29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 19:41

Internationalnews

 

 

Leïli Anvar Chenderoff, maître de conférence en littérature persanne, chroniqueuse au Monde des religions, nous parle de la révolution iranienne et de la place des femmes en Iran dans l’émission 7 jours sur la planète. 

 



 
http://www.internationalnews.fr/article-la-place-des-femmes-en-iran-entretien-avec-leili-anvar-chenderoff-106050332.html
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 04:14

Internationalnews

2 avril 2012

Mondialisation.ca, Le 31 mars 2012

 

Par Richard Poulin


"En 1974, Diana Russell nous avertissait que « si la libération sexuelle ne s’accompagne pas d’une libération des rôles sexuels traditionnels, il peut s’ensuivre une oppression des femmes encore plus grande qu’auparavant5 ». Cette prophétie semble réalisée."

 

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« J’ai le droit de jouir de ton corps, dirai-je à qui me plaît, et ce droit, je l’exercerai, sans qu’aucune limite m’arrête dans le caprice des exactions que j’aie le goût d’y assouvir.»
Marquis de Sade1

 

« Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées, mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché pour être appréciée à sa plus juste valeur.» Karl Marx.2 

 

Pour Sade, l’homme a le droit de posséder autrui pour en jouir et satisfaire ses désirs ; les femmes et les enfants sont réduits à des objets, à des organes sexuels et, comme tout objet, ils sont interchangeables et, par conséquent, anonymes, sans individualité propre. Ils sont instrumentalisés pour que le dominant puisse assouvir ses fantasmes d’asservissement. « Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci3. »

 

Il en résulte que le plaisir se confond avec le viol, l’agression et le meurtre. Dans une société, qui n’a d’autre culte que l’argent, aucune limite n’est imposée à la poursuite du plaisir, à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir. Qu’il soit pervers ou criminel n’importe guère. Car, se demande Christopher Larsh, « comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises4. »

 

En 1974, Diana Russell nous avertissait que « si la libération sexuelle ne s’accompagne pas d’une libération des rôles sexuels traditionnels, il peut s’ensuivre une oppression des femmes encore plus grande qu’auparavant5 ». Cette prophétie semble réalisée. Au Québec, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans6. Cependant, les infractions sexuelles sont plus fréquentes (53 % des cas) chez les moins de 18 ans, surtout chez les filles7. On peut donc s’avancer à conclure que le nombre d’agresseurs sexuels est très important. En outre, au cours des dernières années, on a constaté un rajeunissement des auteurs de violences sexuelles8.


L’agression sexuelle est un acte d’appropriation du corps et du sexe d’autrui, qui dépersonnalise et déshumanise, tout en révélant la hiérarchie sociale. Elle est masculine9 et ses victimes sont des femmes, des filles ou des êtres féminisés10. Vraisemblablement, dans le domaine de la sexualité, l’oppression des femmes s’est accentuée. L’expansion considérable des industries du sexe à l’échelle mondiale est un facteur important de cette aggravation11.


La société actuelle s’apparente de plus en plus à l’utopie sexuelle de Sade qui a entrevu le règne sur les individus d’un mode de production basé sur l’objectivation marchande généralisée dans lequel « le corps de l’opprimé ne lui appartient pas », il est un « objet de plaisir ». Et si l’opprimé ne s’appartient pas, « il n’est pas jusqu’au plaisir que son oppresseur ne prétende exiger de lui12 ». Le monde capitaliste exalte le plaisir tout en effaçant le désir féminin, célèbre l’autonomie individuelle tout en réduisant les relations interpersonnelles à des échanges marchands. Dans le cadre d’une telle société, où la « liberté sexuelle […] devient une valeur marchande et un élément des mœurs sociales », le plaisir « engendre la soumission13 ».

 

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Valeur vénale14

La mondialisation néolibérale favorise la pénétration de la marchandise dans le domaine des mœurs et les révolutionne15, ayant des effets considérables, mais mal connus, sur les codes sociaux ainsi que sur le psychisme humain et les rapports entre les hommes et les femmes. Par l’inégalité sociale et l’appropriation qu’elle implique, la marchandisation des corps dans le système capitaliste néolibéral mondialisé élargit constamment le nombre de ses proies.


L’offre étendue, qui stimule une demande en croissance16, affecte désormais des millions de femmes et d’enfants. Cette marchandisation exige des corps de plus en plus jeunes. « Depuis, les années 1980-1990, on assiste à un rajeunissement des prostituées », constate Max Chaleil17, ce que confirme l’Organisation internationale pour les migrations : « De nos jours, les victimes sont plus jeunes qu’auparavant et les enfants sont de plus en plus présents dans le processus18. »


Le système de la prostitution est une manifestation particulièrement significative de la domination des hommes comme sexe dans une société marchande. Ce dernier point doit être expliqué dans la mesure où la mondialisation capitaliste néolibérale a accéléré tous les phénomènes de marchandisation, particulièrement ceux qui ont rapport au vivant.

 

Une des caractéristiques du mode de production capitaliste, renforcée singulièrement depuis les années 1980, est la transformation de l’activité humaine en marchandises19. Dans la mondialisation néolibérale actuelle, rien ne semble pouvoir échapper au processus de la « monétarisation des rapports sociaux20 ». La marchandise est à la fois un produit et un moyen d’obtenir de l’argent. L’argent sous la forme de capital a pour seule finalité sa propre augmentation, sa croissance (d’où la dynamique écocidaire du système).

 

L’extension du champ monétaire entraîne la transformation en marchandise de ce qui n’est pas produit pour être de la marchandise. Ce processus de marchandisation opère inévitablement au prix d’une violence sociale considérable.

 

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La marchandise n’est pas qu’une « chose », même si elle en prend l’apparence, elle est fondamentalement un rapport social. La transformation d’un être humain en marchandise signifie non seulement son objectivation ou sa chosification, mais également son inscription dans des rapports de soumission, de subordination et d’exploitation.

 

La marchandise sous sa forme argent est dans la prostitution, comme dans les autres domaines de la vie sociale, la matérialisation de la connexion sociale21, c’est-à-dire des liens sociaux entre les êtres humains, lesquels ont réifiés. En tant que marchandises, les humains-forces de travail génèrent du capital (mais, du point de vue capitaliste, le salaire apparaît comme une dépense).

 

Toutefois, dans les industries du sexe, les marchandises humaines ont la particularité de disposer d’un double avantage – ils sont à la fois un bien et un service – et donc de pouvoir rapporter de deux façons. Plus précisément, l’un des traits de l’actuel capitalisme est non seulement la marchandisation accrue des corps en tant que sexes, loués aux clients prostitueurs nationaux et internationaux (touristes sexuels), mais également la marchandisation des femmes et des enfants eux-mêmes vendus et revendus à des réseaux successifs de trafiquants et de proxénètes.

 

La forme la plus élémentaire, immédiate et universelle, de la richesse dans la société capitaliste est la marchandise. Acquérir des marchandises et les consommer apparaissent comme les buts essentiels des activités sociales – l’argent n’étant qu’une « simple figure métamorphosée de la marchandise22 ». La marchandise est, dans nos sociétés, un symbole du statut social et de la réussite23. La sensation de bien-être est très souvent liée à son accaparement. Notre « moi » se forge et prend sens, en partie, à travers ce processus. Ce qui est vendu n’est pas seulement un produit, c’est également un mode de vie et un imaginaire.

 

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Paradoxalement, l’accès aux marchandises ne donne qu’une satisfaction temporaire tout en créant une insatisfaction permanente. Ce facteur fait prospérer l’économie capitaliste et les industries du sexe.

 

Depuis quarante ans, les sociétés ont été marquées par un essor des industries du sexe : la prostitution s’est industrialisée et a colonisé tous les recoins de monde ; la traite à des fins de prostitution affecte des millions de personnes chaque année, surtout des jeunes femmes et des fillettes ; la pornographie est tentaculaire, hypertrophique et omniprésente ; la culture est imprégnée par le sexe-marchandise. Le désir de jouissance s’articule de plus en plus à celui de posséder et de jouir du sexe commercialisé d’autrui, sous sa forme virtuelle ou réelle.

 

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Au fur et à mesure que la consommation étend son emprise, on assiste à une « organisation systématique de la défaillance de la faculté de rencontre », à une « communication sans réponse » engendrant un « autisme généralisé24».

 

En ce sens, la prostitution est paradigmatique d’une époque sans réciprocité entre les êtres, de communication unilatérale.

 

La marchandisation actuelle des êtres humains dans les industries du sexe ne se limite pas à une activité de commerce : vente et achat de marchandises. Cette industrie ne met pas seulement sur le marché des femmes et des enfants, mais fabrique également les « marchandises ». La violence est décisive dans ce processus. « Les marchandises ne peuvent point aller d’elles-mêmes au marché ni s’échanger entre elles, écrivait Marx. Il nous faut donc tourner nos regards vers leurs gardiens et leurs conducteurs, c’est-à-dire leurs possesseurs. Les marchandises sont des choses et, conséquemment, n’opposent à l’homme aucune résistance. Si elles manquent de bonne volonté, il peut employer la force, en d’autres termes s’en emparer25. » C’est ce que l’on voit plus particulièrement dans la traite à des fins d’exploitation sexuelle.

 

Celui qui donne l’argent a un avantage constant sur celui qui donne la marchandise, ce qui, selon Georg Simmel, « accorde à l’homme une formidable prépondérance » dans la prostitution26. Le paiement de l’acte sexuel dédouane le prostitueur : la rétribution implique la fin de la responsabilité du payeur et son transfert sur la personne qui perçoit la somme d’argent. « Ce paiement-là n’est pas acte de liberté : il signifie affranchissement de l’homme et asservissement de la femme27. » Nelly Arcand formule ainsi ce rapport : « Ceux qui payent seront toujours plus grands que ceux qui sont payés en baissant la tête28. »

 

L’argent est le nœud des choses29 ; il lie, rabaisse et soumet la personne prostituée, tout en rendant le rapport impersonnel, réifié. Le sentiment de supériorité des prostitueurs, lequel fait partie intégrante de leur plaisir, est lié à l’acte de location du corps d’autrui et à la déshumanisation qu’il implique. Le prostitueur ne recherche pas la réciprocité. C’est précisément la subordination des corps qui est source de plaisir : « Ce n’est pas de moi qu’ils bandent, ça n’a jamais été de moi, c’est de ma putasserie, du fait que je suis là pour ça30. »

 

Enfin, la prostitution c’est l’irruption de la marchandise (le domaine public) dans le sexuel (le domaine privé, mais de moins en moins privé). L’argent apparaît également comme un substitut à la virilité.

 

Dans les sociétés capitalistes, la sexualité masculine hégémonique31 fonctionne en grande partie au moyen d’un désir univoque. C’est aussi très souvent un appel à une consommation rapide. Le temps des relations sexuelles est généralement déterminé par l’éjaculation, qui marque l’objectif et la fin de la relation sexuelle. Dans cette consommation, il y a survalorisation de la place et de la fonction du pénis. Cette sexualité se présente aussi comme réductionniste et fonctionnelle, si ce n’est utilitariste et contingentée.

 

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Présentatrice de télévision "sexy"


Dialectique de la domination et de la soumission sexuelle


Le fantasme de la domination sexuelle exige aussi bien le désir de domination que celui de soumission. Il exige donc l’existence d’individus qui se soumettent, de préférence librement, à la domination sexuelle, qui ne voient d’épanouissement que dans cette soumission.


Le fantasme pornographique reflète fidèlement les thèmes de la relation maître-esclave, où l’affirmation de soi passe par la non-reconnaissance de l’autre comme être humain. La pornographie est un « monde sadique32 », où les femmes et les enfants ne comptent que comme objets de jouissance, c’est-à-dire ne comptent plus en tant que sujets.


Plus près de nous que l’œuvre de Sade, Histoire d’O33, un roman sadomasochiste dit érotique, met en scène une femme dont le désir le plus profond est d’être dominée afin d’être acceptée et reconnue par les dominants. « Si le dominant n’a pas l’impression d’exercer un pouvoir injuste, le dominé n’éprouve pas, non plus, le besoin de se soustraire à sa tutelle […] L’individu aliéné finit par endosser, intérieurement, le bien-fondé de la soumission qu’on exige de lui. » Et même à rechercher cette soumission car « c’est de l’autre qu’il reçoit sa valeur34 ».


Au début du roman, O est conduite par son amant, sans en être avertie, au château de Roissy35, un lieu conçu par des hommes pour le dressage des femmes. O s’entend donner des instructions précises :


« Vous êtes ici au service de vos maîtres […] Vous abandonnerez toujours au premier mot de qui vous l’enjoindra, ou au premier signe, ce que vous faites, pour votre seul véritable service, qui est de vous prêter. Vos mains ne sont pas à vous, ni vos seins, ni tout particulièrement aucun des orifices de votre corps, que nous pouvons fouiller et dans lesquels nous pouvons nous enfoncer à notre gré […] Vous ne devez jamais regarder l’un de nous au visage. Dans le costume que nous portons, si notre sexe est à découvert, ce n’est pas pour la commodité […] c’est pour l’insolence, pour que vos yeux s’y fixent, et ne se fixent pas ailleurs, pour que vous appreniez que c’est là votre maître […] S’il convient que vous vous accoutumiez à recevoir le fouet […] ce n’est pas tant pour notre plaisir que pour votre instruction […] Il s’agit en effet […] de vous faire sentir, par le moyen de cette douleur, que vous êtes contrainte, et de vous enseigner que vous êtes entièrement vouée à quelque chose qui est en dehors de vous. »


O est dépouillée de tout libre arbitre. Elle doit être toujours disponible et ouverte. Elle n’est ni plus ni moins qu’une chose. Elle est violentée en permanence, non seulement physiquement, mais aussi par l’obligation psychologique de se soumettre totalement aux désirs masculins, de ne plus avoir de désirs qui lui soient propres. Ses maîtres ne se font reconnaître d’elle que par leur pénis, organe qui représente à la fois leur désir et leur souveraineté. S’ils abusent d’elle, précisent-ils, c’est plus pour lui « enseigner », l’« éclairer », que pour leur plaisir.

 

Autrement dit, même en la prenant, ils lui soulignent qu’ils n’ont pas besoin d’elle. Ils se situent dans un rapport non seulement de maître à esclave, mais aussi d’enseignant à élève. Ce rapport en est un d’autorité et de supériorité « naturelles » – le sexe en est la monstration. Les hommes contrôlent leurs actes, les planifient. Bref, ils visent un but rationnel. Leur sadisme ne consiste pas seulement à se délecter du spectacle de la souffrance, mais à savoir qu’ils peuvent l’infliger lorsqu’ils le désirent. Leur pouvoir est visible : il laisse des marques, des stigmates.


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La publicité est le principal vecteur de l'imposition du modèle


L’idée de la prédisposition des femmes à la soumission et à l’aliénation est évidente dans ce passage où O se sent comblée et soupire d’aise : « Mais quel repos, quel délice l’anneau de fer qui troue la chair et pèse pour toujours, la marque qui ne s’effacera jamais, la main d’un maître qui vous couche sur un lit de roc, l’amour d’un maître qui sait s’approprier sans pitié ce qu’il aime. » O a dû consentir à des humiliations, des douleurs et des tourments de plus en plus sévères. Le récit se développe en fonction des étapes de cette soumission de plus en plus profonde, suivant l’impact de chaque nouvelle négation de sa volonté, chaque nouvelle défaite de sa résistance. Et, la négation radicale de sa propre personne, cette acceptation du statut de chose est pourtant ce qui va fonder chez O le désir pour l’un de ses amants. En retour, cet amant la rendra « plus intéressante » en la faisant marquer au fer rouge et en lui faisant élargir l’anus. La domination de ce dernier sera plus rationnelle, plus calculatrice, plus totale aussi que toutes les autres formes précédentes de domination.


Dans sa préface à Histoire d’O, Jean Paulhan écrivait : « Et pourtant O exprime, à sa manière, un idéal viril. Viril ou du moins masculin […] Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté. »


Histoire d’O serait donc un « aveu » qui rendrait enfin compte de la réalité profonde, psychique, du sexe féminin. Cette « réalité » s’énonce ainsi : puisqu’une femme est avant tout « chair », son esprit est guidé par la « chair » et aucune volonté de femme ne saurait résister à l’appel de la chair. Donc l’aliénation des femmes est inhérente à leur nature. Lorsque la chair triomphe (ce qui est inévitable), c’est toujours aux dépens de la conscience de soi comme sujet. A contrario, la supériorité masculine devient évidente, car les hommes ont, eux, la maîtrise de l’esprit sur la chair.

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La femme et la publicité


Puisque toute femme est inéluctablement submergée par la chair, l’homme qui l’agresse n’est, en définitive, qu’un instrument révélant sa vérité féminine profonde. En outre, cette agression lui dévoile sa valeur. En retour, ce dévoilement justifie la domination, la violence et le viol masculins.


On pourrait objecter que le désir de soumission n’est pas proprement féminin, que les rôles de maître et d’esclave n’ont rien d’intrinsèquement féminin ou masculin comme le rappelle l’auteur de La Vénus à la fourrure, Léopold Sacher Masoch36, et toute une production pornographique contemporaine. Cette objection tient mal lorsque l’on analyse de plus près l’œuvre de Sacher Masoch. C’est l’homme qui dirige les actions, impose ses fantasmes, domine la situation. L’« esclave sexuel volontaire » est ici le maître des ébats sexuels sadomasochistes. Encore une fois, c’est le désir masculin qui structure le tout.


En quelque sorte, le sadisme pornographique « métaphorise » les rapports sociaux. Il constitue un transfert de sens. Un tel discours, par substitution discursive, épure et déshumanise les femmes ainsi que les rapports sexuels et sociaux. Le sadisme pornographique est aussi un symptôme d’une certaine sexualité masculine, qui s’avère souvent violente, si l’on se fie aux données sur les viols et les autres types d’agressions sexuelles ainsi qu’au vécu des femmes.Damien-Saez-jaccuse.jpg

 

 

L’évolution récente des rapports sociaux de sexe


Les années 1970 avaient remis en cause les rôles traditionnels et permis aux femmes de se libérer du contrôle infantilisant imposé par la société masculine sur leur vie – rappelons qu’elles étaient des mineures devant la loi, le mari ayant tous les pouvoirs en tant que chef de la famille – et sur leur corps, notamment avec le droit à l’avortement. Le mouvement féministe a transformé radicalement la conception du viol, lequel était légal lorsque perpétré par le mari sur son épouse, et a imposé la notion de consentement. Le viol est désormais un viol même si la victime est vêtue de façon « provocante » ou sexy, n’est plus vierge, etc. Enfin, la dissociation de la sexualité et de la reproduction a permis de lever ce poids qui a toujours pesé lourdement sur les femmes : la hantise de la grossesse non désirée.


Caractérisées par le triomphe du néolibéralisme, les années 1980 ont vu apparaitre un nouveau discours qui a remplacé peu à peu la liberté sexuelle par le devoir de la performance, tout en mettant en place le diktat de la jeunesse, de la sveltesse anorexique et de la féminité exacerbée.


La mode unisexe cédait la place à une sexualisation figée des attributs. La « libération sexuelle » était de moins en moins un élément de la libération des femmes. La domination masculine se renouvelait en s’avançant « masquée, sous le drapeau de la liberté sexuelle37». La libéralisation sexuelle provoquait une explosion de la marchandisation du sexe.


Les années 1990 ont fait du corps des femmes un temple du marché, l’objet de transactions et un support commercial.

 

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L’autonomie plus grande, une conquête essentielle du mouvement féministe, a été transformée au fil du triomphe des relations marchandes en une soumission accentuée aux plaisirs sexuels masculins. C’est l’ère dans les pays capitalistes dominants de l’Europe de l’Ouest et du Pacifique Sud des légalisations du proxénétisme et de la prostitution des femmes dans des bordels et des zones dites de tolérance. C’est également l’époque de l’explosion de la production et de la consommation pornographiques.


Les nouvelles prescriptions sont corporelles. Le corps féminin transformé et mutilé est plus que jamais une surface d’inscription de l’idéologie dominante, à la fois bourgeoise et patriarcale. Le corps est désormais traité comme une propriété individuelle, dont chacun est responsable. L’injonction « libératrice » est désormais individualisée et non plus collective. Elle a réintroduit par la fenêtre ce qui avait été chassé par la porte, l’obligation d’un lourd entretien féminin sexualisé des corps, lequel est devenu très onéreux. Les ventes de lingerie féminine progressent de 10 % par an depuis les années 1990. Le nombre d’interventions de chirurgie plastique a grimpé vertigineusement38. La juvénilité obligée du corps féminin l’infantilise : nymphoplastie, resserrement des parois vaginales, épilation des poils pubiens…


Enjeu commercial, la beauté féminine doit, en outre, impérativement se dévoiler pour exister : ce corps dénudé fait partie des représentations quotidiennes et sature l’espace public.

 

Dans la nouvelle mouture du capitalisme, le contrôle de soi est la condition à la vente de soi, laquelle est elle-même une condition de la réussite sociale. Aujourd’hui, la « revendication de ne pas être une chose, un instrument, manipulable et marchandisable, serait passéiste et non une condition de dignité du sujet39. » L’apparence est décisive dans le travail sur soi pour sa propre mise en valeur.

 

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Un modèle de 10 ans!!!


Les régressions sont à la fois symboliques (retour à la femme-objet40) et tangibles (exploitation accrue des corps féminins par les industries du sexe, la publicité, etc.). Les nouvelles prescriptions sont également sexuelles. Performatives, elles s’inspirent de la pornographie et de ses codes, devenus le nouveau manuel de la libéralisation sexuelle. En 1981, est « découvert » le point G, cette zone intravaginale ultrasensible au-dessus de l’os pubien. Cette prétendue trouvaille débouche sur une optimisation des performances coïtales et l’obligation des jouissances multiples. En outre, elle responsabilise les femmes pour leur jouissance et, dans un même mouvement, déresponsabilise (à nouveau) les hommes.

 

Elle fraye ainsi la voie « enrégimentement sexuel41 » renouvelé. L’injonction de jouir est désormais une condition de la santé et de l’équilibre mental. Pourtant, dans les cabinets gynécologiques, les plaintes les plus fréquentes en matière de sexualité viennent des femmes de moins de 30 ans. Plus de 50 % trouvent les rapports douloureux42. On assiste donc au retour en force de la « frigidité » féminine, c’est-à-dire de l’instrumentalisation de la sexualité des femmes en faveur du plaisir sexuel masculin.


Cette biopolitique du corps impose un contrôle intériorisé contraignant notamment pour les femmes qui sont ses cibles charnelles privilégiées. « Plutôt qu’à une disparition des contraintes, on assiste à une intériorisation des maitrises et des surveillances », explique Philippe Perrot, qui poursuit : « Par étapes successives, accompagnant la montée de l’individualisme, les normes cessent de s’imposer brutalement pour s’exercer insidieusement, en souplesse, par la voie d’un chantage déguisé en sollicitude, en invite à l’épanouissement et au bien-être43. » L’intériorisation des contraintes sociales est de plus en plus reliée aux codes pornographiques.


L’invasion des représentations sexuelles pornographiques débouche sur un nouveau conformisme. « L’industrialisation de l’image sexuelle […], de la pornographie à la publicité, reconduit les normes de genre les plus réactionnaires (andocentrisme et hétérosexisme) et le vieux contrôle des corps, surtout des corps féminins », conclut François Cusset44.


Pour être belle, une femme doit être jeune et le rester45. À partir des années 1980, la jeunesse n’est plus associée à la révolte et aux idées nouvelles bouleversant les cadres archaïques et rigides. L’audace juvénile se limite à un idéal corporel uniformisant, impérieux et commercial.


« Le jeunisme est un ressort idéologique majeur des années 198046. » On le voit en œuvre partout. La norme dans la pornographie, la publicité et la mode (notamment avec son utilisation de mannequins très jeunes) est largement «adocentriste». Si les jeunes, particulièrement les jeunes femmes et les adolescentes, sont parmi les principales cibles des vendeurs de biens de consommation, ils sont également des biens de plus en plus consommables. On constate une sexualisation précoce des filles imprégnées de références sexuelles adultes. Les garçons s’attendent à ce que les filles reproduisent les actes et les attitudes de la pornographie, ainsi que les pratiques corporelles qui lui sont liées47.

 

Les contraintes ont changé de nature. La nouvelle morale sexuelle, tout aussi normative que l’ancienne, impose un nouvel ordre sexuel tyrannique, lequel se traduit dans des normes corporelles et des rapports sexuels focalisés sur le plaisir masculin et la génitalité. Le nouveau conformisme est tonitruant tout en rendant docile. Il est sexiste, raciste et infantilisant. Le discours permissif sans précédent dans l’histoire qui caractérise les sociétés occidentale48s’accompagne d’une violence accrue. Dans la pornographie, cela s’exprime, entre autres, par une humiliation accentuée des femmes et une brutalité davantage tangible et normalisée. Le sadisme est devenu banal.


La pornographie emblématise les corps féminins comme des objets-fantasmes mis au service sexuel fantasmagorique des hommes, mais exploités réellement par les industries du sexe. Elle « adultise » sexuellement les enfants tout en infantilisant les femmes.


Ce que nous avons nommé « pédophilisation49 » rend compte à la fois du jeunisme comme ressort idéologique qui s’est imposé à partir des années 1980, du processus de rajeunissement du recrutement par les industries du sexe, de sa mise en scène par la pornographie et de « l’adocentrisme » de ces représentations. Il rend également compte des techniques d’infantilisation employées par l’industrie. Cependant, le rajeunissement constaté n’est pas que la conséquence des modalités actuelles de la production des industries du sexe, il joue également dans la consommation. Désormais, on consomme très jeune. La pornographie devient le principal lieu d’« éducation » sexuelle et un modèle pour les relations sexuelles. Plus les jeunes consomment tôt, plus ils sont influencés dans leur sexualité. Plus leurs désirs, leurs fantasmes et leurs pratiques s’inspirent des codes pornographiques. Plus ils consomment jeunes, plus leurs corps sont modifiés (tatouage, piercing, chirurgie esthétique, etc.). Plus ils consomment jeunes, plus ils demandent à leur partenaire de consommer et de reproduire les actes sexuels vus sur les écrans. Plus ils consomment jeunes, plus ils consomment avec régularité et fréquence.


Il ressort également que la consommation par les jeunes filles affecte leur estime de soi. Par ailleurs, plus l’estime de soi est faible, plus les jeunes filles sont précocement actives sexuellement. L’enquête de Statistique Canada sur la santé montrait que « les filles dont l’image de soi était faible à l’âge de 12 ou 13 ans étaient plus susceptibles que celles qui avaient une forte image se soi de déclarer, dès l’âge de 14 ou 15 ans, avoir déjà eu des relations sexuelles50 ». Alors que 10,9 % des filles qui affichent une bonne estime de soi déclarent avoir eu des relations sexuelles avant 15 ans, la proportion est presque deux fois plus importante (19,4 %) chez celles qui affichent une piètre estime de soi51.


Les femmes à l’épreuve de la beauté


Plus que jamais, les pratiques liées à la beauté féminine sont invasives. Les impératifs actuels de la beauté féminine requièrent le découpage de la peau, les injections, le réarrangement ou l’amputation de parties du corps, l’introduction de corps étrangers sous l’épiderme, etc52. Les femmes et les adolescentes souffrent pour devenir belles.

 

Au quotidien, elles font subir à leur corps un nombre important de stress. Elles utilisent des produits de beauté – savon, shampoing, revitalisant, fixatif, gel, crème hydratante, maquillage, déodorant et parfum – qui contiennent des agents nocifs pour la santé53, sans compter qu’elles portent des souliers à talon haut, lesquels engendrent des dommages parfois irréversibles au dos, au talon d’Achille, aux muscles des mollets, à la forme du pied et des orteils et qui produisent à la longue des varices, lesquelles exigeront plus tard une chirurgie réparatrice. Les colorants pour les cheveux sont parmi les produits les plus nocifs pour la santé. Les régimes alimentaires auto-administrés représentent 7 % environ des causes de retard de croissance et de puberté anormale54.


Les impératifs normatifs de la beauté, qui se sont massifiés et qui pèsent lourdement sur les femmes et les filles, exigent un travail sans cesse recommencé. Un temps important lui est consacré. L’absolu de la minceur et du ventre plat – garder la ligne à tout prix – fait plonger des adolescentes dans l’anorexie boulimie55. À cela s’ajoutent le sein haut et la bouche pulpeuse. Les cheveux sont longs, les poils ne sont plus. Pour rester dans la course à la beauté, « les adolescentes doivent développer une “écoute inquiète” de leur corps56 ». Celles qui ne s’y conforment pas sont out, coupables et indignes. Elles n’ont aucun maitrise sur elles-mêmes, ne savent pas se mettre en valeur et se vendre, sont donc peu performantes, en conséquence, elles sont inintéressantes.


Les femmes, les filles et même les fillettes sont poussées à l’exhibition. Ce devoir de paraître est déguisé en droit au bien-être. Le corps, qui doit être lisse, désirable, désirant et performant, est en même temps morcelé, ce qui est particulièrement évident dans la publicité et dans la pornographie. La partie est préférée au tout et l’érotisme masculin contemporain se caractérise par un « fétichisme polymorphe » (lequel renvoie au fétichisme de la marchandise), du sein en passant par les fesses jusqu’au pied. Par ailleurs, la loupe pornographique « portée sur tous les détails conduit d’abord à écarter les corps réels du corps idéal, les corps vécus du corps rêvé57. » Le corps féminin réel, malgré tous les efforts qui lui sont consacrés, déçoit fatalement, particulièrement les hommes qui ont commencé à consommer très jeunes de la pornographie58.

 

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La première dame de France donne le la...


Certains préfèrent les real dolls aux vraies femmes. Quelques clics de souris permettent aux clients de choisir le corps, le visage, le style de coiffure et de maquillage, la couleur des cheveux, des yeux, de la peau, bref de se construire un ersatz de la femme idéale. La poupée-réalité est alors livrée revêtue de lingerie, d’une robe sexy et d’escarpins. Elle a le sexe aussi étroit que celui d’une adolescente. Elle est belle, jeune, silencieuse, passive, toujours consentante. Elle est parfaite ! La poupée X, un support masturbatoire pénétrable, est pour Élisabeth Alexandre, un symbole de la détestation des femmes59, des vraies femmes en chair et en os. L’une des raisons invoquées par les hommes qui ont acquis des poupées X renvoie à leurs problèmes avec l’autonomie des femmes, laquelle semble faire obstacle à la relation « amoureuse véritable ». L’expression états-unienne « real doll » affublée à une jeune femme ou à une adolescente désigne une fille particulièrement mignonne et facile à vivre. Elle ne revendique pas, reste passive, ne vit que pour plaire… C’est ce qui la rend si attrayante.


Que des hommes soient capables d’avoir une érection pour des objets synthétiques totalement dociles et jouir en dit sans doute long sur eux en particulier et sur la société masculine en général. Puisque encore plus d’hommes sont capables de bander sur des corps de femmes, de filles et d’enfants par écrans interposés et jouir, comment comprendre cette pratique sociale qui s’élargit de jour en jour ? Quels sont les liens entre ces comportements et la domination sociale masculine ?

 


Pouvoirs


Les représentations des corps et les valeurs qu’elles induisent, le travail incessant des apparences pour s’y conformer, reproduisent à leur échelle les pouvoirs de la structure sociale. L’assise de la domination « passe par la maîtrise des usages du corps et l’imposition de ses normes60 ». Les normes, qui se sont imposées, sont fortement corrélées historiquement à l’ascension de la bourgeoisie puis à sa victoire61. Dans le capitalisme, la domination masculine impose non seulement une division sexiste du travail et une essentialisation des rôles — à l’homme la raison et la sphère publique, à la femme la procréation, les émotions, le travail des apparences et la sphère privée —, mais également une maîtrise du corps féminin, laquelle est intériorisée par les principales concernées, les dominées62.

 

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Elle s’exprime, entre autres, par le vêtement (du corset magnifiant la féminité et étouffant le corps au string, de la lingerie aux talons aiguille), en passant par les matériaux qui sont spécifiques aux vêtements féminins et qui réduisent la femme « à être une vitrine ostentatoire de la réussite sociale du mari63 ». Si la domination masculine vêt les femmes – du voile à la haute couture –, elle les dévêt également dans la publicité, la pornographie et ailleurs.

 

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Pour Pierre Bourdieu, les femmes sont « sans cesse sous le regard des autres, elles sont condamnées à éprouver constamment l’écart entre le corps réel, auquel elles sont enchaînées, et le corps idéal dont elles travaillent sans relâche à se rapprocher64 ». Ce sont les regards des hommes qui décident des corps des femmes65. Pourtant, les publicitaires, les magazines et les pornocrates prétendent inlassablement promouvoir la « libération » des femmes. Elles sont libérées de quoi exactement ? On ne le sait pas trop. Cette prétendue libération n’en entraîne pas moins une forme exacerbée du souci de l’apparence, un travail constant sur celle-ci et une perpétuelle surveillance de soi.

 

Ce qui dans la pornographie atteint des sommets caricaturaux, puisque la féminité y est paroxystique. Elle implique de multiples transformations corporelles, du tatouage et du piercing obligés à la chirurgie plastique, des régimes répétés à l’usage des drogues (qui permettent de moins manger). Rester jeune s’avère là aussi un impératif catégorique mais, sous stress constant, les corps pornographiques vieillissent très rapidement et mal, d’où une rotation exceptionnellement élevée des hardeuses dans l’industrie et, pour la très grande majorité, une espérance de vie dans le « métier » des plus courtes.


Les corps sont des enjeux de pouvoirs tout en étant leur symbolisation. L’époque actuelle inscrit systématiquement et massivement dans les corps les disparités sociales entre les sexes et les générations. Ce corps est une expression de la domination sociale masculine et marchande. Dans ce cadre, la valeur vénale de la liberté sexuelle « permet aux plus forts, plus riches, plus cyniques de cautionner leurs désirs criminels au détriment des plus faibles ou des plus pauvres66 ». L’argent-roi donne accès aux femmes et aux filles partout à travers le monde ainsi que sur tous les supports médiatiques tout en légitimant leur exploitation sexuelle.

 

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Cette domination trouve une forme d’expression ultime dans les productions pornographiques qui pèsent considérablement désormais sur les représentations collectives. Dans son témoignage, Raffaëla Anderson raconte : « Elle termine en fin de me maquill

er. Quand je vois ce que ça donne, je suis déçue. Je ressemble à une gamine de douze ans67. » La symbolique est forte. Faire croire que la hardeuse est âgée de douze ans est l’une des techniques de représentation de l’inceste ou de l’agression sexuelle sur une mineure. L’infantilisation pornographique rejoint une autre tendance sociale normalisée : le choix par de nombreux hommes de partenaires beaucoup plus jeunes qu’eux ou plus fragiles. Les hommes de pouvoir et d’argent ont souvent à leurs bras des jeunettes68. Cela leur permet, entre autres, d’exhiber leur pouvoir et de montrer leur capacité à dominer69. Inévitablement, les hommes de pouvoir abusent de leur pouvoir. Le sexe, l’argent et le pouvoir, ainsi que les abus qui se traduisent par du harcèlement sexuel ou des agressions sexuelles, sont étroitement imbriqués – plaisir sexuel et pouvoir, pouvoir sexuel et plaisir se conjuguent : ils excitent et incitent70.


Le préadolescent et l’adolescent d’aujourd’hui sont gavés de pornographie.

 

Ils sont accoutumés à une vision sexiste des rapports sexuels avant même d’atteindre la maturité sexuelle.

 

Leur imaginaire sexuel est nourri par les produits de cette industrie et, puisque le sentiment et la tendresse sont tabous dans la pornographie, puisque le sexe mécanique et le sadisme culturel sont valorisés, l’objectivation et l’instrumentalisation des femmes et des filles s’en trouvent socialement renforcées. Les garçons affichent très tôt des conduites de contrôle sexuel, assure le psychothérapeute James Wright.

 

Ces comportements commencent habituellement à la fin de l’école primaire et sont étroitement imbriqués à leur perception de la masculinité71, laquelle est déterminée par l’environnement social au sein duquel la pornographie joue certainement un rôle. Une enquête auprès de 3 000 élèves de huit écoles secondaires de Montréal, Kingston et Toronto, au Canada, a révélé que « trois élèves sur quatre » se font harceler sexuellement par leurs pairs72 ».

 

Le harcèlement sexuel est épidémique : 98,7 % des filles d’un échantillon de 315 étudiantes ont été la cible de harcèlement sexuel avant l’âge de 18 ans73. Dans une société où le sexe, surtout celui des jeunes femmes et des adolescentes, est un bien de consommation qui sert à vendre des marchandises et à exciter les hommes, il n’apparaît pas étonnant que l’on constate des taux élevés de harcèlement et d’agressions sexuels et que la cible des agressions soit avant tout des adolescentes.


Dans la pornographie, « la femme crie et jouit de la jouissance de l’homme74 ». L’adéquation est parfaite entre l’homme qui veut et la femme qui est à son service sexuel. Voilà peut-être le fin mot de l’histoire : « La femme doit apprendre à aimer son corps, afin de pouvoir donner du plaisir75. » Le narcissisme promu se couple avec le sadisme culturel. Par la perpétuation du règne de la marchandise, laquelle imprime des caractéristiques particulières à l’oppression des femmes, cet accouplement s’avère l’un des meilleurs garants de l’ordre social.


Richard Poulin


Article publié dans : Sexe, capitalisme et critique de la valeur : pulsions, dominations, sadisme social, sous la direction de Richard Poulin et Patrick Vassort (M éditeur, Ville Mont-Royal, Québec, 2012, 190 pages).


Notes

1;Marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux [1795], dans Œuvres complètes, Paris, Cercle du Livre précieux, 1966, p. 295.

2Karl Marx, Misère de la philosophie, Paris, Éditions sociales, 1972 [1847]p. 64.

3Christopher Lasch, La culture du narcissisme. La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Castelnau-le-Lez, Climats, 2000, p. 105.

4 Ibid, p. 106.

5 Diana H. Russel, The Politics of Rape. The Victim’s Perspective, New York, Stein & Day, 1974.

6< ww.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sociaux/agression_sexuelle/index.php?des-chiffres-qui-parlent >.

7Ministère de la Sécurité publique, Statistiques 2008 sur les agressions sexuelles au Québec, Québec, 2010, p. 3

8 Aux prises avec des agresseurs sexuels plus jeunes que voici quinze ans, des intervenants du Centre de psychologie légale de Montréal, lequel encadre les mineurs agresseurs sexuels, font un lien entre le rajeunissement des agresseurs, la consommation pornographique et la sexualisation précoce. Le ministère de la Sécurité publique (op. cit., p. 4) met en évidence le fait que « bien que les 12 à 14 ans et les 15 à 17 ans soient moins représentés parmi les auteurs présumés d’infractions sexuelles, ces groupes d’âge affichaient les plus fortes concentrations d’auteurs présumés ».

9Selon les données du ministère de la Sécurité publique (ibid.), 98 % des agresseurs sexuels sont des hommes.

10 La plupart des pédocriminels attirés par les garçons sont hétérosexuels. À leurs yeux, le jeune garçon est tout simplement incorporé au genre féminin. Le fait qu’il soit impubère lui confère un statut féminin. Ces prédateurs rejettent, en règle générale, les garçons qui atteignent leur puberté. Voir l’étude pionnière de Florence Rush, Le secret le mieux gardé. L’exploitation sexuelle des enfants, Paris, Denoël Gonthier, 1983.

11 Voir à ce propos notre essai, La mondialisation des industries du sexe, Ottawa, L’Interligne, 2004 et Paris, Imago, 2011 [2005] ; ainsi que Sheila Jeffreys, The Industrial Vagina, The Political Economy of the Global Sex Trade, New York, Routledge, 2009.

12 Lise Noël, L’intolérance, une problématique générale, Montréal, Boréal, 1989, p. 95 et 97.

13 Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, Paris, Seuil, 1968, p. 108-109.

14 Ce que le producteur de marchandises offre sur le marché « ce n’est pas seulement un objet utile, mais encore et surtout une valeur vénale ». Marx, Misère de la philosophieop. cit., p. 52. Par la suite, Marx utilisera les termes valeur d’échange ou valeur proprement dite. Voir Le Capital, livre premier, tome I, Paris Éditions sociales, 1975 [1867], p. 51 et suivantes.

15 Pour Marx et Engels, « la bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux […] Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes […] Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés ». Karl Marx et Friedrich Engels, Le manifeste du Parti communiste, Paris, Éditions sociales, 1976 [1847], p. 35.

16 Karl Marx explique que « la production ne fournit pas seulement la matière au besoin, mais elle fournit également un besoin à la matière ». La production produit en même temps le besoin « en créant un type déterminé de consommation et la faculté de consommer elle-même en tant que besoin ». Dans Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse), Paris, Éditions sociales, 1980, p. 14-15.

17 Max Chaleil, Prostitution. Le désir mystifié, Paris, Parangon, 2002,p. 59.

18 IOM, Trafficking In Persons: IOM Strategy And Activities, MC/INF/270, Eighty-six Session, 11 novembre 2003, < www.iom.int//DOCUMENTS/GOVERNING/EN/MCINF_ 270.PDF >.

19 André Gauron, L’empire de l’argent, Paris, Desclée de Brouwer, 2002, p. 30.

20 Bernard Perret, Les nouvelles frontières de l’argent, Paris, Seuil, 1999, p35

21 Karl Marx, « Fragment de la version primitive de la “Contribution à la critique de l’économie politique” [1858], dans Karl Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, 1859, < http://inventin.lautre.net/livres/Marx-critique-de-l-economie-politique.pdf >.

22 Karl Marx, Un chapitre inédit du Capital, Paris, UGE, 10/18, 1970 [1867], p 75

23 « Son pouvoir social [à l’individu], tout comme sa connexion avec la société, il les porte sur lui, dans sa poche ». Marx, Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse)op. cit., p. 92.

24 Guy Debord, La société du spectacle, 1967,

<www.uqac/uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/livres/debord_guy/société_du_spectacle/spectacle.html >.

25 Marx, Le Capitalop. cit., p. 95.

26 Georg Simmel, Philosophie de l’amour, Paris, Rivages, 1988 [1892], p. 77.

27 Françoise Héritier, Masculin/féminin II. Dissoudre la hiérarchie, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 131.

28 Nelly Arcand, Putain, Paris, Seuil, 2001, p. 63-64.

29 « L’argent est devenu le seul nexus rerum (nœud des choses) qui les lie… » Marx, Contribution à la critique de l’économie politiqueop. Cit.

30 Arcand, op. cit., p. 19.

31 Sur le concept de masculinité hégémonique, voir R. W. Connell, Masculinities, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 2005.

32 Michela Marzano, Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie, Paris, JC Lattès, 2006, p. 87.

33 Pauline Réage (Dominique Aury), Histoire d ’O, Paris, Pauvert, 1972 [1954].

34 Noël, op. cit., p. 91.

35 Le choix de Roissy n’est sans doute pas anodin, puisqu’on y pratiquait un enfermement des pensionnaires des maisons closes avant leur abolition, en France, en 1946.

36 La Vénus à la fourrure et autres nouvelles, Paris, Presses Pocket, 1985.

37 Anne-Marie Sohn, « Le corps sexué », dans Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (dir.), Histoire du corps, tome 3, Paris, Seuil, 2006, p. 93-128.

38 Angelika Taschen (dir.), La chirurgie esthétique, Köln, Taschen, 2005, p. 10.

39 Véronique Guienne, « Savoir se vendre : qualité sociale et disqualification sociale », Cahiers de recherche sociologique, n° 43, janvier 2007, p. 13.

40 Christine Détrez et Anne Simon, À leur corps défendant. Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral, Paris, Seuil, 2006, p. 12.

41 François Cusset, La décennie. Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte, 2008, p. 273.

42 Anne de Kervasdoué cité par Blandine Kriegel, La violence à la télévision, Paris, PUF, 2003.

43 Philippe Perrot, Le travail des apparences. Le corps féminin, XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Seuil, 1984, p. 206-207.

44 Cusset, op. cit., p. 274.

45 Jean-Claude Kaufmann dans Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus (Paris, Nathan, 1998), a montré la force de l’ostracisme encouru par les personnes âgées dans le lieu de liberté apparente et de la tolérance affichée, la plage.

46 Idem, p. 280.

47 Pour en savoir plus et explorer ces attitudes masculines juvéniles, voir notre ouvrage Sexualisation précoce et pornographie, Paris, La Dispute, 2009.

48 Jean-Claude Guillebaud, La tyrannie du plaisir, Paris, Seuil, 1998, p. 36-37.

49 Poulin, Sexualisation précoce et pornographie, op. cit.

50 Statistique Canada, Les relations sexuelles précoces, 3 mai 2005, [site consulté le 15 mai 2005], < http://wwwstatcan.ca/Daily/Français/05053/q05053a.htm >

51 L’enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois 1999 de l’Institut de la statistique du Québec (Québec, Les Publications du Québec, 2000) indiquait également que 61 % des filles de seize ans, qui ont fréquenté un garçon dans l’année qui a précédé le sondage et qui avaient une faible estime de soi, ont subi de la violence. Chez les filles qui affirmaient avoir une estime d’elles-mêmes élevée, ce taux se situait à la moitié, soit 30 %.

52 Sheila Jeffreys, Beauty and Misogynie : Harmful Cultural Practices In The West, London, Routledge2005.

53 Plusieurs produits, notamment des marques Cover Girl, Pantene, Secret, Dove, Revlon, Suave, Clairol, Estée Lauder et Calvin Klein contiennent du « phthalate », une toxine nocive qui a des effets à long terme sur la santé. Pour de plus amples informations sur ce sujet, voir Stacy Malkan, Not Just a Pretty Face. The Ugly Side of the Beauty Industry, Canada, New Society Publishers, 2007.

54 Sandrine et Alain Perroud, La beauté à quel prix ? Lausanne, Favre, 2006.

55 Depuis 1970, le poids moyen d’un mannequin utilisé dans la publicité est passé de 11 % de moins que le poids moyen d’une femme à 17 % en 1987. Aujourd’hui, les mannequins pèsent 23 % de moins que la femme moyenne ; il n’est donc pas surprenant que 75 % des femmes et des adolescentes suivent ou ont suivi un régime amaigrissant. Selon Santé Canada, de 1987 à 2001, les hospitalisations pour les troubles de l’alimentation chez les filles de moins de 15 ans ont augmenté de 34 % et chez celles âgées de 15 à 24 ans de 29 %. Santé Canada, Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, Santé Canada, octobre 2002, < http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/miic-mmac/index_f.html >.

56 Caroline Moulin, Féminités adolescentes, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005,p. 78.

57 Perrot, op. cit., p. 67.

58 Les sexologues québécois disent recevoir beaucoup de jeunes hommes qui souffrent de dysfonctions érectiles qu’ils imputent à leur consommation de pornographie. Il semble que le corps féminin réel déçoit particulièrement les hommes qui ont commencé à consommer très jeunes.

59 Élisabeth Alexandre, Des poupées et des hommes. Enquête sur l’amour artificiel, Paris, La Musardine, 2005.

60 Christine Détrez, La construction sociale du corps, Paris, Seuil, 2002, p. 173.

61 Voir entre autres Michel Foucault, Histoire de la sexualité tome 1. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976 ; Georges Vigarello, Le corps redressé, Paris, Delarge, 2001 ; Alain Corbin, Le miasme et la jonquille, Paris, Aubier, 1982.

62 Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.

63 Détrez, op. cit., p. 187.

64 Bourdieu, op. cit., p. 95.

65 Kaufmann, op. cit.

66 Dominique Folscheid, Sexe mécanique. La crise contemporaine de la sexualité, Paris, La Table Ronde, 2002, p. 14.

67 Raffaëla Anderson, Hard, Paris, Grasset, 2001, p. 17.

68 Janine Mossuz-Lavau, La vie sexuelle en France, Paris, La Martinière, 2002, p. 49.

69 Marx exprime cette idée autrement : « Moi qui par l’argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, est-ce que je ne possède pas tous les pouvoirs humains ? Donc mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ? Ce que je suis, et ce que je puis, n’est nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je puis m’acheter la plus belle femme ; aussi ne suis-je pas laid, car l’effet de la laideur, sa force rebutante, est annihilée par l’argent. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, Paris, Éditions sociales, 1972 [1844], p. 121.

70 Michel Foucault, op. cit., p. 66.

71 James E. Wright, The Sexualization of America’s Kids and How to Stop It, New York, Lincoln, Shanghai, Writers Club Press, 2001.

72 Dans Pierrette Bouchard, Consentantes ? Hypersexualisation et violences sexuelles, Rimouski, CALACS de Rimouski, 2007p. 52.

73 Julia Whealin, « Women’s report of unwanted sexual attention during chilhood », Journal of Child Sexual Abuse, vol. 11, n° 1, 2002, p. 75-94.

74 Matthieu Dubost, La tentation pornographique, Paris, Ellipses, 2006, p. 66.

75 Christine Détrez et Anne Simon, À leur corps défendant. Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral, Paris, Seuil, 2006, p. 245

 

Richard Poulin est chercheur et sociologue à l’Université d’Ottawa.

 

Titre original: Valeur vénale, domination sexuelle et tyrannie narcissique de l’apparence : Sexe objectivé et sadisme culturel

 

Les emphases dont d'IN

 

Sexy inc. érotisation de l'enfance (extraits du documentaire)

Sexy inc. Our children under influence (full lenght documentary, 35' 29)

Hypersexualisation (1) : qu'est-ce que c'est ?

Hypersexualisation (2) : petite fille deviendra objet sexuel

Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes

Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister

 L’image de la femme dans la publicité : c’est le temps de réagir

 

http://www.internationalnews.fr/article-40-ans-apres-sa-liberation-la-femme-occidentale-plus-asservie-que-jamais-102689560.html

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 16:48

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Depuis le printemps dernier et jusqu’à l’automne, on entendait presque à l’unisson des hommes (et des femmes), toutes tendances confondues, s’émouvoir du sort de femmes portant le niqab ou le voile intégral. On les a vu s’ériger en défenseurs de « pauvres victimes » qui ne leur demandaient rien. Bien blancs et bien nés, ils (et elles) parlaient de « féminisme » ou « d’égalité homme-femme » et de « laïcité » et de « République » pour justifier de leur mettre finalement des amendes et des stages de citoyenneté parce qu’elles portent des habits qui seraient pour elles comme des « prisons ou des cercueils ambulants ».

 

Devant une commission présidée par M. Gérin, Elizabeth Badinter venait parler « de la triple perversité de ces femmes », qui lui donnait l’impression qu’elles étaient comme « en laisse ». A la République reconnaissante, la nouvelle présidente de Ni Putes ni Soumises, Sihem Habchi, venait offrir un mini strip-tease à cette même commission pour montrer qu’elle n’avait pas peur de montrer son corps en France, elle. Quelques temps plus tard, la loi est passée, l’association  NPNS s’est vue remettre un chèque pour aller faire la leçon aux femmes dans les quartiers populaires et les sauver de leurs maris voileurs et exciseurs.


Et l’on voudrait croire que le déferlement de sexisme de ces derniers jours autour de « l’affaire DSK » est nouveau. Mais non ! Il se révèle à nouveau. C’est juste que, face à l’inculpation pour tentative de viol et séquestration (entre autres) de l’un de leurs pairs : bien né, richissime, bien blanc, bien puissant, beaucoup de ces mêmes hommes se lèvent maintenant comme un seul homme (c’est vraiment le cas de le dire) pour le défendre.

 

Le PS serre les rangs : Martine Aubry verse une larme et Jack Lang dit « qu’ il n’y a pas mort d’hommes ». L’élue socialiste qui regrette d’avoir dissuadé sa fille de porter plainte après une tentative plus ancienne du même personnage, se voit dire par Michèle Sabban, qu’elle « n’aurait plus sa place au PS ». Harlem Désir « attend le retour » de DSK (on espère qu’il attendra longtemps). En bon avocat, M. Badinter face à Joffrin - qui lui rappelle le sort de « cette faible femme » (qui s’est pourtant débattue, défendue et enfuie) - dit défendre « les droits de l’accusé » (qui iraient jusqu’à interdire qu’on l’accuse ?) et déplore « sa mise à mort médiatique ».

 

Nos « intellectuels » ne sont pas à la traîne : Bernard Henri Lévy, après avoir défendu Roman Polanski (accusé de viol et de pédophilie, note d'IN), réitère et écrit une lettre publique pour défendre « son ami » et refuse de voir en ce « séducteur, charmeur » un « violeur ». Jean Daniel dans un édito du Nouvel Obs, défend un homme qui serait victime d’un « lynchage » (médiatique) et de « l’hystérie » (des commentaires) : des termes en soi révoltants quand on sait que la personne qui l’accuse est une femme noire. Après quoi, Jean François Kahn, en mode déni pathétique, parle de « troussage de domestique » (comme si « trousser » une bourgeoise était bien plus grave).

 

Beaucoup, ici et là « ne veulent pas y croire », d’autres s’émeuvent de voir un homme ainsi menotté, mal rasé face à la « cruauté » de la justice américaine. Tandis qu’à droite, on s’est surtout soucié de « l’image et de la fierté de la France » dans une affaire (quand elle n’est pas requalifiée en « incident ») qui impliquait un expatrié au FMI, avant de rappeler (enfin) l’existence de la victime (celle qui porte plainte) non par conscience féministe, mais parce qu’il s’agit pour eux de mieux décrédibiliser électoralement un adversaire potentiel et son parti. Le machisme des uns ne faisant que rivaliser avec le sexisme des autres.


Mais face à ce sexisme et à cette conscience de classe supérieure immondes, justement, que dit Elizabeth Badinter ? Rien ! Qui paie NPNS pour aller donner des stages de citoyenneté dans les rangs ghettoïsés de l’Assemblée Nationale et des salons des grandes rédactions parisiennes, qui, quand elles réagissent, parlent seulement de « dérapages » ? Personne ! Pourtant, ils et elles auraient bien besoin d’éducation à la citoyenneté et de stages de féminisme.

 

Car quand les législateurs se serrent les coudes pour voter, comme un seul homme (encore), des lois racistes et sexistes qui pénalisent et criminalisent surtout les classes populaires, ils ne sont jamais « émus » du sort de ceux qu’ils discriminent ou qu’ils envoient dans des prisons surpeuplées bien françaises dont on ne sort pas en payant 4 millions de caution mais où l’on crève en silence même quand on est innocent mais gravement présumé coupable.

 

Le plus caricatural de ces gens là dans cette histoire est clairement Manuel Valls. Celui-là même qui regrettait il n’y a pas si longtemps qu’il n’y ait pas plus de « blancos » sur le marché de sa ville, résume parfaitement à quoi sert le pseudo féminisme baigné de mépris de classe et de racisme dont on nous abreuve quand il s’agit de parler du « machisme des banlieues » et de l’Islam. Toujours face à Laurent Joffrin, le maire socialiste d’Evry, fustige tous ceux qui alimentent le débat autour de l’affaire et déclare que le vrai problème est ailleurs  : « Je suis un député. Nous faisons la loi. Je suis l’élu d’un quartier populaire où il y a de la violence, où les femmes subissent la violence, où il y a des viols dont on ne parle pas et où les victimes ont peur de porter plainte. » 


Pourtant, pour ce qui est du viol, ils ne font rien d’autre dans cette affaire que nous rappeler encore que si jamais on en est victime (et c’est un risque que les chiffres nous montrent comme étant très élevé et cela quels que soient notre milieu social et notre culture), il vaut particulièrement mieux éviter d’être Noire, immigrée, de ménage, célibataire, proche d’une échéance électorale de surcroit et même une femme tout court, parce que quand on porte plainte on est pas crédible. Les victimes auront bien entendu le message que leur adressent nos politiques et faiseurs d’opinions, et la prochaine fois elles veilleront à bien choisir celui qui essaie de les choper par surprise et sans leur consentement... ou se tairont à tout jamais.


Le « féminisme » de ces gens là, montre aujourd’hui son visage, tel qu’il est et dans toute sa splendeur : vide et vil, car ils n’en ont tout simplement … pas une once.

 

http://www.internationalnews.fr/article-du-voile-integral-a-l-affaire-dsk-qui-montre-son-vrai-visage-74899237.html

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 21:09

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LEMONDE 26.05.11

 Au-delà des suites politico-légales de cette affaire retentissante, un autre procès s'est ouvert en France le week-end du 14 mai avec le sursaut des mouvements citoyens et féministes : celui de l'élite mâle qui s'est ruée à la rescousse deDominique Strauss-Kahn et a inondé les médias de propos scandaleusement misogynes. Celui aussi des "intellectuels" qui ont participé aux amalgames. C'est là l'autre scandale DSK : une complaisance coupable, impensable, envers des faits et des propos qu'on aurait aimé croire d'une autre époque.

Au-delà de la question de savoir ce qui s'est réellement passé dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan samedi 14 mai, au-delà même de la personnalité et de l'innocence ou non de l'intéressé, on ne peut qu'être choqué par ce que les premières réactions provoquées par cette affaire révèlent du climat politique et culturel actuel. Et en particulier que la gauche, en dépit de ses idéaux affichés, n'ait toujours pas fait sa révolution culturelle autour des questions du rapport entre les sexes et autres discriminations au faciès en France.

Selon un sondage publié mercredi 18 mai, 57 % des Français interrogés pensaient que Strauss-Kahn était la victime d'un complot au lendemain de l'interpellation, le chiffre s'élevant à 70 % parmi les sympathisants socialistes.

"Choqués", "déboussolés", "assommés", "attristés" : tels étaient les sentiments évoqués à la sortie des réunions politiques, dans les émissions de radio ("Le téléphone sonne" de France Inter du lundi 16 mai, par exemple), dans la presse. Cette vague d'émotion ne s'adressait cependant pas à la personne à qui l'on aurait d'abord pu penser : la grande majorité à gauche (à l'exception de quelques femmes, commeGisèle Halimi) compatissait envers DSK.

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A les entendre, c'est bien lui, la victime, et non pas la femme de chambre qui vit maintenant cloîtrée et traumatisée dans un lieu protégé. Victime de la brutalité du système judiciaire américain, qui n'accorde aucun traitement de faveur à un haut dignitaire français, qui plus est présidentiable, et l'offre aux objectifs des journalistes ; victime de prétendues représailles des Etats-Unis envers la France pour avoir soutenu officiellement Roman Polanski en 2009, lui-même poursuivi pour viol par cette même justice américaine "puritaine" ; victime d'un "meurtre médiatique", selon Robert Badinter, avocat, ex-garde des sceaux, et connu autrefois pour des faits d'armes autrement plus honorables, lorsqu'il contribuait à l'abolition de la peine de mort dans les années 1980.

Cet antiaméricanisme arriéré et ignorant se confond avec une misogynie des plus transparentes dans l'inénarrable impair de Jean-François Kahn, homme influent de la presse de gauche s'il en est. En quel siècle sommes-nous pour que le fondateur de plusieurs hebdomadaires de gauche se permette d'invoquer comme excuse l'hypothèse d'un "troussage de domestique" de bon aloi, faux lapsus qui en dit long sur les mentalités d'Ancien Régime de certaines élites dirigeantes (il faut entendre le petit rire étouffé qui accompagne cette trouvaille pour mesurer l'ignominie de la remarque et le naturel avec laquelle elle est proférée). La palme reviendra peut-être à Jack Lang, l'ex-ministre socialiste qui ne trouva rien de mieux pour contrer l'accusation d'agression sexuelle que son désormais immortel "y a pas mort d'homme".

L'inconscient collectif qui perce sous ces diverses réactions à chaud nous ramène à un imaginaire absolutiste suranné : au viol comme droit régalien, aux appartements de François Ier décorés des nymphes offertes en pâture à des satyres en érection, fantasme de pouvoir absolu sur le corps de chaque sujet, que reproduit plus tard le modèle bourgeois et son emprise sur la domesticité. Un imaginaire où forcer, c'est régner, où le pouvoir l'emporte sur le droit.

Sous ces propos affligeants, un présupposé simple : crimes et délits sexuels sont de moindre importance que le statut social de l'inculpé.

Le droit de poursuivre sans entraves une carrière politique prometteuse prévaut sur le droit tout court. Pour un peu, les "amis" de Strauss-Kahn invoquaient la raison d'Etat.

Derrière ce déni de réel collectif se profile le mythe du sauveur, un sauveur excusé de n'être pas un saint s'il peut l'emporter sur Nicolas Sarkozy en 2012.

Et c'est pourquoi les théories du complot fleurissent, la première consistant à inverser les rôles présumés, comme c'est si souvent le cas dans les affaires de violences sexuelles : l'accusatrice devient l'accusée ; le viol était une relation consentie ; l'agresseur est en fait la victime.

Lorsqu'en 2007 Tristane Banon divulgue sur le plateau de Thierry Ardisson que Dominique Strauss-Kahn avait tenté de la violer en 2002, on lui rit au nez. Aucun journaliste ne considère que ces révélations méritent enquête, et le nom de Strauss-Kahn est bipé lors de la retransmission. Que la mère de Tristane, elle-même élue socialiste, lui conseille de ne pas porter plainte en dit long sur le climat général d'impunité silencieuse qui prévaut en France autour du harcèlement sexuel.

Honte à la victime, immunité pour l'agresseur.

C'est cette même rhétorique qu'emploie Bernard-Henri Lévy sur le site Web de Newsweek (TheDailyBeast.com) lorsqu'il accuse sans vergogne la jeune femme de "faire semblant" d'avoir été victime d'une tentative de viol pour profiter d'un coup de pub. Mais n'est pas Zola qui veut : dans cette fausse affaire Dreyfus, les redresseurs de torts se sont trompés de cible.

Ce qui choque toutefois, c'est que ce type d'accusations à l'envers soit relayé par les médias et partagé par l'opinion. Faut-il dès lors s'étonner que seulement 10 % des victimes d'agression sexuelle préviennent la police (contre 40 % aux Etats-Unis) ? Les Français aiment se moquer du politiquement correct américain.

La loi californienne exige que tout employé qui supervise des collaborateurs suive chaque année une formation sur le harcèlement sexuel et la discrimination au travail. Si seule la loi peut corriger les moeurs, que la loi assure la protection de personnes, et qu'elle s'applique pareillement à tous.

On ne peut que frémir en pensant à ce qui serait arrivé si la scène du Sofitel s'était jouée en France. La jeune femme se serait-elle confiée à ses supérieurs ? Ceux-ci auraient-ils appelé un numéro d'urgence ? La police se serait-elle précipitée sur les lieux du délit présumé ? J'en doute. En France, le droit au respect de la vie privée l'emporte sur le droit de savoir et de faire savoir ce qui, de cette vie privée, chez des hommes publics, intéresse la chose politique.

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Le respect des opinions contraires, de l'intégrité de l'autre quelle que soit sa classe sociale, et des droits des femmes en particulier, ne relève pas de questions privées lorsqu'on est candidat présumé à la plus haute fonction de l'Etat. Renier à l'autre le droit de dire non est un abus de pouvoir qui augure mal de la capacité à incarner les valeurs démocratiques les plus élémentaires.

On ne peut qu'espérer que cette affaire trop prévisible et la réaction délétère qu'elle a suscitée chez certaines élites masculines provoquent un sursaut de conscience en France.

Il est temps que les médias réévaluent la ligne prétendument intangible qui sépare vie publique et comportement privé, que les politiciens répondent de critères de décence plus exigeants, et que l'électorat cesse d'attendre l'homme providentiel.

La France se targue de vouloir émanciper les femmes musulmanes, les forçant à ôter tchadors et autres voiles, au mépris de leur culture et de leur intégrité spirituelle. Peut-être serait-il temps d'émanciper les Françaises de la peur d'autres déshabillages forcés.


Cécile Alduy, associate professor de littérature française à Stanford University (Etats-Unis)
Les emphases sont d'IN.
Lire aussi:
Affaire Strauss-Kahn: Les informulés d’une rhétorique sexiste par Mona Chollet
Dossier Strauss-Kahn
http://www.internationalnews.fr/article-pour-en-finir-avec-le-sexisme-par-pr-cecile-alduy-74889473.html
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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 16:04

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Monde Diplomatique

23 mai 2011


Souligner la respectabilité de l’accusé, l’importance du personnage, l’étendue de son pouvoir, ses innombrables qualités, et lui chercher toutes les excuses possibles ; entourer la plaignante d’un soupçon systématique, l’accabler de reproches, lui prêter des intentions machiavéliques…


Dès l’inculpation du directeur du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn pour agression sexuelle sur une femme de chambre du Sofitel de New York, on a vu ressurgir, en France, les réflexes et les grilles de lecture archaïques qui dominent invariablement dans ce genre de mises en cause. « Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi 14 mai, mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine », dit la pétition lancée le 21 mai par les associations Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de femmes (1).


Comme lors de l’arrestation en Suisse, à l’automne 2009, du cinéaste Roman Polanski, recherché par la justice américaine pour le viol d’une adolescente en 1977, un paramètre semble se dérober avec une remarquable constance à l’entendement des commentateurs : celui du consentement féminin.


On entend parler, à nouveau, d’« affaire de mœurs ». L’épouse de M. Strauss-Kahn, Mme Anne Sinclair, est assimilée à une « femme trompée » (France-Soir, 19 mai 2011).


Le thème du « puritanisme américain » (2), quoique résolument hors sujet s’agissant d’une accusation de viol, fait son grand retour : « L’homme de Washington est rattrapé au sein même du FMI par cette fameuse “culture anglo-saxonne” qu’en France on tient parfois pour de la pudibonderie », analyse Le Nouvel Observateur (18 mai).

 

Le député socialiste Jean-Marie Le Guen met en garde contre toute contamination : il invoque « l’esprit des Lumières et l’exemple des libertins » qui ont « lié étroitement la liberté politique, économique et celles de mœurs, ce qui a permis la paix et l’émancipation des individus » (Le Monde, 21 mai).


Si la question du consentement n’était pas ainsi éludée, le débat fleuve dans lequel se sont lancés les médias sur le thème : « fallait-il évoquer les rumeurs qui circulaient ? » aurait été tranché assez vite, ou n’aurait même pas été entamé.


Il a donné aux journalistes l’occasion de réitérer toute l’horreur que leur inspire l’idée de tomber dans la « presse de caniveau » en évoquant la « vie privée » ou les « infidélités » des hommes politiques.

 

Nicolas Demorand offre sa poitrine aux flèches de la persécution (18 mai 2011) : « Quitte à ramer à contre-courant de l’époque et contrairement aux injonctions entendues ici et là, Libération continuera, premier principe, à respecter la vie privée des hommes et des femmes politiques. » Le Canard Enchaîné clame le même jour que, pour lui,« l’information s’arrête toujours à la porte de la chambre à coucher ».


Or, dans le cas de M. Strauss-Kahn, les rumeurs n’évoquaient pas simplement un « séducteur », même « compulsif », mais un homme « lourd » (3) ou « insistant », c’est-à-dire incapable d’entendre un refus et d’en prendre acte.


Cette attitude créait autour de lui un climat qui débordait largement le cadre de sa « vie privée ». Des journalistes de sexe féminin redoutaient ou refusaient d’aller l’interviewer.


Au FMI, « la consigne était de ne jamais le laisser seul avec une femme dans un bureau » (Le Nouvel Observateur, 19 mai). Certaines de ses consœurs en politique devaient elles aussi veiller, comme en a témoigné Mme Aurélie Filippetti, à  « ne pas se retrouver seules avec lui dans un endroit fermé ».


Mais, face au « droit à la vie privée » des hommes politiques, que vaut le droit des femmes à évoluer dans un environnement où elles ne sont pas réduites au statut d’objet sexuel dépourvu de libre arbitre ?


« Est-ce qu’une journaliste qui, par exemple, interviewant DSK et l’ayant trouvé un peu lourd dans sa façon de tenter sa chance, aurait dû dire à ses lecteurs : “DSK m’a draguée” ? Poser la question dans un pays latin, c’est y répondre. Non, bien sûr », décrète l’éditorialiste de France Inter Thomas Legrand, le 18 mai. Il est seulement regrettable que le charme latin passe si mal les frontières. Et que certaines femelles autochtones elles-mêmes y demeurent insensibles.


En 2000, la journaliste du Monde Sylvie Kerviel avait jugé digne d’intérêt de raconter le déroulement de son entretien avec Bruno Gaccio, l’un des auteurs des « Guignols de l’info » de Canal + : « Il pose son index juste entre mes seins et me dit : “Je peux t’apprendre des positions que tu ne connais pas” (4). » Car, dans son infini raffinement, le French lover est volontiers contorsionniste.

Un corps féminin est un objet public

Dans le cas Polanski, Alain Finkielkraut avait souligné – sur France Inter, le 9 octobre 2009 – que la victime « n’était pas une fillette, une petite fille, une enfant, au moment des faits », comme si une jeune fille pubère ou une femme adulte ne pouvait pas faire l’objet d’un viol. S’entendant rappeler l’âge de la plaignante (13 ans), le cinéaste Costa-Gavras, pour sa part, avait eu ce cri du cœur : « Mais elle en fait 25 (5) ! » 


L’indifférence à la réciprocité du désir traduit la conviction généralisée qu’une femme, avant d’être un individu doté d’une subjectivité, est un corps offert aux regards, aux jugements esthétiques, à la convoitise: pour elle, pas de « droit à la vie privée ».


L’accusatrice de M. Strauss-Kahn est ainsi ramenée au cliché érotique dépersonnalisant de la « soubrette ».

 

L’ancien journaliste Jean-François Kahn s’est illustré en parlant de « troussage de domestique » (France Culture, 16 mai).


On attend la photo de la plaignante avec fébrilité : RMC (16 mai) croit savoir que les avocats de l’accusé « auraient été surpris, lors de la comparution, de voir arriver une jeune femme très peu séduisante », tandis que Le Parisien du même jour rapporte qu’elle a « de gros seins et de jolies fesses », l’une et l’autre hypothèses étant susceptibles de la décrédibiliser.


On retrouve cette distinction sexiste entre les femmes « baisables » et les autres – qui n’auraient pas l’honneur d’éveiller les instincts du prédateur – dans le billet fameux de l’humoriste Stéphane Guillon sur M. Strauss-Kahn, en février 2009 sur France Inter (6), ou encore dans un sketch des « Guignols de l’info » sur l’affaire de New York (16 mai).


Dès lors qu’un corps féminin est par définition un objet public, existant avant tout pour autrui, la gravité d’un viol, l’infraction qu’il représente, ont du mal à s’imposer dans les esprits.


D’autant plus lorsque la victime exerce un métier lié à ce statut féminin (mannequin, prostituée) : Finkielkraut avait insisté sur le fait que la jeune fille dont Polanski avait abusé était « une adolescente qui posait dénudée pour Vogue Homme », comme si cela changeait quelque chose.


Dans l’affaire Strauss-Kahn, l’ancien ministre de la culture socialiste Jack Lang a choqué en estimant qu’il n’y avait « pas mort d’homme » (France 2, 16 mai). Pour entendre parler de « droit de cuissage » dans un éditorial, il faut lire… Le Quotidien d’Oran (7).


Dans un curieux renversement des rôles, les agresseurs, avérés ou présumés, sont présentés comme de petites choses sans défense à qui on a tendu un traquenard.

 

Polanski avait été « pris au piège »lors de son arrestation en Suisse, selon le ministre de la culture Frédéric Mitterrand (communiqué du 27 septembre 2009). Le Nouvel Observateur (1er octobre 2009), sous le titre « Qui en veut à Roman Polanski ? », résumait ainsi les faits : « La mère, une actrice en mal de rôles, a laissé volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une série de photosLe cinéaste, qui a la réputation d’aimer les jeunes filles, ne résiste pas. » Costa-Gavras dépeignait le milieu corrupteur dans lequel le pauvre homme était plongé : « A Hollywood, les metteurs en scène, les producteurs sont entourés de très beaux jeunes hommes, de très belles jeunes femmes, qui sont grands, blonds, bien bronzés, et prêts à tout. » On en frémit pour eux. De même, Mme Christine Boutin, ancienne ministre du logement, pense qu’« on a tendu un piège à Dominique Strauss-Kahn et qu’il y est tombé ».

Empathie à géométrie variable

Spontanément, c’est à l’accusé que l’on s’identifie. Durant la courte détention de M. Strauss-Kahn au pénitencier de Rikers Island, le mensuel Capital explique sur son site la procédure à suivre pour lui faire un don et l’aider ainsi à « cantiner » (8).

 

On scrute sa psychologie, discutant l’hypothèse d’un « acte manqué ». Le psychanalyste Serge Hefez, dans Le Monde (19 mai), identifie chez lui une « ambivalence fondamentale entre la volonté de construire, d’aimer, de devenir et celle plus sournoise de renouer avec le pulsionnel, l’infantile, l’inanimé ».

 

A l’inverse, la psychologie de la plaignante, et avec elle celle de toutes les victimes de harcèlement ou de violences, est traitée avec une totale désinvolture.

 

On soupçonne Mme Nafissatou Diallo de rechercher la notoriété, comme s’il y avait quoi que ce soit d’enviable dans son sort, alors que les avocats de celui qu’elle accuse, réputés pour avoir toujours tiré d’affaire leurs clients célèbres, s’apprêtent à ruiner sa vie pour exhumer chaque détail de son passé susceptible d’être retenu contre elle.


Les défenseurs de Polanski – le plus ardent étant, déjà, Bernard-Henri Lévy – allaient répétant que la victime elle-même demandait l’abandon des poursuites (Finkielkraut : « la plaignante, qui a retiré sa plainte, qui n’a jamais voulu de procès public, qui a obtenu réparation… »).

 

Or cette demande ne traduisait rien d’autre que l’épuisement de Mme Samantha Geimer face à ce genre de notoriété, justement. Cela n’empêche pas les amis de M. Strauss-Kahn de pratiquer le même genre de ventriloquie avec Mme Piroska Nagy, l’économiste hongroise avec qui il a eu une liaison au FMI : il a été blanchi de l’accusation d’avoir abusé de sa position dans cette affaire, rappellent-ils. Sa subordonnée avait pourtant écrit dans une lettre aux enquêteurs : « Je n’étais pas préparée aux avances du directeur général du FMI. (…) J’avais le sentiment que j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais. (…) Je crains que cet homme n’ait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où travailleraient des femmes (9). » Un témoignage brut de passion brûlante, comme on voit.


Personne ne semble avoir entendu parler de la difficulté des victimes d’agressions sexuelles à porter plainte, pourtant prise en compte par le législateur à travers le délai de prescription (10). Tristane Banon, la journaliste française qui accuse elle aussi M. Strauss-Kahn d’avoir tenté de la violer, dit y avoir renoncé pour ne pas « rester à vie celle qui avait eu un problème avec un homme politique », et parce que – ironie – elle ne voulait pas qu’on la soupçonne « d’avoir voulu se faire de la pub » (11).

 

En outre, sa mère l’en avait dissuadée, les deux familles étant liées. Le Canard Enchaîné ne voit rien de problématique dans les « raisons simples »qui ont motivé sa décision : la « peur du tsunami médiatique » ainsi que « sa grande amitié pour sa marraine, la deuxième épouse de DSK, et pour Camille, la fille de celui qu’elle accuse de l’avoir agressée ». Pour l’hebdomadaire, « la victime concernée et sa famille réclamaient le silence… au nom du respect de la vie privée. Tout était dit ! ». Les victimes n’osent pas demander justice quand l’agresseur est un homme puissant et célèbre ou quand il s’agit d’un membre de leur entourage – c’est-à-dire dans 85% des cas (12) –, mais tout va bien dans le meilleur des mondes.


Puisqu’une femme n’est pas censée se formaliser pour si peu, seule la vénalité peut la pousser à aller au procès. Faisant allusion à Tristane Banon, Bernard-Henri Lévy parle de « cette autre jeune femme qui s’est tue pendant huit ans mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé (13) ». Un étalage de misogynie qui figure, sur le site de sa revue, sous un bandeau appelant à sauver Mme Sakineh Ashtiani, menacée de lapidation en Iran.

« Sous-judiciarisation » du viol 
au sein des milieux aisés

La représentation que les défenseurs de M. Strauss-Kahn se font d’un violeur est d’une touchante ingénuité. Alors qu’il suffit de s’être intéressé cinq minutes aux violences sexuelles au cours de sa vie pour savoir qu’il n’y a pas de profil « type », son biographe Michel Taubmann assure qu’il n’a « pas les caractéristiques d’un violeur » et qu’on « ne l’imagine pas en bête sauvage » (Libé.fr, 17 mai). Polanski, s’était auparavant indigné Finkielkraut, n’est pas« le violeur de l’Essonne ».

 

Or les violeurs, comme les auteurs de violences conjugales (14), appartiennent à toutes les classes sociales ; ils sont seulement moins souvent traduits en justice lorsqu’ils appartiennent aux classes supérieures. Le sociologue Laurent Mucchielli l’explique par deux mécanismes : « Le premier est un phénomène de sous-judiciarisation des faits au sein des milieux aisés qui disposent de relations, de pouvoir, d’argent, de bons avocats, de moyens de pression, pour prévenir la divulgation des faits et, le cas échéant, pour se prémunir face à l’action de la police et de la justice et tenter de conserver malgré le crime leurs positions et leurs réputations. Le second mécanisme est l’attention particulière qui est au contraire portée en permanence aux populations défavorisées par les services médico-sociaux, les services éducatifs, la police et la justice, ce qui conduit à une plus forte détection des faits illicites commis en leur sein (15). »


On voit ressurgir l’argument selon lequel un homme puissant et célèbre subirait une « double peine » lorsque la justice ne lui réserve pas un traitement de faveur – manière plus ou moins déguisée de réclamer, précisément, ce traitement de faveur, au nom du statut social de l’accusé : Polanski est un « grand artiste » ; M. Strauss-Kahn, sorte de Superman français, s’apprêtait à sauver tout à la fois la Grèce et l’euro… L’ancien ministre de la justice Robert Badinter s’étrangle à l’idée que le directeur du FMI soit « ravalé délibérément au rang de dealer » (France Inter, 17 mai) : manière de suggérer que la justice, c’est pour les pauvres.

 

Chez des personnages d’ordinaire si prompts à en accuser leurs adversaires politiques, c’est un déchaînement de « complotisme » et d’« anti-américanisme » (16) : « J’en veux à un système judiciaire que l’on appelle pudiquement “accusatoire” pour dire que n’importe quel quidam peut venir accuser n’importe quel autre de n’importe quel crime », écrit BHL dans son billet. Un scandale, en effet. Sur le site du Nouvel Observateur (17 mai), Jean Daniel en arrive à la conclusion « que le peuple américain et nous n’appartenons pas à la même civilisation ». Dans l’affaire Polanski, le ministre de la culture Frédéric Mitterrand avait vu une manifestation de« l’Amérique qui fait peur ».


Quant à l’argument selon lequel M. Strauss-Kahn aurait « beaucoup plus à perdre » qu’un justiciable ordinaire, il laisse sans voix.

Le cinéaste Patric Jean a filmé dans La Raison du plus fort (2003) la façon dont la justice d’abattage, en France, broie tous les jours des vies – parfois innocentes – sans que quiconque s’en émeuve, et a réalisé en 2009 un documentaire sur le sexisme, La Domination masculine. Il est donc doublement bien placé pour remettre les choses en perspective : « Difficile après cette expérience de s’apitoyer sur un homme hautement soupçonné de viol et qui peut encore se payer les meilleurs avocats de la planète (17). »


Voir aussi l’article de Marie Bénilde dans Le Monde diplomatique de juin 2011, en kiosques le 31 mai.


Mona Chollet

(1) « Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent », Osezlefeminisme.fr, 21 mai 2011.

(2) Sur ce sujet, cf. Eric Fassin, « Le scandale sexuel fait moins la politique aux Etats-Unis », Le Monde, 16 mai 2011.

(3Cf. Natacha Henry, Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique, Robert Laffont, Paris, 2003.

(4Le Monde, 13 février 2000.

(5) Europe 1, 28 septembre 2009.

(6) Guillon avait fait retentir une sirène d’alarme ordonnant l’évacuation du personnel féminin de la station avant l’arrivée de M. Strauss-Kahn dans ses locaux.

(7) « Le cauchemar de la femme de chambre », repris par Courrier international, 19 mai 2011.

(9L’Express, 17 février 2009.

(10) Dix ans pour les viols, trois pour les agressions sexuelles, vingt ans à partir de la majorité de la victime quand celle-ci était mineure au moment des faits.

(11) Paris Première, février 2007, et AgoraVox.fr, 18 mai 2011.

(12Cf. « Le viol, aspects sociologiques d’un crime », Vous avez dit sécurité ?, 19 mai 2011.

(13) « Ce que je sais de Dominique Strauss-Kahn », LaRegledujeu.org, 16 mai 2011.

(14) Lire « Machisme sans frontière (de classes) », Le Monde diplomatique, mai 2005.

(16Cf. Julien Salingue, « Affaire DSK : ils ne sont plus “tous américains” », Acrimed, 23 mai 2011.

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 16:47

Internationalnews

http://ginacobb.typepad.com/gina_cobb/images/2007/07/06/india_baby_girl_3.jpg

Un génocide silencieux

L'avortement sélectif touche toutes les classes sociales, pas seulement les pauvres.»

INDÉSIRABLES, charges inutiles et coûteuses : c'est ainsi que les filles sont souvent considérées en Inde, en Chine et au Pakistan. Croyances séculaires et pauvreté, conjuguées à l'apparition de l'échographie, font que l'infanticide et le foeticide y sont aujourd'hui monnaie courante. «Plus de 100 millions de petites filles manqueraient en Asie», «La malédiction de naître fille» : Un génocide silencieux - 25/10/2006


Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie

Bénédicte Manier, La Découverte, 2006, 187 p., 15

Laurent Testot

L’Asie est le seul continent où le nombre d’hommes excède celui des femmes : 100 millions manquent à l’appel.


La raison ? Dans les cultures indienne et chinoise, une fille est considérée comme un investissement à perte, car elle intégrera la future belle-famille, quand le garçon héritera, assurant la retraite de ses géniteurs et la continuité de la lignée. Et la préférence pour un enfant mâle s’est adjoint depuis trente ans les services de la science. Déterminant le sexe avant la naissance, l’échographie permet de repérer les fœtus féminins et de les éliminer par avortement. S’y ajoute une seconde sélection : on va investir davantage pour soigner et nourrir un garçon.


Bénédicte Manier nous fait découvrir un univers où des femmes avortent en série dans l’attente d’un mâle, où l’on abandonne les nouveau-nées quand on ne les étouffe pas dans un sac plastique, où des crèches accueillent 70 fillettes pour 100 garçons. Même si le phénomène, au moins en Inde, affecte davantage certaines régions, et en particulier les classes moyennes (celles qui paieraient le prix fort pour la dot), ses conséquences se répercutent sur la société dans son ensemble. On assiste à l’explosion du marché noir des « fiancées », on voit des familles démunies vendre une adolescente à des réseaux d’entremetteurs et de proxénètes.


Le tout s’insère dans un climat de violence patriarcale extrême. Souvent analphabètes, souvent cédées en mariage dès leur puberté, maintenues dans des statuts discriminatoires, les femmes font office de boucs émissaires : au Pakistan ou en Inde, pour peu qu’un homme juge son honneur bafoué, le viol, rarement sanctionné, fait fréquemment office de compensation.


L’avortement sélectif, bien qu’illégal partout, détruit chaque année plusieurs millions de fœtus féminins en Asie. Il prend certes racine dans un contexte social spécifique. Mais il représente surtout, comme l’exprime Dilip Kamat, directeur d’une ONG indienne, « le degré ultime de violence contre les femmes : celui qui leur refuse le droit même de naître ».(http://www.scienceshumaines.com/)

 



Photo: ginacobb.typepad

Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-infanticide-c-est-la-fete-des-femmes-tous-les-jours-en-inde-documentaire-49808295.html
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 16:39

Internationalnews

Mondialisation
par CPI

2010-03-23

http://www.europalestine.com/IMG/jpg/fillette_et_femme_palestiniennes_derriere_grilles.jpg


Les fêtes des femmes et des mères passent sans que les femmes palestiniennes enfermées puissent penser en profiter.

Les années passent et les chaînes continuent de ronger leurs poignets. Les organisations internationales qui fêtent cette journée du 8 mars ne savent-elles pas que les barreaux de l'occupation israélienne enferment des Palestiniennes ?

Riyad Al-Achqar, directeur du comité de défense des captifs, dans un rapport paru à l'occasion de la journée mondiale des femmes, dit que plus de dix mille Palestiniennes ont vécu le calvaire des prisons israéliennes, depuis 1967. Et pendant l'Intifada d'Al-Aqsa, les occupants israéliens ont enlevé plus de 900 Palestiniennes dont 37 sont toujours enfermées. Ces occupants n'ont pas l'intention d'arrêter leur politique. Depuis le début de cette année2010, ils ont mis la main sur trois femmes.

Les femmes palestiniennes emprisonnées vivent dans des conditions infernales.

Les occupants israéliens ne respectent aucune convention internationale. Elles sont privées de leurs droits les plus élémentaires. Elles sont maltraitées, torturées, physiquement comme moralement. A l'instar de tous les captifs palestiniens, elles souffrent de cette affreuse politique de négligence médicale. Elles sont également privées de leur droit à l'éducation.

Al-Achqar a souligné que les captives ont été récemment transférées de la prison Al-Damoun vers un autre centre de détention.

A celui-là manquent toutes les conditions nécessaires d'une vie normale, surtout en hiver. La pluie pénètre les cellules jusqu'aux lits et vêtements. Les câbles électriques sont mouillés, un danger supplémentaire pour la vie des femmes captives.

La négligence médicale

Le rapport d'Al-Achqar précise qu'un tiers des captives sont malades.

Plusieurs d'entre elles souffrent de maladies graves, dans une prison qui ne possède aucun médecin spécialiste. Il n'y a qu'un infirmier qui n'a à proposer que de cachets tranquillisants.

Les captives n'ont pas d'autre moyen que de se soigner avec des plantes et des recettes traditionnelles, avec les moyens du bord.

La captive Amel Fayez Jamâ a souffre du cancer du col de l'utérus.

Rajaa Al-Ghoul souffre de plusieurs maladies graves, au niveau du coeur et du sang. Son état est très grave.

Des maladies de toutes sortes attaquent la peau de beaucoup de captives. En fait, les insectes font rage dans leurs cellules, les produits de nettoyage sont quasi inexistants.

Il faut dire aussi que beaucoup d'entre elles souffrent de maladies et de maux au niveau des os et des dents.

Appel de détresse

Pour tout cela et pour beaucoup d'autres raisons, le comité de défense des captifs a appelé toutes les factions palestiniennes qui détiennent le soldat israélien Shalit à rester sur leur position et à exiger la libération de toutes les captives palestiniennes enfermées dans les prisons israéliennes.

Le comité a aussi exhorté les médias à focaliser leur lumière sur les souffrances des captives palestiniennes, sur les agressions pratiquées contre elles par les occupants israéliens.

Il a enfin appelé les organisations internationales et la communauté internationale à intervenir de façon urgente pour mettre fin aux souffrances grandissantes des captives palestiniennes.

Titre original: Les captives palestiniennes vivent toujours le calvaire dans les prisons israéliennes

http://www.mondialisation.ca

Photo: europalestine


Sur le même sujet: http://www.europalestine.com/spip.php?article3404


Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-pas-de-fetes-des-femmes-pour-les-palestiniennes-detenues-dans-les-geoles-israeliennes-47502058.html

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 20:49

Internationalnews

 

The US/UK invasion and occupation of Iraq has been catastrophic for the Iraqi people. But has it brought Iraqi women the liberation that George Bush and Tony Blair promised? Surely their conditions are better now than they were under Saddam Hussein?


By Abdu Rahman and Dahr Jamail
AntiWar.com

14 March 2010


Iraqi women

BAGHDAD – Under Saddam Hussein, women in government got a year’s maternity leave; that is now cut to six months. Under the Personal Status Law in force since Jul. 14, 1958, when Iraqis overthrew the British-installed monarchy, Iraqi women had most of the rights that Western women do.


Now they have Article 2 of the Constitution: "Islam is the official religion of the state and is a basic source of legislation." Sub-head A says "No law can be passed that contradicts the undisputed rules of Islam." Under this Article the interpretation of women’s rights is left to religious leaders – and many of them are under Iranian influence.


"The U.S. occupation has decided to let go of women’s rights," Yanar Mohammed, who campaigns for women’s rights in Iraq, says. "Political Islamic groups have taken southern Iraq, are fully in power there, and are using the financial support of Iran to recruit troops and allies. The financial and political support from Iran is why the Iraqis in the south accept this, not because the Iraqi people want Islamic law."


With the new law has come the new lawlessness. Nora Hamaid, 30, a graduate from Baghdad University, has now given up the career she dreamt of. "I completed my studies before the invaders arrived because there was good security and I could freely go to university," Hamaid tells IPS. Now she says she cannot even move around freely, and worries for her children every day. "I mean every day, from when they depart to when they return from school, for fear of abductions."


There is 25-percent representation for women in parliament, but Sabria says "these women from party lists stand up to defend their party in the parliament, not for women’s rights." For women in Iraq, the invasion is not over.


The situation for Iraq’s women reflects the overall situation: everyone is affected by lack of security and lack of infrastructure.


"The status of women here is linked to the general situation," Maha Sabria, professor of political science at Al-Nahrain University in Baghdad tells IPS. "The violation of women’s rights was part of the violation of the rights of all Iraqis." But, she said, "women bear a double burden under occupation because we have lost a lot of freedom because of it. 

Abductions


"More men are now under the weight of detention, so now women bear the entire burden of the family and are obliged to provide full support to the families and children. At the same time women do not have freedom of movement because of the deteriorated security conditions and because of abductions of women and children by criminal gangs." 


Women, she says, are also now under pressure to marry young in family hope that a husband will bring security. 


Sabria tells IPS that the abduction of women "did not exist prior to the occupation. We find that women lost their right to learn and their right to a free and normal life, so Iraqi women are struggling with oppression and denial of all their rights, more than ever before." 


Yanar Mohammed believes the constitution neither protects women nor ensures their basic rights. She blames the United States for abdicating its responsibility to help develop a pluralistic democracy in Iraq. 


"The real ruler in Iraq now is the rule of old traditions and tribal, backward laws," Sabria says. "The biggest problem is that more women in Iraq are unaware of their rights because of the backwardness and ignorance prevailing in Iraqi society today." 


Many women have fled Iraq because their husband was arbitrarily arrested by occupation forces or government security personnel, says Sabria. 

Displaced

More than four million Iraqis were estimated to have been displaced through the occupation, including approximately 2.8 million internally. The rest live as refugees mainly in neighboring countries, according to a report by Elizabeth Ferris, co-director of the Brookings Institution-University of Bern Project on Internal Displacement.


The report, titled, "Going Home? Prospects and Pitfalls For Large-Scale Return Of Iraqis," says most displaced Iraqi women are reluctant to return home because of continuing uncertainties. 


The Washington-based Refugees International (RI) says in a report "Iraqi Refugees: Women’s Rights and Security Critical to Returns" that "Iraqi women will resist returning home, even if conditions improve in Iraq, if there is no focus on securing their rights as women and assuring their personal security and their families’ well-being."


The RI report covered internally displaced women in Iraq’s semi-autonomous northern Kurdish region and female refugees in Syria. "Not one woman interviewed by RI indicated her intention to return," the report says. 


"This tent is more comfortable than a palace in Baghdad; my family is safe here," a displaced woman in northern Iraq told RI. 


The situation continues to be challenging for women within Iraq. 


"I am an employee, and everyday go to my work place, and the biggest challenge for me and all the suffering Iraqis is the roads are closed and you feel you are a person without rights, without respect," a 35-year-old government employee, who asked to be referred to as Iman, told IPS.


"To what extent has this improved my security?" she asked. "We have better salaries now, but how can women live with no security? How can we enjoy our rights if there is no safe place to go, for rest and recreation and living?"


Source: http://stopwar.org.uk


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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 14:50
  Les femmes Iraniennes seront-elles "libérées" à leur tour par un envahisseur???
Voyez ici les résultats
Soon Iranian's women turn ???


Deterioration of iraqi women's rights and living conditions

Deterioration of iraqi women's rights and living conditions

8 mars 2008: les femmes toujours sous-payées

Rethink Afghanistan (Trailer, Excerpts and comments) (See excerpt 2)

Afghanistan, colonie us: loi liberticide pour les femmes

Afghanistan, colonie us: loi liberticide pour les femmes

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