29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 13:10
"Ils envoient uniquement des bombes, jamais de médicaments"

Le 7 septembre, l’ONG humanitaire suédoise Swedish Committee for Afghanistan a informé qu’une semaine auparavant des soldats US avaient mené un raid dans un de leurs hôpitaux. Selon le directeur de l’ONG, Anders Fange, des soldats ont frénétiquement traversé les salles à la recherche de combattants Taliban blessés.


Les soldats ont exigé que les responsables de l’hôpital les informent de tout patient qui arriverait et qui serait susceptible d’être un insurgé, après quoi les militaires décideraient si le patient pouvait être admis ou pas. Fange a qualifié l’incident de « non seulement une violation claire des principes humanitaires universellement admis sur l’inviolabilité des sites médicaux et du personnel soignant dans les zones de conflit, mais aussi une entorse aux accords entre civils et militaires » entre les ONG et les forces internationales.


Fange a dit que les soldats américains ont défoncé les portes et ligoté les visiteurs et le personnel hospitalier.


Mener des opérations dans des sites de soins en Afghanistan représente une violation directe de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit strictement toute attaque de véhicules de transport d’urgence et toute obstruction d’opérations médicales en temps de guerre.


La Lieut. Commandant Christine Sidenstricker, officier des relations publiques de la Marine US, a déclaré à l’agence de presse Associated Press « des telles plaintes sont rares ».


En fait, malgré les dires de Sidentricker, « de telles plaintes » sont courantes. Tout comme en Irak, là où se déroule une autre occupation. Une armée conventionnelle désespérée, lorsqu’elle commence à perdre contre une guérilla, a tendance à jeter le respect du droit international aux orties. C’est encore plus vraie lorsque l’occupation elle-même est une violation du droit international.


Marjorie Cohn, présidente de National Lawyers Guild et contributrice au site Truthout.org, est très claire sur le caractère illégal de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan par les Etats-Unis (et bien sûr, par la France aussi – NdT).


« La charte de l’ONU a été ratifiée par les Etats-Unis et fait donc partie de la loi étatsunienne, » dit Cohn, qui enseigne à l’école de droit Thomas Jerfferson et a récemment coécrit le livre « Rules of Disengagement : The Politics and Honor of Military Dissent ». « Selon la charte, un pays ne peut recourir à la force armée contre un autre pays qu’en cas d’autodéfense ou lorsque le Conseil de Sécurité l’approuve. Aucune de ces conditions n’existaient lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan. Les Taliban ne nous ont pas attaqués le 11 septembre. Ce dont dix-neuf hommes, dont 15 de l’Arabie Saoudite, qui l’ont fait, et il n’y avait aucun risque d’attaque par l’Afghanistan contre les Etats-Unis ou tout autre pays membre de l’ONU. Le Conseil de Sécurité n’a pas autorisé les Etats-Unis ou tout autre pays à recourir à la force militaire contre l’Afghanistan. La guerre US en Afghanistan est illégale. »


Ainsi, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan, de même que les massacres de civils afghans et les raids dans les hôpitaux constituent une violation du droit international et de la Constitution des Etats-Unis. Ceci est vrai aussi pour l’Irak.


Rappelons-nous le 8 novembre 2004, lorsque l’armée US a lancé l’assaut contre la ville Irakienne de Fallujah. Le premier endroit que les soldats US ont envahi et occupé fut l’hôpital de la ville. Là aussi, comme pour le cas récent en Afghanistan, les médecins, patients et visiteurs ont été ligotés et couchés au sol, généralement sur le ventre, avec des armes braquées sur eux.


Au cours de mes quatre premiers voyages en Irak, j’ai régulièrement rencontré du personnel hospitalier qui signalait des raids militaires US dans leurs établissements. Des soldats américains entraient régulièrement dans les hôpitaux à la recherche de résistants combattants blessés.


Des médecins de l’Hôpital General de Fallujah, et d’autres qui travaillaient dans différentes cliniques de la ville pendant les deux sièges de Fallujah par l’armée américaine en 2004, ont raconté comment les marines US ont bloqué l’accès à leurs services et comment les snipers US ont volontairement tiré sur leurs cliniques et ambulances.


« Les Marines ont dit qu’ils n’avaient pas fermé l’hôpital, mais en fait ils l’ont fait, » nous a raconté en mai 2004 le Dr Abdullah, chirurgien orthopédique à l’Hôpital General de Fallujah qui a accepté de nous parler à condition de changer son nom. « Ils ont fermé le pont qui nous relie à la ville et bloqué la route… la zone devant l’hôpital était remplie de soldats et de véhicules. »


Il a ajouté que ce fût ainsi que d’innombrables patients qui avaient désespérément besoins de soins ont été empêchés d’accéder à l’établissement. « Qui sait combien sont morts et que nous aurions pu sauver, » a-t-il dit. Il a aussi accusé les soldats de tirer sur les ambulances civiles, et de tirer aussi à proximité de la clinique où il travaillait. « Certains jours, nous ne pouvions pas sortir, ni même nous approcher des portes à cause des snipers, » a-t-il dit. « Ils tiraient sur l’entrée principale de la clinique ! »


Le Dr Abdullah a dit aussi que les snipers US ont visé et tué un des ambulanciers de la clinique qui travaillait pendant les combats.


Le Dr Ahmed, qui a aussi demandé que nous ne mentionnions que son prénom par peur de représailles de la part des militaires américains, a dit « les Américains ont tiré sur les lumières devant l’hôpital. Ils ont empêché les médecins d’accéder aux unités d’urgence, et nous nous sommes rapidement retrouvés à court de médicaments indispensables. » Il a aussi déclaré qu’à plusieurs reprises, les Marines ont volontairement empêché les médecins de quitter le bâtiment résidentiel, les empêchant ainsi de se rendre à l’hôpital pour traiter les patients.


« Ils entraient tout le temps, fouillaient les salles et se baladaient, » a dit le Dr Ahmed, tout en expliquant comment les troupes US entraient souvent dans l’hôpital à la recherche de résistants. Lui et le Dr Abdulla ont dit que les troupes US n’ont jamais offert de médicaments ou des fournitures à l’hôpital lorsqu’ils faisaient leurs incursions. Décrivant la situation dans d’autres hôpitaux, il a ajouté « la plupart des patients ont quitté l’hôpital parce qu’ils avaient peur. »


Le Dr Abdulla a fit qu’un de leurs ambulanciers à été tué par des snipers US alors qu’il tentait de ramasser les blessés autour d’une autre clinique à l’intérieur de la ville.


« Le problème majeur que nous avons rencontré a été les snipers américains, » a dit le Dr Rachid, qui travaillait dans une autre clinique du quartier Jumaria de Fallujah. « Nous les voyions sur le toit des immeubles prés du bureau du maire. »


Le Dr Rachid a raconté un autre incident où un sniper US a blessé un ambulancier à la jambe. L’ambulancier a survécu, mais un homme qui s’était porté à son secours fut abattu par un sniper et est mort sur la table d’opération après avoir été secouru à son tour par le Dr Rachid et d’autres. « C’était un volontaire qui aidait les ambulances à ramasser les blessés, » a dit le Dr Rachid avec tristesse.


Pendant notre visite à l’hôpital en mai 2004, deux ambulances garées sur le parking montraient des impacts de balles sur leurs pare-brises, tandis que d’autres présentaient des impacts sur les portières arrières et sur les côtés.


« Je me souviens une fois, nous avions envoyé une ambulance pour évacuer une famille bombardée par un avion, » a dit le Dr Abdulla qui continuait à évoquer les snipers US. « Ils ont tiré sur l’ambulance – un des membres de la famille a été tué, et trois autres ont été blessés par les tirs. »


Ni le Dr Abdulla ni le Dr Rachid ne connaissaient un exemple d’aide médicale apportée par les soldats américains à un hôpital ou une clinique. A ce sujet, le Dr Rachid a dit « ils envoient uniquement des bombes, jamais de médicaments. »

L’hôpital General de Chuwader à Sadr City nous a raconté des histoires similaires, comme d’autres hôpitaux à travers Bagdad.


Le Dr Abdul Ali, ancien chirurgien-chef à l’hôpital Al-Noman, a reconnu que les soldats US étaient entrés dans l’hôpital et avaient demandé des renseignements sur les résistants combattants. Il a dit « ma politique est de ne pas donner mes patients aux Américains. Je refuse de communiquer des informations sur mes patients. »


Lors de l’interview d’avril 2004, il a reconnu que ces incursions se produisaient régulièrement et interféraient avec les soins dispensés aux malades. Il a dit « Ca s’est passé il y a dix jours – ça s’est passé après que des gens ont commencé à arriver de Fallujah, même si la plupart étaient des enfants, des femmes et des vieux. »


Un médecin à l’hôpital Al-Kerkh, s’exprimant sous condition d’anonymat, a raconté l’expérience similaire d’un phénomène qui semble être répandu à travers tout le pays. « Nous entendons parler d’Américains qui enlèvent des Irakiens blessés dans les hôpitaux. Ils n’arrêtent pas de venir ici en demandant si nous avons des combattants blessés. »


Parlant du raid américain sur un hôpital en Afghanistan, le porte-parole des Nations Unies, Aleem Siddique, a dit qu’il ne connaissait pas les détails de cet incident en particulier, mais que le droit international exigeait que les militaires s’abstiennent de mener des opérations sur les sites médicaux.


« La règle est qu’un bâtiment médical n’est pas une zone de combat. Il est inacceptable qu’un site médical devienne une zone de combats. » a-t-il dit. « Le seule exception reconnue par les Conventions de Genève est lorsque des personnes sotn en danger. »


« Il y a le serment d’Hippocrate, » a ajouté Fange, « si quelqu’un est blessé, malade ou nécessite des soins… si c’est un être humain, alors, selon le droit international, il doit être accueilli et traité convenablement. »


Ce sont là toutes des indications du déclin de l’Empire US. Un autre signe du désespoir américain en Afghanistan a été le bombardement de deux camions-citernes que les Taliban avaient capturé à l’OTAN. Des avions US ont bombardé les véhicules alors que des villageois récupéraient le carburant, et ont incinéré prés de 150 civils, selon les témoignages de villageois. (voir traduction par le Grand Soir d’un article du Guardian - NdT)


L’Empire des Etats-Unis suit le chemin de nombreux autres empires et conquérants qui ont trouvé la mort en Afghanistan. L’empire du milieu, l’empire Perse, Alexandre le Grand, les Séleucides, les Indo-grecs, les Turcs, Mongols, Britanniques et Soviétiques ont tous vu leurs ambitions se fracasser en Afghanistan.


A présent, l’Empire US avance à grande vitesse sur la même voie. Un article récent de Tom Englehardt nous fournit quelques indications :


- En 2002, il y avait 5200 soldats américains en Afghanistan. D’ici décembre 2009, ils seront 68000.

- Comparé à la même période de 2008, les attaques Taliban contre les forces de coalition par des Engins explosifs improvisés ont augmenté de 114 pour cent.

- Comparé à la même période de 2008, les morts parmi les forces de coalition dus aux engins explosifs improvisés ont été multipliés par 6.

- Les attaques taliban contre les forces de coalition au cours des cinq premiers mois de 2009, comparé à la même période l’année dernière, ont augmenté de 59 pour cent.


Gengis Kahn n’a pas réussi à occuper l’Afghanistan. Les Etats-Unis n’y arriveront pas non plus, surtout lorsque dans le désespoir d’une occupation illégale, ils persistent à ignorer le droit international, ainsi que leur propre Constitution.


Dahr Jamail

Traduction VD pour Le Grand Soir

Dahr Jamail, an independent journalist, is the author of "The Will to Resist : Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afghanistan," (Haymarket Books, 2009), and "Beyond the Green Zone : Dispatches From an Unembedded Journalist in Occupied Iraq," (Haymarket Books, 2007). Jamail reported from occupied Iraq for nine months as well as from Lebanon, Syria, Jordan and Turkey over the last five years.


http://www.legrandsoir.info/Afghanistan-cimetiere-des-Empires-Truth-Out.html

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