Le Monde Diplomatique
Déconstruction d’une histoire
mythique
Comment fut inventé le peuple
juif
Les Juifs forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la
diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de
la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers
khazars.
Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a
reçu la Torah (1) dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif. Chacun
se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et
d’Israël. De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an
70 après J.C.
S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il
parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son unicité ne fut pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans
l’antique patrie. Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt
siècles.
Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard. Justes
étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale.
D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a
inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif. L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes,
une pluralité d’approches. Mais les polémiques en son sein n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au début du
XXe.
Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient
quasiment d’aucun écho. L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant. Les instances
spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée
en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé
ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.
Ces chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée à la fin des années 1980. La plupart des acteurs de
ce débat public, en nombre limité, venaient d’autres disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires : sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science
politique, chercheurs en littérature, archéologues formulèrent des réflexions nouvelles sur le passé juif et sioniste. On comptait également dans leurs rangs des diplômés venus de l’étranger.
Des « départements d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique apologétique à base d’idées
reçues.
Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout
historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales.
La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ? Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du XIXe siècle, ne
la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple.
Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz, porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont
transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national. Les historiens sionistes n’ont
cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.
Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la possibilité d’un grand exode
au XIIIe siècle avant notre ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci...
était aux mains des Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément
étranger.
Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits
royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses élites
politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.
L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine,
n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A
l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.
Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au VIIe siècle. La plupart des penseurs sionistes
n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande
révolte palestinienne. Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée (2).
A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie
nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la
première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ». Partant de ce
royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif
d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.
Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte.
La Mishna et le Talmud (3) autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression
montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.
La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve
siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps
modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce
même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser
les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.
La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase
à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du
Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish (4).
Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ; ils sont ensuite progressivement
marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à
Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance,
a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.
Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une
succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier. La « recherche sur les origines des
populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio
juive (5) dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple
élu ».
Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste
et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.
Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon
l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de
citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre
d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».
Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont
toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur
d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.
Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passent un temps, on le sait, par l’invention de la nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres
humains au XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les
grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A
l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.
(1) Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.
(2) Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël » dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish), Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population dans le pays (en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de l’Union de la jeunesse et Fonds national juif, 1929.
(3) La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.
(4) Parlé par les Juifs d’Europe orientale, le yiddish est une langue slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.
(5) Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de l’Histoire.
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205 - août
2008
En Espagne, au cours des six dernières années, après la victoire du Parti populaire de M. José Maria Aznar, l’Opus Dei, sorte de maçonnerie catholique fondée en 1928 par Mgr José Maria Escrivá de Balaguer (1), a peu à peu repris le pouvoir. Beaucoup de militants de l’Opus Dei ont réinvesti des postes importants dans les entreprises et le gouvernement. Ce qui explique le renouveau d’intérêt suscité par la divulgation du Rapport confidentiel sur l’organisation secrète de l’Opus Dei, rédigé en 1943 par la Phalange (parti fasciste espagnol), engagée alors contre Mgr Escrivá de Balaguer dans une âpre lutte pour le pouvoir au sein de la dictature franquiste. Dans ce rapport, Escrivá est décrit comme un « médisant » à la vie peu exemplaire, aux « paroles et aux actes pleins d’arrière-pensées » et d’une « dévotion ostentatoire et larmoyante, fort peu naturelle, avec des attitudes feintes et forcées ». Ces accusations n’ont en rien gêné la fulgurante carrière de Mgr Escrivá, d’abord mondaine (le fondateur de l’Opus Dei, « modeste » accumulateur de décorations et d’honneurs, avait obtenu de son ami le général Franco un titre nobiliaire : marquis de Peralta), et ensuite céleste, béatification en 1982 et, consécration suprême, la sainteté, le 6 octobre 2002.
Le lecteur curieux de la vie du nouveau saint Escrivá trouvera dans quelques ouvrages (2) et dans les hagiographies éditées par l’Opus Dei des témoignages abondants de ses faits et gestes. Nous disposons de traces non moins révélatrices du personnage avec les séquences filmées de quelques-unes de ses apparitions en Cadillac noire, dans des postures pleines de grâce. Mais mon interprétation personnelle, dans Foutricomédie, des maximes de son œuvre capitale, Chemin - traduite en plus de quarante langues -, apporte une lumière nouvelle sur les fantasmes sexuels d’Escrivá. Le fondateur de l’Opus Dei était, à n’en point douter, comme aurait dit Rabelais, « du bois dont on fait les saints ».
L’œuvre maîtresse du fondateur de l’Opus Dei, Chemin, fut écrite pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) et constitue un éloge de l’esprit fasciste et du dictateur Franco. Dans une des rares incises autobiographiques du livre, l’auteur évoque les moments de « noble et joyeuse camaraderie » chez les officiers franquistes, où il avait entendu la chanson d’un « jeune lieutenant à la moustache brune » qui récitait cette prière : « Des cœurs partagés / moi, je n’en veux pas ; / et si je donne le mien / Je le donne en entier » (maxime 145). Le livre reflète la ferveur franquiste de l’époque (« La guerre est le plus grand obstacle dressé sur le chemin facile. Et pourtant, il nous faudra l’aimer [c’est moi qui souligne], comme le religieux aime ses disciplines » [311]) et, naturellement, la fervente exaltation du « Caudillo » Franco (« Te laisser aller ? Toi ?... Ferais-tu donc partie du troupeau ? Alors que tu es né pour être caudillo ! » [16]. « Des caudillos !... Virilise ta volonté pour que Dieu fasse de toi un caudillo » [833]). Grâce à la « ferveur patriotique » (905) dans la lutte contre « le voltairianisme en perruque poudrée ou les libéralismes désuets du XIXe siècle » (849), « l’Espagne reviendra à l’antique grandeur de ses saints, de ses sages et de ses héros » (introduction datée du 19 mars 1939).
Mais si ces aspects de Chemin et beaucoup d’autres, comme sa haute estime du rôle de la femme dans la société chrétienne (« Les femmes n’ont pas besoin d’être savantes, il suffit qu’elles soient effacées » [946]), ont été l’objet d’exégèses par les spécialistes d’Escrivá, je regrette l’absence de ce que l’on pourrait appeler une lecture de la « libido textuelle » de Chemin, de cette sainte sexualité exposée dans la maxime 28 : « Alors que manger est une exigence de l’individu, procréer n’est qu’une exigence de l’espèce, les individus singuliers pouvant s’y soustraire. »« les singuliers » qui « se soustraient » à la procréation, en personnes averties - à la manière de Lorca -, peuvent trouver dans Chemin des maximes très savoureuses et se sentir confortés dans leurs désirs et saintes inspirations sexuelles. Comme nous allons le voir,
Le fondateur de l’Opus Dei a beaucoup de considération pour la vigueur de la virilité, et ne cache pas son dédain pour ceux qui en sont dépourvus, qu’il qualifie de « doux et tendres comme des meringues ». En voici quelques exemples : « Abandonne ces gestes et ces manières frivoles ou puériles. Sois viril » (3) ; « Sois fort. Sois viril. Sois homme » (22) ; « Ne sois pas puéril » (49) ; « Ne sois pas mou, indolent » (193) ; « Tu n’as pas honte d’être si peu viril jusque dans tes défauts ? » (50).
La vigueur préconisée par Escrivá englobe tous les domaines de la vie spirituelle et affective. « Qui t’a dit qu’il n’était pas viril de faire des neuvaines ? » (574). La prière, souligne-t-il à plusieurs reprises, doit être « vigoureuse et virile »« brûlantes et viriles » (216). C’est pourquoi il convient d’adopter un modèle de conduite qui ne prête pas le flanc à la critique ; « Si tu n’es pas viril et... normal - observe-t-il en définissant le terrain de la singularité conseillée -, tu seras non pas un apôtre, mais sa risible caricature » (877). Et il souligne en conséquence : « Etre enfant, ce n’est pas être efféminé » (888). (691), et les larmes des appelés à la milice seront donc également
En dépit de ces exhortations à la sagesse, le terrain est glissant. « Pourquoi ces suppositions erronées sur ton compte te font-elles de la peine ? » (45), demande Escrivá à son lecteur. « Les épanchements de tendresse » de ce dernier et ce sentiment que le Seigneur a mis dans la poitrine virile de ceux qui aspirent à suivre la Voie doivent être adressés au Christ. Et, en personne avertie de la sainteté qu’elle prêche, Escrivá lui murmure à l’oreille : « N’est-il pas vrai qu’en ouvrant un des verrous de ton cœur - et tu as besoin de sept verrous - un petit nuage de doute a flotté plus d’une fois sur ton horizon surnaturel... ? Tourmenté, malgré la pureté de tes intentions, tu t’es alors demandé : n’ai-je pas été trop loin dans les manifestations extérieures de mon affection ? » (161). S’agissant d’une congrégation où règne une stricte séparation des sexes, le destinataire de ces épanchements n’est pas difficile à deviner. Mais les inquiétudes qui guettent les « singuliers » accueillis dans la milice virile de l’Opus Dei seront finalement terrassées par la « sainte effronterie ». Car « une chose est la sainte effronterie et une autre l’impudence laïque » (388).
Le lecteur averti, surtout s’il est « rompu à la lecture des tantras hindous », jouira comme moi des « expansions soudaines et dilatées » que procurent les maximes de Mgr Escrivá. Quoique sa prose soit désespérément pauvre et souvent triviale, et la pensée qu’elle véhicule d’une incroyable niaiserie (nous sommes à mille années-lumière de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d’Avila), son parcours est affriolant si nous nous en tenons aux passages - très abondants - où affleure l’inconscient sexuel de l’auteur.
Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de Freud pour apprécier les métaphores qui se répètent tout au long de Chemin :
« Virilise ta Volonté : qu’elle soit, avec la grâce de Dieu, comme un éperon d’acier » (615), « Bras de fer puissant, enveloppé dans une gaine de
velours » (397), « Ce fil bien tressé qui peut soulever des poids énormes »« N’oublie pas que tout ce qui est grand, sur terre, a commencé par être
petit » (821), etc. (480)
Le Père réprimande tendrement le disciple : « Pauvre instrument que tu es ! » (477), et il l’exhorte à agir avec science et maîtrise. « Grand ou petit, délicat ou grossier..., sois un instrument. (...) Ton devoir est d’être un instrument » (484). Et il met en garde avec fermeté : « On ne peut laisser les instruments se rouiller » (486).
Les conseils du nouveau saint offrent à chaque pas une délicieuse lecture tantrique. « Pourquoi veux-tu bâtir sans directeur spirituel le palais de ta sanctification ? » (60), demande-t-il au disciple. « Nous allons, toi et moi, donner, et nous donner, sans lésiner » (468). L’éperon d’acier s’entraînera ainsi à l’amoureuse habitude d’« “assaillir” les tabernacles » (876).
Mais tout n’est pas pétale de rose dans les voies qui conduisent à la sainteté : « Une piqûre. Une autre et encore une autre. Supporte-les ! Tu es si petit, ne l’oublie pas, que dans ta vie - sur ton petit chemin - tu ne peux offrir que ces petites croix » (885). Le labeur primordial de laisser un « dépôt », déjà prescrit dès la première maxime du livre, permettra de « faire jaillir » l’antienne du catéchumène, tel un « fleuve tranquille et large » (145). « Voilà une dévotion forte et féconde ! » (556), s’exclame-t-il. Et la semence, ô divine bonté, « germera et donnera des fruits savoureux, dûment arrosés » (119).
La personne initiée aux mystères qui mènent à la grâce doit supporter les épreuves avec une fermeté virile. « Cela fait mal, n’est-ce pas ? Bien sûr ! C’est précisément pour cela qu’on s’est occupé de toi » (158). Mais la récompense viendra vite : « Et bientôt la souffrance deviendra paix réjouie » (256). « Il y a de quoi chanter à pleine voix, disait une âme pleine d’amour, à la vue des merveilles que le Seigneur opérait pour son ministère » (524).
A l’évidence, Chemin autorise des lectures autres que la mienne. Le dévot protagoniste de ma Foutricomédie applique au pied de la lettre l’admonition : « Ne sois pas aveugle ou étourdi au point de ne pas pénétrer en esprit dans chaque Tabernacle, lorsque tu aperçois les murs ou les clochers des maisons du Seigneur » (269).
A l’heure où tant de prêtres catholiques sont accusés de pédophilie et d’autres « viriles » débauches, la sanctification de Mgr Escrivá peut inciter beaucoup de ces âmes tourmentées à prier « avec la convoitise de l’enfant pour les sucreries, quand il a bu la potion amère » (889). Sans doute les maximes de Mgr Escrivá leur ont apporté une sorte de lubrifiant et guide efficace sur leur chemin semé d’épines et de roses. Pour cette raison - et conformément à la proposition des Sœurs du Perpétuel Secours glorifiées dans ma Foutricomédie -, ils fêteront dans l’allégresse le 6 octobre 2002 la montée aux plus hautes sphères célestes de Mgr Escrivá de Balaguer.
* Juan Goytisolo vient de publier Foutricomédie (Fayard, Paris, 2002), une version paillarde et rabelaisienne de la vie de Mgr Escrivá de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei.
(1) Lire François Normand, « L’Opus Dei, arme secrète du pape », et Michel Arseneault, « Les nouvelles légions du Vatican », Manière de voir, « L’offensive des religions », n° 48, novembre-décembre 1999 ; Jesús Infante, « Résurrection de l’Opus Dei en Espagne », Le Monde diplomatique, juillet 1996.
(2) Plusieurs livres, publiés en Espagne, ont mis en lumière les vertus et la vie prodigieuse du fondateur de l’Opus Dei : en particulier, ceux de Daniel Artigues, Jesús Infante et, surtout, celui de Luis Carandell.
Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de novembre 2002.
Les chrétiens socialement engagés sont une des composantes les plus actives et importantes du mouvement altermondialiste, notamment - mais pas
seulement - en Amérique Latine et tout particulièrement au Brésil, le pays qui a reçu les premières réunions du Forum Social Mondial. Un des initiateurs du FSM (Forum social mondial), Chico
Whitaker, membre de la Commission Justice et Paix de la CNBB (Conférence nationale des Evêques brésiliens) appartient à cette mouvance, de même que le prêtre belge François Houtart - ami et
professeur de Camilo Torres et initiateur de la revue Alternatives Sud, fondateur du CETRI (Centre Tricontinental) - une des figures intellectuelles les plus influentes du
Forum.
Photo: /www.evangile-et-liberte.net
On peut dater la naissance de ce courant, que l’on pourrait désigner comme « christianisme de la libération », du début des années 1960, quand la Jeunesse universitaire chrétienne
(JUC) brésilienne - nourrie de culture catholique française progressiste (Emmanuel Mounier et la revue Esprit, le père Lebret et le mouvement « Economie et
Humanisme », le Karl Marx du jésuite J. Y. Calvez) - formule pour la première fois, au nom du christianisme, une proposition radicale de transformation sociale. Ce
mouvement va s’étendre ensuite dans les autres pays du continent et il va trouver, à partir des années 1970, une expression culturelle, politique et spirituelle dans la théologie de la libération.
Les deux principaux théologiens de la libération brésiliens, Leonardo Boff et Frei Betto, sont donc parmi les précurseurs et inspirateurs de l’altermondialisme ; ils participent d’ailleurs activement, par leurs écrits et leur parole, aux mobilisations du « mouvement des mouvements » et aux rencontres du Forum Social Mondial. Si leur influence est très significative au Brésil, où beaucoup de militants des mouvements sociaux - syndicats, MST (paysans sans-terre), mouvements de femmes - sont issus des communautés ecclésiales de base (CEB) qui se reconnaissent dans la théologie de la libération, leurs écrits sont aussi connus des chrétiens d’autres pays d’Amérique Latine et du monde.
S’il fallait résumer l’idée centrale de la théologie de la libération en une seule formule, ce serait « option préférentielle pour les pauvres ».
Quelle est la nouveauté ? L’Eglise n’a-t-elle pas depuis toujours été charitablement attentive à la souffrance des pauvres ? La différence - capitale -
c’est que pour le christianisme de la libération, les pauvres ne sont plus perçus comme des simples objets - d’aide, compassion, charité - mais comme les
acteurs de leur propre histoire, les sujets de leur propre libération. Le rôle des chrétiens socialement engagés c’est de participer à cette « longue marche » des pauvres vers la
« terre promise » - la liberté - en apportant leur contribution à leur auto-organisation et auto-émancipation sociale.
Le concept de « pauvre » a évidemment une portée religieuse profonde dans le christianisme. Mais il correspond aussi à une réalité sociale essentielle au
Brésil et en Amérique Latine : l’existence d’une immense masse de dépossédé•e•s, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, qui ne sont pas tous des prolétaires ou des
travailleurs. Certains syndicalistes chrétiens latino-américains parlent de « pauvretariat » (pobretariado) pour décrire cette classe de déshérité•e•s, victimes
non seulement de l’exploitation mais surtout de l’exclusion sociale pure et simple.
Le processus de radicalisation de la culture catholique brésilienne et latino-américaine qui va aboutir à la formation de la théologie de la
libération ne part pas du sommet de l’Eglise pour irriguer sa base, ni de la base populaire vers le sommet - deux versions qu’on trouve souvent chez les sociologues ou historiens du phénomène -
mais de la périphérie vers le centre. Les catégories ou secteurs sociaux dans le champ religieux qui seront le moteur du renouveau sont tous d’une certaine façon marginaux
ou périphériques par rapport à l’institution : les mouvements laïcs de l’Eglise et leurs aumôniers, les experts laïcs, les prêtres étrangers, les ordres religieux. Dans certains cas le
mouvement gagne le « centre » et réussit à influencer les conférences épiscopales (notamment au Brésil), dans d’autres il reste bloqué dans les « marges » de
l’institution.
Bien qu’existent des divergences significatives entre les théologiens de la libération, on retrouve, dans la plupart de leurs écrits, plusieurs thèmes fondamentaux
qui constituent un départ radical de la doctrine traditionnelle, établie, des Eglises catholiques et protestantes :
— Un implacable réquisitoire moral et social contre le capitalisme en tant que système injuste, inique, en tant que forme de péché
structurel.
— L’usage de l’instrument marxiste afin de comprendre les causes de la pauvreté, les contradictions du capitalisme et les formes de la lutte de classe.
— L’option préférentielle en faveur des pauvres et la solidarité avec leur lutte d’auto-émancipation sociale.
— Le développement de communautés chrétiennes de base parmi les pauvres comme nouvelle forme de l’Eglise et comme alternative au mode de vie individualiste
imposé par le système capitaliste.
— La lutte contre l’idolâtrie (et non l’athéisme) comme ennemi principal de la religion - c’est-à-dire contre les nouvelles idoles de la
mort adorées par les nouveaux pharaons, les nouveaux Césars et les nouveaux Hérodes : Mammon, la Richesse, la Puissance, la Sécurité nationale, l’Etat, la Force militaire, la
« Civilisation chrétienne occidentale ».
Examinons de plus près les écrits de Leonardo Boff et de Frei Betto, dont les idées ont sans doute contribué à former la culture politico-religieuse de la
composante chrétienne de l’altermondialisme.
Le livre de Leonardo Boff - à l’époque membre de l’ordre franciscain - Jesus Christ Libérateur (Petropolis, Vozes, 1971) peut être considéré
comme le premier ouvrage de théologie de la libération au Brésil. Il s’agit essentiellement d’un ouvrage d’exégèse biblique, mais un des chapitres, peut-être le plus novateur, est intitulé
« Pour une christologie de l’Amérique Latine », qui exprime le désir que l’Eglise puisse « participer de manière critique à l’élan global de libération que
connaît aujourd’hui la société sud-américaine ». Selon Boff, l’herméneutique biblique de son livre est inspirée de la réalité latino-américaine, ce qui a pour résultat « le primat de l’élément anthropologique sur l’élément ecclésiologique, de l’élément utopique sur le factuel, de l’élément critique sur le dogmatique, du social sur le personnel et
de l’orthopraxie sur l’orthodoxie » : quelques-uns des thèmes majeurs de la théologie de la libération se trouvent ainsi annoncés. [1]
Personnage charismatique, avec une énorme culture et créativité, en même temps mystique franciscain et combattant social, Boff deviendra bientôt le plus important
représentant brésilien de ce nouveau courant théologique. Dans son premier livre, on trouve déjà des références au « Principe Espérance » d’Ernst Bloch, mais c’est progressivement, au
cours des années 1970, que les concepts et les thèmes marxistes apparaissent dans son œuvre, jusqu’à devenir une des composantes fondamentales de sa réflexion sur les causes de la pauvreté et
de sa pratique de solidarité avec la lutte des pauvres pour leur libération.
Refusant l’argument conservateur qui prétend juger le marxisme par les pratiques historiques de l’ainsi nommé « socialisme réel », Boff constate non sans
ironie : de même que le christianisme ne s’identifie pas avec les mécanismes de la Sainte Inquisition, le marxisme ne saurait être assimilé aux « socialismes » existants, qui
« ne représentant pas une alternative désirable à cause de leur tyrannie bureaucratique et l’étouffement des libertés individuelles ». L’idéal socialiste peut et
doit prendre d’autres formes historiques. [2]
En 1981 Leonardo Boff va publier un livre, Eglise, charisme et pouvoir, qui sera un véritable tournant dans l’histoire de la théologie de la
libération : pour la première fois depuis la Réforme protestante, un prêtre catholique met en question, de façon directe, l’autorité hiérarchique dans l’Eglise et son style de pouvoir
romain-impérial, sa tradition d’intolérance et de dogmatisme - symbolisée pendant plusieurs siècles par l’Inquisition - la répression de toute critique venue d’en bas et le refus de la liberté
de pensée. Il dénonce aussi la prétention de l’Eglise à l’infaillibilité et le pouvoir personnel excessif des papes, qu’il compare, non sans ironie, avec celui du secrétaire général du PC
soviétique. Convoqué au Vatican en 1984 pour un « colloque » avec la Sainte Congrégation pour la Doctrine de la Foi - l’ex-Saint Office - dirigée par le Cardinal Ratzinger, le
théologien brésilien à la nuque raide refuse de se renier et reste fidèle à ses convictions. Il sera condamné par Rome à une année de « silence obséquieux » - finalement, face à la
multiplication des protestations, au Brésil et ailleurs, réduite à quelques mois. Dix ans plus tard, fatigué des interdictions, exclusions et tracasseries romaines, Boff quitte l’ordre des
franciscains et l’Eglise, sans cesser pour autant son activité de théologien catholique.
A partir des années 1990, il va s’intéresser de plus en plus pour les questions écologiques, qu’il aborde à la fois dans un esprit d’amour mystique et franciscain
pour la nature, et dans une perspective de critique radicale du système capitaliste. Ce sera l’objet du livre Dignitas Terrae. Ecologie : cri de la Terre, cri des
pauvres, (S.Paulo, Atica, 1995) et d’innombrables essais philosophiques, éthiques et théologiques abordant cette problématique. Selon Leonardo Boff, la rencontre entre la théologie de la
libération et l’écologie est le résultat d’un constat : « La même logique du système dominant d’accumulation et d’organisation sociale qui conduit à l’exploitation
des travailleurs, mène aussi au pillage de nations entières et finalement à la dégradation de la nature ». La théologie de la libération aspire donc à une rupture avec la logique de
ce système, une rupture radicale qui vise à « libérer les pauvres, les opprimés et les exclus, victimes de la voracité de l’accumulation injustement distribuée ; et
libérer la Terre, cette grande victime sacrifiée par le pillage systématique de ses recours, qui met en risque l’équilibre physique-chimique-biologique de la planète comme un tout ».
Le paradigme oppression / libération s’applique donc pour les deux : les classes dominées et exploitées d’une part, la Terre et ses espèces vivantes de l’autre. [3]
Proche ami de Leonardo Boff - ils ont publié quelques livres ensemble - Frei Betto est sans doute un des plus importants théologiens de la libération brésiliens et
latino-américains et un des principaux animateurs des CEB. Dirigeant national de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) au début des années 1960, Carlos Alberto Libânio Christo - c’est son vrai
nom - a commencé son éducation spirituelle et politique avec Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, le père Lebret et le grand intellectuel catholique brésilien Alceu Amoroso Lima :
cependant, au cours de son activité militante dans le mouvement étudiant - l’Union nationale des étudiants (UNE) - il va découvrir le Manifeste Communiste et L’Idéologie Allemande. Au moment d’entrer comme novice dans l’ordre des dominicains en 1965 - à cette époque un des principaux foyers d’élaboration d’une interprétation
libérationniste du christianisme - il avait déjà pris la ferme résolution de se vouer à la lutte pour la révolution brésilienne. [4] Choqué
par la pauvreté du peuple et par la dictature militaire établie en 1964, il rejoint un réseau de dominicains qui sympathisent activement avec la résistance armée contre le régime. Lorsque la
répression s’intensifia en 1969, il secourut de nombreux militants révolutionnaires, les aidant à se cacher ou à franchir la frontière pour atteindre l’Uruguay ou l’Argentine. Cette activité
lui valut cinq années de prison, de 1969 à 1973.
Dans un livre fascinant publié au Brésil, et réédité plus de dix fois - Baptême de sang. Les dominicains et la mort de Carlos Marighella (Rio
de Janeiro, Ed. Bertrand, 1987) - il trace le portrait du dirigeant du principal groupe révolutionnaire armé, assassiné par la police en 1969, ainsi que celui de ses amis dominicains pris dans
les rouages de la répression et brisés par la torture. Le dernier chapitre est consacré à la figure tragique de Frei Tito de Alencar, si abominablement torturé par la police brésilienne qu’il
ne retrouva jamais son équilibre psychique : libéré de la prison et exilé en France, il se croyait toujours persécuté par ses bourreaux et finira par se suicider en 1974.
Les lettres de prison de Betto - publiées en 1977 - montrent son intérêt pour la pensée de Marx, qu’il désigne, pour tromper la censure politique, « le
philosophe allemand ». Dans une lettre d’octobre 1971 à une amie - abbesse bénédictine - il observe : « La théorie économico-sociale du philosophe allemand
n’aurait pas existé sans les contradictions sociales criantes provoquées par le libéralisme économique, qui l’ont conduit à les percevoir, les analyser et établir des principes capables de les
dépasser ». [5]
Après sa libération de prison en 1973, Frei Betto se consacra à l’organisation des communautés de base. Au cours des années suivantes, il publia plusieurs
brochures qui, en un langage simple et intelligible, expliquaient le sens de la théologie de la libération et le rôle des CEB. Il devint bientôt l’un des principaux dirigeants des rencontres
nationales interecclésiastiques où les communautés de base de toutes les régions du Brésil échangeaient leurs expériences sociales, politiques et religieuses. En 1980 il organisa le 4e Congrès
international des théologiens du tiers-monde.
Depuis 1979, Betto est responsable de la Pastorale ouvrière à Sâo Bernardo dos Campos, ville industrielle de la banlieue de S. Paulo où est né le nouveau
syndicalisme brésilien. Sans adhérer à aucune organisation politique, il ne cache pas ses sympathies pour le Parti des Travailleurs (PT). Après la victoire électorale du candidat du PT, Luis
Inacio Lula da Silva, en 2001, il fut nommé par le nouveau président pour piloter le programme « Faim Zéro » ; cependant, mécontent avec l’orientation économique du gouvernement
- prisonnier des paradigmes néo-libéraux - il démissionnera de son poste deux ans plus tard.
Tandis que certains théologiens tentent de réduire le marxisme à une « médiation socio-analytique », Betto défend, dans son essai de 1986, Christianisme et Marxisme, une interprétation beaucoup plus large de la théorie marxiste, qui inclut l’éthique et l’utopie : « Le marxisme est, surtout,
une théorie de la praxis révolutionnaire (...). La pratique révolutionnaire dépasse le concept et ne s’épuise pas dans des analyses strictement scientifiques, parce qu’elle inclut
nécessairement des dimensions éthiques, mystiques et utopiques (...). Sans cette relation dialectique théorie-praxis, le marxisme devient sclérosé, et se transforme en une orthodoxie académique
dangereusement manipulable par ceux qui contrôlent les mécanismes de pouvoir ». Cette dernière phrase est sans doute une référence critique à l’URSS et aux pays du socialisme réel,
qui constituent, à ses yeux, une expérience déformée par son « optique objectiviste », sa « tendance économiciste » et surtout,
sa « métaphysique de l’Etat ».
Betto et Boff, comme la plupart des théologiens de la libération n’acceptent pas la réduction, typiquement libérale, de la religion à une « affaire
privée » de l’individu. Pour eux la religion est une affaire éminemment publique, sociale et politique. Cette attitude n’est pas nécessairement en opposition à la laïcité ; en fait,
le christianisme de la libération se situe aux antipodes du conservatisme clérical :
— en prônant la plus totale séparation entre l’Église et l’État, et une rupture de la traditionnelle complicité entre le clergé et les puissants.
— en refusant l’idée d’un parti ou syndicat catholique et en reconnaissant la nécessaire autonomie des mouvements politiques et sociaux populaires.
— en rejetant toute idée de retour au « catholicisme politique » précritique et son illusion d’une « nouvelle chrétienté ».
- en favorisant la participation des chrétiens dans les mouvements ou partis populaires séculiers.
Pour la théologie de la libération, il n’y a pas de contradiction entre cette exigence de démocratie moderne et séculière, et l’engagement des chrétiens dans le domaine politique. Il s’agit de
deux niveaux différents d’approche de la question du rapport entre religion et politique : au niveau institutionnel, il est indispensable de faire prévaloir la séparation et
l’autonomie ; mais dans le domaine éthico-politique, c’est l’engagement qui devient l’impératif essentiel.
Considérant cette orientation éminemment pratique et combative, il n’est pas étonnant que beaucoup de cadres et animateurs des mouvements sociaux les plus
importants des dernières années en Amérique latine - depuis 1990 - ont été formés dans les idées de la théologie de la libération. Prenons comme exemple le MST, Mouvement des Paysans sans
terre, un des mouvements les plus impressionnants de l’histoire contemporaine du Brésil, par sa capacité de mobilisation, sa radicalité, son habilité politique et sa popularité - et par
ailleurs une des principales forces dans l’organisation du Forum Social Mondial. La plupart des cadres et animateurs du MST sont originaires des CEB ou de la Pastorale de la Terre : leur
formation religieuse, morale, sociale et même, dans un certaine mesure, politique, a eu lieu dans les rangs de « l’Eglise des pauvres ». Cependant, depuis son origine, dans les années
70, le MST s’est voulu un mouvement laïque, séculier, autonome et indépendant par rapport à l’Eglise. La plupart de ses adhérents sont catholiques, mais certains sont évangéliques, d’autres
(rares) non croyants. La doctrine (socialiste !) et la culture du MST ne font pas de référence au christianisme, mais l’on peut dire que le style de militantisme, la foi dans la cause et
la disposition au sacrifice des adhérents - beaucoup ont été victimes d’assassinats ou même de massacres collectifs au cours des dernières années - ont probablement des sources religieuses.
Les courants et militants chrétiens qui participent au mouvement altermondialiste sont très divers - ONG, militants des syndicats ou partis de gauche, structures
proches de l’Eglise - et ne partagent pas les mêmes choix politiques. Mais la plupart se reconnaissent dans les grandes lignes de la théologie de la libération, telle qu’elle fut formulée par
Leonardo Boff, Frei Betto, Clodovis Boff, Hugo Assmann, D. Tomas Balduino, D. Helder Câmara, D. Pedro Casaldaliga et tant d’autres connus et moins connus, et partagent sa critique éthique et
sociale du capitalisme et son engagement pour la libération des pauvres.
BIBLIOGRAPHIE
— Leonardo Boff, Jesus Christ Libérateur, Paris, Cerf, 1985.
— L.Boff, Eglise, Charisme et Pouvoir, Bruxelles, Lieu Commun, 1985.
— L.Boff, O caminhar da Igreja com os oprimidos, Petropolis, Vozes, 1988, 3a ediçâo, prefacio de Darcy Ribeiro.
— L. Boff, Je m’explique (entretiens avec C.Dutilleux), Paris, Desclée de Brouwer, 1994.
— L. Boff, Dignitas Terrae. Ecologia. : grito da terra, grito dos pobres, S.Paulo, Atica, 1995.
— L.Boff, « Libertaçâo integra : do pobre et da terra », in A teologia da libertaçâo. Balanço e Perspectivas, S.Paulo, Atica, 1996.
— Fr. Fernando, Fr. Ivo, Fr. Betto, O canto na fogueira. Cartas de três dominicanos quando em carcere politico, Petropolis, Vozes, 1977.
— Frei Betto, Cristianismo e Marxismo, Petropolis, Vozes, 1986.
— Frei Betto, Batismo de Sangue. Os dominicanos e a morte de Carlos Marighella, Rio de Janeiro, Editora Bertrand, 1987.
— Théologies de la libération. Documents et debats, Paris, Le Cerf, 1985.
— Michael Löwy, La guerre des dieux. Religion et politique en Amérique Latine, Paris, Ed. du Felin, 1998.
RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/
Cette contribution de Michael Löwy doit paraître dans un ouvrage (coordonné par Sebastien Budgen) aux Editions Textuel ; ouvrage consacré au mouvements sociaux altermondialistes.
Cette tablette remonte aux environs du XIIIe siècle avant JC.
Elle est écrite en caractères cunéiformes, la plus ancienne écriture connue, et raconte rien moins que le déluge !
Les similitudes avec le texte biblique sont frappantes. Il y est question d'un homme, Utanapishtim. Il est informé par le dieu de la Sagesse que l'assemblée des divinités a décidé de détruire l'humanité.
Et le dieu de donner ce conseil à Utanapishtim : «Démolis ta maison pour te faire un bateau ! Renonce à tes richesses pour sauver ta vie ! Détourne-toi de tes
biens pour te garder sain et sauf ! Mais embarque avec toi des spécimens de tous les animaux».
«Six jours et sept nuits durant, bourrasques, pluies battantes, ouragans et déluge continuèrent de saccager la terre».
Comme le Noé de la Bible, Utanapishtim lâche une colombe afin de repérer une terre émergée et finit par accoster sur une montagne.
La traduction de George Smith, validée par un grand orientaliste, montre ainsi que le mythe du déluge est antérieur à la Bible, elle-même écrite par étapes à la fin du 1er millénaire avant JC...
Lire la suite :
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=-26000000
lundi 12 novembre 2007
Eminent spécialiste du Moyen-Orient et de la Méditerranée, consultant auprès de divers d’organismes internationaux, ancien
ministre des finances de la République Libanaise (1998-2000), Georges Corm est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours »
paru récemment aux éditions La Découverte. Un livre incontournable pour mieux comprendre une région complexe souvent réduite à des représentations préconçues.
Quelle est la spécificité géographique du Moyen-Orient ?
C’est incontestablement la diversité et le contraste des climats et des milieux géographiques, ce qui a contribué à forger, au côté d’autres
facteurs, des modes de vie sociale différentes et plurielles que les progrès de l’urbanisation n’ont pas réussi à réduire, comme cela a été le cas dans les pays industrialisés.
Le Moyen-Orient est bordé par plusieurs mers (il y a donc des sociétés de pêcheurs), il contient de vastes déserts (sociétés bédouines), mais
aussi des plaines fluviales (sociétés rurales), des massifs montagneux impressionnants (sociétés montagnardes isolées). Il est à la fois carrefour de plusieurs continents et donc centre de routes
commerciales et militaires stratégiques, mais c’est aussi le continent où l’on peut vivre isolé dans les immensités désertiques ou sur des villages nichés au creux des massifs montagneux
imposants.
Berceau des trois monothéismes, le Moyen-Orient se réduit-il uniquement à sa dimension religieuse ?
Contrairement à l’opinion courante, je pense que le marqueur religieux est le moins important dans l’histoire du Moyen-Orient qui est
principalement caractérisée par l’existence de grandes structures d’empires multi-ethniques et multi-religieux qui se sont succédés, et aux côtés desquelles ont pu, à certaines périodes, exister
de petits royaumes (celui des Nabatéens à Pétra, celui de la reine Zénobie à Palmyre, celui de Juda), de cités-Etat durables ou éphémères.
Certes, le religieux peut exprimer ou cristalliser des conflits et des oppositions d’intérêts de puissance ou encore des situations
d’oppression. Il n’est pas le moteur premier des évènements. Les conquêtes subies par les Moyen-Orient ou les invasions qui ont pu partir de son territoire ont été le résultat des dynamiques des
sociétés envahies ou conquérantes et de l’ambition des hommes.
Sur le plan proprement religieux, je crois que le passage du paganisme au monothéisme a été plus important et significatif que la rivalité des
deux monothéismes chrétien et musulman ou que la marginalisation historique du judaïsme. Le monothéisme, en effet, a plus de difficulté à accepter le maintien du pluralisme religieux que le
paganisme ou les religions cosmologiques d’Extrême-Orient, comme je m’en suis expliqué longuement dans ma thèse de doctorat il y quarante ans où je montre, par ailleurs, que des trois
monothéismes, c’est l’Islam qui a eu autrefois la plus grande plasticité*, contrastant avec la rigidité actuelle.
Vous utilisez dans votre livre l’expression « géologie des cultures » qui caractérise selon vous l’histoire du
Moyen-Orient ?
Oui, j’ai voulu montrer la complexité des données anthropologiques de la région. Cette complexité, en dehors des périodes exceptionnelles en
qualité, mais nombreuses, de métissage culturel, est aujourd’hui totalement ignorée.
La rétraction des identités complexes des peuples de la région dans le religieux ou dans des nationalismes ombrageux et étriqués– et souvent
un mélange des deux – constitue un appauvrissement considérable de la richesse culturelle dont nous sommes les héritiers au Moyen-Orient. C’est évidemment l’expression de la décadence et de la
dynamique d’échec que nous vivons collectivement en tant qu’Arabes.
Nous avons, en effet, un patrimoine grec très important (treize siècles au moins de présence grecque ininterrompue au Moyen-Orient), ainsi
qu’un patrimoine syriaque, araméen, phénicien, sans oublier l’important patrimoine arménien, et surtout sans oublier le patrimoine Amazigh au Maghreb et le Kurde au Machrek. Tous ces riches
patrimoines ne sont pas intégrés dans nos cultures, qu’elles soient turque, iranienne ou arabe, et nos connaissances historiques.
Le grec et le syriaque sont cantonnés dans un rôle mineur de langue liturgique dans ce qui reste d’églises orientales dans la région. Quant
aux gloires des civilisations anciennes, pharaonique, babyloniennes, perses, elles sont aujourd’hui ignorées des habitants de la région, tout comme l’est en fait la gloire des civilisations que
l’Islam a fertilisé du temps des deux Empires Omeyyade et Abbasside (y compris l’Espagne andalouse) qui ont pratiqué un syncrétisme culturel et une ouverture d’esprit philosophique peu
commune.
L’Islam rétréci, formaliste et étriqué que beaucoup revendiquent aujourd’hui n’est évidemment pas celui de l’Islam qui a donné au monde une civilisation magnifique et plurielle.
Tout cela semble enterré, oublié, au profit d’une médiocrité culturelle (avec des exceptions bien sûr, comme dans le cinéma ou la poésie et la peinture, ainsi que dans le roman,) encouragée par
le fonctionnement globalisé des médias qui appauvrit les esprits partout dans le monde. Même les œuvres remarquables produites par les penseurs de la période de la Nahda arabe (de 1825 à 1950)
sont oubliées et remplacées par une littérature politique indigeste et creuse, prisonnière du rétrécissement des identités à la seule appartenance religieuse (avec ses modalités différentes, mais
non reconnues par ceux qui s’en prévalent) ou ethnique ou tribale ou étroitement régionale.
J’ai voulu montrer aussi la permanence de socles géographiques qui ont porté la successions de civilisations et d’empire qui ont dominé le
Moyen-Orient et bien individualiser pour le lecteur les trois grands groupes ethnico-lingusitiques qui dominent le Moyen-Orient : les Perses, les Turcs (notamment depuis la chute de Byzance)
et les Arabes tombés très vite sous la domination des Turcs Seldjoukides puis Ottomans, après leur extraordinaire exubérance et renaissance que leur apporté la prophétie coranique.
Les causes de la décadence des civilisations notamment musulmane du Moyen-Orient sont-elles anthropologiques ou
historiques ?
Je crois que c’est une erreur grave, comme je l’avais dit précédemment dans un interview avec vous, de continuer de considérer, contre toutes
les évidences, qu’il existe encore une civilisation musulmane ou qu’il y a des valeurs musulmanes communes qui organisent la vie des musulmans partout dans le monde.
Entre un grand bourgeois marocain et un membre de la police des mœurs islamique en Arabie saoudite et un paysan musulman indonésien ou
iranien, je ne vois pas très bien ce qu’il y a de commun, pas plus qu’entre un villageois chinois musulman et un paysan égyptien ou irakien, etc…, on pourrait multiplier les exemples.
Il y a eu une merveilleuse civilisation musulmane qui a brillé au Moyen-Orient, en Andalousie, aux Indes et en Asie centrale sous diverses
couleurs, arabe, persane ou turque et souvent le mélange passionnant de la culture spécifique de ces trois peuples. Elle est terminée, tout comme sont terminées les périodes d’or du christianisme
oriental ou celle du christianisme européen qui ont pu organiser la vie de plusieurs peuples différents avec des langues de culture commune aujourd’hui mortes (le latin ou le syriaque), mais
comme est terminée aussi la civilisation grecque ancienne ou byzantine.
Je dirai que c’est une loi de la nature, de l’histoire, que les civilisations ou les cultures et les langues qui les portent soient périssables ou, en tous cas, qu’elles se transforment, s’adaptent plus ou moins bien aux changements majeurs de puissance qui se manifestent dans les sociétés ou entre les sociétés.
Probablement, cet attachement viscéral à la notion très imaginaire de Oumma et de civilisation ou de valeurs musulmanes ou arabo-musulmanes ne fait que traduire une réaction psychologique de
compensation à l’état de déchéance dans lequel sont plusieurs sociétés qui ont pour religion principale l’Islam. C’est un remède qui aggrave le mal en figeant les capacités créatives et de
renouvellement de l’esprit, de la culture et même de la vraie spiritualité religieuse dont nous avons tant besoin, en ces temps de fanatisme religisio-politique.
Vous affirmez que l’irruption des puissances européennes, puis américaines semble avoir définitivement brisé les structures politiques du Moyen-Orient ?
Les structures d’empire sont cassées depuis longtemps. Il y a d’abord eu les guerres très longues et ravageuses entre les deux empires
ottomans et Séfévide (perse) pour le contrôle du Caucase, de l’Asie centrale et de la Mésopotamie. Elles ont épuisé les deux empires et en ont fait une proie facile pour les puissances
européennes et la Russie, en pleine expansion et ascension, ce qui leur a permis de dominer longtemps ces sociétés dites musulmanes et de les coloniser ; cela a permis aussi le succès de
l’entreprise de création d’un Etat pour les Juifs en Palestine.
J’ai tendance, cependant, aujourd’hui à penser que les excès des Américains et des Israéliens sont en train d’amener progressivement à des
situations de rupture, à des changements qualitatifs (le succès du Hezbollah dans la guerre de l’été dernier, par exemple), annonciateurs, peut-être, d’un renversement futur de la décadence.
Mais pour accélérer une sortie de l’état de déchéance, il faudrait plus de lucidité et de courage intellectuel et, notamment bannir les
utopies religioso-politiques dont j’ai parlées, pour pouvoir analyser la réalité sans œillères et déconstruire nos propres contradictions et sources internes de décadence, pour pouvoir ensuite
bâtir une culture arabo-berbère au Maghreb, arabo-syriaque au Machrek, qui permette la renaissance de nos sociétés et de la créativité.
Selon vous, le vide de puissance des régimes arabes du Moyen-Orient est un facteur d’instabilité ?
Oui, bien sûr, les discordes permanentes des régimes arabes, leur absence totale de solidarité pour face aux défis de la situation présente
sont le plus grand facteur de maintien de l’état de déchéance de nos sociétés, sans parler de leur autoritarisme ou semi-autoritarisme, suivant les cas et de leur complicité avec les autorités
religieuses pour brider la pensée politique ou religieuse critique.
Cette faiblesse, par ailleurs, attire l’intervention des puissances externes au Moyen-Orient ou bien permet à l’Etat turc ou à l’Etat iranien
d’être dominants sur la scène régionale ou de contester la domination américano-israélienne, ce qui amène certains régimes arabes à demander encore plus de protection des Etats-Unis ! Le
comble de la décadence.
Votre conclusion est particulièrement pessimiste sur l’avenir du Moyen-Orient qui souffre d’un réel déficit
démocratique
C’est moins le déficit démocratique que le déficit de pensée et de créativité qui me préoccupe. L’attitude de l’Occident et sa façon
d’appliquer les principes du droit international avec deux poids, deux mesures, ont décrédibilisé dans de très larges pans de nos sociétés l’idée même de démocratie, telle qu’elle est prêchée par
les Occidentaux. Même dans la demande de « démocratisation » de nos sociétés, on ne peut s’empêcher de constater l’hypocrisie politique. En effet, cette demande ou cette exigence ne
s’exerce que de façon opportuniste sur tel ou tel régime suivant son comportement vis-à-vis des intérêts occidentaux et d’Israël.
Je me sens honteux quand je vois comment certains jeunes de nos pays tombent dans le piège et parlent ou écrivent comme des « occidentaux
politiques », si vous permettez l’expression. En réalité les comportements politiques européens et américains vis-à-vis du Moyen-Orient compliquent énormément la tâche, car ils entraînent
par leur influence et leurs moyens médiatiques et académiques beaucoup d’intellectuels arabes ou de jeunes étudiants à inscrire leur réflexion et leurs travaux, consciemment ou inconsciemment,
dans ces politiques opportunistes consistant à cibler tel ou tel régime arabe suivant la conjoncture des intérêts géostratégiques occidentaux.
Cela au lieu de consacrer leurs énergies intellectuelles à une meilleure saisie de la réalité complexe de leurs pays et de leurs régimes
politiques et à consacrer leurs talents à bâtir du neuf et du dynamique en dehors des langues de bois « démocratiques » et « arabo-musulmanes » ou islamiques.
Il y a tellement à faire dans tous les domaines pour tenter de mettre en route une dynamique de renaissance dans nos sociétés, que vraiment il
ne faut pas se laisser prendre dans les agendas intellectuels des décideurs, grands médias et recherches académiques en Occident ou dans les universités des pays arabes qui suivent les modes
intellectuelles externes ou se concentrent sur l’identité de nos sociétés, analysées comme exclusivement « musulmanes ».
La nature d’un régime politique n’a jamais empêché la réflexion ou la connaissance de se développer. Elle peut les entraver, mais non arrêter un mouvement de renaissance si l’on veut bien se préoccuper d’en semer les graines et d’augmenter nos savoirs et nos connaissances du réel complexe.
La Renaissance européenne, s’est déroulée durant la période sombre et fanatique des guerres de religion en Europe, la philosophie des Lumières à pris son essor sous des régimes politiques, tous
autoritaires et de droit divin.
Cessons de nous raconter des histoires !
Propos recueillis par Saïd Branine
http://www.oumma.com/Georges-Corm-C-est-une-erreur
Site officiel : http://www.georgescorm.com/
L'essentiel pour comprendre :
Pour élargir le débat, en savoir plus :
L’Homme et la mort
Pour Edgar Morin, le souci des morts est aussi
le « propre de l’homme ». Il balaye dans cet ouvrage, de la préhistoire à nos jours les conceptions et croyances humaines sur ce phénomène à la fois terriblement biologique et
infiniment culturel. « La mort se situe exactement dans la charnière bio-anthropologique. C’est le trait le plus humain, le plus culturel de l’anthropos ... C’est dans ses
attitudes et croyances devant la mort que l’homme exprime ce que la vie a de plus fondamental. »
Des ouvrages qui ont fait date, interrogeant nos
pratiques et nos représentations sur plus d’un millénaire d’histoire occidentale. De la « mort apprivoisée » à la « mort inversée », une somme d’études extrêmement
documentées.
Un « Que sais-je ? » de
l’anthropologue qui avait fait de la mort son sujet d’étude quasi exclusif, en ouvrant sur une pratique comparatiste notamment avec les rites funéraires africains.
Cimétière fleuri à Mexico le 2 novembre- Photo: tahitinui.blog
Une fête très
catholique ?
Jean Markale , dans le chapitre "Permanence et
survivances", voit beaucoup de points communs entre la Toussaint et l’ancienne Samain celtique, fête du passage de l’été à l’hiver et fête de la communication entre les morts et les vivants.
« Il y a, sinon emprunt, du moins concordance absolue entre la fête druidique et la fête chrétienne. »
Un petit texte en ligne qui rappelle les
ressemblances entre les trois fêtes et y voit des indices d’une descendance celtique commune.
Fête des morts à Mexico - Photo:
image.guim.co.uk
Le folklore français :cycles de mai et de la Saint-Jean, de l’été et de l’automne de Arnold van Gennep, Ed. Robert Laffont.
L’auteur reste lui bien plus prudent, acceptant la possibilité d’une survivance celtique, mais
soulignant qu’aucun document ne l’atteste. Par contre, il constate l’existence d’un folklore agricole préhivernal, et l’existence de commémorations collectives annuelles du type cérémonies aux
morts chez de nombreux peuples, ayant pu favoriser la « popularisation » des fêtes des saints et des morts.
Halloween, fête non religieuse des pays
anglo-saxons, qui est fêtée la nuit du 31 octobre, prend-elle le pas sur la Toussaint ? C’est la peur que reflète ce pamphlet d’un philosophe chrétien, résolument contre Halloween , qu’il
voit comme une fête commerciale et teintée de relents de néo-paganisme ésotérique. Mais depuis quelques années, et après quelques résistances, il semble que la polémique se soit tassée et que les deux fêtes coexistent. Il est encore impossible de
dire à quels rites seront attachées les générations futures.
Dans une partie importante sur la Toussaint,
l’auteur analyse en profondeur les modalités et les raisons du culte. Ce faisant, il fournit certaines explications à sa persistance malgré la déchristianisation. Il souligne en effet que
l’Eglise n’est pas parvenue à contrôler la forme qu’a prise le culte. C’est au XIXe que la visite au cimetière se généralise, au moment où « le romantisme et le culte des
souvenirs rencontraient alors dans la bourgeoisie la lente émergence du sentiment de l’intimité familiale ». La fête des morts serait donc une création récente et largement laïque. La
croyance religieuse n’y est pas un facteur déterminant. « Cette commémoration s’alimente à un vieux fond païen fondé sur l’échange symbolique entre les vivants et les morts,
et coïncide finalement fort peu avec la conception que l’Eglise catholique cherche à promouvoir depuis qu’elle a introduit cette fête dans le calendrier liturgique. Peut-être est-ce là une raison
de sa popularité persistante. Quels qu’en soient la forme et le sens officiel, éminemment variables selon les contextes culturels et religieux, l’hommage aux morts paraît être une constante de
toute société, comme s’il s’agissait d’une sorte de donné anthropologique universel. »
Considérant comme acquis que la plupart
des fêtes sont liées à d’anciennes célébrations saisonnières, l’auteur fait le parallèle entre la Toussaint, les Velines de Lituanie, le Dias de Los Muertos du Mexique et le Cheung Yeung
chinois.
A la p. 142, est évoquée « la mort
ailleurs » : « Par-delà la diversité des gestes et des rituels hors de l’Occident chrétien, se dessine un trait universel : la croyance aux devoirs dus aux
morts. Et sous le discours parfois plaqué de la religion, comme au Mexique, la présence de ce peuple des morts conviviaux ou hostiles, qu’il convient d’apaiser ou d’exclure, est
constante. ».
Le labyrinthe de la solitude d’Octavio Paz,Ed. Gallimard.
« " Le labyrinthe de la solitude, dit Octavio Paz, fut un
exercice de l’imagination critique : une vision, mais aussi une révision du Mexique. Point du tout un essai sur la philosophie de l’essence du Mexique ou une recherche de notre prétendu
être. Le mexicain n’est pas une essence, mais une histoire. De ce point de vue, le caractère des Mexicains n’a pas une fonction différente de celui des autres peuples : d’une part, il est un
bouclier, un mur ; d’autre part, un faisceau de signes, un hiéroglyphe. ».
« Le musée du quai Branly
rend hommage au Mexique et à sa tradition de célébrer les morts en proposant une programmation spéciale pendant les vacances de la Toussaint. En plus de nombreux ateliers et visites gratuits, un
autel participatif est dressé au cœur du musée du quai Branly pour rendre hommage aux disparus, de manière festive et colorée ! »
by Michael Parenti
During his 26-year papacy, John Paul II elevated 483 individuals to sainthood, more saints than all previous popes combined, it is reported. One personage he beatified but did not live long
enough to canonize was Mother Teresa, the Roman Catholic nun of Albanian origin who had been wined and dined by the world’s rich and famous while hailed as a champion of the poor. The darling of
the corporate media and western officialdom, and an object of celebrity adoration, Teresa was for many years the most revered woman on earth, showered with kudos and awarded a Nobel Peace Prize
in 1979 for her “humanitarian work” and “spiritual inspiration.”
What usually went unreported were the vast sums she received from wealthy contributors, including a million dollars from convicted savings & loan swindler
Charles Keating, on whose behalf she sent a personal plea for clemency to the presiding judge. She was asked by the prosecutor in that case to return Keating’s gift because it was money he had
stolen. She never did. She also accepted substantial sums given by the brutal Duvalier dictatorship that regularly stole from the Haitian public treasury.
Mother Teresa’s “hospitals” for the indigent in India and elsewhere turned out to be hardly more than human warehouses in which seriously ill persons lay on mats,
sometimes fifty to sixty in a room without benefit of adequate medical attention. Their ailments usually went undiagnosed. The food was nutritionally lacking and sanitary conditions were
deplorable. There were few medical personnel on the premises, mostly untrained nuns and brothers.
When tending to her own ailments, however, Teresa checked into some of the costliest hospitals and recovery care units in the world for state-of-the-art
treatment.
Teresa journeyed the globe to wage campaigns against divorce, abortion, and birth control. At her Nobel award ceremony, she announced that “the greatest destroyer of
peace is abortion.” And she once suggested that AIDS might be a just retribution for improper sexual conduct.
Teresa emitted a continual flow of promotional misinformation about herself. She claimed that her mission in Calcutta fed over a thousand people daily. On other
occasions she jumped the number to 4000, 7000, and 9000. Actually her soup kitchens fed not more than 150 people (six days a week), and this included her retinue of nuns, novices, and brothers.
She claimed that her school in the Calcutta slum contained five thousand children when it actually enrolled less than one hundred.
Teresa claimed to have 102 family assistance centers in Calcutta, but longtime Calcutta resident, Aroup Chatterjee, who did an extensive on-the-scene investigation
of her mission, could not find a single such center.
As one of her devotees explained, “Mother Teresa is among those who least worry about statistics. She has repeatedly expressed that what matters is not how much work
is accomplished but how much love is put into the work.” Was Teresa really unconcerned about statistics? Quite the contrary, her numerical inaccuracies went consistently and self-servingly in
only one direction, greatly exaggerating her accomplishments.
Over the many years that her mission was in Calcutta, there were about a dozen floods and numerous cholera epidemics in or near the city, with thousands perishing.
Various relief agencies responded to each disaster, but Teresa and her crew were nowhere in sight, except briefly on one occasion.
When someone asked Teresa how people without money or power can make the world a better place, she replied, “They should smile more,” a response that charmed some
listeners. During a press conference in Washington DC, when asked “Do you teach the poor to endure their lot?” she said “I think it is very beautiful for the poor to accept their lot, to share it
with the passion of Christ. I think the world is being much helped by the suffering of the poor people.”
But she herself lived lavishly well, enjoying luxurious accommodations in her travels abroad. It seems to have gone unnoticed that as a world celebrity she spent
most of her time away from Calcutta, with protracted stays at opulent residences in Europe and the United States, jetting from Rome to London to New York in private planes.
Mother Teresa is a paramount example of the kind of acceptably conservative icon propagated by an elite-dominated culture, a “saint” who uttered not a critical word
against social injustice, and maintained cozy relations with the rich, corrupt, and powerful.
She claimed to be above politics when in fact she was pronouncedly hostile toward any kind of progressive reform. Teresa was a friend of Ronald Reagan, and a close
friend of rightwing British media tycoon Malcolm Muggerridge. She was an admiring guest of the Haitian dictator “Baby Doc” Duvalier, and had the support and admiration of a number of Central and
South American dictators.
Teresa was Pope John Paul II’s kind of saint. After her death in 1997, he waved the five-year waiting period usually observed before beginning the beatification process that leads to sainthood. In 2003, in record time Mother Teresa was beatified, the final step before canonization.
But in 2007 her canonization confronted a bump in the road, it having been disclosed that along with her various other contradictions Teresa was not a citadel of
spiritual joy and unswerving faith. Her diaries, investigated by Catholic authorities in Calcutta, revealed that she had been racked with doubts: “I feel that God does not want me, that God is
not God and that he does not really exist.” People think “my faith, my hope and my love are overflowing and that my intimacy with God and union with his will fill my heart. If only they knew,”
she wrote, “Heaven means nothing.”
Through many tormented sleepless nights she shed thoughts like this: “I am told God loves me-and yet the reality of darkness and coldness and emptiness is so great
that nothing touches my soul.” Il Messeggero, Rome’s popular daily newspaper, commented: “The real Mother Teresa was one who for one year had visions and who for the next 50 had doubts—up until
her death.”
Another example of fast-track sainthood, pushed by Pope John Paul II, occurred in 1992 when he swiftly beatified the reactionary Msgr. José María Escrivá de
Balaguer, supporter of fascist regimes in Spain and elsewhere, and founder of Opus Dei, a powerful secretive ultra-conservative movement “feared by many as a sinister sect within the Catholic
Church.” Escrivá’s beatification came only seventeen years after his death, a record run until Mother Teresa came along.
In accordance with his own political agenda, John Paul used a church institution, sainthood, to bestow special sanctity upon ultra-conservatives such as Escrivá and
Teresa—and implicitly on all that they represented. Another of the ultra-conservatives whom John Paul made into a saint, bizarrely enough, was the last of the Hapsburg rulers of the
Austro-Hungarian empire, Emperor Karl, who reigned during World War I.
John Paul also beatified Cardinal Aloysius Stepinac, the leading Croatian cleric who welcomed the Nazi and fascist Ustashi takeover of Croatia during World War II.
Stepinac sat in the Ustashi parliament, appeared at numerous public events with top ranking Nazis and Ustashi, and openly supported the Croatian fascist regime.
In John Paul’s celestial pantheon, reactionaries had a better chance at canonization than reformers. Consider his treatment of Archbishop Oscar Romero who spoke
against the injustices and oppressions suffered by the impoverished populace of El Salvador and for this was assassinated by a right-wing death squad. John Paul never denounced the killing or its
perpetrators, calling it only “tragic.” In fact, just weeks before Romero was murdered, high-ranking officials of the Arena party, the legal arm of the death squads, sent a well-received
delegation to the Vatican to complain of Romero’s public statements on behalf of the poor.
Romero was thought by many poor Salvadorans to be something of a saint, but John Paul attempted to ban any discussion of his beatification for fifty years. Popular pressure from El Salvador caused the Vatican to cut the delay to twenty-five years. In either case, Romero was consigned to the slow track.
John Paul’s successor, Benedict XVI, waved the five-year waiting period in order to put John Paul II himself instantly on a super-fast track to canonization, running neck and neck with Teresa. As
of 2005 there already were reports of possible miracles attributed to the recently departed Polish pontiff.
One such account was offered by Cardinal Francesco Marchisano. When lunching with John Paul, the cardinal indicated that because of an ailment he could not use his
voice. The pope “caressed my throat, like a brother, like the father that he was. After that I did seven months of therapy, and I was able to speak again.” Marchisano thinks that the pontiff
might have had a hand in his cure: “It could be,” he said. Un miracolo! Viva il papa!
Michael Parenti’s recent publications include: Contrary Notions: The Michael Parenti Reader (City Lights, 2007); Democracy for the Few, 8th ed. (Wadsworth, 2007); The Culture Struggle (Seven Stories, 2006). For further information visit his website: www.MichaelParenti.org.
CINEMA/Films documentaires
Le monde selon monsanto/arte (film
entier + débat)
Supermarket Secrets - Dispatches
(100')
La
Grande Conspiration/the Great Conspiracy (VOSTF)
911
Mysteries - VOSTF Sous-titré français
Michael Moore - Sicko (Film,
2h)
La bataille de tchernobyl (film, 95
mn)
Jean rouch: les maitres fous (film en
trois parties)
L'Eugénisme: de Darwin aux Nazis, en
passant par les USA(52')
Jenin jenin, film de/by mohamed bakri
(53') vof- en
subtitles
"the war on democracy", a film by
john pilger (videos)
Afrique 50, rare film
anti-colonialiste d'époque par rené vautier
Yougoslavie, une guerre évitable (film,
59')
Earthlings - terriens (1h 30, vo, sous-titres
français)
"état de guerre" (film, 1h
30)
Fox news, la manipulation des masses par les medias (Outfoxed
VF)
The corporation-film featuring
chomsky and
more...(3h)
Loose Change en français
(documentaire sur 911, Planète)
"from freedom to fascism"- film by
aaron russo
(video)
Terrorstorm deluxe high quality (alex
jones)
" we feed the world" ("le marché de la faim") (film,
95mn)
Animal farm (georges orwell) - film,
1h28
Vers la 3e guerre mondiale ? "état de
guerre" (film, 1h 30)
Terrorstorm deluxe high quality by alex jones
(video)
Documentaires en Français
L'eau pompée de coca-cola en inde
(vidéo, 13')
La bataille de tchernobyl (film, 95
mn)
Agent orange, la guerre sans fin
(documentaire)
Guerre de l'eau en palestine (vidéos)
Edward w. Said (+ video, 1h 48')