3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 19:19
L'Express 03/07/2010

"Laurent Terzieff vivait dans une autre dimension: le théâtre"

"Laurent Terzieff vivait dans une autre dimension: le théâtre"

Laurent Terzieff, sur scène dans Philoctéte, son dernier rôle

Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express, rend hommage au comédien décédé vendredi soir.

C'était dans L'Habilleur, de Ronald Harwood, son dernier rôle au théâtre privé. Avant de mourir, épuisé de scène et de vie, dans sa loge, son personnage soulevait à bout de bras sa partenaire, dans un mouvement digne d'un colosse. Et l'on se demandait, à voir sa silhouette malingre vrillée dans l'effort, où Laurent Terzieff pouvait puiser la force nécessaire à son jeu. Mais Terzieff vivait dans cette autre dimension, qu'on appelle théâtre, où même les lois de la physique obéissent aux acteurs inspirés.


De ce corps christique, médiéval et reptilien, sortait une voix à nulle autre pareille, comme si l'on avait sur un même instrument rassemblé une contrebasse, un violoncelle, un crin-crin slave et une flûte grecque. Tout son art de comédien s'enroulait autour de cette voix. Terzieff aimait se ployer et se torturer, broyer ses longues mains l'une dans l'autre et crisper son visage, le chiffonner comme une gargouille, comme un supplicié, et devenir ainsi un cep d'os et de chair. Mais un cep habité par cette voix et animé de deux yeux incandescents. Il fallait voir Terzieff en scène pour comprendre ce que "regard perçant" veut dire.


Schisgal, Friel, Mrozek, Saunders, ainsi que Shakespeare ou Eliot... Les auteurs fétiches de Terzieff venaient de l'Est, du monde anglo-saxon, des steppes ou des brumes. Il fut néanmoins un formidable interprète de Pirandello, et d'abord un immense Henri IV. Parce que les brumes et les steppes de l'âme trouvaient aussi en lui une résonance exceptionnelle.


Pirandello ou Shakespeare lui offraient aussi la double dimension du théâtre dans le théâtre, comme un creuset pour unir son mysticisme intime et le permanent sacrilège qu'est le théâtre. Laurent Terzieff faisait partie de cette mince tribu des comédiens dont la vie est fondue avec l'art. Rien n'existait en ses jours qui ne fût théâtre, rien ne le touchait qui ne forgeât un peu plus en lui son sens de la scène. Une troupe, un texte, quelques haillons et un peu de lumière: voilà qui suffisait à cet homme se nourrissant d'olives et d'un peu de pain, pour enflammer en lui sa foi théâtrale et, en nous, le bonheur d'être spectateur. Source

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  http://www.internationalnews.fr/article-laurent-terzieff-nous-a-quittes-53379384.html

 

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