23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 18:00

 

Une machine de propagande gigantesque pour Obama,
un black out total sur les autres candidats

 

De même que lors des primaires, les candidats à l’investiture des deux grands partis, comme Ron Paul (Républicain anti-guerre) ou Dennis Kucinich (aile gauche des Démocrates, le favori des pacifistes) avaient été occultées pendant les primaires, les « troisièmes » candidats ont été totalement ignorés : Ralph Nader (11), Cinthya MacKinney (la candidate des Verts, ancienne sénatrice démocrate anti-guerre africaine-américaine), Bob Barr (parti libertarien), Jerry White (Socialist Equality Party)...  


La machine de propagande du candidat Obama était extrêmement puissante… Le coût de la campagne de 2008 atteindrait au total plus de deux milliards de dollars » (selon le Center For Responsible Politics
), le candidat démocrate ayant bénéficié du double de la somme de son concurrent, soit 639,2 millions de dollars - un record historique pour un candidat à la présidentielle -, dont seul un quart seulement proviendrait de petits donateurs, le reste provenant d‘une myriade de petits comités créés de toute pièces pour recueillir les fonds de financiers de Wall Street et consorts tout en respectant la loi.  En fin de campagne, Barack Obama a fait diffuser un publi-reportage de 30 minutes de trois millions de dollars sur sept grandes chaînes de télévision nationales. Ses spots publicitaires ont été quatre fois plus nombreux que ceux de McCain dans les dix-huit « Swing States » (Etats où son élection n’était pas assurée). 

 
 
Face à ce déluge de dollars distribués au parti unique par les grandes corporations, les candidats des petits partis, dont la plupart des électeurs américains ne connaissaient même pas l’existence, n’avaient aucune chance d’obtenir un score honorable. Par exemple, Ralph Nader, uniquement financé par des petits donateurs et l’aide légale de l’Etat, a collecté au total 4 millions de dollars soit l’équivalent de ce qu’Obama a recueilli en moyenne par jour. 

 

 

  En outre, depuis 2000, les petits partis sont exclus des grands débats télévisés, qui ont un poids déterminant dans le résultat final.  L’outsider Ross Perot avait obtenu plus de 18% des voix en 1992, et la commission des débats voulait éviter le même scénario avec Ralph Nader.

 

L’élection d’Obama aurait-t-elle été programmée de longue date ?

 
Pour conserver leur hégémonie dans le monde, les Etats-Unis ont besoin de redorer leur image, extrêmement dégradée par les deux mandats de « Bush l’idiot », le président le plus impopulaire de toute leur histoire. Le choix de MacCain, un candidat âgé, falot, peu brillant, peu avenant et homme du passé (associé à la guerre du VietNam), dans lequel ne pouvaient se reconnaître les nouvelles générations d’Américains, a inéluctablement favorisé l’élection de Barack Obama. MacCain et sa colistière excentrique ultra-conservatrice Sarah Palin auraient pu être utilisés comme repoussoirs pour mieux faire élire le candidat démocrate.

 
D’autant que les Américains sont préoccupés plus que jamais par leur situation sociale (12), dont l’aggravation s’est accélérée depuis la « crise financière » - survenue à un moment fort opportun pour le candidat démocrate-, et qu’ils sont opposés à une large majorité (deux tiers) à des interventions à l’étranger, qui grèvent lourdement le budget de l’Etat alors que toutes les infrastructures du pays continent de se dégrader (dans les secteurs-clefs comme l‘éducation, la santé, les transports…). C’est ce courant majoritaire anti-guerre qui avait permis aux Démocrates de reprendre le contrôle du Congrès en novembre 2006.


D’autres questions se posent auxquelles il est difficile actuellement de trouver des réponses : pourquoi le même Colin Powell, ainsi que Joseph Biden et Zbigniew Brzezinski (13), ont-t-ils prévu des « événements très graves » qui se produiraient après l’intronisation du nouveau président  pour le « tester »? Cela a-t-il un quelconque rapport avec le soutien de Powell qui était convoité par Obama ? Par ailleurs, John Bolton, ancien ambassadeur aux Nations Unies, un faucon notoire, a prédit qu’Israël pourrait attaquer l’Iran après l’élection, avant la prise de pouvoir officielle d’Obama. Faut-il redouter de nouveaux attentats terroristes qui fourniraient l’alibi idéal à Obama pour ne pas répondre aux attentes de ses électeurs (enracinées dans son programme des primaires, conçu pour conquérir les progressistes - restés subjugués par le candidat, en dépit de sa radicalisation à la droite extrême). Il a déjà annoncé, lors de son discours de victoire, que « la route serait longue et difficile », et que les promesses ne pourraient peut-être pas être tenues « sur une année, et même sur un seul mandat »…

 
Comme l’écrit justement Serge Halimi : Obama « paraît donc mieux armé qu’un autre pour {« renouveler le leadership américain dans le monde »]. C’est-à-dire réhabiliter la marque Amérique, rendre plus performantes parce que mieux acceptées — et plus accompagnées — les interventions des Etats-Unis à l’étranger… Pour ceux qui rêvent encore qu’un président « multiculturel » né d’un père kenyan serait le signe de la venue d’une Amérique new age et la farandole d’une ronde où tous les gars du monde se donneraient la main, le candidat démocrate a déjà dit qu’il s’inspirerait moins des Pink Floyd ou de M. George McGovern que de la politique étrangère « réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan » (15).

 
Avec Barack Obama, la fin de l’hégémonie des Etats-Unis dans le monde n’est pas pour demain. Au contraire, elle sera inévitablement renforcée, peut-être plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Et le mouvement pacifiste, sur lequel les démocrates avaient fait un hold-up lors de la campagne présidentielle de 2004 (16) n’est pas près de renaître de ses cendres, du moins dans l’immédiat…

 

« Oui, nous pouvons » vraiment redouter l’avenir qu’Obama et son équipe nous préparent.

 

__________________________________________________________________________

 

(1) « Renewing American leadership », Foreign Affairs, New York, juillet 2007.

 

(2) Comme le souligne Bill Van Auken, « Le caractère belliciste souvent prêté à McCain, par opposition à Obama, repose beaucoup plus sur ce que l’on perçoit du caractère du premier (emporté, incontrôlé) par rapport au caractère du second (calme, mesuré). Sur les intentions politiques affichées, il est vrai qu’Obama ne paraît certes pas moins belliciste que McCain. WSWS, 14 février 2008.

 

(3) Cité dans Cyberpresse.ca, 7 novembre 2008.

 

(4) Cité dans le New York Times, 14 juillet 2008.

 

(5) C’est nous qui soulignons.

 

(6) Ibid.

 

(7) WSWS, Ibid.

 

(8) Jeffrey St Clair et Joshua Franck, High Times for the Atom Lobby, CounterPunch, 10/12 octobre 2008.

 

(9) Cité par Serge Halimi, Le Monde Diplomatique, septembre 2008.

 

   (10) Stephen Ansolabehere, politologue à Harvard et au MIT, les Blancs ne représenteraient plus que 74% de l'électorat, contre 81% en 2004, avant la poussée démographique noire et hispanique de ces dernières années.

(http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5iSyLBz4omJYs-z05Cyp_6jBQtVEA).

 

(11) Sur la présence du 3e parti face aux « Republicrats », voir l’analyse des élections de 2004 : Joëlle Pénochet, Ralph Nader, un candidat bâillonné dans une élections sans enjeux,  », Le Grand Soir, 1er novembre 2004, http://www.legrandsoir.info/spip.php?page=imprimer_article&id_article=1864

mise à jour du 15 novembre : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article10897.

 

(12) Un rapport publié juste avant la crise a montré que près d’un tiers des familles américains, dont au moins l’un d’entre eux travaille, vivait dans la pauvreté.

 

(13) Obama may be tested, 8 novembre 2008 : http://www.infowars.com/?p=5889.

 

(14) Toby Harnden : John BOLTON: Israël Will Attack Iran just after the Election, The Telegraph/UK, 24 juin 2008.

 

(15) Le Monde Diplomatique, août 2008. C’est nous qui soulignons. Par ailleurs, cette détermination est clairement affichée sur son site : « Barack Obama and Joe Biden will renew America’s security and standing in the world through a new era of American leadership. The Obama-Biden foreign policy will end the war in Iraq responsibly, finish the fight against the Taliban and al Qaeda in Afghanistan, secure nuclear weapons and loose nuclear materials from terrorists, and renew American diplomacy to support strong alliances and to seek a lasting peace in the Israeli-Palestinian conflict.”

(http://change.gov/agenda/foreign_policy_agenda/). C’est nous qui soulignons.

 

(16) Grâce à la fondation d’organisations pacifistes créées de toutes pièces par le milliardaire démocrate George Soros (comme par exemple « Move On »), et surtout au le mouvement « Anybody But Bush ».

 

Toutes les références de l'article ont été publiées par Mondialisation.ca:

 http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=10870

Partager cet article

Published by - dans USA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : internationalnews
  • internationalnews
  • : Un site d'information et de réflexion sur l'actualité internationale, le nouvel ordre mondial, la géostratégie, la propagande, l'impérialisme, le nucléaire, l'économie, l'environnement et la culture, illustré de documentaires. Site géré par des journalistes bénévoles, sans aucune obédience politique, religieuse ou autre.
  • Contact

STOP TAFTA !

Rechercher

Dossiers les plus consultés