Sciences sociales/Social Sciences

Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /2010 06:39



Relire Marcuse pour ne pas vivre comme des porcs Par Gilles Châtelet 



Manufacturing Consent (Noam Chomsky), A Propaganda Model

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De nouvelles études confirment la haute dangerosité de la télévision

 

 

 

 

 

 

 




Comment fut inventé le peuple juif Par Shlomo Sand

http://bibliobs.nouvelobs.com/files/Shlomo-Sand_Baltel-Sipa.jpg

 



 

 

 

 

 

 





 

 

 


I comme Icare (expérience de soumision à l'autorité)

http://images.fan-de-cinema.com/affiches/policier/i_comme_icare,0.jpg 

Psychologist Complicity in Torture Challenged


The Century of the Self (Corporations Mass Persuasion techniques)


L’anthropologie, arme des militaires

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 http://socio13.files.wordpress.com/2009/01/arton20751.jpg


Psychologie et manipulation des masses (première partie)


Fox Admits To Planting Political Brainwashing In Popular TV Shows

Fox Admits To Planting Political Brainwashing In Popular TV Shows 060309top





Les jeux vidéos violents apprennent aux enfants à tuer: ils doivent être ­interdits ! +dossier

 

http://www.blogcdn.com/news.bigdownload.com/media/2008/11/children-video-game.jpg


L'expérience de Asch et le 11 septembre/ASH experiment and 911 (+ video 4'15, VOSTF)


Mind Control: America's Secret War (43' History Channel Documentary)


   

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/ca/Edward_Bernays.jpg

 



Pierre Bourdieu - Sur la télévision (49') http://davidm.blog.lemonde.fr/files/bourdieu.jpg



http://strips.bitstrips.com/52b2597c83feff8bffa25a6c3d040fc6.png


http://4.bp.blogspot.com/_Nw-FEScofbM/SLxj556-a2I/AAAAAAAAADw/TES7JoA-7Wo/s320/t%C3%A9l%C3%A9+poubelle.jpg 


http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782918597056.jpg


  http://www.brooksinternational.com/Customized/Uploads/images/zinn.jpg


http://static.letsbuyit.com/filer/images/fr/products/original/75/91/a-people-s-history-of-the-united-states-7591365.jpeg 


La fabrication du consentement, de Noam Chomsky/Manufacturing Consent (videos VOSTF)


Claude Lévi-Strauss: Rencontre avec les Bororos (interview de 1977, 4')


Claude Lévi-Strauss (1908-2009) - A propos de Tristes tropique


Disparition de l'ethnologue Claude Lévi-Strauss (+video 1' 30)


Margaret Mead (1901-1978): Tales From The Jungle (documentary)


Claude Lévi-Strauss : un “régime d'empoisonnement”


Centenaire de Claude Lévi-Strauss (1908-): Interview (1972)


Noam Chomsky - Noam vs. Michel Foucault (Eng. subs)


Noam Chomsky: Mass Media and Control (video)


Paul Virilio (urbaniste): Les revers du progrès (interview vidéo)


Jean Rouch: Dogon cosmogony/La cosmogonie Dogon


Howard Zinn: "On Human Nature and Aggression" (9')


Portrait Edgar Morin (vidéo, 14')


Entretien avec Félix Guattari - écosophie (50')


Michel Foucault par lui-même (documentaires en 4 parties)


Plato, The Allegory of the Cave and the NWO (animated version)


Education - Dolto aurait-t-elle tout faux ?


 

 

 

 

 

   



Hommage à Claude MEILLASSOUX

 

 

 

 

 

 

 


Lorsque les dieux faisaient l'Homme (N.Kramer/J.Bottéro)



http://www.wwnorton.com/college/history/ralph/ralimage/map2meso.jpg


Sumer (Iraq), L'épopee de Gilgamesh (documentaire)

Gilgamesh tablet no.1 by Neil Dalrymple

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /2010 00:40

Par Christopher Ketcham (Counterpunch)


« Il est impossible de travailler avec la technologie de l’information sans faire aussi de l’ingénierie sociale »
Jaron Lanier, de “You Are Not A Gadget”

Au fond du canyon, le sac à dos est chargé et contient tout le nécessaire ; un sac de couchage et des vêtements chauds pour la nuit. Une lampe, un couteau pour tailler dans l’écorce nos initiales qui disparaîtront avec le temps. L’hiver approche et la lumière du soleil couchant se reflète sur les eaux de la dernière crue. Les parois sont hauts et étroits. Il n’y a pas d’échappatoire dans les entrailles de la terre. Les jambes sont fuselées et les pas sont précis. Le visage est bronzé et, surtout, la posture est altière : c’est celle de l’homo erectus, la tête haute, guidée par les étoiles. Dans le silence de la nuit, avec des gestes précis, le campement est installé entre les quelques arbres qui poussent sur les rives au-dessus de la ligne des eaux.


Puis le retour à la ville et à l’échelle de l’évolution qui donne sur le néant.


Il n’est pas exagéré de souligner combien la vie des « professionnels » durant leurs heures de travail parait vaguement débile. Une vie qui consiste principalement à s’assoir devant un ordinateur, à taper sur un clavier, à vérifier ses courriers électroniques, à jeter des coups d’oeil agacés à son téléphone portable. Plutôt pathétique et triste. L’affichage constant d’alertes, de clignotants, de fenêtres et la résignation à interagir avec une machine comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit, comme si les choses devaient être ainsi et pas autrement. Si on pouvait abandonner son corps et flotter au-dessus d’une de ces créatures respectueusement penchée vers sa boite magique, on se demanderait : « Quel genre d’homme est-il ? A-t-il perdu toute sa dignité ? Est-il devenu fou ? »


Voici que surgit un citadin qui se promène le regard baissé tenant son PDA, son téléphone mobile, son iPhone ou iPod ou le prochain je-ne-sais-quoi qui sera inventé et commercialisé afin d’améliorer l’espèce humaine.


Encore et toujours un appendice électro-plastique qui exigera qu’on lui prête attention. Il sonne, il susurre, il bourdonne, il clignote bleu et jaune – il hurle, il exige toute notre attention, qu’on s’occupe de lui, qu’on s’en saisisse avec autant de ferveur que notre impatience est grande. Même si la ballade se termine contre un poteau, en tombant dans une bouche d’égout ou en se cognant contre une voiture garée ; phénomènes courants qu’on signale tous les jours dans toutes les villes du monde.


Comme des enfants avec leurs hochets, je les vois dans le métro, les regards rivés à leurs techno-jouets, isolés du monde qui les entoure. Je me souviens qu’à 20 ans, j’ai arrêté de me promener avec mon Walkman. M’enfermer dans ma musique alors qu’il y avait tout un monde là-bas dehors à découvrir me paraissait infantile. Il y avait une solitude pesante dans le Walkman.


Aujourd’hui, la technologie exige cette solitude – tout en promettant, ô ironie, de nous « connecter » à la révolution sans fil. L’illusion d’être connecté en permanence, que ce soit pour le travail ou le loisir. La plupart du temps, la connexion s’établit avec un membre du « clan ». Un ami m’a raconté comment il avait déménagé dans une autre ville et qu’il ne s’était pas fait d’amis là-bas parce que tous les amis dont il avait besoin étaient déjà membres de son « réseau ». Il a fini par se renfermer sur lui-même, isolé dans l’instant présent.


Les sonneries intempestives des portables en public, les conversations imposées aux voisins dans les files d’attente ou dans la rue, les têtes baissées pour composer les SMS, indiquent notre appartenance à un ailleurs constitué des voix, des signes et des secrets d’un clan virtuel. L’acte de parler et d’envoyer des SMS en public vous transforme en fantôme aux yeux de tous ceux qui vous entourent. Ici à New York, je dirais même qu’il a eu pour résultat la quasi-disparition de la rencontre fortuite dans les transports en commun, de tous les bonjours timides (et parfois pas si timides que ça), des sourires, des regards qui se croisent et des rencontres qui se font de plus en plus rares à cause de notre addiction à ces machines tyranniques.


Sortir sans une des ces appendices électriques revient désormais à oublier un morceau de soi à la maison. Ce qui est d’ailleurs peut-être le cas. Le cerveau se ratatine avec la dépendance, il se dissolve et une sénilité rampante s’installe, l’Alzheimer de l’âge mûr. Avant, je connaissais par cœur des dizaines de numéros de téléphone. A présent les numéros sont mémorisés dans des appareils. Le cerveau digital de la grande ruche (gloire à Google) devient le détenteur du savoir. Tout ceci, nous dit-on, au nom de cette soi-disant efficacité qui voit dans la silhouette avachie et chétive qui tapote sur un clavier le summum du Progrès humain.


http://www.counterpunch.org/ketcham03192010.html

Traduction le Grand Soir 24 mars 2010


Source: http://www.legrandsoir.info


http://www.internationalnews.fr/article-technophilie-techno-tyrannie-et-techno-infantilisme-48988287.html

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Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /2010 16:36

  http://www.filmfestivalworld.com/typo3temp/pics/910146791a.jpg

 

[Socrates] And now, I said, let me show in a figure how far our nature is enlightened or unenlightened: --Behold! human beings living in a underground cave, which has a mouth open towards the light and reaching all along the cave; here they have been from their childhood, and have their legs and necks chained so that they cannot move, and can only see before them, being prevented by the chains from turning round their heads. Above and behind them a fire is blazing at a distance, and between the fire and the prisoners there is a raised way; and you will see, if you look, a low wall built along the way, like the screen which marionette players have in front of them, over which they show the puppets. continue: http://www.historyguide.org/intellect/allegory.html

 

The conversation between Socrates and Glaucon as told by Plato in Plato's Republic chapter 7
http://www.platosociety.org
Photo: /www.filmfestivalworld.com

 

 

 

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /2010 20:53

InternationalnewsHorizons et débats  >  2010  >  N°23, 14 juin 2010

http://www.doit.wisc.edu/network/wireless/images/lecture.jpg


Une étude élaborée à l’Université du Michigan, qui évalue des recherches faites durant les 30 dernières années, a montré que la capacité d’empathie des étudiants américains des collèges actuels diminue nettement. «C’est depuis l’an 2000 que nous avons constaté le plus grand recul d’empathie», dit Sarah Konrath, chercheuse à l’Institut pour la recherche sociale de l’université du Michigan, dans une déclaration de presse. «Les tests standards pour mesurer ces caractéristiques de la personnalité ont montré que les étudiants des collèges sont de 40% moins empathiques que leurs collègues d’il y a 20 ou 30 ans.»


Les résultats présentés lors de la réunion annuelle de l’Association pour la Science Psychologique ont été l’aboutissement de la vérification de 72 études exécutées entre 1979 et 2009.
L’analyse a abouti au résultat que les étudiants actuels font moins d’efforts pour comprendre la perspective de leurs collègues, comparés à leurs collègues des années 70. Ils sont moins sensibles et soucieux envers ceux qui se portent plus mal.


Nombreux sont ceux qui considèrent les étudiants actuels des collèges – qualifiés de «génération Ego» – comme une des générations les plus égoïstes, narcissiques, concurrentielles, les plus convaincues d’elles-mêmes, et les plus individualistes qu’il y ait jamais eu », a fait savoir Konrath qui est aussi membre du département de la psychiatrie de l’Université de Rochester.


«L’augmentation de la consommation médiatique ces derniers 30 ans pourrait en être un facteur», a-t-elle déclaré, «aujourd’hui l’Américain moyen est ex­posé à trois fois plus d’informations en dehors du temps de travail qu’il y a 30 ans. Quant au contenu de la consommation média­tique, cette génération d’étudiants des collèges a grandi avec les jeux vidéo. Et de plus en plus de recherches, celles de mes collègues de l’université du Michigan inclues, montrent que la consommation de médias à contenu violent rend indifférent à la détresse d’autrui.»


Selon Sara Konrath, un milieu social ori­enté davantage vers la concurrence mais aussi le fait que les amitiés soient de plus en plus entretenues par l’intermédiaire des médias électroniques et Internet en sont d’autres causes. La possibilité existant là de tout simplement «décrocher» et de ne plus répondre risque bien de devenir un modèle de con­duite qui se transfère aussi au niveau du contact social direct.


Source: Association for Psychological Science.
Communiqué de presse du 28/5/10


http://www.horizons-et-debats.ch/


Sur le même sujet: The “Me Generation” on Steroids: College Students are less Empathetic - Are we becoming a nation of selfish pigs: http://www.psychologytoday.com/blog/do-the-right-thing/201006/the-me-generation-steroids-college-students-are-less-empathetic

 


Url de cet article:http://www.internationalnews.fr/article-la-capacite-a-l-empathie-des-etudiants-de-colleges-actuels-diminue-nettement-52572662.html

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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /2010 23:32

 
http://socio13.files.wordpress.com/2009/01/arton20751.jpg
 
En anglais sous-titré en français

La fabrication du consentement, de noam chomsky/manufacturing consent (video)

En français sous-titré en anglais/In french with english subtitles

Noam chomsky vs michel foucault (fr-en,1971, 15'52)

 
In English

Noam chomsky: mass media and control (video)

The myth of liberal media by noam chomsky (video)

Noam chomsky: america is not a democracy (video)

Noam chomsky compares right-wing media to nazi germany (video, 3' 19)

Noam chomsky: terrifying the population (video)

Noam chomsky: programming the nation (video)

Noam chomsky: big business dictates the presidency

Militarizing latin america by noam chomsky

 Superpower principles: u.S. Terrorism against cuba (55')

U.S. "enhancing terror" by noam chomsky (video)

N. Chomsky/r. Fisk: war, geopolitics, and history (1h41)

Noam chomsky a must see interview

Prof noam chomsky (video, 2006)

Photo: socio13.files.wordpress.com

http://www.internationalnews.fr/article-noam-chomsky-articles-interviews-videos-51686939.html

 

 

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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /2010 07:53

Internationalnews

Mondialisation


Titre de l'article d'origine: 11 septembre, psychologie des foules et propagande par Julie Levesque


Présentation de l'expérience (IN)


Solomon Asch invita des étudiants à participer à un prétendu test de vision. Tous les participants étaient complices avec l’expérimentateur, sauf un. L’expérience avait pour objet d’observer comment cet étudiant (le sujet) allait réagir au comportement des autres.


Les complices et le sujet furent assis dans une pièce et on leur demanda de juger la longueur de plusieurs lignes tracées sur une série d’affiches. A chaque fois, il fallait qu’ils désignent laquelle était la plus courte, lesquelles étaient de même longueur, etc. Les complices donnaient systématiquement une réponse fausse.


Tandis que la plupart des sujets répondirent correctement, beaucoup furent assez perturbés, et un grand nombre (33%) se conformaient avec les mauvaises réponses de la majorité (lorsqu’il y avait au moins 3 complices). Ils étaient même amenés à estimer que deux lignes avaient la même longueur, alors que l’écart était très visible, de plus de 5cm.

Lorsqu’il n’y avait pas unanimité parmi les complices, les sujets avaient moins tendance à se tromper.


Des sujets témoins qui n’étaient pas soumis à un point de vue majoritaire, n’eurent aucun mal à donner toujours la bonne réponse.


Après l’annonce des résultats, le sujet attribue sa piètre performance à sa propre mauvaise vue ! (http://www.neotrouve.com/?p=135)


 


par Julie Lévesque (extrait)

 

Cette expérience peut expliquer trois phénomènes entourant le 11 septembre : la crédulité face à l’explication officielle de l’effondrement des tours, la façon dont on dénigre les sceptiques de la version officielle et la popularité grandissante de ce scepticisme.

 

L’expérience le démontre magistralement : les gens sont fortement enclins à nier ce qu’ils voient de leurs propres yeux pour se conformer à l’opinion dominante. C’est ce qui semble se produire avec l’effondrement des trois tours, c’est-à-dire des deux tours jumelles et de la tour 7, talon d’Achille de la version officielle, dont on n'a fait aucune mention dans les rapports officiels originaux et longtemps ignorée par les médias : chaque effondrement possède toutes les caractéristiques d’une démolition contrôlée et aucune des caractéristiques d’un édifice détruit par le feu, explication officielle de l’organe gouvernemental, le National Institute of Standards and Technology (NIST).

 

En plus d’être les trois seuls édifices à avoir été complètement pulvérisé par le feu dans l’histoire de l’humanité, si l’on croit les explications incohérentes du NIST, qui par ailleurs a dû modifier ses conclusions, ils sont les trois seuls à s’être écroulés exactement de la même manière. Or, comme le souligne Richard Gage, les effondrements des édifices en raison du feu sont uniques puisqu’ils ne sont pas planifiés. Toutefois, la similitude entre une démolition contrôlée et les trois effondrements du WTC sont indéniables.

 

Par ailleurs, la détraction dont sont victimes les sceptiques n’a pas de quoi attirer les foules. L’expérience d’Asch illustre bien comment bien des gens préfèrent ne pas émettre d’opinion contraire à l’opinion dominante. Mais cette attitude change dès lors que l’individu en question se sent appuyé par une autre personne. Cela pourrait-il expliquer la popularité grandissante du mouvement pour la vérité sur le 11 septembre? Fort probablement.

 

À l’origine, la remise en question de l’attaque terroriste était un phénomène marginal auquel convenait admirablement la calomnie systématique. George W. Bush nous avait d’ailleurs mis en garde de « ne tolérer aucune théorie de conspiration relativement au 11 septembre ». À part bien sûr, la conspiration islamiste. Son successeur, M. Obama a fait de même. La presse dominante a obéit au doigt et à l’œil.

 

Malgré le tissu de mensonge révélé par des chercheurs et journalistes indépendants, les médias traditionnels n’ont d’autre choix que de soutenir la thèse officielle, puisqu’ils la défendent avec acharnement depuis le début. On connaît l’inaptitude des médias à pratiquer l’autocritique et on l’a vu avec la « première pandémie du siècle » : le mea culpa est un concept qui leur est totalement étranger et ils n’admettent pratiquement jamais leur manque de rigueur et d’esprit critique face aux autorités. Ils ont reconnus les liens entre l’Organisation mondiale de la Santé et l’industrie pharmaceutique uniquement lorsque ceux-ci ont été dénoncés par une autre autorité, le Conseil de l’Europe. Mais c’était trop peu trop tard. Ils ont perdu énormément de crédibilité aux yeux du public, contrairement à la presse indépendante, qui elle, ne s’est pas soumise aveuglément à l’autorité. Les médias ont-ils oublié leur rôle de contrepoids des autorités?

 

Aujourd’hui, les gens ont de moins en moins peur d’exprimer leurs doutes face à la thèse officielle des attentats du 11 septembre, en grande partie parce qu’ils se sentent moins seuls, mais aussi parce que les médias et les autorités ont tellement abusé de l’argument ad hominem qu’il n’a plus aucune efficacité. Si cette tactique a servi à évité de débattre de questions légitimes sur l’événement catalyseur des grandes guerres de cette décennie, quiconque l’utilise aujourd’hui se tourne lui-même en ridicule. Et celui qui use du ridicule, manipule un couteau à deux tranchants qui finit toujours par se retourner contre lui-même.

 

Donc pourquoi de plus en plus de gens ne croient pas la version officielle? Parce que « traditionnellement ce genre d’événement donne lieu à toutes sortes de théories de conspiration », comme le répète jusqu’à plus soif les médias et les autorités? Non. Tout simplement parce que les faits, la logique et les lois de la physique le commandent. Pourquoi autant de personnes croient toujours la version officielle? Il faudrait que les médias posent la question. Pour l’instant, l’expérience d’Asch apporte, certes, une partie de la réponse.



Notes

1. Hermann Göring, cité dans Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, Montréal, Lux Éditeur, 2005, p. 270. 
2. Edward Bernays, Propaganda, Montréal, Lux Éditeur, 2008, p. 1.
3. Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Paris, Presses universitaires de France, Paris, 1963. p.72. Le livre est disponible sur Internet.
4. Joseph Goebells, cité dans Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, Montréal, Lux Éditeur, 2005, p. 19.

Julie Lévesque est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation.


Article intégral: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19008


http://www.internationalnews.fr/article-l-experience-de-asch-ash-experiment-1-21-vostf-50806708.html 

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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /2010 22:06

English version: Killer Games Must Be Banned Internationally

Note d'IN: Il va se soi que le conditionnement des enfants à la violence est totalement délibéré...

Horizons et débats  Mars 2010


http://videogames.techfresh.net/wp-content/uploads/2008/05/gears-of-war.jpeg

Il n’y a plus aucun doute en ce qui con­cerne le rapport entre la violence dans les médias et l’augmentation des comportements agressifs. 3500 études de recherche scienti­fique ont été consultées. Ces études comprennent de larges enquêtes épidémiologiques parmi la population, des études trans­culturelles, des re­cherches expérimentales et la recherche «naturelle» en laboratoire. Il n’y a que 18 études dans lesquelles ce rapport n’a pas été trouvé.


L’agression humaine est produite par sa culture et les relations entre humains, comme le montrent des recherches étendues dans les domaines de l’anthropologie, de l’anthropologie culturelle et de l’ethnologie (Leakey, Malinowski, Benedict, Mead, Montagu).1


«Tout compte fait cela signifie que la thèse de l’agression congénitale chez l’être humain n’est simplement plus défendable.»2


«Même du point de vue de la biologie, l’humanité n’est pas condamnée à la ­guerre.» Il n’y a pas de raison de «maintenir de façon fataliste l’opinion que la violence et l’agression seraient une sorte de ‹loi naturelle›».3


La violence s’apprend

Depuis les années 1970 il est clair que la violence s’apprend et qu’elle n’est pas ancrée dans l’instinct. 4

 

http://parrishco.com/wp-content/uploads/2008/04/manhunt2.jpg

 

Apprendre selon un modèle


L’agression s’apprend en imitant un «­modèle»: «Les êtres humains ne naissent pas avec un répertoire préformé de comportements agressifs; ils doivent les apprendre d’une manière ou d’une autre.»5


Même des enfants qui n’ont pas de ten­dance à l’agression imitent les comportements agressifs de modèles. «Apparemment il n’y a pas besoin d’avoir un problème émotionnel ou d’être hyper-agressif pour ap­prendre des tactiques agressives par l’observation.»6


Manifester et vivre des agressions n’en­traîne pas une diminution de l’agression, mais au contraire une augmentation de celle-ci. (Bandura, p. 169)


http://jama.ama-assn.org/content/vol291/issue15/images/medium/jmn40045f1.jpg

La violence dans les médias

Certains médias offrent actuellement les modèles les plus puissants pour l’apprentissage de la violence. De nombreuses études le prouvent:

Perte du sens de la réalité par la consommation de médias violents 7

La consommation de médias empêche l’affrontement à la réalité qui seule peut engendrer la responsabilité, la conscience de soi et la joie de vivre. Par le jeu, l’enfant doit être capable d’acquérir les capacités sociales fondamentales et de surmonter des expériences négatives, ce qui ne se produit pas avec les jeux vidéo. Là, les enfants sont confrontés à des images et des comportements extrêmes et ils n’acquièrent pas de valeurs positives. 8

Les médias isolent les enfants émotionnellement et physiquement de l’attachement étroit et nécessaire des adultes qui prennent soin de d’eux. 9

A long terme, la consommation de médias conduit à un recours aggravé à la violence

http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2008/07/30/article-1039738-0073272700000258-509_468x370.jpg

En 1977 déjà l’observation de longue durée de Lefkowitz et al. a conclu que «c’est la télévision avec son accentuation de la violence entre humains et son penchant débridé pour le profit qui stimule aussi bien l’agression qu’elle enseigne aux spectateurs les techniques spéciales du comportement agressif.»10


Non seulement la représentation de la violence à la télévision et dans les vidéos incite les enfants à la copier, mais elle les rend insensibles, c’est-à-dire qu’ils montrent moins de réactions émotionnelles envers des actes de violence et acceptent la violence réelle d’autant plus naturellement, pour ainsi dire comme étant normale. 11


http://ludologia.blogs.ca.ua.pt/files/2006/11/videogames_brain.jpg


Des observations de longue durée prouvent sans équivoque le rapport entre la consommation de médias et l’agressivité. «Plus les adolescents regardent la télévision, plus ils seront violents à l’âge adulte.»12


L’agressivité apprise ne se manifeste pas forcément dans chaque comportement, mais dans des situations correspondantes, le comportement agressif appris se produira. «Le comportement agressif est précédé de la pensée agressive sur la base de modèles théo­riques agressifs. Ce sont ces modèles agressifs qui sont établis par la consommation de la violence télévisée.»13

Jeux de tueurs: des médias qui entraînent à la violence


Certains médias entraînent les enfants à tuer et à blesser comme les soldats à l’entraînement militaire. Dave A. Grossman, ancien officier et psychologue militaire de Westpoint, montre qu’avec la télévision, le cinéma et les jeux vidéo, les enfants sont désensibilisés, brutalisés et conditionnés de la même manière que les soldats qui dans les programmes d’entraînement militaire apprennent à surmonter leur résistance naturelle à tuer.


«Nous exposons les adolescents et les enfants exactement aux mêmes mécanismes qui conditionnent les soldats professionnels à tuer.» «Pour tuer on a besoin de trois choses: une arme, le savoir-faire et la volonté: les vidéos violentes en donnent deux, le savoir-faire et la volonté.»14

Déshumanisation des enfants et des adolescents par les médias violents

L’utilisation de jeux électroniques violents a augmenté ces dernières années jusqu’à l’addiction aux jeux. Des écoliers jouent jusqu’à 50 heures par semaine et jusqu’à l’évanouissement.

Werner Glogauer, scientifique de médias à l’Université d’Augsbourg, prouve que de nombreux massacres causés par des enfants ou des adolescents à partir du milieu des années 90 aux USA et en Allemagne ont un rapport évident avec la consommation de médias.

http://www.topics-mag.com/edition12/images-mv/tv_kidsyuki.jpeg

Les actes violents dans les films ont des effets instigateurs pour les jeunes: Des meurtres sont mis en scène d’après des séquences de films connus (p.ex. le massacre de Littleton, les amoks de Kentucky, Arkansas, Washington Mississippi).


Les contenus des jeux électroniques violents deviennent de plus en plus réalistes et déshumanisés. Le consommateur peut les modifier selon ses motivations et ses intérêts, il peut par exemple tirer sur des photos de personnes qu’il hait, scannées dans les jeux.

 

http://www.blogcdn.com/news.bigdownload.com/media/2008/11/children-video-game.jpg

 

Les vidéos violentes et les jeux d’ordinateur causent une augmentation massive de comportements agressifs et la régression du comportement social positif des enfants. 15

Prévention

La prévention de la violence doit se faire dans la famille, à l’école et au sein de la société. Ce qui est fondamental, c’est l’interdiction de toute forme de violence chez les adultes aussi bien que chez les enfants. Les domaines et les conceptions de la prévention sont:

Prévention par la chaleur émotionnelle, l’empathie, les limites, les mesures non ­hostiles, et l’autorité

La prévention de la violence commence par l’échange émotionnel dans les premières relations (généralement de la mère) avec l’enfant. Une attitude émotionnelle positive envers l’enfant, caractérisée par la chaleur et l’empathie, diminue considérablement le risque que l’enfant développe une attitude hostile et agressive envers les proches et son environnement.


Permettre la liberté d’action pour la formation à l’autonomie doit aller de pair avec une prise de position claire envers des comportements négatifs ou violents de l’enfant. C’est dans cette attitude conséquente que l’autorité positive se manifeste et donne à l’enfant une orientation positive.

«L’amour et l’empathie de la personne (des personnes) qui éduque(nt) un enfant, des limites claires de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas, des méthodes non physiques de l’éducation créent des enfants harmonieux et indépendants.»16

L’orientation par les parents encourage le développement d’un comportement social

Il faut: l’empathie et les soins des parents; un con­trôle mesuré mais efficace par les parents; une orientation et des modèles par les parents; collaboration dans le ménage et prise de responsabilités; imiter des interactions néfastes entre les enfants, encourager les interactions positives; accorder à l’enfant un degré mesuré d’autonomie; une indentification positive de l’enfant face à l’adulte. 17

Les relations vivantes fondent des valeurs positives

La recherche sur l’attachement le montre: La transmission des valeurs est un processus émotionnel et ne se passe pas seulement au niveau rationnel. La condition requise pour des valeurs et pour la conscience est l’attachement stable aux personnes proches dans les premières années de la vie. Dans la cohabitation, l’enfant intègre de plus en plus les comportements, les normes et les valeurs de son entourage. Les valeurs sont des capacités ancrées émotionnellement, une composante intégrale de la personnalité et elles guident le comportement dans toutes les situations. 18

La prévention de la violence à l’école

Les adultes doivent assumer la responsabi­lité de la situation intégrale de l’enfant, dans l’apprentissage et dans ses relations sociales. Les enseignants et tous les citoyens entourant l’enfant doivent collaborer. Olweus présente un catalogue de mesures à prendre, adaptés au niveau de l’école, de la classe et de l’indi­vidu. En Norvège, ce concept de prévention de la violence pour l’école a conduit à une baisse sensible (50%) des cas de violence directe ou indirecte – et cela à l’école, dans les familles et dans l’entourage de l’école. 19

Les punitions sont utiles

Le psychologue américain Ervin Staub ­explique dans son ouvrage fondamental «The Psycho­logy of Good and Evil», dans une analyse de di­verses études: «La permissivité, un manque de limites et de standards ou une discipline ­laxiste ont pu être mis en relation chez un ­groupe de jeunes délinquants avec beaucoup d’agres­sivité (DiLalla, Mitchell, Arthur & Pagliococca, 1988). Dans un setting permissif, l’agression peut être renforcée par une absence de conséquences (Patterson, 1986; Patterson, Littman & Bricker, 1967), parce que les enfants apprennent que l’agression est payante. (Buss, 1971) Cela vaut surtout lorsque l’entourage encou­rage l’agression sans la contrôler. La permissivité signifie en plus une direction inexistante et elle contribue à l’inefficacité et au manque de contrôle de soi-même.» Une des raisons pour le développement d’agressions est «la permissivité et le manque de punition de l’agression». 20


Dans son ouvrage de référence «Kriminologie für das 21. Jahrhundert» (Münster 2001), Hans-Joachim Schneider souligne que la violence dans les médias est «surtout nuisible, si la violence à l’écran est justifiée, récompensée ou qu’elle reste impunie». 21


En résumé il faut:

•    Arrêter la violence (poser des signes ­d’­arrêt): Intervenir immédiatement sans équi­voque, condamner l’acte; priver la violence de gloriole; ne pas prendre position est ressenti comme une approbation.


•    Réparation: Eveiller la compassion pour la victime, instruire les élèves violents, coopérer à la réparation de dommages psychiques et matériels.


•    Créer des valeurs positives: inciter les ­élèves à la compassion, à la compréhension, à assumer la responsabilité de leurs actes; étudier les droits de l’homme.


Les vidéos violentes et les jeux de tueurs offensent la dignité humaine et doivent être ­interdits.


1    cf. M.F. Ashley Montagu (édit.): Mensch und Aggression. Weinheim/Basel 1974
2    Leakey, Richard E./Lewin, Roger: Wie der Mensch zum Menschen wurde. Hamburg 1978, p. 221
3    cf. UNESCO: Erklärung von Sevilla: Gewalt ist kein Naturgesetz. 1986
4    Selg, Herbert (édit.). Zur Aggression verdammt? Ein Überblick über die Psychologie der Aggression. Stuttgart, 1975
5    Bandura, Albert: Aggression – Eine sozial-lerntheoretische Analyse. Stuttgart 1979, p. 78
6    Bandura, Albert: Aggression – Eine sozial-lerntheoretische Analyse. Stuttgart 1979, p. 296; Le résultat a été confirmé dans une expérience modifiée de l’ARD 1975. cf. Tausch, R./Tausch, A.-M.: Erziehungspsychologie. Begegnung von Person zu Person. Göttingen 1977, 8. édit., p. 36.
7    Neil Postman: Das Verschwinden der Kindheit.
8    Zöpfel, Helmut: Virtuelle Welt oder reales Leben? Dans: Zeit-Fragen du 22/4/02
9    Alliance for Childhood: Fool’s gold. A Critical Look at Computers in Childhood. Ed. By C. Cordes and E. Miller
10    Lefkowitz, M./Eron, L.D./ Walder, L.O./ Huesmann, L.R.: Growing up to be violent: A Longitudinal Study of the Development of Aggression. New York/Frankfurt/M. 1977, p. 113
11    cf. ibid. p. 114-127
12    «Mehr Fernsehen, mehr Gewalt» Une étude prouve la relation entre la consommation des médias et l’agression. FAZ du 29/4/02 = Johnson, Jeffrey G./Cohen, Patricia/Smailes, Elisabeth M./Kasen, Stephanie/Brook, Judith S.: Television Viewing and Aggressive Behaviour During Adolescence and Adulthood. Dans: Science 2002 March 29, Vol. 295: 2468-2471
13    Kleiter, E.F.: Film und Aggression – Aggressions
psychologie. Weinheim 1997, p. 111
14    Grossman, Dave A.: Warum töten wir? Die Zeit, 23.9.99; Grossman, Dave A.: Stop teaching our Kids to Kill: A Call to Action against TV, Movie and Videogame Violence, New York 1999
15    Glogauer, W.: Gewalthaltige Medien machen Kinder und Jugendliche zu Tätern. Dans: Kinderärztliche Praxis (2001) No. 4, Kirchheim-Verlag Main; Glogauer, W.; Die neuen Medien verändern die Kindheit. Weinheim 1998; Glogauer W.: Kriminalisierung von Kindern und Jugendliche durch Medien. Baden-Baden 1994
16    Olweus, Dan: Gewalt in der Schule. Was Lehrer und Eltern wissen sollten – und tun können.
2. korr. Aufl., Berne 1996, p. 48 sq.
17    Staub, Ervin: Entwicklung prosozialen Verhaltens. Munich, Vienne, Baltimore 1982, p. 304-306
18    Buchholz A.: Der Beitrag von Psychologie und Pädagogik zur naturrechtlichen Auffassung vom Menschen. Dans: Mut zur Ethik: Schutz der Familie und der heranwachsenden Jugend. II Kongress 1994; Buchholz A.: Personale Psychologie – Der Beitrag von Psychologie und Pädagogik zur Menschen­würde. Dans: Mut zur Ethik: Die Würde des Menschen. V. Kongress 1997
19    Hanewinkel R./Knaack, R.: Prävention von Aggression und Gewalt an Schulen. Dans: Holtappels, H.G./Heitmeyer, W./Melzerm W./Tillmann, K.J. (édit.): Forschung über Gewalt an Schulen. Erscheinungsformen und Ursachen, Konzepte und Prävention. Weinheim, Munich 1999, p. 303; Olweus, Dan: Täter-Opfer-Probleme in der ­Schule: Erkenntnisstand und Interventionsprogramm. Dans: ibid., p. 291 sq.
20    Staub Ervin, Psychology of Good and Evil, Cambridge 1999
21    Schneider, Hans-Joacchim: Kriminologie für das 21. Jahrhundert, Münster 2001, p. 146


Source de l'article: http://www.horizons-et-debats.ch
Titre original:
Interdiction des jeux de tueurs
Les emphases et les illustrations sont d'IN.
Sources de images: videogames.techfresh, http://jama.ama-assn.org, democracyinaction.org, dailymail, ludologia.blogs.ca,
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Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-les-videos-violentes-et-les-jeux-de-tueurs-doivent-etre-interdits--47034689.html


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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 04:41

Le Monde Diplomatique

13 mars 2010




par Marie Bénilde


 

Le 17 mars, France 2 diffuse un documentaire de télé réalité, « Le Jeu de la mort », où 81% des candidats à un jeu télévisé ont actionné des manettes susceptibles d’administrer des chocs électriques mortels à une victime consentante. Il s’agit bien entendu d’une mise en scène voulant démontrer l’étendue du pouvoir du petit écran. Mais en cherchant à expliquer « jusqu’où va la télé », la chaîne nous renseigne surtout sur les limites d’une expérience.




Le 17 mars, à 20h30, la télévision française se livrera à une expérience sur d’authentiques cobayes humains qu’elle va transformer, le temps d’un jeu télévisé, en des tortionnaires en puissance. C’est tout le paradoxe du documentaire de Christophe Nick, intitulé « Le Jeu de la mort », qui sera diffusé ce jour-là sur France 2.

Réitérant l’expérience de Stanley Milgram, menée au début des années 1960 dans un laboratoire de l’université de Yale, le documentariste s’est appuyé sur une équipe de chercheurs dirigée par la professeur de psychologie sociale Jean-Léon Beauvois pour vérifier si la télévision était bien en mesure de fabriquer de la soumission à l’autorité, comme dans la célèbre expérience reprise dans le film I Comme Icare, d’Henri Verneuil.

La transposition à l’écran d’une expérience Retour à la table des matières

Contrairement à la BBC, qui a reproduit les conditions de l’expérience en laboratoire, en mai 2009, Christophe Nick ne s’embarrasse pas de blouses blanches. Son sujet n’est pas l’obéissance à une autorité scientifique, mais l’emprise de la téléréalité comme système de domination des consciences. Il a donc réuni quatre-vingt personnes parmi des candidats à un « pilote » d’un nouveau jeu télévisé devant être diffusé sur France Télévisions. Après un entretien avec le supposé producteur de l’émission, les candidats acceptent de participer à ce programme de divertissement, intitulé « La Zone Xtrème », où il devront administrer des « chocs électriques » à leur partenaire en cas de mauvaise réponse dans la restitution d’une liste de mots. Puis, le candidat se retrouve sur le plateau de « La Zone Xtrème », dans les studios habituels de ce genre d’émissions, à la Plaine Saint-Denis, et fait face une double pression : celle d’une authentique animatrice de France 2, Tania Young, et celle d’un public gonflé à bloc par un chauffeur de salles. Lumières crues, musique d’ambiance, gros plans... Pas de doute, tous les codes des jeux télévisés sont bien là. La mise en scène est d’ailleurs signée du réalisateur de « Fort Boyard » (France 2), Gilles Amado.


L’expérience de Milgram, qui a été rééditée une bonne vingtaine de fois en cinquante ans, ne trouve pas dans sa transposition télévisuelle des facteurs d’atténuation de la soumission. Bien au contraire. La présence d’un public décuple la tension qui pèse sur les individus et les incite à aller toujours plus loin dans la punition : 81% des candidats « questionneurs » vont ainsi jusqu’à la phase finale de l’expérience qui consiste à envoyer une décharge de 460 volts à la victime « questionnée » et supposée assise sur une chaise reliée à des bornes électriques (en réalité un acteur dont le questionneur et le public n’entendent que les réactions simulées : protestations, refus, révolte, souffrance et enfin silence). De son côté, l’animatrice revêt les habits de l’autorité légitime en répétant des injonctions déresponsabilisant le candidat, conformément au protocole de Milgram (« Ne vous laissez pas impressionner », « Nous assumons toutes les conséquences »...). Seule différence : l’appel au public qui intervient en dernier ressort pour achever de convaincre le participant de poursuivre le jeu (« Qu’en pense le public ? » Réponse : « châtiment », « châtiment »...).


Dans l’expérience de Stanley Milgram, seuls 62% des participants avaient été jusqu’à infliger des décharges supposées mortelles à l’individu soumis à la « question ». Avec « Le Jeu de la mort », non seulement cette proportion est encore plus importante (81%), mais la « désobéissance » y est toute relative : personne n’a refusé d’actionner la manette du « châtiment », sachant que neuf personnes ont arrêté l’expérience entre 100 et 220 volts et que sept ont attendu entre 320 et 420 volts. Auteur d’un documentaire sur la Résistance, Christophe Nick érige néanmoins en modèles les (trop rares) auteurs de ces actes d’insoumission. La référence au nazisme ainsi qu’au totalitarisme communiste est d’ailleurs évoquée par une des participantes (Milgram lui-même cherchait, à travers son expérience menée après le procès Eichmann, à comprendre les mécanismes psychologiques de soumission au nazisme).

La pulsion de mort Retour à la table des matières

 

Si l’on suit le cheminement de Christophe Nick, il s’agit donc de montrer que la télé réalité peut conduire au pire, autrement dit à la mise à mort d’autrui. Partant de faits réels relevés sur les écrans du monde entier comme des accidents filmés, une séquence de roulette russe ou l’assassinat d’une femme par son ancien conjoint après une émission de télé-intimité espagnole, le documentariste entend démontrer que la transgression ultime se profile quand les télévisions en arrivent à faire sauter le tabou de la mort. Des images viennent en appui de la thèse d’une dérive toujours plus affirmée vers la satisfaction des plus bas instincts, comme la pulsion de mort. Après Eros et ses traductions pornographiques en « Loft Story », « Big Brother » ou « L’Ile de la Tentation », s’annonce Thanatos avec « Fear Factor » ou « Scarred » sur MTV, « The Shotgun accident », la dissection de cadavres etc. Après le déballage intime, l’humiliation des moins forts, l’élimination du maillon faible ou la promotion de l’adultère, la mise en scène de la mort achèverait un cycle d’insensibilisation progressive à nos valeurs profondes de civilisation éclairée. Et assurerait donc, en creux, l’avènement d’un monde barbare où tout est bon pour s’enrichir et avoir son quart d’heure de notoriété.

 

Mais ce noble objectif - qui est également servi par le documentaire du même Christophe Nick, Le Temps de cerveau disponible, diffusé le 18 mars - a t-il pour autant besoin de reconstituer l’expérience de Milgram à travers une adaptation sous le forme d’un jeu télévisé ? L’intérêt est sans doute de reprendre les armes de la télé réalité pour les retourner contre elle dans un documentaire coup de poing... Mais, malgré la construction de tout un appareil de légitimation scientifique, Nick ne saurait s’épargner un questionnement éthique qui rend problématique son expérimentation.

Les limites de l’expérience télévisuelle Retour à la table des matières


1 - D’abord, Christophe Nick n’ignore pas que l’Association américaine de psychologie, qui réunit les chercheurs en psychologie sociale outre-Atlantique, recommande ne plus se livrer à une telle mise en scène en raison de « l’état de tension qu’elle provoque chez les sujets testés ».

« L’American Psychologist Association a donc décidé de ne plus cautionner d’éventuelles reprises et a demandé à la communauté mondiale des chercheurs de ne plus reproduire l’expérience », écrit-il lui-même dans le livre qu’il a cosigné avec Michel Eltchaninoff [1].

 

Les candidats sont en effet soumis à un stress qui est la résultante d’une violence psychologique exercée à leur encontre. Le documentariste ne peut se contenter d’évincer la question en s’appuyant sur les théories mécanistes de Jean-Léon Beauvois et en mettant en avant la tradition libérale de la responsabilité individuelle propre à l’école américaine.

 

2 - Le jeu télévisé « La Zone Xtrême » produit du conditionnement qui est moins le produit de la télévision que le résultat d’une mise en scène qui conjugue pression collective, déresponsabilisation et injonctions répétées.

 

Ou comme le dit Ignacio Ramonet, auteur de Propagandes silencieuses : masses, télévisions, cinéma (Gallimard, 2003) et ancien directeur du Diplo :


« Ce n’est pas tant la télévision en elle-même qui constitue un instrument de soumission que le dispositif qui l’entoure. Il s’agit d’un système (...). Je crois qu’au fond c’est le dispositif de la scène qui produit cet effet de soumission [2]. »


3 - N’y a-t-il pas ensuite contradiction à dénoncer une spirale infernale qui amène la télé réalité à flatter les plus bas instincts humains et, dans le même temps, s’assurer une audience en convoquant le voyeurisme du téléspectateur ? Un tel travers eut été facilement évitable en floutant les visages des candidats « questionneurs ». Cela n’aurait rien enlevé à l’expérience même si, c’est vrai, le spectacle en eut été un peu altéré. Mais le producteur et la chaîne s’y sont refusés.


4 - A moins de considérer que la fin justifie toujours les moyens, et d’être ainsi peu éloigné de la pensée totalitaire, on ne peut aussi passer sous silence les lendemains qui déchantent pour les candidats testés. Comment sera perçue dans son environnement social, familial, professionnel la « prestation » du pseudo-tortionnaire ? Quelles en seront les conséquences individuelles ? Toute l’équipe de Christophe Nick s’est employée à rassurer les cobayes en leur disant que leur comportement a été parfaitement « normal » et qu’aucun ne doit se sentir coupable car, n’est-ce pas, nous sommes tous des victimes de l’emprise télévisuelle. Du reste, n’y a-t-il pas que trois personnes qui ont refusé d’apparaître à visage découvert ? Chacun est volontaire pour aider à une prise de conscience globale... Mais on peut aussi se demander si l’émission n’abuse pas de son cautionnement universitaire ou scientifique pour obtenir une forme de soumission à un projet de diffusion grand public. Cela ne vous rappelle rien ? Il n’est pas tout à fait sûr, en outre, que « Le Jeu de la mort » ne profite pas de la faiblesse d’individus qui préfèrent une petite notoriété, même négative, au néant télévisuel. Après avoir administré 460 volts, l’un d’eux demande en quittant le plateau à un membre de la production : « Est-ce que j’ai été bon ? »


5 - Enfin, « Le Jeu de la mort » se donne une apparence de représentativité statistique qui est très discutable. Les volontaires de l’émission ne viennent pas pour participer à une expérience scientifique sur la mémoire, comme chez Milgram, mais pour être associés au pilote d’un jeu télé. Autant dire que seule est représentée dans l’émission la catégorie très particulière des personnes susceptibles d’étrenner un jeu fictif, sans gain à la clé. Par ailleurs, il est hautement probable qu’un certain nombre d’individus n’ont pas cru une seconde à la supercherie organisée sous le label du service public, à travers un sorte de contrat ludique. Nick, qui a éliminé les candidats se référant à I comme Icare, précise qu’ils sont 17% à avoir déclaré qu’ils n’avaient pas cru à la réalité des chocs électriques, avant de leur asséner : « Qu’en savaient-ils ? » On peut regretter le présupposé qui consiste à voir un salaud qui cherche à se disculper plutôt qu’un contorsionniste qui cherche se jouer d’un système expérimental.

L’homme seul face à lui-même Retour à la table des matières

Cela n’invalide pas, bien sûr, l’intégralité de l’expérience du « Jeu de la mort ». Si l’émission aboutit à déclencher un électrochoc salvateur dans l’esprit du public, elle aura atteint son but. Elle montre bien, de surcroît, en quoi la télévision est parfaitement adaptée à un mécanisme d’obéissance dans la mesure où elle produit de la solitude tout en fabriquant un besoin mimétique de ressembler à un public fédéré devant son écran. « La télévision vise une nouvelle manière de faire société, écrit Michel Eltchaninoff. Je suis seul, mais je participe avec intensité aux activités d’une masse humaine virtuelle [3]. » L’un des participants au jeu le reconnaît d’ailleurs à sa façon en expliquant après coup - donc après avoir administré ses 460 volts - qu’il cherchait à coller à l’image qu’il a, en tant que téléspectateur, des candidats aux jeux télés. Ce n’était pas sa relation à l’autre qui occupait alors son esprit sur le plateau, mais la projection de son moi au centre d’un univers familier à son cerveau.


Le Temps de cerveaux disponible, qui suivra le 18 mars à 22h35, avec ses interviews fulgurantes de Bernard Stiegler, vient donc en complément indispensable au « Jeu de la mort ». On peut préférer quand Christophe Nick se fait analyste et journaliste plutôt qu’expérimentateur ou apprenti blouse blanche... Même si c’est dans l’intérêt de France Télévisions qui voit sans doute là l’occasion d’affirmer sa différence avec la télé privée.

Notes

[1] L’Expérience extrême, éditions Don Quichotte, mars 2010, p. 50.

[2] Voir interview in Le Monde, supplément Télévision, 14-15 mars 2010.

[3] In Philosophie Magazine, « La Naissance de l’homme-foule », mars 2010, p. 52.

Les emphases sont d'IN.

http://blog.mondediplo.net
La Zone Xtrême: jusqu'où va la télé?


Analyse de psychosociologues (avec Louis-Léon Beauvois) Le jeu de la mort - 2010 - Zone Xtrême - Le Film (en 11 parties) non intégrable dans un site.
http://www.youtube.com/watch?v=XxJqzq1G1Ew

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I comme icare (expérience de soumision à l'autorité)

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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 11:20
L'Agora
1994



Jacques Ellul, c'est pour moi un honneur et une grande joie que d'être invité par Daniel Cérézuelle à participer à cet hommage. Monsieur Ellul, j'aimerais plutôt dire Maître Jacques, j'ai été touché par votre comparaison du maître avec le boeuf qui, en tirant la charrue ouvre un sillon. Je me suis efforcé de vous suivre dans un esprit de filiation, avec tous les faux pas que cela implique. Veuillez accepter la moisson et reconnaître les fleurs dans ce que vous pourriez regarder comme de mauvaises herbes. Ainsi puis-je exprimer ma gratitude envers un maître à qui je dois une orientation qui a infléchi de façon décisive mon chemin depuis quarante ans. Ma dette à son égard est indiscutable, et j'ai pu le vérifier tout récemment.


Pour préparer mon intervention lors de cette séance, je souhaitais relire une vingtaine de vos ouvrages que je n'avais pas sous la main. Mon élève et ami José Maria Sbert a puisé dans sa bibliothèque pour me procurer cette moitié de votre oeuvre - des volumes qu'il avait abondamment annotés, sans craindre d'en souligner des paragraphes entiers. Ayant passé mes soirées avec ce trésor, j'ai été confondu par la nouveauté et la vivacité avec lesquelles, au long des années, vous ne cessez de reprendre vos intuitions fondamentales des premiers temps en les clarifiant toujours davantage. Votre ténacité, votre humilité et votre magnanimité devant la critique font de vous un modèle qu'il faut saluer.


La présente réunion académique à Bordeaux nous fournit une possibilité unique de reconnaître l'unité de votre pensée. Les uns vous ont lu comme un grand interprète de la Bible, les autres, comme un philosophe de la technologie. Mais peu ont vu en vous l'homme qui provoque simultanément la réflexion du philosophe et celle du croyant. Du philosophe de la technologie, vous attendez qu'il étudie un phénomène patent, observable, en ayant conscience que celui-ci est trop terrible pour être saisi par la seule raison. Et vous amenez le croyant à approfondir sa foi biblique et son espérance eschatologique face à "deux questions profondément troublantes", revêtant toutes deux un caractère d'"extrême étrangeté historique": - La première, c'est l'impossibilité de comparer la technique moderne et ses terrifiantes conséquences avec la culture matérielle d'une autre société, quelle qu'elle soit.


- La seconde, c'est la nécessité de voir que cette "extravagance historique" est l'aboutissement d'une subversion de l'évangile par sa mutation en cette idéologie fondamentale appelée christianisme. Votre oeuvre, de vos premiers essais sur l'histoire des institutions et de la propagande jusqu'aux ouvrages d'exégèse si poétiques qui la couronnent, m'a convaincu de ceci: le caractère unique de l'âge dans lequel nous vivons ne peut être saisi rationnellement si l'on ne comprend pas qu'il est le résultat d'une corruptio optimi quae est pessima. C'est pourquoi le régime de la technique, sous lequel le paysan mexicain vit tout comme moi, soulève trois questions profondément troublantes: "Ce régime a donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout, mais vraiment en tout, inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes de Jésus et de Paul".


Il n'est pas possible d'expliquer ce régime si l'on ne le comprend pas génétiquement comme une résultante du christianisme. Ses traits principaux doivent leur existence à la subversion que je viens d'évoquer. Parmi les caractères distinctifs et décisifs de notre âge, beaucoup sont incompréhensibles si l'on ne voit pas qu'ils sont dans le droit fil d'une invitation évangélique, à chaque homme, qui a été transformée en un but institutionnalisé, standardisé et géré. Et enfin, on ne peut analyser correctement ce "régime de la technique" au moyen des concepts courants qui suffisent à l'étude des sociétés anciennes. Un nouvel ensemble de concepts analytiques devient nécessaire pour discuter l'hexis (l'état) et la praxis de notre époque qui vit sous l'égide de la technique.


De façon directe et éclairante, vous nous avez mis face à ce triple aspect de l'"extravagance historique tout à fait singulière". Quel que soit le vocable dont on la recouvre - la culture, la société, le monde -, notre condition humaine actuelle est une excroissance du christianisme. Tous ses éléments constitutifs sont des perversions. Alors qu'ils doivent leur existence à la Révélation, ils en sont pour ainsi dire le complément inversé, le négatif des dons divins. Et, en raison de ce que vous qualifiez d'étrangeté historique, ils sont souvent réfractaires à la critique philosophique ou éthique. Cela se révèle clairement lorsque nous voulons soulever des questions éthiques.


Manifestement, le terme moral de "mal" n'est pas applicable à des événements documentés tels que la Shoah, Hiroshima ou les essais actuels de reproduction artificielle d'humains-types. Ces entreprises répugnantes, abominables, horrifiantes, il n'est pas admissible d'en débattre. Ce serait les juger dignes de discussion. Toute enquête là-dessus, quant au faisable ou à l'infaisable, au juste ou à l'injuste, au bien ou au mal, banalise le statut de l'horreur indicible.Ce sont là des exemples extrêmes. Ils le sont à tel point qu'ils découragent la réflexion.


Partant de vos observations pénétrantes, Monsieur Ellul, j'ai tenté de faire ressortir que des perversions semblables, propres au milieu technique, dominent notre vie quotidienne. Le monde est devenu inaccessible si l'accès signifie le résultat d'une action pédestre: le transport monopolise tellement la locomotion que les pieds, qui sont un outil naturel de l'être humain, sont désormais quasiment privés de la plupart de leurs fonctions. Parmi des centaines d'exemples triviaux de "l'humiliation par la technique", j'en citerai un, que je trouve plaisant. L'église dans laquelle je plonge mes racines dénonce bien haut les préservatifs qui frustrent la fonction naturelle d'un organe, mais Elle n'envisagerait jamais d'étudier l'analogie entre les préservatifs et les pneus! En employant votre concept de "la technique", la doctrine de l'église sur la contraception aurait pu devenir l'adjuration à résister à Moloch, et ce jusqu'au martyre. Une philosophie triviale de la technologie a transformé cette possibilité d'un appel prophétique venant du coeur même de l'église en une disputaillerie scolastique.


Comme vous l'avez souvent fait ressortir, si la subversion est incompréhensible, la cécité générale à son égard ne l'est pas moins. Toutes ces horreurs-là dérivent leur statut ontologique du fait qu'elles sont exactement des subversions de ce que vous appelez X et que moi - confiant dans votre patience - j'appellerai la Grâce divine.


Lorsque, voici un demi-siècle, vous publiiez vos analyses prophétiques, il était tout à fait évident que l'intégration rationnelle d'Ellul "le calviniste" et Ellul le sociologue dépassait la compréhension de la plupart de vos confrères. Mais au moins beaucoup comprennent-ils maintenant que votre profond enracinement dans la foi vous permet d'affronter des ténèbres sur lesquelles ceux qui sont mal affermis préfèrent glisser.


Déjà dans votre étude sur la propagande, vous nous faisiez voir que les hommes modernes sont tellement terrorisés par le réel qu'ils se livrent à d'atroces débauches d'images et de représentations afin de ne pas le voir. Ils emploient les médias pour simuler un pseudo-monde encore plus sombre afin de s'en faire un voile protecteur contre les ténèbres dans lesquelles ils doivent vivre. Depuis lors, cette absence de réalité est devenue encore plus hébétante. L'obscurité engendrée par les médias a été bien étudiée par Didier Piveteau, mon ami qui se proclamait votre élève.


De plus en plus, les gens vivent leur vie comme un cauchemar: ils se sentent englués dans une horreur indicible sans parvenir à se réveiller devant la réalité. Comme dans un cauchemar, l'horreur transcende le dicible. Votre reconnaissance du statut ontologique de la technique "englobante" vous a fait prévoir dans les années cinquante ce qui est aujourd'hui palpable et irrémédiable. Tout cela est implicite dans votre analyse de la technique. Devant cette assemblée, composée de lecteurs attentifs d'Ellul, et à l'issue de deux jours d'échanges intenses, il serait absurde d'élucider cette notion qui est originale et capitale dans votre oeuvre. Je préfère évoquer quelques circonstances dans lesquelles cette notion a fourni une aide décisive à l'un de ses lecteurs - et, s'il m'accepte comme tel, de ses élèves.


La Société technologique "La technique" est entrée dans mon existence en 1965 à Santa Barbara, le jour où, chez Robert Hutchins, John Wilkinson m'a donné un exemplaire de Technological Society, qu'il venait de traduire sur la recommandation pressante d'Aldous Huxley. Depuis lors, les questions soulevées par votre concept de "la technique" ont constamment réorienté l'examen de mon rapport aux objets et aux êtres.


J'ai adopté cette notion ellulienne parce qu'elle éclaire une mutation de l'esprit: c'est une notion qui permet de cerner, entre l'éducation, les transports, les activités médicales et scientifiques modernes, le seuil auquel ces entreprises absorbent, conceptuellement et physiologiquement, le client dans l'outil; le seuil auquel les produits de consommation se muent en produits qui, eux-mêmes, consomment; le seuil auquel le milieu technique transforme en chiffres ceux qui y baignent; le seuil auquel la technique se transforme manifestement en Moloch. Pendant dix bonnes années après ma rencontre avec vous, Monsieur Ellul, j'ai concentré mon étude principalement sur ce que "la technique" opérait: ce qu'elle faisait à l'environnement, aux structures sociales, aux cultures et aux religions.


J'ai étudié le caractère symbolique ou, si vous préférez, "perversement sacramentel" des institutions pourvoyeuses d'éducation, de transport, de logement, de soins de santé ou d'emploi. Je ne le regrette pas. Les conséquences sociales de la domination par le moyen de "la technique", qui rend les institutions contre-productives, doivent être comprises pour en mesurer les effets sur l'hexis (l'état) et la praxis qui définissent l'expérience de la modernité. Il faut regarder leur horreur, en dépit de la certitude qu'elle dépasse nos sens.


J'ai donc successivement analysé les fonctions latentes du transport accéléré, de la communication canalisée, de la gestion éducative prolongée, du garage humain. Je suis resté époustouflé par leur pouvoir symbolique. Cela m'a apporté la preuve empirique que la catégorie ellulienne de "la technique", que j'avais originellement employée comme un outil analytique, définissait une réalité engendrée par la poursuite d'une "idéologie de dérivation chrétienne". Dans la recherche de la fonction symbolique de la technique en notre temps, l'analyse d'Ellul, une fois encore, recelait des observations éclairantes. Je songe ici particulièrement à ses réflexions sur la magie et la religion. Parmi les penseurs modernes, Jacques Ellul fait toujours partie de cette mince avant-garde qui comprend que la vieille catégorie de la religion ne coïncide pas avec le domaine du sacré.


Historiquement, la place du sacrum dans la société moderne est occupée par une entité étrangement exceptionnelle: les oeuvres de la main de l'homme sont devenues les moyens qui pourvoient effectivement à sa nourriture, sa mobilité, ses souvenirs et même ses sensations. Pour comprendre la société, les effets de "la technique" sur ma chair et mes sens me sont apparus plus importants à étudier que ses faits et méfaits actuels et futurs. Ainsi en suis-je venu à explorer le pouvoir de séduction que 'imprégnation du milieu par "la technique" exerce sur mon mode de perception.


Et de fait, pas une année n'est passée, durant un quart de siècle après que Wilkinson m'eut donné votre livre, Monsieur Ellul, sans que je décèle une propension encore inaperçue à éluder la réalité en servant un Techno-Moloch. L'existence, dans notre société qui se veut système, met hors-jeu les sens par les engins fabriqués pour leur extension, nous empêche de toucher ou d'incorporer le réel et, en plus, nous intègre dans ce système. C'est cette radicale subversion de la sensation qui humilie, et puis remplace la perception. Nous nous livrons à d'atroces débauches de consommation d'images et de sons afin d'anesthésier notre sens de la réalité perdue.


Pour saisir cette humiliation du regard, de l'odorat, du toucher, et pas seulement de l'ouïe, il m'a fallu étudier l'histoire des actes corporels de perception. Ce ne sont pas seulement les certitudes bibliques mais aussi les certitudes médiévales et classiques sur les perceptions sensibles qui ont été à tel point subverties que l'exégèse des textes anciens doit surmonter des obstacles conceptuels mais également physiologiques. Qu'on me permette d'en donner un exemple, certes extrême. S'arracher l'oeil quand l'oeil est scandalisé est un mandat évangélique. C'était un acte qui inspirait toujours l'horreur.


Mais il était compréhensible dans un régime du regard sous lequel les yeux émettaient un cône visuel qui, comme un organe lumineux, saisit et embrasse la réalité. Mais de tels yeux animés n'existent plus aujourd'hui que métaphoriquement. Nous ne "voyons" plus en embrassant la réalité au moyen d'un cône de rayons émis par notre pupille. Le régime du regard selon lequel nous percevons aujourd'hui nous fait accomplir l'acte de voir comme une forme d'enregistrement, par analogie avec les cassettes vidéo. Ces yeux qui n'embrassent plus la réalité ne valent guère d'être arrachés. Ces yeux iconophages ne servent: - ni à fonder l'espérance sur la lecture biblique; - ni à apercevoir l'horreur du voile technogène qui me sépare du réel; - ni, enfin, à jouir du seul miroir dans lequel je saurais me retrouver, qui est la pupille de l'autre.


La subversion de la parole par l'oeil conquérant a une longue histoire qui fait partie de l'histoire de la technique dans le monde du christianisme. Au Moyen Âge, cette subversion a pris la forme d'un remplacement du livre écrit pour l'écoute par le texte qui s'adresse au regard. Parallèlement à cette mutation technogène des priorités sensorielles s'effectuait la séparation entre la chapelle, lieu de la lecture spirituelle, et l'aula, lieu de la scolastique - une séparation qui marquait la fin d'un millénaire de lectio divina. L'éclipse de la culture des sens. Et, concomitante de cette séparation architectonique entre le lieu de prière et le lieu d'étude, apparut la première - à ma connaissance - institution d'études supérieures, l'Université, dans laquelle la culture de la pensée abstraite éclipse totalement la culture des sens.


Ce n'était point tant la disjonction entre fides quaerens intellectum (la théologie) et intellectus quaerens fidem (la philosophie) qu'entre l'ascétisme et l'analyse logique qui a permis l'essor d'une civilisation dans laquelle, Monsieur Ellul, vous eûtes tant de difficulté à vous faire entendre. De celui qui suit le sillon que vous tracez, vous attendez - comme vous venez de nous le dire - une profession de vertu, qui lui donne la volonté et la capacité de poursuivre l'analyse de la réalité dans des conditions que vous venez de dire "désespérées", et qui lui font âprement ressentir son impuissance.


Je suis profondément convaincu que le réalisme lucide et désabusé auquel vous nous conviez n'est possible que pour ceux qui, en cultivant l'amitié, trouvent la force de manier l'humour. Ce n'est que dans l'humour du Sauveur, souvent évoqué par vous, que nous pourrons tenir bon devant Moloch sous le manteau de Belzébuth, devant le monstre du milieu technologique qui nous consume, ce Seigneur des mouches que nous chassons lorsqu'il s'interpose entre vous et moi. Voilà pourquoi il m'apparaît que nous ne pourrons nous soustraire à la reconquête disciplinée (ce qu'on appelait l'ascèse) de la pratique sensuelle dans une société de mirages technogènes. La préservation des sens, cette promptitude à l'obéissance, ce regard chaste que la règle de saint Benoît oppose à la cupiditas oculorum, me semble la condition fondamentale du renoncement à la technique tant que celle-ci opposera un obstacle définitif à l'amitié.


http://agora.qc.ca/textes/ellul.html

http://www.internationalnews.fr/article-hommage-a-jacques-ellul-par-ivan-illich-42295034.html

 

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 17:34

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"Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique (...) Ce n'est pas l'Etat qui nous asservit (...), c'est sa transfiguration sacrale (...)"

- Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, Paris, Fayard, 1973, p. 25


"J'ai montré sans cesse la technique comme étant autonome, je n'ai jamais dit qu'elle ne pouvait pas être maîtrisée."

- Jacques Ellul, Changer de révolution, Paris, Seuil, 1982, p. 224.


"Par conviction spirituelle, je ne suis pas seulement non violent mais je suis pour la non-puissance. Ce n'est sûrement pas une technique efficace. (...) Mais c'est ici qu'intervient pour moi la foi. (...) On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d'esclaves. C'est pour moi le centre de ma pensée." Patrick Chastenet, Entretiens avec Jacques Ellul, Paris, La Table Ronde, 1994, p. 52.

http://www.ellul.org/

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