10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 15:55

Internationalnews


 

Par Jacques R. Pauwels

La Grande Guerre 14 -18, le résultat d’un incident à Sarajevo ?

 

Pas du tout, selon l’historien Jacques Pauwels, auteur du livre « 14-18 La grande guerre des classes ». Il y explique cette confrontation mondiale comme le résultat d’une guerre horizontale entre classes sociales.

 

Dans son livre « 14-18 La grande guerre des classes », il explique cette confrontation mondiale comme le résultat d’une guerre horizontale entre classes sociales.

 

« Les gens de biens contre les gens de rien » ou bien comment, pendant les décennies de la Belle Epoque, les élites des deux côtés ont préparé cette revanche contre le peuple. Comment elles préféraient la guerre à la révolution qu’elles redoutaient tant.

 

 

 

Par le même auteur:

http://www.internationalnews.fr/article-jacques-pauwels-la-guerre-de-14-18-le-resultat-d-un-incident-a-sarajevo-pas-du-tout-125205472.html

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 15:52

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Par Han SOETE, Nick DOBBELAERE et Jacques R. PAUWELS

Les causes de la Première Guerre mondiale étaient-elles l'attentat de l'archiduc d'Autriche ? Ou de nobles motivations de paix, de démocratie et de liberté ? Non, répond l'auteur et historien Jacques Pauwels. Depuis longtemps, les grandes puissances mondiales la voulaient, cette guerre. Pour s'approprier des colonies et pour en finir une fois pour toutes avec les idées révolutionnaires qui gagnaient de plus en plus toute l'Europe.


«  En général, on explique la Grande Guerre comme ceci : un coup de tonnerre dans un ciel bleu. On prétend que personne ne l’avait vue venir, que personne ne l’avait voulue... En réalité, les nuages de la guerre s’accumulaient depuis vingt ans. Une guerre était nécessaire. Et les élites politiques de l’Europe la voulaient, car elles estimaient qu’une guerre allait réaliser pour elles des choses fantastiques... »


Voilà des années que Jacques Pauwels est plongé jusqu’au cou dans l’histoire des révolutions et des guerres. Il a déjà publié de nombreux ouvrages sur le sujet. Aux éditions EPO vient de paraître, en néerlandais, son livre De Groote Klassenoorlog. 1914-1918 (« 1914-1918, la Grande Guerre des classes », qui sortira en français le 20 septembre, aux éditions Aden ; il sera donc en vente à ManiFiesta), un ouvrage incontournable sur la Première Guerre mondiale. Il voit deux causes principales à cette guerre : d’un côté, l’impérialisme ; ensuite, la peur de la révolution.


« Les grandes puissances industrielles, les grandes banques et les grandes entreprises voulaient de nouvelles colonies – ou des semi-colonies sur lesquelles elles auraient exercé un contrôle indirect pour leurs matières premières, leur main-d’œuvre bon marché et leurs possibilités d’investissement. Ici réside certainement l’une des principales raisons de la guerre. »

Explications.


Replongeons-nous au début du 20e siècle. Le monde n’avait-il pas déjà été partagé ?


Jacques R. Pauwels. Pas tout à fait. La Chine, par exemple, un immense pays faible avec un énorme marché de débouchés, était encore totalement ouverte.


De plus, tous les pays n’étaient pas satisfaits de leur part. Sur le plan des colonies, l’Allemagne était le parent pauvre. Elle pensait pouvoir phagocyter la Belgique. La Grande-Bretagne était d’ailleurs prête à signer un accord à ce propos. Il ne fallait pas nécessairement en arriver à une guerre. La concurrence entre les pays impérialistes pouvait également être résolue par des accords mutuels. Parmi l’élite anglaise, il existait un groupe assez important qui aurait préféré collaborer avec l’Allemagne plutôt qu’avec la France. Pour satisfaire les Allemands, ces gens étaient prêts à céder le Congo belge à l’Allemagne.


Il est donc normal que la Belgique ait été impliquée dans cette guerre, puisque la Belgique était également un pays impérialiste.


Vous parlez également d’impérialisme social...


Jacques R. Pauwels. En effet. En acquérant des colonies, les pays pouvaient se débarrasser de leurs citoyens « gênants » : les classes inférieures qui, aux yeux de l’élite, étaient surpeuplées.


Les gens trop pauvres, on pouvait s’en débarrasser en les envoyant dans ces colonies. L’impérialisme était donc aussi une manière de résoudre les problèmes sociaux. Les pauvres pouvaient faire carrière dans ces colonies. De la sorte, ils se muaient en patriotes, au lieu de rester des emmerdeurs. En les laissant intervenir de façon agressive dans les colonies, ils ne posaient plus le moindre problème dans la métropole.


Il y avait, par exemple, pas mal de fils de fermiers sans travail, et ce, du fait que l’agriculture devenait trop productive. Ces gars, on pouvait les envoyer au Congo comme missionnaires. On a expédié là-bas une vingtaine de missionnaires de chaque bled agricole flamand. On leur a collé un uniforme sur le dos et, dès lors, ils ont pu aller jouer au patron chez les noirs.


Vous dites que l’enjeu, c’étaient les colonies. Pourquoi, dans ce cas, n’ont-ils pas mené la lutte dans les colonies mêmes ?


Jacques R. Pauwels. Cela a abouti à une guerre mondiale parce qu’il s’agissait de possessions impérialistes, mais cette guerre se déroula en Europe, parce que les pays impérialistes étaient principalement des pays européens. À deux exceptions près : les États-Unis et le Japon, qui ont pu se permettre de ne pas intervenir directement. D’autres pays ont un peu attendu – comme l’Italie et la Bulgarie, mais ils y sont finalement allés quand ils ont compris qu’il y avait quelque chose à gagner dans l’aventure.


Les pays qui n’étaient pas directement concernés n’auraient-ils pas mieux fait de rester neutres ?


Jacques R. Pauwels. Se confiner dans la neutralité n’était pas sans danger non plus. Pourquoi les États-Unis sont-ils entrés dans la guerre ? Pas pour sauver la démocratie ou une histoire du genre ; ça, c’est de la foutaise. En tant que pays impérialiste, ils guettaient une occasion pour s’étendre et la Chine se trouvait sur la liste de leurs desiderata. Non pas qu’ils aient voulu coloniser la Chine, mais ils voulaient y pénétrer sur le plan économique : il y avait des marchés de débouchés, des possibilités d’investissement, des contrats intéressants dans la construction des chemins de fer...


Mais d’autres pays lorgnaient aussi la Chine, comme le Japon, par exemple. L’Allemagne et la France y avaient déjà des concessions, des mini-colonies. Le Japon, le grand concurrent des États-Unis, a déclaré la guerre à l’Allemagne sur un prétexte et ce qu’il a fait tout de suite, ç’a été de rafler en Chine ce morceau qui était à l’Allemagne. Ça n’a pas plu aux Américains. Les États-Unis devaient intervenir, car, s’ils restaient neutres, ils allaient se retrouver les mains vides à la fin de la guerre.


C’était comme une loterie : celui qui ne jouait pas ne pouvait pas gagner. En février 1917, en France, le président du Conseil (chef du gouvernement à l’époque, NDLR) avait déclaré que seuls les pays engagés dans la guerre auraient leur mot à dire dans le repartage du monde après la guerre. D’après moi, il y a un rapport entre cette déclaration et le fait que les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Allemagne en avril de la même année. Les gagnants de la guerre avaient l’intention de se récompenser eux-mêmes, les perdants allaient perdre, mais les neutres ne recevraient rien. Au contraire, même, car ceux qui restaient neutres pouvaient être sanctionnés parce qu’ils n’étaient pas dans le camp des vainqueurs.


Comment cela ?


Jacques R. Pauwels. Prenons le Portugal. En 1916, les Portugais eux aussi ont déclaré la guerre à l’Allemagne. Pas parce qu’ils croyaient devoir y être quand les prix seraient distribués à la fin de la guerre, mais parce qu’ils estimaient qu’ils allaient devoir payer le prix de leur neutralité s’ils n’y allaient pas. Ils savaient que, déjà avant la guerre, les Britanniques avaient proposé les colonies portugaises à l’Allemagne. Les Portugais s’étaient donc dit qu’ils allaient perdre leurs colonies s’ils restaient neutres. Le Portugais avait donc une peur bleue, en restant neutre, de tout perdre. Et qu’a-t-il fait ? Il a déclaré la guerre à l’Allemagne. Au grand dam des Britanniques. Le Portugal avait-il quelque chose contre l’Allemagne ? Non, absolument rien. Mais, pour ces raisons impérialistes, il ne pouvait se permettre de se cantonner dans sa neutralité.


On dit toujours que les Britanniques sont partis en guerre parce que la souveraineté belge avait été violée par les Allemands. Mais ce n’était sans doute pas la vraie raison ?


Jacques R. Pauwels. Non. Ils avaient tout simplement besoin d’une excuse, car la Grande-Bretagne voulait de toute façon la guerre avec l’Allemagne. En secret, elle avait déjà conclu un accord avec la France, obligeant l’armée britannique à venir en aide aux Français.


La Grande-Bretagne avait besoin d’une excuse, car elle voulait de toute façon la guerre avec l’Allemagne.


Pourquoi les Britanniques avaient-ils conclu ce marché avec les Français ? Parce qu’ils voulaient la guerre avec l’Allemagne et qu’ils savaient que l’Allemagne était l’ennemie de toujours de la France. Les Britanniques et les Français n’avaient jamais été amis. Ils le sont devenus parce qu’ils avaient un ennemi commun.


Pourquoi la Grande-Bretagne voulait-elle la guerre avec l’Allemagne ?


Jacques R. Pauwels. La puissance politique et économique de la Grande-Bretagne s’appuyait sur le contrôle des sept brtroops mesopotamiamers. Britannia rules the waves. La Grande-Bretagne règne sur les mers. La flotte britannique devait rester aussi importante que toutes les autres flottes ensemble, afin de pouvoir dominer n’importe qui. Mais, fin du 19e siècle, début du 20e, les Allemands se mirent eux aussi à construire des navires. Il s’agissait de navires modernes qui ne naviguaient plus au charbon, mais au pétrole. La Grande-Bretagne avait du charbon, mais pas de pétrole. Elle devait donc acheter ce pétrole aux États-Unis, à la Standard Oil. Mais, en tant que grande puissance, la Grande-Bretagne n’aimait pas dépendre des États-Unis, parce qu’ils étaient de grands rivaux, et même des ennemis.


Et cela servit les Britanniques que l’Allemagne envahisse la Belgique.


La Grande-Bretagne voulait une source indépendante de pétrole et elle s’est donc mise à chercher. D’abord du côté de la Perse, l’actuel Iran, où les Britanniques avaient conclu un marché avec les Russes pour se partager le pétrole. Du pétrole a ensuite également été découvert en grande quantité en Mésopotamie, l’actuel Irak, qui faisait partie de l’Empire ottoman, à l’époque l’homme malade de l’Europe. Déjà avant la guerre, les Britanniques avaient raflé une partie de ce pays et l’avaient appelée le Koweït. Les Britanniques y avaient installé un émir, qui était leur ami, sur le trône. Pas un démocrate, mais bien disposé à jouer le jeu.


Un peu plus tard, on trouva également du pétrole près de la ville de Mossoul : la Mésopotamie devint clairement l’objet de désir des Britanniques. Mais elle appartenait aux Ottomans. Et Mossoul se trouvait plus loin à l’intérieur des terres, il était difficile de s’en emparer. Mais que découvrirent alors les Britanniques ? Que l’Empire ottoman et l’Allemagne avaient un projet commun de construction d’une voie ferrée reliant Bagdad à Berlin. Les Allemands avaient donc l’intention d’acheminer ce pétrole de la Mésopotamie vers leur propre marine de guerre. Et cela, les Britanniques devaient l’empêcher coûte que coûte. Comment ? Par une guerre. Quand la guerre éclata, l’armée anglo-indienne, qui se trouvait déjà dans les parages, débarqua immédiatement en Mésopotamie.


Cela dit, l’armée britannique en Europe était trop faible pour combattre l’armée allemande. La Grande-Bretagne a donc eu besoin d’alliés. La France et la Russie, elles aussi ennemies de l’Allemagne, avaient des armées énormes. Et c’est ainsi qu’on en arriva à un accord militaire avec la France.


Voulez-vous dire qu’il ne manquait, en réalité, plus que l’occasion de partir effectivement en guerre contre l’Allemagne ?


Jacques R. Pauwels. Exactement ! Et cela servit les Britanniques que l’Allemagne envahisse la Belgique. Ils ont prétendu que la violation de la neutralité de la Belgique était un gros problème. Pourtant, lorsque les Japonais ont attaqué la concession allemande en Chine, les Britanniques sont allés aider les Japonais, et ce sans demander non plus à la Chine s’ils pouvaient la traverser. C’était également une violation. Ce que les Allemands avaient fait en Belgique, les Britanniques l’avaient fait eux-mêmes en Chine. L’idée que les Britanniques sont partis en guerre pour protéger la Belgique, c’était une grande fiction. Une excuse.


Dans votre livre, vous montrez qu’à côté du partage du monde, il y avait une seconde raison à la guerre : c’était une occasion de freiner le mouvement social.


Jacques R. Pauwels. En effet. L’impérialisme est un système qui fonctionne au profit des grands acteurs du système capitaliste : les banques et les grandes entreprises, ceux qui ont besoin des matières premières, des marchés, qui, sur le plan international, sont actifs dans le secteur minier, dans la construction des chemins de fer... Ces gens avaient des problèmes avec leurs travailleurs.


Mais même si cela n’aboutissait pas à une révolution, même si les socialistes devaient simplement gagner les élections et on s’en approchait –, l’élite craignait que tout ne change.


Ces travailleurs se sont mis à réclamer de meilleures conditions de travail, ils ont créé des syndicats, ils avaient leurs propres partis, ils voulaient des salaires plus élevés, plus de démocratie, le droit de vote... Ce mouvement social était une épine dans le pied pour les capitalistes. Les partis socialistes obtenaient aussi de plus en plus de voix. « Où cela va-t-il s’arrêter ? », pensait l’élite qui, manifestement, avait peur d’une révolution.


Mais même si cela n’aboutissait pas à une révolution, même si les socialistes devaient simplement gagner les élections et on s’en approchait, l’élite craignait que tout ne change. Il fallait mettre un terme à cela, faire régresser cette démocratisation.


Que pouvait-on faire contre cela ? Primo : les éléments les plus gênants furent déportés aux colonies. Cet impérialisme social résolut déjà une partie du problème. Le Britannique Cecil Rhodes dit que l’impérialisme était nécessaire pour éviter une guerre civile.


Mais on ne pouvait déporter tout le monde. Vers les années 1900 régnait parmi l’élite une « peur de la masse », la masse dangereuse qui connaissait une montée irrésistible. Pour endiguer ce danger, la guerre était une solution. L’élite voulait revenir au temps des seigneurs qui commandaient, et des esclaves qui obéissaient. Inconditionnellement. Le but était d’anéantir les idées révolutionnaires. Le retour en arrière. Précisément le genre de situation que l’on a dans l’armée : pas de discussion, pas de démocratie et un bel uniforme pour tout le monde. On voulait militariser la société. Il fallait donc une guerre. Et le plus tôt serait le mieux.


On était pressé ?


Jacques R. Pauwels. Tous les partis pensaient à ce moment qu’ils ne pouvaient pas perdre. Les Français, les Britanniques et les Russes avaient une alliance, la Triple Entente. Ils pensaient qu’ensemble, ils étaient invincibles. Les Allemands avaient l’Autriche-Hongrie dans leur camp, leurs généraux de génie et une industrie énorme derrière eux qui pouvait fabriquer les meilleurs canons.


Cet attentat à Sarajevo n’a pas été la raison de la guerre, c’était le prétexte pour enfin s’y lancer.


Plus encore : en attendant trop longtemps, il se pouvait que, quelque part, les socialistes remportent les élections, et là, l’élite craignait la révolution. Les Britanniques et les Français, par exemple, ne pouvaient pas attendre trop longtemps, car ils craignaient qu’en Russie la révolution n’éclate. Dans ce cas, ils auraient perdu cet allié et n’auraient certainement plus pu être victorieux.


À un moment donné, on ne put plus attendre. Cet attentat à Sarajevo n’a pas été la raison de la guerre, c’était le prétexte pour enfin s’y lancer. Tout comme la violation de la neutralité belge n’avait pas été une raison de partir en guerre contre l’Allemagne. Ils avaient besoin d’un prétexte.


La guerre avait des causes géostratégiques et servait des intérêts nationaux. Mais c’est cruel d’envoyer des millions de gens à la mort pour ça, non ?


Jacques R. Pauwels. Oui, c’est cynique et particulièrement cruel. Mais, au début du 19e siècle, c’était la pensée social-darwinienne, qui prévalait. L’élite estimait qu’elle se trouvait tout en haut de l’échelle sociale, qu’elle était composée des meilleurs une fois pour toutes. Ils rationalisaient toute cette violence et tous ces morts : il y avait trop de monde et une guerre tomberait à point pour faire un peu de nettoyage, pour élaguer les classes inférieures.


C’est une erreur de penser que ces généraux étaient des sadiques. C’étaient des gens très normaux qui appliquaient ce qui, à l’époque, était une pensée commune, à savoir qu’il y avait une hiérarchie parmi les gens et qu’eux étaient tout en haut et que ceux d’en bas étaient gênants et dangereux et, en outre, bien trop nombreux. L’élite estimait qu’elle avait le droit de contrôler les autres. Et cela valait aussi pour l’élite belge ! Car ne l’oubliez pas : ce que les Belges ont fait au Congo est bien plus grave que ce que les Allemands ont fait en Belgique. Mais la Belgique martyre, c’est un beau thème pour nos manuels d’histoire...


Quand on voit les choses de la sorte, on comprend pourquoi ces généraux envoyaient des centaines de milliers d’hommes à la mort. Non pas parce qu’ils étaient des gens cruels, mais parce qu’ils étaient convaincus de bien agir.

 



L’écrivain français Anatole France a dit à l’époque :


« Nous croyons mourir pour la patrie, mais nous mourons pour les industriels. »


Jacques R. Pauwels.

On a convaincu les gens que c’était quelque chose de noble que de mourir pour la patrie. Le curé le disait, le bourgmestre le disait. Et les gens le gobaient.


Le curé et le bourgmestre n’étaient pas les seuls à le dire. Les partis socialistes eux aussi l’ont dit, juste avant la guerre.


Jacques R. Pauwels.

C’est en effet pourquoi tant sont partis à la guerre avec enthousiasme : parce que les socialistes le disaient aussi. Sauf dans quelques pays comme l’Italie. C’est d’ailleurs pour ça que les Italiens étaient moins enthousiastes vis-à-vis de la guerre.


Pourquoi les socialistes ont-ils viré de bord ?


Jacques R. Pauwels.

Jusqu’en 1914, la plupart des socialistes étaient encore révolutionnaires en théorie, mais plus dans la pratique. Ils avaient travaillé au sein du système à des améliorations et à des réformes : il y avait un peu plus de démocratie, on avait élargi le droit de vote, les semaines de travail étaient moins longues... Progressivement, les socialistes estimèrent que les choses commençaient à aller mieux. Avec les bienfaits du colonialisme – faire travailler les noirs –, les travailleurs d’ici pouvaient être un peu mieux payés. De nombreux socialistes y voyaient donc un avantage. C’est ainsi que naquit ce que Lénine a appelé l’aristocratie ouvrière. Pour les simples travailleurs, les choses allaient mieux. « Faut-il encore faire la révolution ? », pensaient de nombreux socialistes. « Les choses vont plutôt bien comme cela, non ? »


Les dirigeants socialistes sont devenus de plus en plus bourgeois, ils faisaient partie du système. Le 21 juillet, ils ont pu aller serrer les mains au château...


Attention, tous n’étaient pas ainsi ! En Allemagne, il y avait des social-démocrates restés farouchement hostiles à la guerre, tout comme Lénine en Russie. Mais la majorité s’était assez embourgeoisée. Le sociologue allemand Robert Michels a étudié le SPD allemand à partir du début du XIXe siècle. La conclusion, c’est qu’une hiérarchie bourgeoise s’était développée au sein du parti ouvrier allemand. À terme, la direction du parti aurait eu bien trop à perdre avec une révolution. Ils voulaient ne pas perdre les bonnes choses qu’ils avaient obtenues. Finalement, ils se sont rangés du côté de la guerre.


Juste avant la guerre, les socialistes allemands s’étaient – réunis avec le socialiste français Jaurès, entre autres, pour se prononcer contre la guerre. Mais le lendemain, ils ont finalement tout de même approuvé les crédits de guerre.

Toute votre histoire d’impérialisme et de crainte de la révolution n’est pas mentionnée, pour ne pas dire pas du tout, dans les commémorations de la Première Guerre mondiale. N’est-ce pas bizarre ?


Jacques R. Pauwels.

Eh oui ! Pourquoi les quotidiens De Standaard et De Morgen ne m’ont-ils pas encore téléphoné pour une interview ? Ils ont d’autres choses à raconter aux gens, à savoir que ce fut une guerre pour la liberté, le droit et la démocratie. Qui aujourd’hui voudrait entendre que les Américains sont partis en guerre pour des objectifs impérialistes ? Qui ne préférerait pas de loin apprendre que c’était pour défendre la démocratie ? C’est ce qu’ils disent encore aujourd’hui. Mon récit ne colle pas dans le cadre actuel.


Mon regard sur l’histoire va à contre-courant. Mais les gens qui lisent mon livre estiment que c’est pourtant une façon de comprendre l’histoire. Si l’on examine l’histoire de cette façon, on commence à se poser des questions sur les guerres d’aujourd’hui. Et à se dire que nos dirigeants nous racontent généralement des mensonges. Et qu’ils disent même le contraire de ce qu’ils pensent réellement. La contre-révolution est appelée révolution, l’attaque est appelée défense. Nous vivons des temps orwelliens.


Mon récit ne colle pas dans le cadre actuel. Mon regard sur l’histoire va à contre-courant. Si l’on examine l’histoire de cette façon, on commence aussi à se poser des questions sur les guerres d’aujourd’hui.


Pour comprendre la Première Guerre mondiale, il nous faut comprendre le 19e siècle. La Première Guerre mondiale est la fille du XIXe siècle. Et le XIXe siècle lui-même est le fils de la Révolution française. Et la Première Guerre mondiale est la mère du XXe siècle.


Et cette guerre mondiale a déclenché une révolution qui, à son tour, a déclenché une révolution mondiale, car j’explique comment, via la révolution russe, la guerre a également eu une influence en Chine, en Inde, et plus loin.


Dernièrement, j’étais dans l’extrême sud du Chili, en Patagonie. Là-bas, en 1918, des grèves et des révoltes ont éclaté. Une mini-révolution qui a manifestement été inspirée par la révolution bolchévique. Cette révolution a été écrasée, mais pour en réduire le creuset, des concessions ont été faites. Le Chili a été le premier pays avec un État providence. Et la raison, c’était cela. Mais ce genre de choses, on ne les lira nulle part.


Ici, à l’occasion des commémorations, on ne nous parle que du Westhoek, de l’Yser, d’Ypres [ou de Thimister Clémont et du Fort de Loncin en région liégeoise, NDLR] et puis encore un peu de ce qui s’est passé de l’autre côté de la frontière, à Verdun et dans la Somme. Pourtant, ce fut une guerre mondiale !


  

Articles liés:

14-18 : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels » (video) Michel Collon 

 

Les croix de bois, film sur la 1ère guerre mondiale (1931, bande-annonce et extraits)

 

La chanson de craonne (1917) par marc ogeret

 

1914-1918 la première guerre moderne (film documentaire, 90')

 

Le livre de Jacques R. Pauwels sera de nouveau disponible mi-novembre 2014 aux Editions Aden.

En attendant la parution, on peut écouter sa présentation par Jacques Pauwels sur Radio Campus Li


http://www.internationalnews.fr/article-les-causes-de-la-premiere-guerre-mondiale-le-partage-du-monde-et-la-peur-du-mouvement-social-125000587.htmllle.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 13:15

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Geopolis 18/04/2014

Par Laurent Ribadeau Dumas

 

Gabriel Garcia Marquez et Fidel Castro à La Havane en mars 2000

 

L’écrivain colombien Gabriel Marcia Marquez est mort à l’âge de 87 ans le 17 avril 2014 à Mexico. Ancien journaliste, le prix Nobel de littérature 1982 cultivait des relations dans les milieux politiques. A commencer par une amitié plus que cinquantenaire avec le leader de la révolution cubaine, Fidel Castro. Une amitié qui lui avait valu de cinglantes critiques.


«Sa dévotion pour les mots. Son pouvoir de séduction», écrivait en 2009 Gabriel Marcia Marques à propos de Fidel Castro dans un texte publié par le site cubain cubadebate. L’écrivain avait aussi qualifié le Lider Maximo, son aîné de sept mois, d’«homme d’une bonté d’enfant et d’un talent cosmique». De son côté, «Fidel» n’était pas en reste dans la louange. Il qualifiait l’écrivain de son seul vrai ami, selon The Economist.

Les deux hommes s’étaient connus aux premiers jours de la Révolution, en janvier 1959, quand «Gabo» était venu à Cuba en journaliste couvrir l'arrivée au pouvoir des «barbudos» (barbus) du «Commandante Castro». Par la suite, Gabriel Garcia Marquez avait participé à la création de l'agence de presse Prensa Latina à l'été 1959.

 

En 1986, il avait également contribué à la Fondation du nouveau cinéma latino-américain et de l'Ecole internationale de cinéma de San Antonio de los Baños, à 30 km au sud-ouest de La Havane, qui continue de former des générations de cinéastes. La dernière apparition publique du romancier à Cuba remonte d’ailleurs à décembre 2010, quand il avait participé au 32e festival de cinéma de la Havane.
 
«L’écrivain était un partisan précoce de la révolution cubaine. Mais son amitié pour Castro s’est nourrie de l’admiration de ce dernier pour ses romans», pense The Economist. A tel point quil se raconte que Marquez ne publiait pas un livre sans avoir au préalable montré son manuscrit au dirigeant cubain.

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Gabriel Garcia Marquez et Fidel Castro avec le réalisateur argentin Fernando Birri lors de l'inauguration de l'Ecole internationale de cinéma de San Antonio de los Baño,en décembre 1986 


«Des centaines de conversations»


«Notre amitié est le fruit d'une relation cultivée durant des dizaines d'années, formée de centaines de conversations, toujours très agréables pour moi», racontait Fidel Castro en 2008. De son côté, Gabo expliquait en 1981 que cette amitié était «intellectuelle». «Quand nous étions jeunes, nous parlions de littérature», ajoutait-il. 
 
«Quand il est fatigué de parler, il se repose en parlant», se souvenait l'écrivain qui recevait souvent les visites nocturnes de Fidel. Au cours de l’une de ces nuits, se rappelait Gabo en 1988, il avait demandé au «Commandante», ce qu'il aimerait le plus faire dans ce monde. Réponse du tac au tac de Fidel Castro, écrasé de responsabilité et plus isolé que jamais au sommet de sa puissance : «rester dans mon coin».
 
Leur «amitié intellectuelle» n’empêchait pas les deux hommes d’apprécier les plaisirs très terrestres… Il se murmure qu’en 1982, pour la remise du Nobel, Fidel avait envoyé à Stockholm 1500 bouteilles de rhum cubain. Il lui avait aussi offert une belle résidence à La Havane dans lequel l’écrivain séjournait souvent.

Leurs relations très proches n’empêchaient pas des désaccords entre les deux hommes qui aimaient à se qualifier eux-mêmes de «démesurés» et d’«exagérés».

Critiques de ses pairs


Pourfendeur des dictatures et des régimes autoritaires de droite d'Amérique latine, Gabriel Garcia Marquez est toujours resté fidèle à cette amitié. Au risque de s'attirer des critiques cinglantes de ses pairs. L'écrivain cubain Reinaldo Arenas l'avait ainsi sévèrement épinglé dans ses mémoires (Avant la nuit) en dénonçant sa présence aux côtés de Fidel Castro lors de discours enflammés du Lider Maximo contre les anti-castristes. En 2012, Arenas lui avait méchamment demandé, jouant sur les mots, dans des propos rapportés par le journal espagnol El Mundo : «esbirro o es burro ?» («Tu es un sbire ou un âne ?»). 
 

 

Un ancien ami et également prix Nobel de littérature, le Péruvien Mario Vargas Llosa, l'avait traité d’un lapidaire «lacayo» («courtisan») pour son silence lors du «printemps noir» de 2003. Une période qui avait vu la condamnation à de lourdes peines de prison de 75 opposants du régime castriste.

Emissaire de Castro


Au final, «cette amitié a permis à M. Castro de gagner à sa cause un ambassadeur de renommée internationale. De son côté, (le romancier colombien), qui n’a jamais caché sa fascination pour le pouvoir (…), trouvait en M. Castro l’incarnation vivante d’un pouvoir presque absolu – et une occasion d’exercer son influence politique en coulisse», analyse (avec cruauté ?) The Economist. Eternel problème de l’amitié entre un artiste et un homme politique…

 

Toujours fidèle supporter de la Révolution cubaine, Gabriel Garcia Marquez avait été l'émissaire spécial du Lider Maximo auprès du président américain Bill Clinton. Il avait déjà participé en 1994 au règlement de la crise des «balseros», ces Cubains qui s'élançaient par milliers sur des embarcations de fortune pour gagner les Etats-Unis, en favorisant un accord d'émigration entre La Havane et Washington. En 1997, Gabo avait présenté à Bill Clinton, qui lui avait affirmé que Cent ans de Solitude était son roman favori, un message de Fidel Castro. Lequel proposait aux Etats-Unis de coopérer en matière de lutte contre le terrorisme.

La coopération américano-cubaine fut éphémère. Cela n’a pas empêché les Américains de se servir des informations transmises par les Cubains sur les plans des anti-castristes contre La Havane. Ils en ont ainsi profité pour arrêter en septembre 1998 le réseau d'agents cubains opérant clandestinement en Floride.

Le romancier Gabriel Garcia Marquez parle de Fidel Castro, l'un de ses lecteurs assidus

 

Lire aussi:

L'écrivain Gabriel Garcia Marquez est mort | ARTE Info

 

Photo: Cubadebate

 

http://www.internationalnews.fr/article-gabriel-garcia-marquez-un-ami-intime-de-fidel-castro-video-123371294.html

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 13:24

Internationalnews

11 mai 2011 Mise à jour du 27 mai 2013 (vidéo)

 

 voxnr 10 Mai 2013    
Le Qatar, champion du mensonge et de la dissimulation
Interview par Majed Nehmé  

Sans sponsors et en toute indépendance, à contre-courant des livres de commande publiés récemment en France sur le Qatar, Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget* ont enquêté sur ce minuscule État tribal, obscurantiste et richissime qui, à coup de millions de dollars et de fausses promesses de démocratie, veut jouer dans la cour des grands en imposant partout dans le monde sa lecture intégriste du Coran. Un travail rigoureux et passionnant sur cette dictature molle, dont nous parle Jacques-Marie Bourget.

Écrivain et ancien grand reporter dans les plus grands titres de la presse française, Jacques-Marie Bourget a couvert de nombreuses guerres : le Vietnam, le Liban, le Salvador, la guerre du Golfe, la Serbie et le Kosovo, la Palestine… C’est à Ramallah qu’une balle israélienne le blessera grièvement. Grand connaisseur du monde arabe et des milieux occultes, il publiait en septembre dernier avec le photographe Marc Simon, Sabra et Chatila, au cœur du massacre (Éditions Érick Bonnier, voir Afrique Asie d’octobre 2012)

Nicolas Beau a longtemps été journaliste d’investigation à Libération, au Monde et au Canard Enchainé avant de fonder et diriger le site d’information satirique français, Bakchich. info. Il a notamment écrit des livres d’enquêtes sur le Maroc et la Tunisie et sur Bernard-Henri Lévy.

Qu’est-ce qui vous a amenés à consacrer un livre au Qatar ?

Le hasard puis la nécessité. J’ai plusieurs fois visité ce pays et en suis revenu frappé par la vacuité qui se dégage à Doha. L’on y a l’impression de séjourner dans un pays virtuel, une sorte de console vidéo planétaire. Il devenait intéressant de comprendre comment un État aussi minuscule et artificiel pouvait prendre, grâce aux dollars et à la religion, une telle place dans l’histoire que nous vivons.
D’autre part, à l’autre bout de la chaîne, l’enquête dans les banlieues françaises faite par mon coauteur Nicolas Beau nous a immédiatement convaincus qu’il y avait une stratégie de la part du Qatar enfin de maîtriser l’islam aussi bien en France que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique.
D’imposer sa lecture du Coran qui est le wahhabisme, donc d’essence salafiste, une interprétation intégriste des écrits du Prophète. Cette sous-traitance de l’enseignement religieux des musulmans de France à des imams adoubés par le Qatar nous a semblé incompatible avec l’idée et les principes de la République. Imaginez que le Vatican, devenant soudain producteur de gaz, profite de ses milliards pour figer le monde catholique dans les idées intégristes de Monseigneur Lefebvre, celles des groupuscules intégristes qui manifestent violement en France contre le « mariage pour tous ». Notre société deviendrait invivable, l’obscurantisme et l’intégrisme sont les meilleurs ennemis de la liberté.

Sur ce petit pays, nous sommes d’abord partis pour publier un dossier dans un magazine. Mais nous avons vite changé de format pour passer à celui du livre. Le paradoxe du Qatar, qui prêche la démocratie sans en appliquer une seule once pour son propre compte, nous a crevé les yeux. Notre livre sera certainement qualifié de pamphlet animé par la mauvaise foi, de Qatar bashing… C’est faux. Dans cette entreprise nous n’avons, nous, ni commande, ni amis ou sponsors à satisfaire. Pour mener à bien ce travail, il suffisait de savoir lire et observer. Pour voir le Qatar tel qu’il est : un micro-empire tenu par un potentat, une dictature avec le sourire aux lèvres.

Depuis quelques années, ce petit émirat gazier et pétrolier insignifiant géopolitiquement est devenu, du moins médiatiquement, un acteur politique voulant jouer dans la cour des grands et influer sur le cours de l’Histoire dans le monde musulman. Est-ce la folie des grandeurs ? Où le Qatar sert-il un projet qui le dépasse ?

Il existe une folie des grandeurs. Elle est encouragée par des conseillers et flagorneurs qui ont réussi à convaincre l’émir qu’il est à la fois un tsar et un commandeur des croyants. Mais c’est marginal. L’autre vérité est qu’il faut, par peur de son puissant voisin et ennemi saoudien, que la grenouille se gonfle. Faute d’occuper des centaines de milliers de kilomètres carrés dans le Golfe, le Qatar occupe ailleurs une surface politico-médiatique, un empire en papier. Doha estime que cette expansion est un moyen de protection et de survie.

Enfin il y a la religion. Un profond rêve messianique pousse Doha vers la conquête des âmes et des territoires. Ici, on peut reprendre la comparaison avec le minuscule Vatican, celui du xixe siècle qui envoyait ses missionnaires sur tous les continents. L’émir est convaincu qu’il peut nourrir et faire fructifier une renaissance de la oumma, la communauté des croyants. Cette stratégie a son revers, celui d’un possible crash, l’ambition emportant les rêves du Qatar bien trop loin de la réalité. N’oublions pas aussi que Doha occupe une place vide, celle libérée un temps par l’Arabie Saoudite impliquée dans les attentats du 11-Septembre et contrainte de se faire plus discrète en matière de djihad et de wahhabisme.
Le scandaleux passe-droit dont a bénéficié le Qatar pour adhérer à la Francophonie participe à cet objectif de « wahhabisation » : en Afrique, sponsoriser les institutions qui enseignent la langue française permet de les transformer en écoles islamiques, Voltaire et Hugo étant remplacés par le Coran.

Cette mégalomanie peut-elle se retourner contre l’émir actuel ? Surtout si l’on regarde la brève histoire de cet émirat, créé en 1970 par les Britanniques, rythmée par des coups d’État et des révolutions de palais.

La mégalomanie et l’ambition de l’émir Al-Thani sont, c’est vrai, discrètement critiquées par de « vieux amis » du Qatar. Certains, avançant que le souverain est un roi malade, poussent la montée vers le trône de son fils désigné comme héritier, le prince Tamim. Une fois au pouvoir, le nouveau maître réduirait la voilure, notamment dans le soutien accordé par Doha aux djihadistes, comme c’est le cas en Libye, au Mali et en Syrie. Cette option est même bien vue par des diplomates américains inquiets de cette nouvelle radicalité islamiste dans le monde. Alors, faut-il le rappeler, le Qatar est d’abord un instrument de la politique de Washington avec lequel il est lié par un pacte d’acier.

Cela dit, promouvoir Tamim n’est pas simple puisque l’émir, qui a débarqué son propre père par un coup d’État en 1995, n’a pas annoncé sa retraite. Par ailleurs le premier ministre Jassim, cousin de l’émir, le tout-puissant et richissime « HBJ », n’a pas l’intention de laisser un pouce de son pouvoir. Mieux : en cas de nécessité, les États-Unis sont prêts à sacrifier et l’émir et son fils pour mettre en place un « HBJ » dévoué corps et âme à Washington et à Israël. En dépit de l’opulence affichée, l’émirat n’est pas si stable qu’il y paraît. Sur le plan économique, le Qatar est endetté à des taux « européens » et l’exploitation de gaz de schiste est en rude concurrence, à commencer aux États-Unis.

La présence de la plus grande base américaine en dehors des États-Unis sur le sol qatari peut-elle être considérée comme un contrat d’assurance pour la survie du régime ou au contraire comme une épée de Damoclès fatale à plus ou moins brève échéance ?

La présence de l’immense base Al-Udaï est, dans l’immédiat, une assurance vie pour Doha. L’Amérique a ici un lieu idéal pour surveiller, protéger ou attaquer à son gré dans la région. Protéger l’Arabie Saoudite et Israël, attaquer l’Iran. La Mecque a connu ses révoltes, la dernière réprimée par le capitaine Barril et la logistique française. Mais Doha pourrait connaître à son tour une révolte conduite par des fous d’Allah mécontents de la présence du « grand Satan » en terre wahhabite.

Ce régime, moderne d’apparence, est en réalité fondamentalement tribal et obscurantiste. Pourquoi si peu d’informations sur sa vraie nature ?

Au risque de radoter, il faut que le public sache enfin que le Qatar est le champion du monde du double standard : celui du mensonge et de la dissimulation comme philosophie politique. Par exemple, des avions partent de Doha pour bombarder les taliban en Afghanistan alors que ces mêmes guerriers religieux ont un bureau de coordination installé à Doha, à quelques kilomètres de la base d’où décollent les chasseurs partis pour les tuer. Il en va ainsi dans tous les domaines, et c’est le cas de la politique intérieure de ce petit pays.

Regardons ce qui se passe dans ce coin de désert. Les libertés y sont absentes, on y pratique les châtiments corporels, la lettre de cachet, c’est-à-dire l’incarcération sans motif, est une pratique courante. Le vote n’existe que pour nommer une partie des conseillers municipaux, à ceci près que les associations et partis politiques sont interdits, tout comme la presse indépendante… Une Constitution qui a été élaborée par l’émir et son clan n’est même pas appliquée dans tous ses articles. Le million et demi de travailleurs étrangers engagés au Qatar s’échinent sous le régime de ce que des associations des droits de l’homme qualifient « d’esclavage ». Ces malheureux, privés de leurs passeports et payés une misère, survivent dans les camps détestables sans avoir le droit de quitter le pays. Nombre d’entre eux, accrochés au béton des tours qu’ils construisent, meurent d’accidents cardiaques ou de chutes (plusieurs centaines de victimes par an).

La « justice », à Doha, est directement rendue au palais de l’émir, par l’intermédiaire de juges qui le plus souvent sont des magistrats mercenaires venus du Soudan. Ce sont eux qui ont condamné le poète Al-Ajami à la prison à perpétuité parce qu’il a publié sur Internet une plaisanterie sur Al-Thani ! Observons une indignation à deux vitesses : parce que cet homme de plume n’est pas Soljenitsyne, personne n’a songé à défiler dans Paris pour défendre ce martyr de la liberté. Une anecdote : cette année, parce que son enseignement n’était pas « islamique », un lycée français de Doha a tout simplement été retiré de la liste des institutions gérées par Paris.

Arrêtons là car la situation du droit au Qatar est un attentat permanent aux libertés.

Pourtant, et l’on retombe sur le fameux paradoxe, Doha n’hésite pas, hors de son territoire, à prêcher la démocratie. Mieux, chaque année un forum se tient sur ce thème dans la capitale. Son titre, « New or restaured democracy » alors qu’au Qatar il n’existe de démocratie ni « new » ni « restaured »… Selon le classement de The Economist, justement en matière de démocratie, le Qatar est 136e sur 157e États, classé derrière le Bélarusse. Bizarrement, alors que toutes les bonnes âmes fuient le dictateur moustachu Loukachenko, personne n’éprouve honte ou colère à serrer la main d’Al-Thani. Et le Qatar, qui est aussi un enfer, n’empêche pas de grands défenseurs des droits de l’homme, notamment français, de venir bronzer, invités par Doha, de Ségolène Royal à Najat Vallaud-Belkacem, de Dominique de Villepin à Bertrand Delanoë.

Comment un pays qui est par essence antidémocratique se présente-t-il comme le promoteur des printemps arabes et de la liberté d’expression ?

Au regard des « printemps arabes », où le Qatar joue un rôle essentiel, il faut observer deux phases. Dans un premier temps, Doha hurle avec les peuples justement révoltés. On parle alors de « démocratie et de liberté ». Les dictateurs mis à terre, le relais est pris par les Frères musulmans, qui sont les vrais alliés de Doha. Et on oublie les slogans d’hier. Comme on le dit dans les grandes surfaces, « liberté et démocratie » n’étaient que des produits d’appel, rien que de la « com ».

Si l’implication du Qatar dans les « printemps » est apparue comme une surprise, c’est que la stratégie de Doha a été discrète. Depuis des années l’émirat entretient des relations très étroites avec des militants islamistes pourchassés par les potentats arabes, mais aussi avec des groupes de jeunes blogueurs et internautes auxquels il a offert des stages de « révolte par le Net ». La politique de l’émir était un fusil à deux coups. D’abord on a envoyé au « front » la jeunesse avec son Facebook et ses blogueurs, mains nues face aux fusils des policiers et militaires. Ceux-ci défaits, le terrain déblayé, l’heure est venue de mettre en poste ces islamistes tenus bien au chaud en réserve, héros sacralisés, magnifiés en sagas par Al-Jazeera.

Comment expliquez-vous l’implication directe du Qatar d’abord en Tunisie et en Libye, et actuellement en Égypte, dans le Sahel et en Syrie ?

En Libye, nous le montrons dans notre livre, l’objectif était à la fois de restaurer le royaume islamiste d’Idriss tout essayant de prendre le contrôle de 165 milliards, le montant des économies dissimulées par Kadhafi. Dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte, il s’agit de l’application d’une stratégie froide du type « redessinons le Moyen-Orient », digne des «néocons» américains. Mais, une fois encore, ce n’est pas le seul Qatar qui a fait tomber Ben Ali et Moubarak ; leur chute a d’abord été le résultat de leur corruption et de leur politique tyrannique et aveugle.

Au Sahel, les missionnaires qataris sont en place depuis cinq ans. Réseaux de mosquées, application habile de la zaqat, la charité selon l’islam, le Qatar s’est taillé, du Niger au Sénégal, un territoire d’obligés suspendus aux mamelles dorées de Doha. Plus que cela, dans ce Niger comme dans d’autres pays pauvres de la planète le Qatar a acheté des centaines de milliers d’hectares transformant ainsi des malheureux affamés en « paysans sans terre ». À la fin de 2012, quand les djihadistes ont pris le contrôle du Nord-Mali, on a noté que des membres du Croissant-Rouge qatari sont alors venus à Gao prêter une main charitable aux terribles assassins du Mujao…

La Syrie n’est qu’une extension du domaine de la lutte avec, en plus, une surenchère : se montrer à la hauteur de la concurrence de l’ennemi saoudien dans son aide au djihad. Ici, on a du mal à lire clairement le dessein politique des deux meilleurs amis du Qatar, les États-Unis et Israël, puisque Doha semble jouer avec le feu de l’islamisme radical…

Le Fatah accuse le Qatar de semer la zizanie et la division entre les Palestiniens en soutenant à fond le Hamas, qui appartient à la nébuleuse des Frères musulmans. Pour beaucoup d’observateurs, cette stratégie ne profite qu’à Israël. Partagez-vous cette analyse ?

Quand on veut évoquer la politique du Qatar face aux Palestiniens, il faut s’en tenir à des images. Tzipi Livni, qui fut avec Ehud Barak la cheville ouvrière, en 2009, de l’opération Plomb durci sur Gaza – 1 500 morts – fait régulièrement ses courses dans les malls de Doha. Elle profite du voyage pour dire un petit bonjour à l’émir. Un souverain qui, lors d’une visite discrète, s’est rendu à Jérusalem pour y visiter la dame Livni…

Souvenons-nous du pacte signé d’un côté par HBJ et le souverain Al-Thani et de l’autre les États-Unis : la priorité est d’assister la politique d’Israël. Quand le « roi » de Doha débarque à Gaza en promettant des millions, c’est un moyen d’enferrer le Hamas dans le clan des Frères musulmans pour mieux casser l’unité palestinienne. C’est une politique pitoyable.

Désormais, Mechaal, réélu patron du Hamas, vit à Doha dans le creux de la main de l’émir. Le rêve de ce dernier – le Hamas ayant abandonné toute idée de lutte – est de placer Mechaal à la tête d’une Palestine qui se situerait en Jordanie, le roi Abdallah étant déboulonné. Israël pourrait alors s’étendre en Cisjordanie. Intéressante politique-fiction.

Le Qatar a-t-il « acheté » l’organisation de la Coupe du monde football en 2022 ?

Un grand et très vieil ami du Qatar m’a dit : « Le drame avec eux, c’est qu’ils s’arrangent toujours pour que l’on dise “cette fois encore, ils ont payé !” » Bien sûr, il y a des soupçons. Remarquons que les fédérations sportives sont si sensibles à la corruption que, avec de l’argent, acheter une compétition est possible. On a connu cela avec des jeux Olympiques étrangement attribués à des outsiders…

Dans le conflit frontalier entre le Qatar et le Bahreïn, vous révélez que l’un des juges de la Cour internationale de justice de La Haye aurait été acheté par le Qatar. L’affaire peut-elle être rejugée à la lumière de ces révélations ?

Un livre – sérieux celui-là – récemment publié sur le Qatar évoque une manipulation possible lors du jugement arbitral qui a tranché le conflit frontalier entre le Qatar et Bahreïn. Les enjeux sont énormes puisque, sous la mer et les îlots, se trouve du gaz. Un expert m’a déclaré que cette révélation pouvait être utilisée pour rouvrir le dossier devant la Cour de La Haye…

Les liaisons dangereuses et troubles entre la France de Sarkozy et le Qatar se poursuivent avec la France de Hollande. Comment expliquez-vous cette continuité ?

Parler du Qatar, c’est parler de Sarkozy, et inversement. De 2007 à 2012, les diplomates et espions français en sont témoins, c’est l’émir qui a réglé la « politique arabe » de la France. Il est amusant de savoir aujourd’hui que Bachar al-Assad a été l’homme qui a introduit la « sarkozie » auprès de celui qui était alors son meilleur ami, l’émir du Qatar.
l n’y a pas de bonne comédie sans traîtres. Kadhafi était, lui aussi, un grand ami d’Al-Thani et c’est l’émir qui a facilité l’amusant séjour du colonel et de sa tente à Paris. Sans évoquer les affaires incidentes, comme l’épopée de la libération des infirmières bulgares. La relation entre le Qatar et Sarkozy a toujours été sous-tendue par des perspectives financières. Aujourd’hui Doha promet d’investir 500 millions de dollars dans le fonds d’investissement que doit lancer l’ancien président français à Londres. Échange de bons procédés, ce dernier fait de la propagande ou de la médiation dans les aventures, notamment sportives, du Qatar.

François Hollande, par rapport au Qatar, s’est transformé en balancier. Un jour le Qatar est « un partenaire indispensable », qui a sauvé dans son fief de Tulle la fabrique de maroquinerie le Tanneur, le lendemain, il faut prendre garde de ses amis du djihad. Aucune politique n’est fermement dessinée et les diplomates du Quai-d’Orsay, nommés sous Sarkozy, continuent de jouer le jeu d’un Doha qui doit rester l’ami numéro 1. En période de crise, les milliards miroitants d’Al-Thani impliquent aussi une forme d’amitié au nom d’un slogan faux et ridicule qui veut que le Qatar « peut sauver l’économie française »…

La réalité est plus plate : tous les investissements industriels de Doha en France sont des échecs… Reste le placement dans la pierre, vieux bas de laine de toutes les richesses. Notons là encore un pathétique grand écart : François Hollande a envoyé son ministre de la Défense faire la quête à Doha afin de compenser le coût de l’opération militaire française au Mali, conduite contre des djihadistes très bien vus par l’émir.

 


Le Vilain Petit Qatar – Cet ami qui nous veut du mal, Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau, Éd. Fayard, 300 p., 19 euros

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Syrie, libye… : le vrai visage des alliés criminels de l'occident (dossier)

Comme sarkozy, hollande fait les éloges du qatar, principal financier des terroristes islamistes!

 

 

http://www.internationalnews.fr/article-le-vilain-petit-qatar-cet-ami-qui-nous-veut-du-mal-nouveau-livre--117718549.html

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:28

Internationalnews

 

"Le Qatar a joué un rôle fondamental dans le soi-disant printemps arabe, qui ne fut qu'un coup d'Etat orchestré par les Etats-Unis pour mettre les islamistes au pouvoir".

 

 

La face cachée de la révolution tunisienne (Apopsix) de Mezri Haddad

Mezri Haddad, docteur en philosophie morale et politique de la Sorbonne et premier candidat musulman à avoir été qualifié par le Conseil national des universités françaises comme maître de conférences en théologie catholique, il est l'auteur de plusieurs essais portant principalement sur la politique et la religion (Wikipedia)

 

La face cachée de la révolution tunisienne


Islamisme et Occident, une alliance à haut risque
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.internationalnews.fr/article-mezri-haddad-intellectuel-tunsien-accuse-le-qatar-de-crime-contre-l-humanite-video-111176662.html

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 20:15

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1er août 2012 

 

 

LA Times

 

Gore Vidal has died.

Gore Vidal, pictured here in 2006, has died at age 86. (Genaro Molina / February 10, 2006)


 

 

 

 

Gore Vidal, the iconoclastic writer, savvy analyst and imperious gadfly on the national conscience, has died. He was 86.

Vidal died Tuesday at his home in the Hollywood Hills of complications of pneumonia, said nephew Burr Steers.


Vidal was a literary juggernaut who wrote 25 novels, including historical works such as “Lincoln” and “Burr” and satires such as “Myra Breckinridge” and “Duluth.” He was also a prolific essayist whose pieces on politics, sexuality, religion and literature -- once described as “elegantly sustained demolition derbies” -- both delighted and inflamed and in 1993 earned him a National Book Award for his massive “United States Essays, 1952-1992.”


Threaded throughout his pieces are anecdotes about his famous friends and foes, who included Anais Nin, Tennessee Williams, Christopher Isherwood, Orson Welles, Truman Capote, Frank SinatraJack KerouacMarlon BrandoPaul NewmanJoanne Woodward, Eleanor Roosevelt and a variety of Kennedys. He counted Jacqueline Kennedy Onassisand Al Gore among his relatives.


He also wrote Broadway hits, screenplays, television dramas and a trio of mysteries under a pseudonym that remain in print after 50 years.


When he wasn’t writing, he was popping up in movies, playing himself in “Fellini’s Roma,” a sinister plotter in sci-fi thriller“Gattaca” and a U.S. senator in “Bob Roberts.” In other spare moments, he made two entertaining but unsuccessful forays into politics, running for the Senate from California and Congress in New York, and established himself as a master of talk-show punditry who demolished intellectual rivals like Norman Mailer and William F. Buckley with acidic one-liners.

“Style,” Vidal once said, “is knowing who you are, what you want to say, and not giving a damn.” By that definition, he was an emperor of style, sophisticated and cantankerous in his prophesies of America’s fate and refusal to let others define him.

Read Vidal's full obituary: Gore Vidal, iconoclastic author, dies at 86

Gore Vidal: ‘We’ll have a dictatorship soon in the US’

 

 

 

 

 

BBC News - US author Gore Vidal dies aged 86

Gore Vidal, Elegant Writer, Dies at 86 - NYTimes.com

Gore Vidal, US writer and contrarian, dies aged 86

Iconoclastic American author Gore Vidal dead at 86 | Reuters

 

Gore Vidal - Wikipédia

Gore Vidal - Wikipedia, the free encyclopedia

 

ALSO:

Archives: The selected essays of Gore Vidal

 

http://www.internationalnews.fr/article-iconoclastic-writer-gore-vidal-86-has-died-108728726.html

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 17:39

Internationalnews

 10 juin 2012

 

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Le Monde

6 juin 2012


Ray Bradbury, le célèbre auteur américain considéré comme un des pères de la science-fiction est décédé mercredi 6 juin à Los Angeles à l'âge de 91 ans. Si ses premières nouvelles de science-fiction ont été publiées dans des fanzines en 1938, il s'est rendu véritablement célèbre avec son roman d'anticipation Fahrenheit 451, l'histoire d'un pompier chargé de brûler toutes les bibliothèques illégales, et qui finit par se rebeller contre ce système totalitaire.

Ray Bradbury racontait, dans un film de Lawrence Bridges tourné en 2008, qu'il avait écrit ce livre en 1951, sur une machine à écrire payante qu'il avait découverte dans la cave d'une bibliothèque. A raison de dix cents la demi-heure, il a dépensé 9 dollars pour achever son roman, publié pour la première fois auxEtats-Unis en 1953. 

Le livre a très vite eu un grand succès, et a été publié dès 1955 en France aux éditions Denoël dans la collection Présence du futur. Parmi la génération d'auteurs qui ont commencé à écrire de la science-fiction au même moment que lui, comme Isaac Asimov et Philip K. Dick, il s'est démarqué en proposant une vision plus poétique, mais aussi pessimiste du monde, à travers cette contre-utopie dont letitre fait référence au point d'auto-inflammation des livres, à la température de 451 degrés Fahrenheit, qui équivaut à un peu moins de 233 degrés Celsius.

http://1.bp.blogspot.com/_2NNSFKxqQjc/SwEvVWdckEI/AAAAAAAAKVA/XgWVTN85tLE/s1600/fahrenheit451.jpglink

L'adaptation la plus célèbre de Farhenheit 451 est celle de François Truffaut, qui signait là son unique film en anglais. Dans la scène la plus emblématique du film, on voit les pompiers brûler des livres licencieux, comm Le Portrait de Dorian Grayou The Moon and Sixpence, le roman de W. Somerset Maugham, qui raconte la manière dont son personnage, Charles Strickland, abandonne sa famille pourdevenir un artiste. 

Dans un autre genre, le roman a été adapté en fiction interactive en 1984 par la société Byron Preiss Video Productions et publiée par Trillium Corp. Une nouvelle adaptation au cinéma avait également été évoquée il y a quelques années, avecTom Hanks dans le rôle vedette.

De nombreuses autres œuvres ont puisé leur inspiration, plus ou moins explicitement, dans ce roman, comme le film Equilibrium de l'Américain Kurt Wimmer, tourné en 2002 avec Christian Bale. On y retrouve le même univers futuriste, dans lequel les œuvres d'art sont brûlées. On peut également penser au film de Michael MooreFahrenheit 9/11, une critique de la société américaine, très engagée politiquement. Ou encore l'adaptation faite en 2010 par le dessinateur Tim Hamilton, qui en fit un roman graphique.

Un autre de ses romans, Les Chronique martiennes, qui a été publié en 1950 aux Etats-Unis et en 1954 en France, a lui aussi été adapté de nombreuses fois, notamment à la télévision, sous la forme d'un feuilleton noir en trois parties réalisé par Michael Anderson, avec notamment Rock Hudson et John Cassady. Quelques nouvelles ont également été adaptées à travers la série télévisée Ray Bradbury's Chronicles (en français "Ray Bradbury présente"). 

Ray Bradbury a lui-même adapté son œuvre au théâtre, repris en France en 1966 par Louis Pauwels avec Jean-Louis Barrault, puis en 1974 au Théâtre poétique national. Des pièces bientôt suivies par une adaptation télévisée réalisée par Renée Kammerscheit et diffusée le 13 décembre 1974 sur la chaîne FR3.

Autre roman qui a connu un grand succès : The Illustrated Man (l'homme illustré), composé de dix-huit nouvelles, et basé sur la rencontre entre le narrateur et un employé de cirque couvert de tatouages. L'œuvre a été adaptée à de nombreuses reprises à la télévision, mais également au cinéma, par le réalisateur Jack Smighten 1969. 

 

Voir (en anglais):

Fahrenheit 451 (adapted by François Truffaut, 1966): Interview with Ray Bradbury + Film

http://www.internationalnews.fr/article-disparition-de-ray-bradbury-auteur-de-fahrenheit-451-107116485.html

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 01:08

Internationalnews

 

 

 

Philippe Conrad présente "Quand la Syrie s'éveillera", de Richard Labévière et Talal El-Hatrache, publié chez Perrin en 2011. 

Il rappelle les indéniables résultats économiques obtenus à partir de l’avènement de Bachar al-Assad en 2000 et la modernisation de l’appareil économique avec le développement du secteur privé, mais pointe la corruption caractérisant trop souvent le régime.


Il met aussi l’accent sur la permanence des menaces freinant l’ébauche de libéralisation amorcée par Bachar dès sa prise de responsabilités : persistance d’une menace de subversion islamiste, hostilité vigilante d’Israël et du lobby néo-conservateur pro-sioniste américain dont on peut continuer de mesurer les effets aujourd’hui. Il s’étend aussi sur les péripéties de la relation franco-syrienne, de Mitterrand à Sarkozy. Philippe Conrad met en lumière à ce propos les conditions contestables de l’enquête et la partialité de la commission d’enquête internationale sur le meurtre du Premier ministre libanais Rafik Hariri, attribué comme on sait au régime syrien. (source: infosyrie) Vidéo enregistrée le 21/06/201.

      


http://www.internationalnews.fr/article-quand-la-syrie-s-eveillera-geopolitique-en-livres-video-101777048.html

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:07

armees-secretes-otan-daniele-ganser.jpg.pngInternationalnews

Ce livre raconte comment, après la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI-6 britannique mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, et par quels processus ces réseaux Stay-Behind de l’OTAN s’allièrent dans certains pays à des groupes terroristes d’extrême droite, avec des conséquences particulièrement tragiques.

L’existence de "Gladio", l’armée secrète italienne, fut révélée par le Premier ministre Giulio Andreotti en 1990 ; à la suite de quoi la presse parla du « secret politico-militaire le mieux gardé, … depuis la fin de la deuxième guerre mondiale » et nota que : « L’histoire semble tout droit sortie des pages d’un thriller politique ». 

 Depuis, ces armées secrètes de l’OTAN, ont également été découvertes en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande, en Autriche, en Grèce et en Turquie. Au niveau international, leurs actions étaient coordonnées par le Pentagone et l’OTAN et leur dernière réunion connue se déroula à Bruxelles en octobre 1990.

À l’heure de la menace de "l’hyperterrorisme", ce livre de référence revient sur les attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana, les attaques des tueurs fous du Brabant, l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro et demande s’il s’agit d’actes de terrorisme sous fausse bannière, fabriqués pour accroître la stratégie de la tension…

RSR - Entretien avec Daniele Ganser - 1sur2
19:04

RSR - Entretien avec Daniele Ganser - 1sur2

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L'orchestre noir (documentaire, 2h)

 

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http://www.internationalnews.fr/article-les-armees-secretes-de-l-otan-livre-de-daniele-ganser-84583258.html

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 01:06

 

Global Research, March 16, 2011
Annals of the New York Academy of Sciences
by Alexey V. Yablokov and Vassily B. Nesterenko and Alexey V. Nesterenko

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Written by Alexey V. Yablokov (Center for Russian Environmental Policy, Moscow, Russia), Vassily B. Nesterenko, and Alexey V. Nesterenko (Institute of Radiation Safety, Minsk, Belarus). Consulting Editor Janette D. Sherman-Nevinger (Environmental Institute, Western Michigan University, Kalamazoo, Michigan).
Volume 1181, December 2009

335 Pages

This is a collection of papers translated from the Russian with some revised and updated contributions. Written by leading authorities from Eastern Europe, the volume outlines the history of the health and environmental consequences of the Chernobyl disaster. According to the authors, official discussions from the International Atomic Energy Agency and associated United Nations' agencies (e.g. the Chernobyl Forum reports) have largely downplayed or ignored many of the findings reported in the Eastern European scientific literature and consequently have erred by not including these assessments.

Posted 4/28/2010

NEW YORK—“Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment,” Volume 1181 ofAnnals of the New York Academy of Sciences, published online in November 2009, was authored by Alexey V. Yablokov, of the Russian Academy of Sciences, Alexey V. Nesterenko, of the Institute of Radiation Safety (Belarus), and the late Prof. Vassily B. Nesterenko, former director of the Belarussian Nuclear Center. With a foreword by the Chairman of the Ukranian National Commission on Radiation Protection, Dimitro M. Grodzinsky, the 327-page volume is an English translation of a 2007 publication by the same authors. The earlier volume, “Chernobyl,” published in Russian, presented an analysis of the scientific literature, including more than 1,000 titles and more than 5,000 printed and Internet publications mainly in Slavic languages, on the consequences of the Chernobyl disaster.

TheAnnals of the New York Academy of Sciencesissue “Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment”, therefore, does not present new, unpublished work, nor is it a work commissioned by the New York Academy of Sciences. The expressed views of the authors, or by advocacy groups or individuals with specific opinions about the Annals Chernobyl volume, are their own. Although the New York Academy of Sciences believes it has a responsibility to provide open forums for discussion of scientific questions, the Academy has no intent to influence legislation by providing such forums. The Academy is committed to publishing content deemed scientifically valid by the general scientific community, from whom the Academy carefully monitors feedback.


REVIEW BY KARL GROSSMAN

published in September 2010

This past April 26th [2010] marked the 24th anniversary of the Chernobyl nuclear plant accident. It came as the nuclear industry and pro-nuclear government officials in the United States and other nations were trying to "revive" nuclear power. And it followed the publication of a book, the most comprehensive study ever made, on the impacts of the Chernobyl disaster.

Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment was published by the New York Academy of Sciences.

 

It is authored by three noted scientists:

 

Russian biologist Dr. Alexey Yablokov, former environmental advisor to the Russian president;

Dr. Alexey Nesterenko, a biologist and ecologist in Belarus; and

Dr.Vassili Nesterenko, a physicist and at the time of the accident director of the Institute of Nuclear Energy of the National Academy of Sciences of Belarus.

 

Its editor is Dr. Janette Sherman, a physician and toxicologist long involved in studying the health impacts of radioactivity.

The book is solidly based -- on health data, radiological surveys and scientific reports -- some 5,000 in all.

It concludes that based on records now available, some 985,000 people died, mainly of cancer, as a result of the Chernobyl accident. That is between when the accident occurred in 1986 and 2004. More deaths, it projects, will follow.

The book explodes the claim of the International Atomic Energy Agency-- still on its website that the expected death toll from the Chernobyl accident will be 4,000. The IAEA, the new book shows, is under-estimating, to the extreme, the casualties of Chernobyl.

Alice Slater, representative in New York of the Nuclear Age Peace

Foundation, comments: "The tragic news uncovered by the comprehensive

new research that almost one million people died in the toxic aftermath of Chernobyl should be a wake-up call to people all over the world to petition their governments to put a halt to the current industry-driven

"nuclear renaissance.' Aided by a corrupt IAEA, the world has been subjected to a massive cover-up and deception about the true damages caused by Chernobyl."

Further worsening the situation, she said, has been "the collusive agreement between the IAEA and the World Health Organization in which the WHO is precluded from publishing any research on radiation effects without consultation with the IAEA." WHO, the public health arm of the UN, has supported the IAEA's claim that 4,000 will die as a result of the accident.

"How fortunate," said Ms. Slater, "that independent scientists have now revealed the horrific costs of the Chernobyl accident."

The book also scores the position of the IAEA, set up through the UN in 1957 "to accelerate and enlarge the contribution of atomic energy," and its 1959 agreement with WHO. There is a "need to change," it says, the IAEA-WHO pact. It has muzzled the WHO, providing for the "hiding" from the "public of any information "unwanted" by the nuclear industry.

"An important lesson from the Chernobyl experience is that experts and organizations tied to the nuclear industry have dismissed and ignored the consequences of the catastrophe," it states.

The book details the spread of radioactive poisons following the explosion of Unit 4 of the Chernobyl nuclear plant on April 26, 1986. These major releases only ended when the fire at the reactor was brought under control in mid-May. Emitted were "hundreds of millions of curies, a quantity hundreds of times larger than the fallout from the atomic bombs dropped on Hiroshima and Nagasaki." The most extensive fall-out occurred in regions closest to the plant--in the Ukraine (the reactor was 60 miles from Kiev in Ukraine), Belarus and Russia.

However, there was fallout all over the world as the winds kept changing direction "so the radioactive emissions" covered an enormous territory."

The radioactive poisons sent billowing from the plant into the air included Cesium-137, Plutonium, Iodine-131 and Strontium-90.

There is a breakdown by country, highlighted by maps, of where the radionuclides fell out. Beyond Ukraine, Belarus and Russia, the countries included Bulgaria, Finland, France, Germany, Greece, Italy, Poland, Sweden and the United Kingdom. The radiological measurements show that some 10% of Chernobyl poisons "fell on Asia"Huge areas" of eastern Turkey and central China "were highly contaminated," reports the book. Northwestern Japan was impacted, too.

Northern Africa was hit with "more than 5% of all Chernobyl releases."

The finding of Cesium-137 and both Plutonium-239 and Plutonium-240 "in accumulated Nile River sediment is evidence of significant Chernobyl contamination," it states.

"Areas of North America were contaminated from the first, most powerful explosion, which lifted a cloud of radionuclides to a height of more than 10 km. Some 1% of all Chernobyl nuclides," says the book, "fell on North America."

The consequences on public health are extensively analyzed. Medical records involving children--the young, their cells more rapidly multiplying, are especially affected by radioactivity--are considered. Before the accident, more than 80% of the children in the territories of Ukraine, Belarus and Russia extensively contaminated by Chernobyl "were healthy," the book reports, based on health data. But "today fewer than 20% are well."

There is an examination of genetic impacts with records reflecting an increase in "chromosomal aberrations" wherever there was fallout.

This will continue through the "children of irradiated parents for as many as seven generations." So "the genetic consequences of the Chernobyl catastrophe will impact hundreds of millions of people."

As to deaths, the list of countries and consequences begins with Belarus. "For the period 1900-2000 cancer mortality in Belarus increased 40%," it states, again based on medical data and illuminated by tables in the book. "The increase was a maximum in the most highly contaminated Gomel Province and lower in the less contaminated Brest and Mogilev provinces." They include childhood cancers, thyroid cancer, leukemia and other cancers.

Considering health data of people in all nations impacted by the fallout, the "overall mortality for the period from April 1986 to the end of 2004 from the Chernobyl catastrophe was estimated as 985,000 additional deaths."

Further, "the concentrations" of some of the poisons, because they have radioactive half-lives ranging from 20,000 to 200,000 years, "will remain practically the same virtually forever."

The book also examines the impact on plants and animals. "Immediately after the catastrophe, the frequency of plant mutations in the contaminated territories increased sharply."

There are photographs of some of these plant mutations. "Chernobyl irradiation has caused many structural anomalies and tumorlike changes in many plant species and has led to genetic disorders, sometimes continuing for many years," it says. "Twenty-three years after the catastrophe it is still too early to know if the whole spectrum of plant radiogenic changes has been discerned. We are far from knowing all of the consequences for flora resulting from the catastrophe."

As to animals, the book notes "serious increases in morbidity and mortality that bear striking resemblance to changes in the public health of humans--increasing tumor rates, immunodeficiencies, and decreasing life expectancy."

In one study it is found that "survival rates of barn swallows in the most contaminated sites near the Chernobyl nuclear power plant are close to zero. In areas of moderate contamination, annual survival is less than 25%." Research is cited into ghastly abnormalities in barn swallows that do hatch: "two heads, two tails."

"In 1986," the book states, "the level of irradiation in plants and animals in Western Europe, North America, the Arctic, and eastern Asia were sometimes hundreds and even thousands of times above acceptable norms."

In its final chapter, the book declares that the explosion of the Chernobyl nuclear plant "was the worst technogenic accident in history." And it examines "obstacles" to the reporting of the true consequences of Chernobyl with a special focus on "organizations associated with the nuclear industry" that "protect the industry first--not the public." Here, the IAEA and WHO are charged.

The book ends by quoting U.S. President John F. Kennedy's call in 1963 for an end of atmospheric testing of nuclear weapons."The Chernobyl catastrophe," it declares, "demonstrates that the nuclear industry's willingness to risk the health of humanity and our environment with nuclear power plants will result, not only theoretically, but practically, in the same level of hazard as nuclear weapons."

Dr. Sherman, speaking of the IAEA's and WHO's dealing with the impacts of Chernobyl, commented: "It's like Dracula guarding the blood bank." The 1959 agreement under which WHO "is not to be independent of the IAEA" but must clear any information it obtains on issues involving radioactivity with the IAEA has put "the two in bed together."

Of her reflections on 14 months editing the book, she said: "Every single system that was studied -- whether human or wolves or livestock or fish or trees or mushrooms or bacteria -- all were changed, some of them irreversibly. The scope of the damage is stunning."

In his foreword, Dr. Dimitro Grodzinsky, chairman of the Ukranian National Commission on Radiation Protection, writes about how "apologists of nuclear power" sought to hide the real impacts of the Chernobyl disaster from the time when the accident occurred. The book "provides the largest and most complete collection of data concerning the negative consequences of Chernobyl on the health of people and the environment...The main conclusion of the book is that it is impossible and wrong "to forget Chernobyl.”

In the record of Big Lies, the claim of the IAEA-WHO that "only" 4,000 people will die as a result of the Chernobyl catastrophe is among the biggest. The Chernobyl accident is, as the new book documents, an ongoing global catastrophe.

And it is a clear call for no new nuclear power plants to be built and for the closing of the dangerous atomic machines now running -- and a switch to safe energy technologies, now available, led by solar and wind energy, that will not leave nearly a million people dead from one disaster.

Karl Grossman is a professor of journalism at the State University of New York/College at Old Westbury and host of the nationally syndicated TV program Enviro Close-Up

 

Source: Global Research,


Published by Internationalnews - dans Livres-Books
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