10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 06:26


Liberation

 

Hier de 11 h 30 à 13 heures, dans le bureau du PDG de Libération, dans l’ombre tutélaire d’Elvis (dans le hall) et de Sartre (à l’étage), Patti Smith, physique de pionnière solide, évoque son expo parisienne, ses poètes et le rock.




Patti Smith :

«Le collectif est notre légende»









 




Source: www.pampelmoose.com



Que représente pour vous cette exposition qui s’ouvre à la Fondation Cartier ?


C’est ma première exposition d’importance à Paris et j’en suis particulièrement émue. Quand j’étais une toute jeune fille, mon rêve était d’aller à Paris, dans les lieux où tant de gens que j’adorais avaient vécu comme Camus, Sartre, Robbe-Grillet, Piaf, Artaud, Rimbaud, Bresson, Godard… J’ai toujours été très attirée par la culture française. Je suis venue pour la première fois ici en 1969, à 20 ans, avec ma sœur. Nous habitions rue Campagne-Première, au dernier étage d’un immeuble. Je voulais être une grande artiste. En accrochant mes dessins sur les murs, j’ai alors dit à ma sœur : «Un jour, je serai une grande artiste et je montrerai mon travail à Paris.» Quarante ans plus tard, ces mêmes dessins sont exposés à la Fondation Cartier, à deux pas de la rue Campagne-Première. Je pourrais vous parler du sens de l’art ou de mon espoir d’inspirer le visiteur… Mais pour moi, le vrai moment magique sera d’emmener ma sœur à la Fondation Cartier et de dire : «Je l’ai fait.» Cette semaine, s’accomplit le rêve d’une toute jeune fille.


D’où vient cette passion pour la culture française ?


Cela a toujours été. Même traduite, je trouve dans la littérature française un certain ton, une incomparable consistance. Elle ne m’a jamais lassée. Un des moments dont je suis le plus fière est d’avoir reçu les insignes de commandeur des Arts et Lettres le jour de l’anniversaire de Marcel Proust, le 10 juillet 2005. Je porte ma rosette partout, même quand je suis sur une scène. J’avais une vingtaine d’années quand William Burroughs a été honoré de la même décoration. Il en était également très fier et il m’a dit : «Ma chérie, si tu travailles bien, tu en auras une aussi.» Quand je l’ai eue, j’ai évidemment pensé à lui.


Pourquoi y avait-il autant de livres chez vous ?


Mes parents adoraient lire. Mais après la Deuxième Guerre mondiale, ils ont dû partir de rien. Mon père travaillait à l’usine, mais c’était un intellectuel qui passait son temps à étudier la philosophie, la Bible, et à débattre de quantités de sujets. Ma mère, plutôt romantique, lisait de la poésie, des contes de fées. On se procurait des tas de livres pour pas cher dans les années 50.


Comment vous définissez-vous ?


Comme une travailleuse. Je l’ai toujours dit. On m’avait déjà posé la question en 1971, quand j’ai fait ma première lecture poétique. Le flyer de présentation demandait : «Que diriez-vous de vous ?» J’ai répondu «Travailleuse.» C’est comme un talisman ! Chaque jour, je produis un certain travail, et sa forme dépend des jours. J’ai hérité cette conception de mes parents. Mon père était ouvrier d’usine, ma mère serveuse, ma sœur femme de ménage. Je ne travaille plus en usine comme dans ma prime jeunesse, mais j’essaie de fournir un certain travail, en prenant des photos, en intervenant à une conférence sur les droits de l’homme ou en étudiant. Je me réveille chaque matin avec «le langage de l’enthousiasme», une expression tirée d’un passage de l’Alchimiste de Paulo Coelho qui m’a fait pleurer. Même dans les moments les plus durs, il y a toujours eu quelque chose qui me rendait heureuse d’être en vie, me poussait à exercer mon énergie créative.

 

Pensez-vous toujours que… «People Have the Power» ?


Je le penserai toujours. Parfois nous n’utilisons pas ce pouvoir par peur, par lassitude ou parce que nous ne croyons pas à son efficacité. La voix des gens est la seule chose qui fait peur aux gouvernements et aux entreprises. Notre plus grande arme est notre voix collective.


Dans quel contexte avez-vous écrit cette chanson ?


Je l’ai écrite dans les années 80. En 1979, j’ai quitté la scène et je suis allée à Detroit (Michigan), je me suis mariée, j’ai eu des enfants, et j’ai commencé une vie très simple, de citoyenne, d’épouse et de mère. Nous vivions très modestement et faisions tout nous-mêmes. Je suis toujours une artiste mais j’ai appris à avoir plus de compassion et de solidarité avec ce qu’on appelle l’homme du commun. J’ai dû tout apprendre : la politique, le sport, l’alimentation, le jardinage. Cette chanson, que nous avons écrite Fred - mon mari - et moi, est un cadeau au public pour dire que nous sommes tous aussi importants en tant qu’individus, mais que collectivement, nous pouvons tout faire.


Soutenez-vous toujours Ralph Nader à la présidentielle américaine ?


Je le soutiendrai toujours. Je soutiens son idéologie. Ralph Nader travaille pour le futur et c’est probablement l’homme le plus honnête de la planète. Hillary Clinton est intelligente et très capable, et serait probablement un très bon président, mais qu’elle ait voté pour la décision de Bush de rester en Irak est inexcusable. Je le ressens comme une trahison. Je ne vois pas Obama comme un homme noir mais comme un vert. Ce qui ne signifie pas écologiste mais jeune. Je pense que notre monde peut utiliser l’intelligence, l’idéalisme et l’approche rafraîchissante d’un homme jeune. Obama est représentatif de nos temps modernes, et j’espère que s’il gagne, il aura une sensibilité globale, notamment sur les changements environnementaux.


Le rock’n’roll peut-il toujours être politique aujourd’hui ?


La nature du rock est d’être politique. Si j’ai choisi le rock’n’roll, ce n’était pas pour devenir une star, ni être riche et célèbre, mais pour dire des choses importantes qui réveillent. Peu de gens lisent de la poésie, regardent des photos ou des dessins, beaucoup plus écoutent de la musique. Je ne pense pas que le rock puisse changer quoi que ce soit, c’est le pouvoir des gens eux-mêmes. Le monde moderne fournit tant de médias et de distractions ! Quand j’étais jeune, on écoutait Neil Young ou Dylan chanter à la radio. Beaucoup n’avaient pas la télévision. Nous ne disposions pas des centaines de chaînes, des millions de DVD, de l’Internet, des téléphones portables… C’était simple et direct. En même temps, grâce aux nouvelles technologies, les gens ont la possibilité de se rassembler très rapidement. Mon fils et ma fille grandissent dans cette époque, et je veux qu’elle soit signifiante, forte et excitante pour eux.


Pourquoi aimez-vous photographier des objets, comme les chaussons de Robert Mapplethorpe, le lit de Virgina Woolf ou les couverts de Rimbaud ?

Je ne suis pas matérialiste, ni religieuse. J’ai cette sorte de sensibilité pour les reliques, pour les objets dans lesquelles des gens ont investi beaucoup d’eux-mêmes. Je n’ai jamais rencontré Hermann Hesse. Mais il a passé tellement de temps sur sa machine à écrire, sur laquelle il a rédigé mon livre préféré, le Jeu des perles de verre. La regarder et imaginer ses mains dessus pendant des heures en font pour moi un objet sacré. Comme le bandana que m’a donné Burroughs peu de temps avant sa mort et qu’il avait toujours dans sa poche… Ces objets ont une grande valeur spirituelle. A la différence d’une chanson comme People Have the Power, ces photos ne traitent pas de la condition humaine, elles ne sont pas politiques. Ce sont seulement de petits moments précieux, des moments de perennité.


Est-il vrai que vous avez chanté «Gloria» sur la tombe de Jim Morrison ?


Non, mais je suis bien allée en 1973 sur sa tombe, à Paris, lorsque je me suis rendue sur celle de Rimbaud à Charleville. Je me suis assise sur celle de Morrison et j’ai pensé à la malédiction d’être un poète. Si j’aime Morrison et Rimbaud, ce n’est pas pour leur style de vie mais pour leur contribution au rock et à la poésie. Morrison avait un immense talent et il a bousillé sa vie. J’ai décidé, assise sur sa tombe sous la pluie, un jour d’octobre 1973, que je voulais vivre et que je n’allais pas sacrifier ma vie pour des sensations.


Le rock pour vous ne se conjugue pas avec sexe et drogue…


Jamais. Le rock est politique. Le sexe est une belle chose et pendant une majeure partie de mon existence, j’ai pensé le sexe en terme d’amour. Quant aux drogues, elles peuvent être intéressantes du point de vue médical ou pour servir d’exploration à l’inconscient. Mais jamais je n’ai utilisé de drogue seulement par récréation.


Etes-vous en train de préparer un nouvel album ?


Ces derniers mois, je me suis concentrée sur l’exposition. Je dois penser à la manière dont je peux participer à l’élection présidentielle. Mais j’ai aussi écrit quelques chansons, avec Flea. Et je veux faire un nouvel album très fort, qui ne soit pas de transition. Je veux y mettre toutes mes forces, du plus profond de moi.


http://www.liberation.fr/culture/317413.FR.php

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