Partager l'article ! Des "prédispositions génétiques" à la tentation de l'eugénisme Par Jacques Testard: Site de Jacques Testard Des "prédispositions g ...
In Big Brother Awards, les surveillants surveillés, Ed La découverte, pp 50-53, 2008.
Pour l’INSERM, le but est d’étudier «l’interaction entre facteurs environnementaux et facteurs génétiques», et cette unité de l’inserm (U675) avait déjà participé en 2005 à l’expertise collective de l’INSERM Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent afin de rechercher, dès l’âge de trois ou quatre ans, les signes «prédictifs» d’une délinquance future. Un rapport repris par Sarkozy dans son projet de loi sur la prévention de la délinquance puis supprimé devant la mobilisation du collectif Pas de zéro de conduite …
Bien que les données identifiantes de l’enquête SAGE soient facultatives et figurent dans une enveloppe additionnelle
conservée par l’inserm, on ne dispose d’aucune garantie formelle que ces informations ne finissent pas dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Plusieurs témoignages
soutiennent que les enquêteurs locaux ( l‘Organisme Régional de la Santé) ont réduit les résistances en jouant sur l’effet de surprise, ce qui montre qu’ils avaient conscience de proposer une
action discutable… tout en s’arrangeant pour qu’elle ne soit pas discutée.
Les profs concernés par leur heure de cours supprimée (il faut 45 minutes pour répondre au questionnaire) ont été prévenus la veille avec pour simple information qu’il s’agissait d’une enquête de l’INSERM faite en accord avec le Rectorat. Et les élèves n’ont découvert l’existence de cette enquête qu’au moment de s’asseoir en cours. Le fait de n’interroger que des élèves majeurs « afin d’éviter le consentement des parents »… (précision des organisateurs dans leur demande à la CNIL) entre dans cette préoccupation d’aller vite et sans faire de vagues.Pourtant au moins 2 lycées ont refusé de participer, comme le Lycée Jean Jaurès de Reims, les promoteurs de l’enquête n’ayant pas satisfait à la requête du proviseur « 1) d’être présent et de permettre la présence de professeurs lors de la présentation de l’enquête afin que l’information des étudiants soit complète, 2) de ne pas autoriser l’enquête si je n’avais pas antérieurement communication de l’intégralité du questionnaire et des documents d’accompagnement. ». D
ans un autre lycée, il fut prétendu qu’il s’agissait d’étudier «l’effet de l’absorption de substances psycho-actives sur
l’ADN» et non pas de déterminer par l’ADN telle ou telle déviance (site du journal le chat noir
). Le fait que la CNIL n’ait pas formulé d’objection ne démontre
pas que l’enquête soit réellement conforme aux « libertés » tant la CNIL, submergée et pauvre en capacité de réaction , ne s’oppose que rarement aux projets qui lui sont soumis depuis
quelques années… Il reste que la conception de l’anonymat par l’inserm est plutôt laxiste puisque cette exigence serait remplie par le seul fait que « les personnes de votre entourage
n’auront jamais connaissance de vos réponses »…
De quel droit se réclament alors ceux qui en auront connaissance ? On imagine que c’est du droit classiquement
accordé au médecin d’interroger l’intimité de son patient mais ce droit vaut-il encore quand la cohorte se substitue au colloque singulier ? De plus l’enquête porte aussi sur les
comportements addictifs des parents, de même que sur leur origine ethnique , toutes informations livrées à leur insu par leurs propres enfants (exemple : « Est-ce que votre père (mère)
a déjà négligé ses obligations, sa famille, son travail sur plus de deux jours d’affilés parce qu’il (elle) buvait »…).
Au-delà de ces conditions douteuses de réalisation, le problème de fond que révèle ce type de recherche, c’est le refus
des marges sociales habitées par les « addicts » (rappelons qu’addiction est un terme anglais) et aussi la croyance en l’irruption prochaine d’une médecine bienveillante quoi que
normalisatrice. Pourquoi l’inserm a t-il besoin d’une unité de recherche consacrée à la génétique des comportements addictifs ? Imagine t-on le tollé si quelqu’un prétendait cerner la
génétique des capacités intellectuelles ou la génétique des déviances sexuelles ?
Chacun conviendrait alors qu’on ouvre la porte à la diabolisation si ce n’est à l’eugénisme (L'eugénisme médical aujourd'hui et demain). Bien sûr, le comportement d’addiction n’est pas souhaitable mais ce que frôle cette cible
c’est aussi les propensions pour l’addiction à des personnes (la passion) ou à des idées (le militantisme)…Malgré les délires de nombreux scientifiques qui en tiennent pour le déterminisme
génétique, une thèse chère au président Sarkosy ( par exemple pour la pédophilie, cette criminelle « addiction » aux charmes infantiles…) , la recherche de facteurs génétiques
expliquant les comportements se heurte à la logique comme à l’éthique. Chacun (y compris le Dr Gorwood) convient de l’importance des facteurs environnementaux dans la construction de la personne
physique et psychologique , c’est pourquoi il paraîtrait judicieux de mieux doter la recherche en psychologie, sociologie, anthropologie plutôt que courir chèrement derrière des gènes dont on
ignore absolument comment les corriger.
Par JT le samedi 8 novembre 2008, - Lien permanent
http://jacques.testart.free.fr/index.php?post/texte787