Partager l'article ! Entretien avec Gilles MUNIER (Amitiés Franco-Irakiennes): 12 décembre 2007 Entretien avec Gill ...
G.M : Pour l’establishment américain, les véritables enjeux sont la « sécurité » d’Israël et le pétrole, ou l’inverse. L’un ne va
pas sans l’autre. Les Etats-Unis pensent aujourd’hui que leur suprématie au Proche-Orient passe par l’implantation de nouvelles bases. Quatre ou cinq sont prévues en Irak, une dans le nord du
Liban. Mais comme la majorité des Arabes n’en veut pas - y compris les pro-iraniens - leur « gestion » des richesses pétrolières ne sera pas totalement assurée.
La guerre d’Irak est la énième guerre pour le pétrole. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de contrôler physiquement le pétrole, mais sa commercialisation. Il y a 6 ans, alors que le pétrole était à 24 $ le baril, Abderrazak Al-Hachemi – ancien ambassadeur d’Irak en France – me disait : « Vous verrez, si les Américains occupent l’Irak, le prix du baril dépassera les 100 $. Les Etats-Unis tiendront l’Europe au collet ». Je croyais qu’il exagérait. Nous y sommes. Que se passera-t-il si le baril atteint les 150$ ? Au-delà de l’Europe, la Chine et l’Inde sont visées.
G. M : Oui, ces guerres sont montées de toutes pièces, rien ne les justifie moralement. Comme l’a fort bien dit Ken Livingston - maire travailliste de Londres - c’est l’interventionnisme occidental au Proche-Orient depuis la Première guerre mondiale qui est à l’origine du terrorisme, pas l’inverse. Quand le terrorisme s’essouffle, la CIA, le Mossad - ou d’autres - savent comment le relancer.
G.M : Le retour en force du mercenariat est pire qu’une dérive. Ceux qui les ont recrutés – Bush, Blair et Rumsfeld notamment - devraient être jugés
pour cela par un tribunal international. Que font les Nations unies et les professionnels des droits de l’homme face à ce scandale international ? Pas grand-chose. Imaginez l’émotion et la
colère qu’auraient suscité le recrutement de dizaines de milliers de mercenaires par la France pour faire la guerre en Algérie ou l’Urss en Afghanistan…
G.M : Les Britanniques ne s’en sont pas mieux sortis en Irak que les Américains. Ils vont quitter Bassora sur une défaite, la seconde en un siècle. Leur expérience du pays aurait dû leur dicter de ne pas participer à la guerre du Golfe. Il y a en Grande-Bretagne, comme aux Etats-Unis, de véritables spécialistes du monde arabe et de l’islam qui auraient pu les conseiller, mais ils ne sont pas écoutés. Quand on veut la guerre à tout prix, on s’adresse à des charlatans !
Shyankar : Enfin, pour terminer, comment voyez-vous aujourd'hui l'issue de cette occupation ? Malgré la
«victoire » militaire annoncée par Bush pensez-vous qu'un retrait, ou au contraire un durcissement de la politique sera mis en oeuvre ?
G.M : L’issue de l’occupation d’un pays, c’est sa libération… Pour que le Parti
Républicain puisse crier victoire en Irak, Bush parle de retrait et trafique les statistiques des victimes civiles. Il ne faut pas se faire d’illusion : à moins d’un séisme politique aux
Etats-Unis, la guerre d’Irak n’est pas terminée. Le démocrate Bill Clinton a poursuivi sans état d’âme la politique de Bush père et ne reproche finalement à Bush fils que d’avoir attaqué l’Irak
trop tôt. Il ne faut pas oublier que, sous sa présidence, l’embargo a tué plus d’un million d’enfants. Madeleine Albright, sa secrétaire d’Etat, a dit que c’était le « prix à
payer » pour renverser Saddam Hussein. N’importe quel dirigeant politique d’un pays en mal avec les Etats-Unis faisant ce genre de déclaration serait aussitôt considéré comme
« génocidaire ».