les anciens combattants, brandissant les certificats gouvernementaux qui leur garantissaient des indemnités (ou bonus), réclament qu’on les leur verse sur-le-champ tant ils en ont désespérément besoin. Seuls ou accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants ; au volant de vieilles voitures épuisées ; en passagers clandestins à bord des trains de marchandises ou en auto-stop, ils arrivent de partout à Washington. Des mineurs de Virginie-Occidentale ; des tôliers de Columbus (Géorgie) ; des chômeurs polonais de Chicago. Une famille – le mari, la femme et leur enfant de trois ans – met trois mois, passant d’un train de marchandises à l’autre, pour venir de Californie. Chief Running Wolf, un Mescalero sans travail, arrive du Nouveau-Mexique en costume traditionnel, avec arc et flèches. Ils sont plus de vingt mille à camper sur l’autre rive du Potomac, en face du Capitole, dans les marais de l’Anacostia où, comme l’écrivit John Dos Passos, « les hommes [couchaient] dans des abris faits de vieux journaux, de boîtes de carton, d’emballages, de plaques de fer-blanc ou de toiles goudronnées, bref, toutes sortes de constructions mal fichues, d’abris contre la pluie fabriqués à partir de ce qu’ils [trouvaient] dans la décharge municipale. » Le décret destiné à autoriser le paiement des fameuses indemnités est voté par la Chambre puis rejeté par le Sénat. Certains vétérans, découragés, lèvent le camp. La plupart restent sur place, les uns occupent des bâtiments officiels, les autres demeurent dans les marais de l’Anacostia. Finalement, le président Hoover ordonne à l’armée de les chasser. Quatre escadrons de cavalerie, quatre compagnies d’infanterie, une batterie de mitrailleuses et six tanks se regroupent près de la Maison-Blanche. Le général Douglas MacArthur est chargé de l’opération, secondé par le major Dwight Eisenhower. Parmi les officiers, un certain George Patton. Après avoir fait parader ses troupes le long de Pennsylvania Avenue, MacArthur utilise les gaz lacrymogènes pour expulser les vétérans des vieux bâtiments qu’ils occupaient avant d’y mettre le feu. L’armée traverse ensuite le pont pour rejoindre Anacostia. Des milliers d’anciens combattants s’enfuient avec femmes et enfants pour échapper aux bombes lacrymogènes. Les soldats incendient quelques baraques ; tout le campement est bientôt la proie des flammes… »

De MacArthur et de Patton, on n’entendra plus parler. Quant à Eisenhower, son retour est l’occasion d’évoquer le rejet de la demande de grâce pour les époux Rosenberg ; l’expédition de milliers de soldats au Liban, qu’il lance, en 1958, pour s’assurer que le gouvernement pro-américain en place ne serait pas renversé par une révolution et pour conserver une présence armée dans cette région riche en pétrole. Puis, au printemps 1960, l’autorisation secrète qu’il donne à la CIA d’armer et d’entraîner des exilés cubains anticastristes au Guatemala en vue d’une future invasion de l’île – un programme que mena à bien (si l’on peut dire) par Kennedy…

 

 

 

Dans ce livre, qui offre une vision d’ensemble de la politique intérieure et étrangère des États-Unis, du débarquement de Christophe Colomb en 1492 aux plus étranges élections de toute l’histoire du pays et à la dernière intervention militaire américaine sous la bannière de la « guerre au terrorisme », les exemples abondent qui éclairent singulièrement les engagements américains de ces dernières années dans des guerres humanitaires :


— « Les États-Unis se sont opposés, au début du xixe siècle, à la révolution que les Haïtiens avaient déclenchée contre la France pour obtenir leur indépendance.


— Les États-Unis ont provoqué une guerre avec le Mexique à l’issue de laquelle ils se sont emparés de la moitié du territoire mexicain.


— Sous prétexte d’aider Cuba à se débarrasser de la tutelle espagnole, les États-Unis s’y installent en imposant une base militaire, leurs investissements financiers et un droit d’intervention dans les affaires intérieures du pays. (Dans le mouvement, les États-Unis se sont également approprié Hawaii, Porto Rico et Guam.)


— Les États-Unis ont mené une guerre sans merci aux Philippins En février 1899, les Philippins se soulevèrent contre les États-Unis, qui ont mit trois ans pour venir à bout de cette révolte, engageant 70 000 soldats et subissant des milliers de pertes au combat. Howard Zinn rapporte ces propos de janvier 1900 devant le Sénat : « Monsieur le président, la franchise est maintenant de mise. Les Philippines sont à nous pour toujours. […] Et à quelques encablures des Philippines se trouvent les inépuisables marchés chinois. Nous ne nous retirerons pas de cette région. […] Nous ne renoncerons pas à jouer notre rôle dans la mission civilisatrice à l’égard du monde que Dieu lui-même a confié à notre race. Le Pacifique est notre océan. […] Vers où devons-nous nous tourner pour trouver des consommateurs à nos excédents ? La géographie répond à cette question. La Chine est notre client naturel. […] Les Philippines nous fournissent une base aux portes de tout l’Orient. Nulle terre en Amérique ne surpasse en fertilité les plaines et les vallées de Lusón. Le riz, le café, le sucre, la noix de coco, le chanvre et le tabac… […] Le bois des Philippines peut fournir le monde entier pour le siècle à venir. L’homme le mieux informé de l’île m’a dit que sur une soixantaine de kilomètres la chaîne montagneuse de Cebu était pratiquement une montagne de charbon. J’ai ici une pépite d’or trouvée telle quelle sur les rives d’une rivière des Philippines… »


Poursuivons.


— Les États-Unis ont « ouvert » le Japon au commerce américain à grand renfort de navires de guerre et de menaces. Ils ont instauré la politique de la « porte ouverte » en Chine, de manière à s’assurer de bénéficier des mêmes opportunités que les autres puissances impérialistes dans l’exploitation des ressources chinoises.


— Toujours pour maintenir la « porte ouverte », les États-Unis ont envoyé des troupes à Pékin pour affirmer avec d’autres nations la suprématie occidentale sur la Chine. Ces troupes étaient sur place depuis bientôt trente ans » quand les États-Unis s’engageaient dans la Seconde Guerre mondiale.


— Alors qu’ils exigent que le marché chinois soit totalement ouvert au commerce, les États-Unis insistaient en revanche pour que l’Amérique latine reste un marché fermé – fermé à tous sauf aux États-Unis, évidemment.


« En bref [conclut Zinn] si la motivation officielle de l’entrée en guerre des États-Unis [fut jamais] le souci de défendre le principe de non-intervention dans les affaires d’autrui, l’histoire du pays permettait déjà de douter de leur compétence en ce domaine » dès avant 1940…


Quelle autre intervention désintéressée trouvons-nous à la suite de l’indubitable Seconde Guerre mondiale ?


– Ni en Grèce en 1947 pour aider les Britanniques à contrôler une guérilla de gauche qui se développe contre la dictature de droite qu’ils y ont instaurée.


– Ni en 1950 en Corée dans une guerre qui fit deux millions de morts. Ni en 1953 en Iran, où un coup d’État orchestré par la CIA installe le Chah. Ni en 1954 au Guatemala, où des mercenaires, entraînés par la CIA au Honduras et au Nicaragua, renversent, avec l’aide de l’aviation américaine, le gouvernement le plus démocratique que le Guatemala ait jamais connu.


– Ni en 1958 au Liban. Ni en 1961 à Cuba, où plus de mille exilés cubains, armés et entraînés par la CIA, débarquent dans la Baie des Cochons avec l’espoir de provoquer une rébellion contre le gouvernement castriste.


– Ni entre 1961 et 1972 au Vietnam, et au Laos et Cambodge puis en Indonésie et en République dominicaine.


– Ni dans les années 1970 et 1980, dans divers coins du Proche-Orient, au Chili puis Salvador et au Nicaragua et sur la minuscule île de la Grenade…


J’en passe…


Puis nous voilà en 1991, quand les États-Unis volent au secours de la souveraineté du Koweït et déclarent la guerre à l’Irak – sans rapport avec le contrôle d’une partie des ressources pétrolières du Golfe ? Et tout de suite en 1999, avec la première guerre humanitaire officielle des États-Unis : le bombardement en mars 1999, par l’OTAN, du Kosovo et de la Serbie.


Demandons-nous encore une fois « si la motivation officielle de l’entrée en guerre des États-Unis [fut jamais] le souci de défendre » un quelconque principe moral : « l’histoire du pays permet de douter de leur compétence en ce domaine »…

 

 

 

Quant à l’histoire intérieure, Zinn développe tout au long des siècles une variation sur le thème de la division des intérêts des dominés, du développement des fragmentations sociales dans un pays où les distinctions de classe recoupent celles des origines nationales, des races et des sexes. Cet usage habile, par le pouvoir, de l’opposition des dominés, culmine avec le système du bipartisme, qui s’installe à la tête de l’État fédéral dès l’Indépendance, et la gestion des conflits par la nature double de l’État fédéral-national, qui prend chaque fois le partie des plus riches – y compris au mépris de la loi même.


Prenons trois exemples.

 

 

Ce modèle de gestion de l’ordre social prend forme dès la période pré-révolutionnaire et fut appliqué dans la mise en place de la rhétorique indépendantiste. Quel problèmes se posent alors aux élites américaines : mater les rébellions populaires ; détourner les paysans en mal de terre d’une alliance avec les Anglais ; canaliser la résistance aux impôts de la Couronne ; accorder aux ouvriers spécialisés et aux artisans des concessions économiques et des libertés politiques qui ne remettent pas en cause les structures de classe.


Ainsi, les terres confisquées aux propriétaires fidèles aux Anglais sont redistribuées de manière à fournir une double opportunité aux chefs révolutionnaires. Autrement dit, selon Zinn : « S’enrichir, eux et leurs amis, et distribuer des lopins aux petits fermiers afin de s’assurer de leur soutien le plus large au nouveau régime politique. Cette attitude va devenir une des principales caractéristiques de la nouvelle nation. Une nation si extraordinairement riche qu’elle pouvait produire la classe dirigeante la plus fortunée qu’on a jamais vue tout en conservant assez de moyens pour satisfaire une petite bourgeoisie destinée à servir de digue entre les plus fortunés et les plus pauvres. »


Zinn « résume ainsi la nature sociale de la Révolution : "Le fait que les milieux les plus humbles aient participé à la bataille ne doit pas masquer que cette bataille était globalement une lutte pour les fonctions et le pouvoir opposant les membres d’une même classe fortunée : les nouveaux contre les anciens. » Avant comme après, l’homme le plus riche d’Amérique était George Washington et les conditions de vie des pauvres blancs sont restées quasiment inchangées.


L’armée d’indépendance elle-même résume cette situation : des fermiers à qui leurs propriétaires avaient promis l’accession à la propriété, mais qui, enrôlés, ont découvert que leur solde n’était pas loin de 10 fois inférieure à celle de officiers ; puis ils ont assisté à l’enrichissement des fournisseurs officiels de l’armée.


(On voit là les prémisses d’une tradition américaine qui produit les fameux « barons voleurs », ces rois de la banque et du rail qui ont refondé le capitalisme au cours du xixe siècle. Zinn fait ainsi le portrait de la banque Morgan, l’une de celles qui prêtent de l’or à l’État : « Pendant la guerre de Sécession, Morgan achète à un arsenal militaire 5 000 fusils à 3,5 dollars pièce, qu’il revend à un général 22 dollars chaque. Ces fusils défectueux auraient arraché le pouce de tout soldat qui s’en serait servi. Le fait est signalé dans un obscur rapport du Congrès, mais il se trouve un juge fédéral pour objecter que cet échange commercial s’appuyait sur un contrat juridiquement valide. »)


En fait, « le fameux "peuple" dont il est question dans la Constitution ("Nous, le peuple des États-Unis", expression dont [les Américains sont] redevables au très riche gouverneur Morris) ne comprend ni les Indiens, ni les Noirs, ni les femmes, ni même les serviteurs sous contrat ».

 

L’abolition de l’esclavage est une bonne illustration du contrôle d’un progrès social inévitable.


Zinn résume ainsi la situation : « En 1860, quand le Sud produit un million de tonnes de coton par an, le nombre des esclaves atteint quatre millions. Constamment en proie aux révoltes et aux conspirations, les États esclavagistes du Sud avaient développé un réseau d’outils de contrôle qui s’appuyait sur les lois, les tribunaux, les forces armées et le préjugé raciste des responsables politiques de la nation. Seuls un soulèvement général des esclaves ou une guerre généralisée auraient pu abattre un système aussi solidement étayé. Mais un tel soulèvement risquait de se révéler incontrôlable et de libérer des forces qui pourraient s’en prendre, au-delà de l’esclavage, au système d’enrichissement capitaliste le plus efficace du monde. En cas de guerre généralisée, en revanche, ceux qui la conduiraient pourraient en maîtriser les conséquences. Aussi est-ce Abraham Lincoln et non John Brown qui affranchit finalement les esclaves.


En 1859, John Brown fut pendu avec la complicité des autorités fédérales pour avoir tenté de faire, par un usage somme toute modéré de la violence, ce que Lincoln ferait quelques années plus tard après un déchaînement de violence généralisé.


L’abolition de l’esclavage se faisant sur ordre du gouvernement – sous la formidable pression, il est vrai, des Noirs, libres et esclaves, et des Blancs abolitionnistes –, elle pouvait être orchestrée de manière à ce que l’émancipation reste limitée. Cette libération "venue du haut" ne pouvait dépasser les bornes fixées par les intérêts des groupes dominants. Mais, portée par la dynamique de la guerre et la rhétorique de la croisade, elle pouvait être ramenée vers un cadre encore plus sûr. Si l’abolition de l’esclavage entraîna, en effet, une reconstruction nationale sur les plans économique et politique, ce ne fut pas une reconstruction radicale mais une reconstruction sécurisante – et surtout rentable. »

 

Rapprochons-nous de la période contemporaine.


À la fin du xixe siècle naît au Texas un rassemblement de fermiers qui aboutit à la formation d’un mouvement populaire qui débouche sur la formation d’un troisième parti qui… Mais comment cela a-t-il commencé ?


Existait alors un système qui permettait aux fermiers d’emprunter aux fournisseurs leurs marchandises mais à un tel taux d’endettement que tout remboursement était souvent impossible – 90 % des fermiers du Sud étaient endettés. (C’est comme si les États-Unis avaient expérimenté chez eux le système de la dette du tiers-monde…)


Deux histoires pour illustrer la situation : « Un fermier blanc de Caroline du Sud achète entre 1887 et 1895 pour 2 681,02 dollars de produits à un fournisseur. Comme il ne peut lui rembourser que 687,31 dollars, il lui donne finalement sa terre. Entre 1884 et 1901, Matt Brown, un fermier noir de Black Hawk (Mississippi), s’approvisionne auprès du magasin Jones, s’endettant de plus en plus. Pour finir, son nom est mentionné une dernière fois dans le livre de comptes du fournisseur, en 1905, pour l’achat d’un cercueil.  »


En 1886, après une série de révoltes contre ce système, des fermiers blancs se réunissent pour fonder la première Farmers Alliance. Des centaines de milliers de fermiers forment des coopératives, achètent du matériel en gros pour obtenir des prix plus bas, mettent leur coton en commun et le vendent via les coopératives.


En 1892, des porte-parole de l’Alliance visitent 43 États et s’adressent à près de 2 millions de familles. Il s’agit déjà alors de la « plus importante tentative d’organisation menée par un groupe de citoyens américains du xixe siècle ».


Le mouvement dépasse 400 000 membres ; les expériences se développent : un système monétaire parallèle, des garanties coopératives agricoles pour assurer les fermiers contre la perte de leur récolte, etc.


Ce projet ne pouvant être repris par aucun des deux principaux partis, les Alliances créent le parti du Peuple (ou parti populiste), qui obtient bientôt des membres au Congrès, un gouverneur en Géorgie et au Texas, etc.


Mais trois problèmes majeurs se présentent : le maintien de la politique aux mains des caciques habituels (qui ne furent jamais mis en danger) ; la question raciale (un blocage constant malgré le caractère unique de l’expérience populiste du rapprochement des races notamment dans le Sud) ; l’alliance fermiers-travailleurs (qui n’aboutit jamais malgré la prédominance de la question économique).


Après de sérieux échecs sur ces points, le piège du suffrage électoral se referme sur les Populistes : rallié au parti démocrate aux élections présidentielles de 1896, le Populisme finit par se perdre dans les méandres de la politique démocrate. Si les démocrates l’emportent, le Populisme est absorbé. Si les démocrates perdent, il se désintègre.


Comme lors de la plupart des périodes électorales américaines, il faut raffermir le système après des années de contestation et de révolte. Lorsqu’un mouvement de masse relativement menaçant se développe, le système bipartisan est prêt à envoyer une de ses colonnes (une fois les démocrates, une fois les républicains) pour le circonvenir et en extirper toute vitalité. Et, toujours le même outil pour noyer le ressentiment de classe sous un flot de slogans d’unité nationale… L’acte suprême de patriotisme restant la guerre, deux ans après l’élection de McKinley à la présidence, les États-Unis déclarent la guerre à l’Espagne. En 1897, Theodore Roosevelt avait écrit à un ami : « Entre nous, […] j’accueillerais avec plaisir n’importe quelle guerre tant il me semble que ce pays en a besoin. »


Mais si la guerre et le chauvinisme peuvent différer la colère de classe inspirée par les dures réalités de la vie quotidienne, elles ne peuvent la faire disparaître complètement. À l’orée du xxe siècle, cette colère éclate de nouveau. Emma Goldman – militante anarchiste et féministe – s’adresse ainsi à la foule au cours d’un rassemblement organisé quelques années après la guerre hispano-américaine : « Comme nos cœurs se soulevaient d’indignation devant ces cruels Espagnols ! […] Mais lorsque la fumée fut dissipée, que les morts eurent été enterrés et qu’il revint au peuple de supporter le coût de cette guerre par la hausse des prix des produits de première nécessité et des loyers – c’est-à-dire quand nous sommes sortis de notre ivresse patriotique –, il nous est soudainement apparu que la cause de la guerre hispano-américaine était le prix du sucre. […] Et que les vies, le sang et l’argent du peuple américain avaient servi à protéger les intérêts des capitalistes américains. »


Les États-Unis allait bientôt connaître le défi socialiste. Il était temps que le pays se lancent dans la Première Guerre mondiale…

 

Finalement, qu’est-ce que dessine ce long parcours historique redessiné par Zinn ? La permanence de la résistance des petites gens ; l’adaptabilité des techniques de contrôle social ; l’incertitude et la nécessité du combat dans un système où les jeux ne sont jamais faits. En fait, quand on rend compte de la vie du plus grand nombre, l’histoire n’est plus qu’une histoire de révolte, de résistance, d’avancées libératrices et de répressions. On voit s’opérer l’affrontement de deux constantes, irréductibles et antagonistes : d’une part, l’inépuisable capacité de résistance d’hommes et de femmes en apparence impuissants et résolus de leur sort ; de l’autre, les ressources infinies d’un système de contrôle, le plus ingénieux système de contrôle de l’histoire du monde, le capitalisme.


Comprenant cela, la fausse opposition, sur fond de nationalisme, entre pro- et anti-américanisme, cette opposition qui fait couler tant d’encre de presse réactionnaire, du Monde au Figaro, prend une tout autre signification. L’« américanisme » et l’« antiaméricanisme » ne sont plus que, d’un côté, l’admiration de la mise au pas d’un peuple par le capitalisme d’État et, de l’autre, le refus de cette gestion et de ses valeurs.


Il est facile de comprendre qu’une telle présentation d’un tel livre sur un tel propos, il ne sera pas facile de la voir se dérouler dans les lieux officiels de l’idéologie officielle, qui n’a aucun intérêt à faire savoir que l’histoire du monde n’a pas toujours été celle du seul monde possible que l’on nous fait.


Car, si ce livre nous permet d’accomplir une conversion du regard, alors nous ne mettrons plus que du désespoir dans nos principales institutions (les grands médias, les partis politiques qui gère l’alternance du capitalisme d’État, les syndicats de la cogestion patronale) pour réserver ailleurs et autrement nos efforts


http://www.homme-moderne.org

Ecouter l'émission de Daniel Mermet sur Howard Zinn: http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1847#forum13343

Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-presentation-du-livre-d-howard-zinn-une-histoire-populaire-des-etats-unis-43995368.html

Publié dans : Livres/Books
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