Sciences sociales/Social Sciences

Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 17:34
internationalnews

"Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique (...) Ce n'est pas l'Etat qui nous asservit (...), c'est sa transfiguration sacrale (...)"
- Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, Paris, Fayard, 1973, p. 25

"J'ai montré sans cesse la technique comme étant autonome, je n'ai jamais dit qu'elle ne pouvait pas être maîtrisée."
- Jacques Ellul, Changer de révolution, Paris, Seuil, 1982, p. 224.

"Par conviction spirituelle, je ne suis pas seulement non violent mais je suis pour la non-puissance. Ce n'est sûrement pas une technique efficace. (...) Mais c'est ici qu'intervient pour moi la foi. (...) On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d'esclaves. C'est pour moi le centre de ma pensée." Patrick Chastenet, Entretiens avec Jacques Ellul, Paris, La Table Ronde, 1994, p. 52.
http://www.ellul.org/

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 17:44
Internationalnews

Philosopher and Sociologist Jacques Ellul (1912-1994) explains how technology is not "neutral" and is implicated in every aspect of social relations. I hope this video helps explain why green anarchists are not setting for less when they defend small-scale organization.














http://www.internationalnews.fr/article-jacques-ellul-l-trahison-de-la-technologie-the-betrayal-by-technology-french-english-subtitles--40262250.html
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 11 2009 10:54
CounterPunch
October 29, 2009

APA Members File Complaint on Procedural Irregularities in Pursuit of Abusive Interrogations Policy


By STEPHEN SOLDZ


For years dissident members of the American Psychological Association, along with non-member psychologists, have fought the associations policies promoting psychologist participation in military and intelligence interrogations. These dissidents argued that psychologists aiding interrogations were sometimes aiding torture and other abuse. Further, even in cases where the interrogations were not themselves abusive, psychologist participation violated the profession’s principle ethical injunction, to “Do No Harm.”


The APA leadership, in contrast, claimed that psychologists were necessary to prevent harm to detainees, though they never explained how this prevention would actually occur. Meanwhile, the press and official documents gradually revealed the fact that psychologists, rather than preventing harm, were central actors in designing and implementing the “enhanced interrogation” techniques used by the CIA in its torture centers and by certain military interrogators at Guantanamo and elsewhere.


The APA response was to deny the facts as long as possible. When pure denial was no longer viable, they resorted to admitting that a very few psychologists acted against their professional ethics in aiding abuses. They have never commented on the role bof psychology as a profession when members of the ptofession are designing and implementing a systematic governmental program of abuse. Rather, APA leaders did everything in their power to obscure the issues in order to maintain their support for psychologist participation in detainee interrogations.


Yesterday a group of APA members filed a formal complaint with APA President Bray protesting what they regard as systematic violations of APA procedures and by-laws by the association in pursuit of its position that psychologists should participate in Bush-era detainee interrogations.


The extent of procedural violations is a major piece of evidence behind dissidents beliefs that APA leadership were knowingly complicit in the Bush program of detainee abuse. The other major pieces of evidence are the APA’s systematic refusal to acknowledge psychologist participation in abuses until the public record made denial impossible, and the massive resistance of APA leadership to any attempts by members to change policy. When APA members, by a vote of 59% to 41%, voted to condemn psychologist participation in illegal detention sites like Guantanamo, the APA accepted the formal wording but worked to obfuscate its application to any actual existing sites.


Many APA members have resigned in disgust at the association’s leadership’s duplicitous role. Yet other dissidents remain members and are pursuing all available means of redress allowed by association rules. This formal protest is their latest effort. Under APA rules, President Bray is to appoint a Committee on Constitutional issues, with membership acceptable to complainants, to investigate. APA rules stipulate that this Committee should be formed and operate expeditiously. The ball is now in President Bray’s court.


Here is a pdf of the letter sent to President Bray.


Stephen Soldz is a psychoanalyst, psychologist, public health researcher, and faculty member at the Boston Graduate School of Psychoanalysis. He edits the Psyche, Science, and Society blog. He is a founder of the Coalition for an Ethical Psychology, one of the organizations working to change American Psychological Association policy on participation in abusive interrogations. He is President-Elect of Psychologists for Social Responsibility [PsySR].

 

http://www.counterpunch.org/soldz10292009.html

Url for this article: http://www.internationalnews.fr/article-psychologist-complicity-in-torture-challenged-38551965.html

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Mardi 10 novembre 2009 2 10 11 2009 18:15
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 11 2009 00:43
internationalnews

L'apport des amérindiens aux autres civilisations selon Claude Levi Strauss interviewé en 1991 par Bernard Rapp.




Url of this article: claude-levi-strauss-ce-que-les-peuples-amerindiens-nous-ont-apporte-interview-1991
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 03:10

internationalnews

"Les blancs proclamaient que les indiens étaient des bêtes, les seconds se contentaient de soupçonner les premiers d'être des dieux. A ignorance égale, le dernier procédé était certes plus digne d'hommes."

Tristes Tropiques (1955)

Le carnet de Laurent Dingli

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques


« Je hais les voyages et les explorateurs ». C’est ainsi que Claude Lévi-Strauss débute Tristes tropiques, ouvrage publié en 1955 dans la célèbre collection « Terre humaine » dirigée par Jean Malaurie. Cet incipit, dont la concision fait la force, résume en partie la substance du livre. Il exprime la contradiction du monde contemporain que Claude Lévi-Strauss a comprise et disséquée bien avant d’autres.

 


Car on n’a jamais tant parlé de voyage qu’à notre époque désenchantée où celui-ci n’existe plus, un peu comme ces hommes que l’on célèbre, pour la première fois, le jour de leur oraison funèbre. Le voyage, le vrai, celui qui induit une immersion totale dans l’inconnu, fait désormais partie de l‘Histoire. Mais cette phrase préliminaire exprime avant tout la volonté du scientifique de se porter constamment vers l’essentiel, c’est-à-dire de s’effacer derrière l’objet de l’étude, en débarrassant le récit de ce qu’il appelle joliment les scories de la mémoire. C’est aussi parce que Claude Lévi-Strauss a hésité pendant quinze ans à publier, éprouvant « une sorte de honte et de dégoût » pour ce type de relation, que son récit est devenu une référence scientifique majeure et une œuvre d’une grande qualité littéraire (1).

 

Ce qu’il rejette, c’est l’esbroufe conquérante, la vulgarisation tapageuse et outrancière, l’appauvrissement d’une activité dévoyée par les globe-trotters et les marchands du temple. D’un côté, le voyage-spectacle que des aventuriers autoproclamés diffusent dans de belles salles de conférences, à grand renfort de films et de diapositives ; de l’autre, la discrétion et l’effort, le petit pavillon « sombre, glacial et délabré » du Jardin des Plantes dans lequel un groupe de passionnés se réunissait autrefois pour écouter l’exposé des explorateurs, au retour de leur périple. Il y a quelque chose de caverneux dans le savoir et l’austérité du cadre reflète assez bien le dépouillement nécessaire à la connaissance.

 

L'ethnologue avec le petit singe Lucinda, son compagnon de voyage au Brésil (1935-1939) - Crédit Claude Lévi-Strauss


C’est au début des années quarante, sur le paquebot qui le mène aux Etats-Unis que Claude Lévi-Strauss prend conscience de ce qu’est un monde plein, celui des grandes densités humaines et d’une croissance aux conséquences souvent dévastatrices. C’est déjà, en filigrane, le monde de l’après-guerre qui se dirigera à marche forcée vers la globalisation. En lisant le passage suivant, rédigé en 1955, mais dont la trame fut conçue dès 1941, on mesure la clairvoyance exceptionnelle de l‘auteur:

 

« Aujourd’hui où des îles polynésiennes noyées de béton sont transformées en porte-avions pesamment ancrés au fond des mers du Sud, où l’Asie toute entière prend le visage d’une zone maladive, où les bidonvilles rongent l’Afrique, où l’aviation commerciale et militaire flétrit la candeur de la forêt américaine ou mélanésienne avant même d’en pouvoir détruire la virginité, comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? Cette grande civilisation occidentale, créatrice des merveilles dont nous jouissons, elle n’a certes pas réussi à les produire sans contrepartie (…) l’ordre et l’harmonie de l’Occident exigent l’élimination d’une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est aujourd’hui infectée. Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité ».

 

Un peu plus loin, l’ethnologue emploie les deux acceptions du mot culture pour évoquer cette perte irrémédiable de diversité. La culture, au sens propre, celle des fruits de la terre, comme celle de l’esprit, tendent désormais à l’uniformité.

 

« Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyages. Ils apportent l’illusion de ce qui n’existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l’accablante évidence que vingt mille ans d’histoire sont joués. Il n’y a plus rien à faire : la civilisation n’est plus cette fleur fragile qu’on préservait, qu’on développait à grand-peine dans quelques coins abrités d’un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes, sans doute, par leur vivacité, mais qui permettait aussi de varier et de revigorer les semis. L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat ».

 

Avons-nous, cinquante ans plus tard, un autre spectacle devant les yeux ? Claude Lévi-Strauss n’avait-il pas écrit ce que nous découvrons aujourd’hui ou feignons de découvrir avec cet ahurissement désolé qu‘on toujours les esprits simples ? Sans doute ne faut-il pas voir dans ces lignes le reflet d’une pure nostalgie pour un monde idéalisé et à jamais révolu. Certes, le regret est manifeste, mais il s’agit surtout de ne pas sombrer dans la supercherie universelle qui célèbre la diversité une fois que celle-ci est mourante, un peu comme si l‘assassin venait baigner de larmes la dépouille encore chaude de sa victime.

 

L’homme est ainsi fait ; il ne veille jamais que sur les agonisants ou sur les morts. Il a toujours eu le goût des animaux empaillés et des musées et il mettra souvent plus d‘énergie à ressusciter le diable de Tasmanie qu‘à l‘empêcher de disparaître. Il y a en lui cette dramaturgie du deuil éternel et il s’est toujours complu à entonner le vaste concert des pleureuses impuissantes. Favorisés par le formidable essor technique et l’incroyable élan démographique de l‘après-guerre, les ego surdimensionnés se sont multipliés, pullulant désormais comme les cellules cancéreuses d’un corps métastasé. L’homme meurt d’une espèce d’empoisonnement interne, déclarait encore récemment l’ethnologue.

 

Mais Lévi-Strauss ne se contente pas de faire la chronique d‘un monde à l‘agonie, car il s’agit-là du socle même de son approche scientifique : dans quelle mesure la présence et le regard de l’observateur modifie la réalité même de l’objet observé : vieux débat épistémologique que l’ethnologue a su rajeunir et transformer.

 

Indien Nambikwara - photo Claude Lévi-Strauss


« (…) si honnête que soit le narrateur, il ne peut pas, il ne peut plus nous livrer (ses modernes assaisonnements) sous une forme authentique. Pour que nous consentions à les recevoir, il faut, par une manipulation qui chez les plus sincères est seulement inconsciente, trier et tamiser les souvenirs et substituer le poncif au vécu. J’ouvre ces récits d’explorateurs : telle tribu qu’on me décrit comme sauvage et conservant jusqu’à l’époque actuelle les mœurs de je ne sais quelle humanité primitive caricaturée en quelques légers chapitres, j’ai passé des semaines de ma vie d’étudiant à annoter les ouvrages que, voici cinquante ans, parfois tout récemment, des hommes de science ont consacré à son étude… ».

 

En relisant ce passage, qui pourrait s‘adapter à tous les domaines de la recherche et de la création, me vient à l’esprit une phrase que je me répète fréquemment et qui me contraint à l’humilité : c’est souvent par ignorance que nous croyons innover et ce que nous pensons découvrir l’a été par d’autres, cinquante ans ou cinq cents ans plus tôt.

Pour illustrer son propos, Claude Lévi-Strauss aborde la mise en situation de l’objet d’étude, un peu comme ces pièces archéologiques dont la position, lors des fouilles, permet d’atténuer le mystère. L’exemple a trait aux rites de passage, ceux des Indiens des plaines ou du plateau nord-américains.


"Chez un bon nombre de tribus de l’Amérique du Nord, le prestige social de chaque individu est déterminé par les circonstances entourant des épreuves auxquelles les adolescents doivent se soumettre à l’âge de la puberté. Certains s’abandonnent sans nourriture sur un radeau solitaire ; d’autres vont chercher l’isolement dans la montagne, exposés aux bêtes féroces, au froid et à la pluie. Pendant des jours, des semaines ou des mois selon le cas, ils se privent de nourriture : n’absorbant que des produits grossiers, ou jeûnant pendant de longues périodes, aggravant même leur délabrement physiologique par l’usage d’émétiques. Tout est prétexte à provoquer l’au-delà : bains glacés et prolongés, mutilations volontaires d’une ou de plusieurs phalanges, déchirement des aponévroses par l’insertion, sous les muscles dorsaux, de chevilles pointues attachées à des cordes à de lourds fardeaux qu’on essaye de traîner ".


Ce paragraphe évoque, entre autres, les rites de passage des Lakota (sioux) qui furent assez bien vulgarisés dans le film d‘Elliot Silverstein, Un homme nommé cheval. Mais je pense surtout au récit exceptionnel de l’indien Chuki Talayesva, dont le livre, « Soleil hopi », préfacé par Claude Lévi-Strauss, toujours dans la collection « Terre humaine », constitue l’un des rares témoignages directs que nous possédons sur ces usages. On pourrait multiplier les analogies avec les pratiques des communautés africaines, asiatiques ou mélanésiennes, mais au-delà de ces illustrations, ce qu’il importe de retenir dans la démonstration de l’ethnographe, c’est la remise en situation du rite et de l’individu dans l’organisation générale du groupe auquel ils appartiennent. 

 

Indien apache 1906 photo : Edward S. Curtis

 

« Dans l’état d’hébétude, d’affaiblissement ou de délire où les plongent ces épreuves, ils espèrent entrer en communication avec le monde surnaturel. Emus par l’intensité de leurs souffrances et de leurs prières, un animal magique sera contraint de leur apparaître ; une vision leur révèlera celui qui sera désormais leur esprit gardien en même temps que le nom par lequel ils seront connus, et le pouvoir particulier, tenu de leur protecteur, qui leur donnera, au sein du groupe social, leurs privilèges et leur rang ».

 

Les rites de passage accompagnent tous les bouleversements de la vie humaine, de la naissance à la mort en passant par le mariage. Dans le cas de la puberté, ils offrent aux adolescents le moyen de se confronter à leur vie psychique, notamment par le biais du rêve, de l’hallucination, de la fatigue et de l‘isolement volontaires. Le rite n’en demeure pas moins très codifié par le groupe. Dans ce cadre, quel marge reste-t-il à l’individu ? Se contente-t-il de suivre mécaniquement un « corpus » de règles non écrites ou peut-il affirmer pleinement son identité ?

 

« Le meilleur moyen de forcer le sort serait de se risquer sur ses franges périlleuses où les normes sociales cessent d’avoir un sens en même temps que s’évanouissent les garanties et les exigences du groupe : aller jusqu’aux frontières du territoire policé, jusqu’aux limites de la résistance physiologique ou de la souffrance physique et morale. Car c’est sur cette bordure instable qu’on s’expose soit à tomber de l’autre côté pour ne plus revenir, soit au contraire à capter, dans l’immense océan de forces inexploitées qui entoure une humanité bien réglée, une provision personnelle de puissance grâce à quoi un ordre social autrement immuable sera révoqué en faveur du risque-tout. »


Rituel de passage au Malawi - Crédit : Steve Evans


Le rituel s’inscrit donc, avant tout, dans le fonctionnement global de la communauté. L’analyse anthropologique de Lévi-Strauss, influencée par la linguistique structurale de Roman Jacobson, se différencie ici très nettement des conclusions développées par Sigmund Freud dans Totem et Tabou. Si l‘ethnologue s’écarte de la vision substantialiste de Durkheim, il n‘adhère pas non plus à l‘explication symbolique de Freud pour qui le totémisme rappellerait le meurtre du « père de la horde primitive ». A l’instar des langues, le fonctionnement d’une communauté humaine dépend, pour Lévi-Strauss, de l’interaction de ses composantes, ainsi que de ses caractéristiques environnementales, psychologiques, historiques, sociales, etc. Plaquer la notion de complexe d’Œdipe sur l’organisation des Inuit ou des Papou, sans s’attacher à comprendre la spécificité de leur culture, constitue à ses yeux une approche abusive (2). Pour autant, les démarches structuralistes et psychanalytiques ne sont pas foncièrement inconciliables. Et si l’on évite les positions extrêmes, leur complémentarité se révèle souvent fertile.

 

Pendant la phase de bouleversement que traverse l’adolescent, ce dernier tente d’établir un équilibre précaire entre l’affirmation de sa propre identité et son insertion dans le groupe. Au cours de cette phase du développement individuel, le tumulte de sa vie psychique prend souvent la forme d’une surcharge d’excitations et parfois même d’un débordement. Lors de l’adolescence, l’appareil mental doit en effet se réadapter à une double métamorphose, psychique et physique : or la recherche codifiée de limites, au cours de rites extrêmes, traduit sans doute, en partie, ce débordement interne. Dans les sociétés traditionnelles, l’individu parvient à réguler ce trop plein, non seulement en lui attribuant un sens, mais aussi, et de manière complémentaire, en se réinsérant lui-même au sein du groupe. On comprend aisément à quel point l’accompagnement de la communauté est indispensable, pour ne pas dire vital. Grâce au rite de passage, l’adolescent essaie de maîtriser sa métamorphose, tant sur le plan physique que psychique. Et, pour y parvenir, sa communauté l’engage à la mettre en scène. Je dirai même, qu’en sanctionnant un nouvel équilibre entre l’individu et la société, et surtout en permettant à l’adolescent de découvrir ses propres limites, le rite de passage lui donne l’occasion de mieux évaluer le rapport entre ses instincts de vie et ses instincts de mort (3).

 

L‘analogie entre les sociétés « premières » et celles que les ethnologues qualifient de « complexes », rencontre toutefois rapidement ses limites. Il faut avoir l’humilité de Claude Lévi-Strauss pour accepter cet part d‘inaccessible : « Le rêve, « dieu des sauvages », disaient les anciens missionnaires, comme un mercure subtil a toujours glissé entre mes doigts ». Il y a quelque chose de très beau et de foncièrement tragique dans l’axe de ce livre, car il est hanté par l’impossibilité d’une véritable rencontre : impossibilité psychique, culturelle, et temporelle. Mais c’est aussi cette impossibilité, cet irrémédiable qui constituent l’un des puissants aiguillons de la recherche. Ils attisent aussi la sensibilité de l’observateur, conférant à son étude une dimension profondément humaine. Les murs gigantesques qui nous séparent de l’autre, dans l’espace ou dans le temps, ces murs infranchissables sont là pour stimuler notre volonté impuissante de les renverser. Il y a en littérature, comme dans les sciences, autant de supplices de Sisyphe et de tonneau des Danaïdes susceptibles d’alimenter le désir et la sublimation.

 

« Et voici devant moi le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité. »

 

Claude Lévi-Strauss exprime ailleurs, avec d’autres termes, tout le tragique de l’impossible rencontre, telle une occasion forcément manquée par un Occident où les têtes bien faites, comme celle de Las Casas ou de Montaigne, ont toujours été trop rares :

 

« Car ces primitifs à qui il suffit de rendre visite pour en revenir sanctifié, ces cimes glacées, ces grottes et ces forêts profondes, temples de hautes et profitables révélations, ce sont, à des titres divers, les ennemis d’une société qui se joue à elle-même la comédie de les anoblir au moment où elle achève de les supprimer, mais qui n’éprouvait pour eux qu’effroi et dégoût quand ils étaient des adversaires véritables. »

 

Combien d’exemples historiques ne viennent-ils pas à l’esprit en lisant ces lignes, malgré la curiosité boulimique et la tolérance balbutiante du dix-huitième siècle européen, malgré tous les esprits éclairés qui ont essayé de comprendre plutôt que de condamner ou d’exploiter les « bons sauvages » ? Pour un dominicain d‘exception, combien de conquistadors obsédés par la rapine ? Et pour un Edmund Morel combien de roi Léopold ?


Le regard de Lévi-Strauss se porte sur le passé de cette terre qu’il est venu étudié : le Brésil. C’est avant tout l’histoire d’un contact qui, pour les Amérindiens, a rapidement tourné au cataclysme. Frappés d’amnésie volontaire, blancs et sangs mêlés tentent de faire oublier l’horreur de leurs pratiques quasi-génocidaires. Ainsi, au début du XXème siècle encore, poussait-on l’ignominie jusqu’à recueillir dans les hôpitaux des vêtements infectés par la variole, pour les accrocher, avec d’autres présents, le long des sentiers fréquentés par les tribus, « grâce à quoi fut obtenu ce brillant résultat : l’Etat de Sao Paolo, aussi grand que la France… ne comptait, quand j’y arrivai en 1935, plus un seul indigène… »


Après une cinquantaine de pages préliminaires, Claude Lévi-Strauss aborde le cheminement qui le conduit à devenir ethnographe, le « dégoût rapide » qui l’éloigne de la philosophie et son manque d'engouement pour l’aspect répétitif de l‘enseignement ; le Droit, qui n’obtient pas davantage ses faveurs ; sa découverte de la psychanalyse ou encore la curiosité qu’il nourrit, depuis l’enfance, pour la géologie (4). Cette discipline incarne d’ailleurs parfaitement la démarche scientifique de l‘auteur. C’est en tant que sujet observant l’apparent chaos de l‘espace, et en communion avec celui-ci, que Lévi-Strauss peut tenter d’en saisir la rationalité.

 

« Cette ligne pâle et brouillée, cette différence souvent imperceptible dans la forme et la consistance des débris rocheux témoignent que là où je vois aujourd’hui un terroir aride, deux océans se sont jadis succédé (sic). Suivant à la trace les preuves de leur stagnation millénaire et franchissant tous les obstacles - parois abruptes, éboulements, broussailles cultures - indifférents aux sentiers comme aux barrières, on paraît agir à contre-sens. Or, cette insubordination a pour seul but de recouvrer un maître-sens, obscur sans doute, mais dont chacun des autres est la transposition partielle ou déformée (…) soudain l’espace et le temps se confondent ; la diversité vivante de l’instant juxtapose et perpétue les âges. La pensée et la sensibilité accèdent à une dimension nouvelle (…) »

 

L’ethnographe dit bien « la pensée et la sensibilité », cette association, loin d’être fortuite, constitue l’une des clés de son rapport au monde.

 

La psychanalyse procède de la même démarche que celle du géologue : "Quand je connus les théories de Freud, elles m’apparurent tout naturellement comme l’application à l’homme individuel d’une méthode dont la géologie représentait le canon ." Sigmund Freud lui-même avait comparé les composantes de l’inconscient aux différentes strates de la ville de Rome ; "l’ordre qui s’introduit dans un ensemble au premier abord incohérent, écrit Lévi-Strauss, n’est ni contingent, ni arbitraire. A la différence de l‘histoire et des historiens, celle du géologue comme celle du psychanalyste cherchent à projeter dans le temps, un peu à la manière d‘un tableau vivant, certaines propriétés fondamentales de l‘univers physique ou psychique. "

 

C’est vers l’ethnologie que s’oriente progressivement Lévi-Strauss. Elle lui apporte tout d’abord une satisfaction intellectuelle : "comme l’histoire qui rejoint par ses deux extrémités celle du monde et la mienne, elle dévoile du même coup leur commune raison". Elle répond aussi à son insatiable curiosité qui, nous l’avons dit, répugne à la répétition et préfère se repaître d’une matière "pratiquement inépuisable". Interviennent encore, et de manière décisive, les conseils de son ami Paul Nizan, ainsi que la lecture d’un livre découvert par hasard, vers 1933 ou 1934 : Primitive Society de Robert H. Lowie.

Famille Nambikwara- crédit photo : Claude Lévi-Strauss


Avant d’entamer le récit de son voyage d‘études, Claude Lévi-Strauss ne cherche pas à dissimuler son émotion. Le lecteur imagine alors sa gorge nouée, sa main tremblante ; vingt ans plus tôt, il a eu le privilège de rencontrer des peuples qui, lorsqu’il écrit ses lignes, ont pratiquement disparu. Et cette évanescence, telle une accélération angoissante du temps, cette fulgurance-là, on le sent bien, le dévore. Tristes tropiques donne l’impression d’une simultanéité entre la découverte de l’objet et son altération définitive, un peu comme dans cette scène poignante de Fellini Roma où l’on on voit des fresques romaines, jusqu’alors préservées dans leurs catacombes, disparaître au fur et à mesure que l’œil humain les découvre. A la différence près, et elle est de taille, qu’il s’agit ici d‘une matière vivante, c’est-à-dire d’hommes et de femmes dont l‘ethnographe a en quelque sorte partagé les derniers instants.

 

La description prend dès lors l‘ébauche d‘une autopsie. Le trait est déjà palpable dans l’observation du sol brésilien, cette première mosaïque dont il déchiffre le désordre ; on dirait une terre dévastée par le passage d’une tornade ou le corps d’une femme violentée.

 

Déforestation illégale sur le territoire des Penans (Bornéo)


"Autour de moi, l’érosion a ravagé les terres au relief inachevé, mais l’homme surtout est responsable de l’aspect chaotique du paysage. On a d’abord défricher pour cultiver ; mais au bout de quelques années, le sol épuisé et lavé par les pluies s’est dérobé aux caféiers. Et les plantations se sont transportées plus loin, là où la terre était encore vierge et fertile. Entre l’homme et le sol, jamais ne s’est instaurée cette réciprocité attentive qui, dans l’Ancien Monde, fonde l’intimité millénaire au cours de laquelle ils se sont mutuellement façonnés. Ici, le sol a été violé et détruit. Une agriculture s’est saisi d’une richesse gisante et puis s’en est allé ailleurs, après avoir arraché quelques profits ."


Voici encore la grande ville pionnière, Goiana, l‘épure imposée à la nature par la politique de la table rase. Et, avec son flair hors du commun, Lévi-Strauss établit un parallèle éloquent entre la ville des confins brésiliens et les nouvelles tumeurs urbaines qui, dans les années 1950, commençaient déjà à pulluler en Asie. Là encore, son œil d’aigle avait repéré, dès leur origine, les problèmes majeurs auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. Voici donc où mène l’hubris, une démesure, qui n’est plus la marque condamnable du crime et le fruit d‘un orgueil débridé, comme ce fut la cas dans le monde grec, mais une démesure érigée en règle de civilisation, le mètre étalon d‘un monde qui s‘enorgueillit de son progrès et en ignore les méfaits.

 

Penan de Bornéo face aux compagnies forestières Source: notre-planete.info

 

C’est aussi l’occasion de constater, notamment en Inde, les conséquences souvent désastreuses d’une économie coloniale ou néocoloniale fondée sur la rapine, et dont le pillage actuel des ressources africaines ou asiatiques, ne constituent que les plus récents avatars. Et on ne peut lire ces lignes sans avoir à l’esprit le combat du Mahatma Gandhi :


« … il fallait pénétrer dans ces villages pour comprendre la situation tragique de ces populations que la coutume, l’habitation et le genre de vie rapprochent des plus primitives (…) Il y a un siècle à peine, leurs ossements couvraient la campagne ; tisserands pour la plupart, ils avaient été réduits à la famine et à la mort par l’interdiction, faite par le colonisateur, d’exercer leur métier traditionnel afin d’ouvrir un marché aux cotonnades de Manchester. Aujourd’hui, chaque pouce de terre cultivable, bien qu’inondée pendant la moitié de l’année, est affecté à la culture du jute qui part après rouissage dans les usines de Narrayanganj et de Calcutta ou même directement pour l’Europe et l’Amérique, de sorte que d’une autre manière, non moins arbitraire que la précédente, ces paysans illettrés et à demi nus dépendent pour leur alimentation quotidienne des fluctuations du marché mondial ».

 

Bien des choses ont changé depuis les années 50, en Asie comme en Afrique, mais l’exemple du coton transgénique de Monsanto en Inde, le pillage des richesses de l‘Afrique occidentale par l‘Europe, la Corée ou la Chine, la mise à sac de la forêt indonésienne avec la complicité du gouvernement central, ou encore les récentes émeutes de la faim, rappellent que l’économie équitable demeure, dans bien des cas, une utopie.

 


Culture intesive du soja - Source: wwf.be


Il y a un demi-siècle, Claude Lévi-trauss était déjà ce que nous appellerions aujourd’hui un écologiste. A une époque où personne ou presque ne se souciait de préserver l’environnement, il publiait cet avertissement désabusé :

 

« Campeurs, campez au Parana. Ou plutôt non, abstenez-vous. Réservez aux derniers sites d’Europe vos papiers gras, vos flacons indestructibles et vos boîtes de conserve éventrées. Etalez-y la rouille de vos tentes. Mais au-delà de la frange pionnière et jusqu’à l’expiration du délai si court qui nous sépare de leur saccage définitif respectez les torrents… Ne foulez pas les mousses volcaniques… puissent hésiter vos pas au seuil des prairies inhabitées… ».

 


Portrait d'un Bororo, par Hercules Florence, lors de l'expédition conduite en Amazonie brésilienne par le Baron von Langsdorf de 1825 à 1829.


Vingt ans plus tôt, l’ethnologue était parti à la rencontre des Caduveo (ou Mbaya) de la frontière paraguayenne et des Bororo du Mato Grosso central, dont la culture était alors préservée. La place et les compétences me manquent pour commenter les passionnantes études réalisées lors de ce voyage. Je laisse donc aux lecteurs le soin de découvrir le rôle joué par les femmes Caduveo, le vifs dégoût que ce peuple éprouvait pour la procréation, le sens de ses peintures faciales, de sa pratique de l’avortement ou de l’infanticide.


En refermant ce livre, je pense cependant à l’association de la connaissance et de la sensibilité qu‘évoquait Lévi-Strauss. L’écrivain Michel Tournier avait dit un jour que la disparition imminente des cultures laisserait malheureusement l’ethnologue sans objet d‘étude ; c’était limiter de manière assez triviale la perte qu‘induisait cette disparition. Car c’est bien plus qu’une simple matériau d’analyse que Claude Lévi-Strauss a perdu avec cette diversité, c’est, avant tout, une part de lui-même.

 

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955, rééd. Pocket, Terres humaines Poche, 2005, 396 p.

----

(1) Les deux échecs qu’il a essuyé au Collège de France ont aussi joué un rôle stimulant et libérateur, comme il le confessera plus tard.


(2) Mais certains pèchent aussi par excès inverse. L’un de mes professeurs de littérature gréco-latine en Sorbonne, furieux qu’un médecin autrichien se fût emparé d’un mythe grec, nous affirmait que la psychanalyse était seulement capable de renseigner sur le milieu de la bourgeoisie juive viennoise de la fin du 19ème siècle !


(3) Dans les sociétés modernes, en revanche, faute d’encadrement, les expériences extrêmes de l’adolescence débouchent souvent sur des pratiques de type pathologique ou suicidaire : jeu de l’étranglement et pendaison visant à provoquer l’asphyxie, alcoolisme en bande pour parvenir à l’inconscience et, dans les faits, au coma éthylique, etc.


(4) A dix-sept ans, le jeune Lévi-Strauss, petit-fils d’un rabbin de Versailles, découvre le marxisme et, avec lui, tout un courant philosophique allant de Kant à Hegel. La phénoménologie le heurte « dans la mesure où elle postule une continuité entre le vécu et le réel. » Or, « pour atteindre le réel, il, faut d’abord répudier le vécu, quitte à le réintégrer par la suite dans une synthèse objective dépouillée de toute sentimentalité. » Lévi-Strauss a la dent dure avec Bergson, il ne ménage pas non plus Sartre et son école. Quant « à l’existentialisme, il me semblait le contraire d’une réflexion légitime en raison de la complaisance qu’il manifeste envers les illusions de la subjectivité. Cette promotion des préoccupations personnelles à la dignité de problèmes philosophiques risque trop d’aboutir à une sorte de métaphysique pour midinettes. » Le passage ne manque pas d’humour et l’on n’est pas si loin du personnage de « Jean-Sol Pâtre » et de ses idolâtres, si bien raillé par Boris Vian.

 

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques », Le carnet de Laurent Dingli, août 2008.

Samedi 9 août 2008

 

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Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 00:33
Le Monde
3 novembre 2009


Source: portalunesco

eu de savants se sont aventurés aussi loin que Claude Lévi-Strauss dans l'exploration des mécanismes cachés de la culture. Par des voies diverses et convergentes, il s'est efforcé de comprendre cette grande machine symbolique qui rassemble tous les plans de la vie humaine, de la famille aux croyances religieuses, des œuvres d'art aux manières de table. Le paradoxe des très grandes œuvres, celles qui sont vraiment décisives et novatrices, est de pouvoir se caractériser en peu de mots.

Ainsi pourrait-on dire qu'il déchiffra le solfège de l'esprit. A tout le moins, il s'en approcha, et de fort près, à force de rigueur et d'invention conceptuelle. Parler d'un solfège de l'esprit n'est pas seulement le prolongement de cette métaphore musicale toujours présente dans l'œuvre de l'anthropologue. Or il faut entendre cette formule littéralement. Même si nous chantions, quotidiennement, les ritournelles de la vie en société, même si nous connaissions par cœur les mélodies des mythes ou des mariages, nous ne savions pas ce qui organisait ces systèmes. Notre conscience ne nous révèle rien, spontanément, des processus qui sont à l'œuvre dans le vaste domaine de la symbolique sociale. C'est pourquoi nous ignorions leurs règles de fonctionnement, les lois de leurs combinaisons. Il nous manquait un solfège.

Derrière la diversité des mélodies, celui-ci explicite les règles qui les engendrent : accord, renversement, transformations. Il définit des formes (canon, fugue, sonate…). Il n'est pas faux de dire que la démarche de Claude Lévi-Strauss visait un but analogue. Ce qui l'attirait avant toute chose était de découvrir les organisations cachées, les lois sous-jacentes au chatoiement des apparences sociales. Il était de ceux qui pensent à la géologie en contemplant un paysage ou songent aux classements botaniques face aux massifs de fleurs.

 

De 1935 à 1939, Claude Lévi-Strauss organisa et dirigea plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie (Brésil).Source: savoirs.essonne.fr


C'est pourquoi, derrière le foisonnement déconcertant des règles de parenté, des totems ou des mythes, derrière l'apparent tohu-bohu des échanges économiques et des créations artistiques, il s'est consacré à découvrir, plus qu'une partition unique et isolée, certaines des structures qui les engendrent, indépendamment de la volonté des acteurs et de leurs consciences.


Cette démarche, toujours semblable en son fond, connut plusieurs époques et une succession de points d'application. Elle s'attacha d'abord à la parenté, dont Claude Lévi-Strauss, dans sa thèse, abandonna la face visible pour en dégager les "structures élémentaires". Elle se focalisa ensuite sur le totem, dont il éclaira l'énigme en quittant le terrain des analogies apparentes pour mieux saisir les jeux globaux. Elle se fixa longuement sur la mythologie, dont quatre volumes monumentaux, de 1964 à 1971, scrutèrent les transformations et le fonctionnement propre, indépendant des décisions individuelles, des langues, des peuples, voire des lieux et des temps.


Ce souci des structures, des combinatoires, des codes de transformation, rapproche Claude Lévi-Strauss des scientifiques, principalement des mathématiciens. Il le rattache aussi à la lignée des philosophes qui, de Platon à Kant, ont reconnu la place centrale des processus formels.


LES MYTHES "SE PENSENT ENTRE EUX"


Là se trouve le cœur de l'œuvre, et ce qu'elle a, à sa manière, de vertigineux. Car, dans l'analyse de ces milliers de mythes qui "se pensent entre eux", se répondent sans se connaître, se combinent sans que personne l'ait décidé, on voit s'esquisser des procédures mentales universelles.

 

Jeune adolescente de la tribu indienne caduveo lors d'un rite de passage. Source: savoirs.essonne.fr


Cette approche d'un solfège de l'esprit humain prolonge ou accompagne le schématisme de Kant, la linguistique structurale de Roman Jakobson ou, en psychanalyse, la théorie lacanienne du signifiant. Le résultat est d'autant plus impressionnant que cette analyse convoque des peuples et des cultures sans contacts connus les uns avec les autres. L'historien – comme Georges Dumézil, féru lui aussi de perspective structurale – ne compare que des mythes issus de peuples entretenant des liens attestés. En s'affranchissant de cette limite, en confrontant, par exemple, les mythes amérindiens avec ceux du Japon, Lévi-Strauss a ouvert des perspectives théoriques qui intéressent, au-delà de l'ethnologie restreinte, l'anthropologie générale, l'étude de l'esprit des hommes.


Sans doute est-ce là une marque persistante, à travers détours et exils, de son attachement profond à la rigueur des philosophes. Ils ne cessèrent en fait d'avoir sa préférence. Très jeune, cet enfant d'artiste (son père était peintre) porta son attention vers les concepts. Normalien, il choisit en 1927 la philosophie. Agrégé, il commença à l'enseigner en 1932. L'ennui toutefois le gagna vite, et le désir de "l'expérience vécue des sociétés indigènes" l'emporta : il partit en 1935 pour Sao Paulo, où il enseigna durant trois ans en menant plusieurs missions d'étude chez les Bororo, puis les Nambikawara, en compagnie de Dina Dreyfus, sa première femme, épousée en 1932.


Ils se séparèrent à leur retour en France, en 1939, et l'anthropologue connut ensuite deux autres mariages, en 1945 et en 1954.


Révoqué de l'enseignement au titre des lois antijuives de Vichy, il se retrouva à New York, où il fréquenta les surréalistes, et se lia avec Jakobson, dont l'apport fut déterminant dans la construction de son œuvre. L'après-guerre fut une période instable pour ce chercheur dont les œuvres maîtresses commençaient seulement à s'imprimer et que les institutions savantes ne reconnaissaient pas encore. Attaché culturel à New York, puis en mission en Inde et au Pakistan pour l'Unesco, il fut nommé en 1950 à l’Ecole pratique des hautes études avec l’appui de Dumézil.

 


En 1955, Tristes Tropiques le fit connaître du grand public. Journal de voyage soutenu par une écriture limpide et sensible, méditation sur le savoir et sur l’époque d’une grande liberté de ton, le livre est une réussite littéraire et devint aussitôt un succès de librairie, bientôt une référence. Bien des pages de ce livre appartiennent depuis aux anthologies en usage dans les classes. On y découvre un voyageur déjà préoccupé des désastres de la planète, tourmenté par la destruction de la diversité humaine, soucieux d’écologie bien avant que l’époque ne se saisisse du terme. On discerne également son penchant pour le bouddhisme et sa réticence envers l’islam. Cette dernière est si forte que certaines pages de Tristes Tropiques, peu remarquées à l’époque, vaudraient sûrement à leur auteur de virulentes protestations si elles paraissaient aujourd’hui.


Après la publication d’Anthropologie structurale (1958) et l’élection au Collège de France (1959), Lévi-Strauss déploya une activité exceptionnelle d’organisateur et d’auteur qui lui valut une reconnaissance internationale croissante. Après La Pensée sauvage (1962) et les quatre volumes des Mythologiques, il devint évident que cette œuvre était l’une des grandes de son siècle. Il est désormais difficile de parler de l’homme, de la société, des échanges sans tenir compte de son apport.


La voie des honneurs, parallèlement, se poursuivit. En 1973, Claude Lévi-Strauss fut élu à l’Académie française, il accompagna François Mitterrand au Brésil en 1985, ses collections d’objets furent exposées au Musée de l’homme en 1989, ses photographies du Brésil éditées en 1994, son 90e anniversaire célébré par des numéros spéciaux.


En 2005, l’Unesco fêta les 60 ans de sa fondation en confiant à son ancien collaborateur un discours d’ouverture qui restera, bien que l’orateur ait alors approché le siècle, un modèle de pertinence et de lucidité. Il y rappela notamment, en se référant à Rousseau – l’un de ses maîtres, avec Montaigne –, les menaces que notre expansion effrénée fait peser sur la nature et sur l’humanité. Car Claude Lévi-Strauss, en fin de compte, ne dissociait pas la défense de la diversité culturelle et celle de la diversité naturelle.


Dans une époque pressée, confuse, massivement portée à la veulerie et au simplisme, l’homme passait fréquemment pour distant. Tous ceux qui eurent la chance de l’approcher peu ou prou savent combien cet esprit universel, profondément attaché à la dignité de tous peuples, savait être proche, amical, fidèle et chaleureux, surtout si l’on avait su tenir le coup sous son regard, le plus acéré qui fût.


Hautain ? Non. Seulement exigeant, suprêmement intelligent, et peu enclin au mensonge. Cela fait évidemment beaucoup de défauts, surtout si l’on est en outre l’auteur d’une des œuvres majeures du XXe siècle. Dans la cacophonie de l’heure, une partition exemplaire. Et l’élégance altière, à côté du solfège, d’un musicien de l’esprit.


Roger-Pol Droit

Article paru dans l'édition du 05.11.09 - Titre original: L'ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort

link http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/11/03/l-ethnologue-claude-levi-strauss-est-mort_1262351_3382.html#ens_id=1262333

Claude Lévi-Strauss sur InternationalNews:


Centenaire de claude lévi-strauss (1908-): interview (1972)

Levi-strauss, interview

Tristes tropiques de claude lévi-strauss (documentaire)

Claude lévi-strauss : un “régime d'empoisonnement”

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Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 00:24
Entretiens avec Claude LÉVI-STRAUSS, Jean-Pierre VERNANT, Jacques Le GOFF, Pierre BOURDIEU, Andre, COMTE-SPONVILLE, Michel TOURNIER et Luc de HEUSCH. 1988











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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 11 2009 01:16

2 novembre Fête des morts

Helmo.be

Transposition pour le Web du travail de Catherine Moury

 

Source: http://media.photobucket.com - Les rites mortuaires chez les Amérindiens


Introduction


" Qu'est-ce que cent ans, qu'est-ce que mille ans, puisqu'un seul moment les efface ? Multipliez vos jours comme les cerfs, que la Fable ou l'Histoire de la nature fait vivre durant tant de siècle ; durez autant que ces grands chênes sous lesquels nos ancêtres se sont reposés et qui donneront encore de l'ombre à notre prospérité ; entassez dans cet espace, qui paraît immense, honneurs, richesses, plaisirs : que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout d'un coup cette vaine pompe avec la même facilité qu'un château de cartes, vain amusement des enfants ". Bossuet, oeuvres complètes, Sermon sur la mort.


 

Gustave Courbet - Enterrement à Ornans


Les rituels funéraires datent de la nuit des temps. Aucune civilisation, de la plus fruste à la plus civilisée, n'a pu échapper à l'angoisse générée de la mort. Etablir un rite, c'est donner un cadre, des balises, un rythme qui peut soutenir et canaliser la peur, la rendre plus compréhensible aussi.

 

GD5119787-02-Nov-2006--Tlacotep-4542.jpg Fête des morts à Mexico - Photo: image.guim.co.uk

Petit panorama de quelques rituels religieux


a) Les Egyptiens


Les Egyptiens étaient terrorisés par l'oubli, dans lequel ils voyaient le signe d'une fin totale. Toute leur organisation sociale était donc conçue pour assurer la perpétuation du souvenir, garant de l'éternité.


Chaque vivant se devait de préparer son enterrement en achetant d'abord un tombeau, le plus beau, ainsi que l'ameublement : des tables, des chaises, des ustensiles de cuisine, des statues et des amulettes, pour protéger la tombe des démons malfaisants. Il était également impératif d'amasser un pécule pour s'offrir une momification plus ou moins sophistiquée, condition d'accès des morts.

 


Source: Cyberpresse


La momification était l'oeuvre de spécialistes, installés dans les Maisons des Morts. Elle se déroulait en plusieurs étapes s'étalant sur septante jours. Une fois ce délai écoulé, le ka du défunt, càd sa force vitale, était libéré pour se transformer en akh éternel. Les funérailles, conçues comme une célébration de la renaissance, pouvaient donc commencer. Extrêmement codifiées, elles se déroulaient en présence de pleurs et de prêtres chargés de lire le Livre des Morts, pour permettre aux proches de suivre les péripéties du voyage du défunt dans l'au-delà. Par précaution, un exemplaire de ce livre était déposé dans la tombe, en même temps que les offrandes alimentaires. L'âme égarée pouvait ainsi le consulter pour retrouver son chemin.


La légende d'Osiris


A l'entrée du royaume, Osiris préside la pesée de l'âme en compagnie de Thoth, le coeur est placé d'un côté d'une balance tandis qu'une plume (symbole de Maât la justice) est déposée de l'autre côté, si le coeur était plus léger que la plume il accédait alors aux Royaume d'Osiris, dans le cas contraire son âme était jetée dans la gueule d'Ammit (la dévoreuse d'âme). Dans le cadre de la solidarité, voir aussi
Thoth se serait créé lui-même au début des temps, de même son épouse Ma'at. Les deux produiront huit enfants dont le plus important, Amon, celui qui est caché était surtout vénéré à Thèbes comme maître de l'univers.

 

Osiris, dieu des morts


Protecteur des arts et des sciences, il créa le langage, les hiéroglyphes et écrivit entre autres le Livre des Morts. Il est considéré comme étant le coeur et la bouche du grand dieu-soleil, Amon-Ra. Après jugement des paroles des morts, Thoth donnait au dieux son verdict final et décidait alors si l'âme devait être bénie ou maudite.


Thoth est l'inventeur de l'écriture et du langage, le gardien de l'ordre divin, de tous les rituels et du savoir secret. C'est Thoth qui, devant Osiris, inscrit le résultat de la pesée de l'âme du défunt.


b) Les enfants d'Abraham


Depuis le concile Vatican II, les catholiques enterrent leurs morts dans la simplicité. Dans le nouveau rituel des funérailles, la pompe et les ors cèdent la place à des minutes de silence. Des bougies sont allumées, tout comme pour le baptême, symbole de la Résurrection.


Le corps, lui, peut aussi bien être enterré qu'incinéré : l'essentiel, désormais, se situe au niveau du devenir de l'âme séparée du corpspour le repos de laquelle de nombreuses prières sont exigées.

 

Girodet - L'enterrement d'Atala


Contrairement aux catholiques, les Juifs comme les Musulmans sont contre l'incinération, par respect pour l'intégrité de la personne humaine. Le mort est enveloppé dans un linceul de lin ou de coton et doit être déposé dans le sol, en osmose avec la terre. Les rites funéraires du judaïsme sont codifiés par la halakha, la loi rabbinique, qui détaille la toilette du mort, accomplie en récitant des versets de la Bible, la manière de lui déchirer les vêtements, le déroulement de la veillée mortuaire avec les lectures du psautier et de la Mishna, et l'inhumation elle-même au cours de laquelle le fils aîné du défunt se doit de lire le Kaddish, la prière libératrice, sans laquelle il n'est point de salut. Le Kaddish sera ensuite récité trois fois par jour, durant onze mois, à la synagogue.


L'enterrement musulman, lui, est expéditif : le corps doit être enseveli le plus rapidement possible; il est soigneusement lavé, enroulé dans un linceul blanc, ensuite il est mis en terre, la tête tournée en direction de la Mecque. Il doit normalement se trouver dans un endroit où il ne cotoyera que des croyants comme lui. Aujourd'hui dans certains cimetières de Belgique, on a créé des enclaves réservées aux musulmans pour leur éviter l'obligatoire et coûteux rapatriement post-mortem.


c) Les Tibétains


Tout Tibétain qui meurt est forcément un moine : s'il n'a pas été ordonné de son vivant, il le sera à sa mort, quand sont cités devant sa dépouille les noms des bouddhas et des divinités. Les mérites de cette récitation sont transférés à son âme, qui en aura grand besoin durant le périple de quarante neuf jours qu'elle entreprend alors, avec l'aide des vivants.


La première règle d'or des Tibétains consiste à ne pas toucher un mort dans les trois jours qui suivent le décès, afin de ne pas entraîner sa conscience vers une renaissance inférieure. Passé ce délai, des mantras sont brûlés sur son cur, puis le corps peut être incinéré, enterré, donné en pâture aux vautours ou aux poisson. C'est à partir de ce moment là que le mort comprend qu'il est mort, et il va alors chercher à se manifester à travers " des phénomènes effrayants ".


Pour l'aider à se détacher de son passé, ses proches sont tenus de mettre un bémol à leur chagrin et de lire quotidiennement le Livres des Morts qui explique au défunt ce qu'il lui arrive. Il leur est également recommandé de prier les Trois Joyaux, de réciter des mantras, de faire des offrandes, aux pauvres ou aux monastères, et de racheter des animaux qui sont ensuite libérés. Enfin, durant cette période, à l'heure du repas, les Tibétains déposent l'offrande du sour sur le pas de leur porte : ils déposent dans une soucoupe quelques pincées de farine et de nourriture brûlée. Le corps mental du défunt se nourrira de l'odeur de ces aliments et engrangera des forces pour son périple dans le bardo.


La société industrielle d'aujourd'hui


Il est aujourd'hui admis que notre XXe siècle vit à l'heure du " tabou " sur la mort, qui aurait remplacé l'ancien tabou sur le sexe, pour définir une nouvelle catégorie d'obscène, de ce dont on ne parle pas.

Cadre fait avec les cheveux d'une jeune fille morte et exposé dans sa famille,
photo provenant de " La Belgique Rétro, 1890-1914"
éditions Reader's Digest, Bruxelles, 1988, p.199


S'il dissimule la mort réelle, notre siècle a aussi voulu exorciser l'image de la mort. La photographie, le cinéma, s'en sont emparés comme un thème ludique. Et voici qu'elle resurgit, sous des traits les plus traditionnels du crâne grimaçant, au détour d'une vieille rue solitaire, dans bon nombre de films à grand succès. Elle est aussi, hélas, omniprésente dans nos J.T. et si nous ne voyons plus guère nos proches ou nos voisins à l'heure de la mort, nous avons par contre contemplé sur nos écrans des centaines de morts, résultats de conflits, de famines, de catastrophes naturelles., images banales, presqu'irréelles celles-là.

 

Source: GAFormation - Antilles


De plus, il semble bien que nos sociétés libérales ont décidé de se débarrasser de cet objet encombrant, la mort. On cryogénise en attendant une résurrection; on embaume et maquille pour effacer les marques de la mort et faire croire à une vie continuée, et surtout, chacun, même s'il est effondré devant la perte d'un être cher, est prié d'épargner à ses connaissances le spectacle de sa tristesse. Plus de vêtements noirs, plus d'excuse pour s'absenter de réjouissances. Il faut rester jeune et gai !

 

Bibliographie
1. Michel Vovelle, L'heure du grand passage, Edition Découvertes Gallimard, 1993.
2. Louis-Vincent Thomas, Les sociétés devant la mort
3. Djénane Kareth Tager, L'actualité religieuse : voyage à travers les rites, 15 novembre 1996.
4. http://www.ladanse.net/histoire/histp3.htlm
5. http://www.mrugala.free.fr/Religions/Egyptes :Dieux


http://www.helmo.be/esas/mapage/euxaussi/vieetmort/mortrite.html


Voir aussi sur InternationalNews

2 novembre: fêter les morts ?

2 novembre: fêter les morts ?

Editions Payot & Rivages : Louis-Vincent Thomas Anthropologie de ...

 

Louis-Vincent Thomas (1922-1994) est le premier anthropologue à avoir étudié systématiquement les rites et savoirs liés à la mort depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours.
 

Notre société, violente et mortifère, est néanmoins caractérisée par le déni de la mort. Celle-ci nous obsède, car elle est notre unique certitude, mais en même temps nous faisons tout pour l'oublier. D'autres sociétés, notamment en Afrique, ont une attitude différente. Quelle est donc la place de la mort en Occident ? Quelle est celle des morts ? Comment accepter notre destin de mortel afin de mieux vivre ? De ce livre monumental, Daniel Roche a écrit, dans les Annales, qu'il « peut-être considéré comme l'un des guides indispensables à nos interrogations collectives ».
 
Genre : Philosophie Collection : Bibliothèque Scientifique Payot
Grand format  | 540 pages.  | Paru le : 22-09-1988  | Prix : 35.00 €
GENCOD : 9782228880145  | I.S.B.N. : 2-228-88014-0 Editions : Payot

Le Cadavre de Louis Vincent Thomas - La Mort n'en saura rien...

MORT - Les sociétés devant la mort - Encyclopédie Universalis

Rites de mort pour la paix des vivants, de Louis-Vincent Thomas ...

LA MORT AUJOURD'HUI: DE L'ESQUIVE AU DISCOURS CONVENU Louis ...

En hommage à Louis-Vincent Thomas. Le cadavre

Louis-Vincent Thomas - Wikipédia

http://agora.qc.ca/thematiques/mort.nsf/Index/La_mort&Culte_des_morts&Rites_funeraires
   
   
   

 
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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 10 2009 23:30
Subtitled version of Jean Rouch's "Les Maîtres Fous" (1955). A documentary about an african sect based on ceremonies during which the members are possessed by the spirits of european colonial entities.

It is worth mentionning that this film was very badly recieved, originally, both by africans shocked by the "savagery" of this ritual, and by europeans shocked by how white men are caricatured in this ritual. Today, this film is one of the most important, and most praised, classics of visual anthropology.





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